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JOHN JOHN

Ce Dvd posé sur le présentoir des nouveautés de la médiathèque attira mon attention. Le titre et son réalisateur me disait quelque chose. En effet il avait été présenté à Cannes en 2007 dans Quinzaine des réalisateurs et récemment Serbis du même réalisateur a été diffusé.
Donc ce John John raconte la journée extraordinaire de ce jeune garçon d’à peine 3 ans. On le découvre dans un  bidonville de Manille, au sein de (sa) famille. Sa mère le prépare pour l’école où il doit recevoir le prix de Mister Philippines ! La caméra se faufile dans l’entrelacs des habitations surpeuplées de ce quartier pauvre. Des courettes jaillissent des kyrielles d’enfants. Ça braille gentiment, on ne sait pas très bien où le réalisateur nous emmène. Nous sommes immergés au cœur de ces habitations faites de bric et de broc. On suit la vie de cette famille pauvre. Le père ronchon part au boulot, les deux grands frères s’activent. L’aîné revient des courses sur son vélo-taxi, Yuri, le cadet, nourrit ses oiseaux sur le toit puis prépare longuement le repas de midi. La mère (Cherry Pie Picache) s’affaire au débarbouillage du  petit John John (Kier Segundo). Scène magnifique quand Thelma lave avec douceur son enfant. Celui ci lui répond, s’amuse, pisse comme un grand, échappe à sa surveillance pour jouer avec les autres enfants.

Cherry Pie Picache & Kier Segundo.

Le rythme lent du film épouse celui de cette matinée. Survient une assistante sociale, Melle Bianca (Eugene Domingo) qui prodigue des conseils aux mères de famille. On apprend par bribes qu’aujourd’hui John-John doit être remis à sa famille adoptive. Etonnement du spectateur, ah bon ce petit garçon dont Thelma prend soin est destiné à être adopté ?  Encore quelques minutes et le scénario éclaire notre  surprise. En fait John John fut un bébé abandonné à sa naissance puis confié à cette famille nourricière en attendant son adoption définitive, son exportation ? En l’occurrence il s’agit d’une famille de riches américains. Le film qui s’apparente à un documentaire bascule et s’accélère. L’assistante sociale de l’orphelinat accompagne Thelma et John John au luxueux hôtel où logent les futurs parents adoptifs. Thelma a demandé à Yuri de la suivre dans cette dernière démarche. Un tel film laisse guère de place à l’indifférence. Au cours de la matinée rien ne vient suggèrer cet épilogue. On note le peu de tendresse du père, la propension de l’enfant à d’éclabousser de son pipi l’entourage, mais rien de bien inquiétant. L’assistante sociale dévoile l’issue et elle invite Thelma à choisir un nouveau bébé à adopter provisoirement alors que John John gambade autour d’elle. Jamais il n’est parlé à l’enfant de ce qui se trame. Même avec sa nouvelle famille il n’est fait allusion à la séparation imminente. Thelma attendra qu’il s’endorme dans ses bras pour le quitter !

Terrible réalité ! Comment ne pas penser au vécu de cet enfant, abandonné une seconde fois et certainement sans explication.
Le film ne fait que montrer une pratique réelle en cours dans ces pays. Les adultes participent assurément avec cœur à ce travail d’accompagnement de ces orphelins. Thelma fait preuve de belles qualités maternelles en tant que nourrice. Même l’A.S. parvient à humaniser sa fonction. Rupture toutefois avec le couple d’américain qui traite avec condescendance l’arrivée de l’enfant et de sa nourrice. Serait-ce la seule concession au parti pris neutre de ce film/documentaire de porter un jugement en rejetant la culpabilité de cette pratique sur les nantis ?
Terrible constat du pays aussi. Entre les bidonvilles, l’orphelinat et l’opulence des palaces gardés par une escouade de militaires, Brillante Mendoza livre un film fort et dérangeant.

J’ai été saisi par l’incroyable véracité des scènes dans la famille, par le naturel de l’enfant, de la nourrice et de ses enfants. La caméra s’infiltre dans les recoins du gourbi, parvient à se faire oublier. Belle réalisation de Mendoza. Dommage que la qualité du son est si médiocre. Cela me donne le désir de voir Serbis. Avec l’Éveil de Maximo Oliveros de Auraeus Solito le cinéma philippin nous offre de beaux films.

John John, film philippin, réalisé par Brillante Mendoza (2007).
Tags: film, philippines
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