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LA FILLE DU RER


Nous connaissons le sujet de La fille du RER. En juillet 2004, une jeune femme inventa une agression à caractère antisémite dans un train et deux jours plus tard elle se rétractait en avouant son mensonge. Entre temps les médias et la classe politique s’étaient emparés du fait divers en dénonçant la montée des actes antisémites et l’indifférence des passagers du RER.
André Téchiné reprend cette histoire qu’il a réécrit à partir de la pièce de Jean-Marie Besset. Deux actes rythment le film. Le premier sobrement intitulé les circonstances décrit la vie de Jeanne (Èmilie Dequenne). Une jeune femme un peu perdue, sans travail, qui se déplace en roller, elle glisse… Louise (Catherine Deneuve), sa mère, veuve depuis belle lurette crèche dans un pavillon de banlieue en contrebas de la voie ferrée du RER. Assistante maternelle elle accueille et garde de jeunes enfants. Une mère attentive aux enfants des autres et aussi à la sienne qu’elle aimerait plus autonome et capable de décrocher un emploi. Une mère trop bonne, trop parfaite sommes nous tentés de penser. Elle lui proposera d’aller frapper à la porte de l’avocat Samuel Bleistein (Michel Blanc), un copain de jeunesse qui l’avait dragué l’espace d’un été.
Jeanne rencontre ou c’est plutôt Franck (Nicolas Duvauchelle), étudiant à l’INSEP et lutteur de haut niveau qui l’alpague lors d’une balade et ils finissent par sortir ensemble.

Le film s’appesanti sur la mise en place de cette relation, avec l’usage du chat sur Internet. On sent que Jeanne éprouve des difficultés à s’engager dans cette relation amoureuse. De son côté Franck se méfie de cette fille menteuse, velléitaire mais il accepte de vivre avec elle. Franck cache ses combines de petit dealer et il finit par se faire coffrer. Jeanne déboussolée, se sentant abandonnée invente assez rapidement une prétendue agression. En guise de viatique elle exhibe au commissariat où elle dépose plainte quelques petites scarifications faciales, des croix gammées dessinées sur le ventre qu’elle s’est faite. S’ensuit alors un emballement médiatique qui résulte d’une volonté politique d’exploiter cette affaire sans vérification préalable et sérieuse du témoignage de Jeanne.
Parallèlement on s’invite dans la famille des Bleistein où l’on découvre Samuel le patriarche devenu riche et célèbre. Son fils Alex (Mathieu Demy), le cul entre deux chaises professionnelles et sentimentales, divorce de Judith (Ronit Elkabetz) qui travaille dans le cabinet de son père. Leur fils Nathan, prépare sa Bar Mitsvah. Le réalisateur s’intéresse à cette famille aisée, traversée par des questions identitaires selon les générations. La belle fille de Samuel incarne une certaine tradition juive alors que son ex-mari Alex personnifie un juif non pratiquant et même areligieux. Nathan posera la question de l’identité, de sa judéité au cours d’un repas de famille juste avant sa Bar Mitsvah.

Michel Blanc, Mathieu Demy & Ronit Elkabetz

 La seconde partie les conséquences se focalise sur la plainte et la révélation du mensonge.  Louise se doute du mensonge de sa fille et elle appelle Samuel à la rescousse d’autant plus que Jeanne s’est servie du patronyme Bleistein pour qualifier d’antisémite son agression. Samuel les invite dans sa maison de campagne et il accompagnera Jeanne dans sa démarche de rétractation.
On essaie de comprendre ce qui a poussé Jeanne à une telle conduite. Téchiné expose  quelques pièces. Faute d’éléments tangibles compréhensibles, nous en sommes réduits à des hypothèses. J’ai fait ça pour qu’on m’aime baragouine Jeanne déphasée. Le cinéaste suggère sans chercher à démontrer. Y-a-t-il un sens à cet acte ? Difficile de répondre, et le réalisateur nous laisse le soin d’élaborer une interprétation. Mais est-ce possible ? On a le sentiment d’un passage à l’acte, d’un court circuitage de la pensée.
Je crois toutefois que le réalisateur insiste sur la question de l’identité. Ce questionnement identitaire est récurrent dans son cinéma. Des Roseaux sauvages, à Loin etc.,  il interroge régulièrement cette thématique. Jeanne s’empare d’une identité (juive) qu’elle s’approprie pour devenir une victime comme serait sensée l’être les juifs. Une espèce de télescopage entre son ressenti actuel de femme perdue, abandonnée, de victime sociale qu’elle transforme en victime antisémite. Manière à elle de relier sa mère à un amour de jeunesse et aussi de s’inventer une filiation paternelle de substitution. Cela reste une hypothèse.
Quant à la dimension médiatique, du raffut orchestré par la classe politique et les médias, le cinéaste indique fermement qu’il y a eu une volonté de s’emparer de ce fait divers et de l’instrumentaliser pour dénoncer la violence dans les banlieues, de stigmatiser une fois de plus la jeunesse des banlieues. Cet aspect est réglé en deux répliques.

Emilie Dequenne

 La fille du RER surprend après Les témoins, dans sa forme plus distante, plus documentaire. André Téchiné parvient à capter avec justesse la vacuité dans laquelle évolue la jeunesse actuelle. Une scène étonnante et très belle quand Jeanne s’enfuit de la maison de Samuel et court la nuit sous la pluie. C’est une séquence presque onirique. Elle rejoint Nathan reclus dans une cabane pour sa retraite d’avant Bar Mitsvah.

C’est un beau film déroutant, qui laisse le spectateur dans une certaine expectative et sur une note assez pessimiste.  

Lire ici des avis.

La fille du RER, film français réalisé par André Téchiné (2009).
Tags: film
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