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GRAN TORINO - BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK

mar. 8e, 2009

08:13 pm - GRAN TORINO

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Le récit débute dans une église quelque part dans le Middle West. Droit comme un « i » contre le cercueil de sa femme Walt Kowalski observe avec son regard de serpent sa famille qu’il méprise au plus au point. La scène suivante le retrouve énervé dans sa maison, à subir les salamaleks hypocrites de sa progéniture. Et aussi le prêche d’un jeune curé, un puceau suréduqué qui lui enjoint de venir à confesse comme l’avait souhaité sa femme dans ses dernières volontés.
On imagine vite que le vieux a du leur en faire voir de toutes les couleurs. Réac modèle Mac Carthy, l’injure raciste comme unique civilité, l’atrabilaire demeure le dernier blanc dans son quartier colonisé par des communautés étrangères et notamment asiatiques. Il passe son temps assis dans la loggia de sa bicoque à siroter des cannettes de bière qu’il quitte de temps à autre pour astiquer sa Ford Gran Torino (la voiture de Startsky & Hutch) ou son fusil. Résigné à terminer sa vie au milieu de ses souvenirs d’ancien ouvrier de Ford, patriote jusqu’au bout des ongles il incarne un inspecteur Harry vieilli incapable du moindre changement. Du haut de ses 78 balais à côté de son drapeau américain fièrement planté au pied de l’escalier Walt personnalise la caricature du redneck de l’Amérique profonde. Une sorte de Le pen version John Wayne des bérets verts qui s’arqueboute face à un monde dont il refuse l’évolution. Tous ses voisins ne sont que des faces de citron, rebuts de rizières et autres gentillesses qu’il vilipende depuis son balcon en entre deux descentes de cannettes de bière. Son pays abandonne ses quartiers, son industrie, on ne roule plus en Ford mais dans des voitures asiatiques.

Dans la maison d’à côté vit une famille Hmong où le seul mâle, Thao (Bee Vang), un ado introverti, préfère le jardinage aux activités du gang du quartier. Thao finit par céder aux pressions de son cousin et accepte en guise d’épreuve initiatique de voler la Gran Torino. Évidemment le vol tourne au fiasco et il s’en faut d’un cheveu que Walt ne plombe le gamin. Car Walt est un dur, un vétéran de la guerre de Corée dont on a l’impression qu’il ne l’a jamais quittée.

Thao échaudé par sa déconfiture refuse de rejoindre le gang qui vient le punir déclenchant une bagarre jusque sur la pelouse de Walt qui voit là une nouvelle occasion de sortir sa pétoire. Ayant mis en fuite le gang il devient derechef le héros de la rue et il est gratifié de nombreux cadeaux de reconnaissance. Du coup son intransigeante xénophobie s’effrite légèrement et après les invitations réitérées de Sue, la sœur de Thao, il condescend à s’amender et il accepte de prendre en charge reéducative l’adolescent. Sa nouvelle mission : viriliser l’adolescent timide ce qui nous vaut de savoureuses scènes.
La suite n’est guère surprenante et finalement assez prévisible, la boucle va se refermer.
L’irascible Walt Eastwood trouve ainsi l’occasion de prouver au monde que même les vieux cons peuvent se convertir à une certaine générosité. Mais en apparence seulement. En fait Clint Kowalski n’abandonne pas les valeurs traditionnelles. La religion ceinture le récit qui commence et s’achève dans une église. Il n’a guère d’espoir dans sa progéniture, bien sur il passe la main à un jeune, mais est-ce vraiment sincère ? Il serait sympathique d’y voir une métaphore de l’Amérique d’aujourd’hui qui balaierait  son récent passé bushien pour celui du renouveau incarné par Obama. Toutefois la haine qu’il voue à sa descendance révèle une défiance vis à vis de ses enfants qui composent l’Amérique d’aujourd’hui. Ceux-ci sont dépeints uniquement sur le versant négatif, prompts à enterrer le vioque et tout ce qu’il représente pour récupérer quelques subsides. C’est aussi contre cette Amérique là que Walt Eastwood se révolte, de cette Amérique qui laisserait faire la loi aux étrangers. 

Reste un beau jeu d’acteur qui ressort d’autant plus qu’en face il n’a que des amateurs (quasiment tous les Hmongs sont des non professionnels).

Eastwood au moment de tourner la page veut nous laisser le souvenir d’un homme généreux, sur la voie d’une rédemption, revenu de son personnage de Dirty Harry de la quarantaine triomphante. Malgré une petite réserve j’aimerai croire à ce plaidoyer en faveur de l’ouverture à l’autre, au renoncement à la violence, l’aspiration à un monde apaisé.

L’avis de Orlof, Chori et quelques autres. 

Gran Torino, film américain de Clint Eastwood (2009)