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POETRY

 

Poetry  s’ouvre sur une scène pittoresque où des enfants jouent au bord d’un fleuve, puis la caméra se détache de cette vision d' innocence  et remonte en rase motte la rivière pour s’arrêter sur le corps à la dérive d’une jeune fille. Séquence inaugurale et saisissante d'un magnifique film coréen.

Le film s’articule autour de Mija (Yun Jung-hee), âgée de 65 ans, dont la mémoire s’effiloche lentement dans un début d’Alzheimer. Ce petit bout de femme toujours tirée à quatre épingles continue de faire des ménages chez un vieillard grabataire libidineux  pour élever son petit fils Wook (David Lee) que sa mère divorcée lui a confiée. Elle s'est entichée d'écrire un poème afin de réaliser un rêve de jeunesse. Elle s'inscrit à un cours de poésie! dans l'espoir d'accomplir ce désir qui resurgit et aussi pour contrecarrer l'inexorable dégradation psychique qu'elle ressent. Une manière de s’accrocher au monde sensible et d’en capter la beauté.

Elle apprend que  Wook a participé à une tournante dans son collège et que la victime n'est  autre que cette jeune fille dont on a vu le cadavre au début de Poetry. De désespoir, elle s'était  jetée du pont qui enjambe le fleuve Han.   Les pères  des ados coupables se concertent et,  pour éviter tout scandale et poursuite pénale, ils décident d'acheter le silence de la mère agricultrice en lui versant un dédommagement  de 30 millions de wons (soit un peu moins de 20 000€!).  Le ton est donné, l'implacable force des nantis avec la cynique bienveillance des autorités face à la détresse de la pauvre femme.  L'administration du collège tout comme la police cautionnent le deal  afin de d'éviter toute vague!!  Et les pères  soucieux de leur tranquillité marchandent  sans vergogne le crime de leur rejeton. Ils sollicitent Mija, la seule femme du groupe, à persuader la mère de la victime de recevoir  le dédommagement. Elle se rend dans le village. Mija contemple la nature à la découverte d'images qu'elle pourrait mettre en mot et écrire un poème.  La rencontre a bien lieu mais pas celle prévue. Mija incarne une humanité qui résiste à la détérioration des rapports humains. Le film s'appuie singulièrement sur la gente masculine pour illustrer cette vision d'une société obscène, grossière, Du haut de l'échelle avec un vieillard "un président" qui use de son rang et sa fortune pour assouvir ses derniers désirs, au bas avec un adolescent, ectoplasme amorphe, incapable du moindre remord en passant par un quintet de pères méprisables.  Le réalisateur dresse une galerie peu ragoûtante des males qui métaphoriseraient la société coréenne ?

Wook à cet égard représente une figure caricaturale. Goinfré d'images télévisuelles et d' Internet et de nourriture , on le voit uniquement se bâfrer en zappant les programmes de télé. Il ne communique pas ou plus avec sa grand mère. D'ailleurs leur relation se résume à quelques échanges de badminton ou à la contemplation par la grand mère de son petit fils à table. Ce que tu aimes c'est me regarder manger  lui lâche t il.

Mija se raccroche à l'expression poétique dans ce monde de brutes.  Et cette poésie lui sert d’échappatoire à la laideur qui l’environne et aussi de réhabilitation. Triste constat qu’un rested’humanité se situe au niveau de la grand mère et qu’il a déserté les plus jeunes.  Femme  admirable de dignité qui lutte pour garder ce qui nous fait homme. Partager, écouter, donner du sens , compatir malgré l’inexorable dévastation de la maladie, de la mort, du crime.
Le film instaure souvent un décalage entre les images et le son, à l'image du fonctionnement psychique de Mija. Limitée par un vocabulaire qui se restreint , elle s’arque boute  à son exercice : écrire un poème, en suivant les conseils du professeur ; il suffit de regarder autour de soi

On ne  sait jamais ce que pense Mija, elle parle si peu et pas seulement parce qu' elle est victime du manque de mot, non elle semble évoluée dans un autre monde et c'est certainement ce qui la pousse à fréquenter un cours de poésie.  Alors qu'elle peine à écrire un poème, la caméra la suit en nous la montrant à l'écoute de ce qu'elle voit... sans porter de jugement.  Beau film qui avance au rythme lent de Mija. Le réalisateur nous laisse remplir les trous, nous permettant de rêver, et peut être d'écrire notre poème. Il propose une vision pessimiste de la Corée mais aussi de nos sociétés. La poésie, l'art plus généralement parviendra on peut l'espérer  atténuer les effets d'une société où l'avidité matérielle submerge notre quotidien.

Dans son précédent film Secret sunshine, Lee Chang-dong exposait tout savoir faire notamment pour filmer le personnage féminin. Il avait d’ailleurs été récompensé et le jury de Cannes aurait pu lui décerner à nouveau cette distinction.

Poetry, film sud-coréen réalisé par Lee Chang-dong (2009).

Tags: Corée du sud, film
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