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LA BELLE PERSONNE

Le thème : la passion amoureuse à l’adolescence, la présence du choupinou Grégoire Leprince -Ringuet avaient de quoi émoustiller mon intérêt pour le dernier film de Christophe Honoré. Ses chansons d’amour demeurent un bon souvenir et je m’installais avec un a priori favorable devant le téléviseur pour suivre cette très libre adaptation du roman La princesse de Clèves de Madame de Lafayette écrit au XVIIeme siècle et dont l’action se déroule au XVI eme siècle*. Nous savons que la référence à ce premier roman moderne de la littérature française découle de propos indignes et réitérés de Sarkozy. Voilà une subtile réponse à la bêtise et l’indigence culturelle du président.

 Dans un lycée (Lycée Molière) du 16eme à Paris, des ados de bonnes familles, aux prénoms surannés -style NAP- et pas vraiment genre Entre les murs, se coltinent aussi avec les affres des passions amoureuses turbulentes de l'adolescence. Une fois oublié le pedigree des personnages (et des acteurs), on retrouve les éternels émois adolescents.

Suite au décès de sa mère, Junie (Léa Seydoux), débarque chez son cousin. Intégrée dans la même classe que son cousin Matthias (Esteban Carvajal Alegria), elle devient le centre d’attraction des garçons qui la courtisent. C’est finalement Otto (Grégoire Leprince-Ringuet), un ado un peu effacé qui décroche la timbale. Mais Nemours (Louis Garrel), le don juanesque prof d’italien, l’attire dans ses rets d’où elle peine à se dépatouiller. Otto meurtri et pétri d’absolu n’envisage pas d’autre alternative que le suicide. Junie s’enfuit et Nemours se retrouve Gros-Jean comme devant. Sur cette trame se greffe une amourette altersexuelle entre Matthias et Martin (Martin Simeon), le tout assaisonné de dialogues policés (limite prout-prouts) pas toujours audibles.

 

L’action se circonscrit à l’hiver, dans un décor bien délimité (le lycée avec une salle de cours et la cour de récréation, une rue, un café et un parc). Les personnages se réduisent aux lycéens, trois, quatre profs et la tenancière du bistrot. Pas de parent, ni de chambre d’adolescents.  Christophe Honoré réinvente un cadre spatio-temporel. Ce décor improbable ou tout le moins réservé à quelques happy few, décalé de la réalité commune, suggère une scène de théâtre**. De fait le contexte sociologique caricatural tend à s’oublier pour inviter le spectateur à se focaliser sur les échanges, les variations des sentiments des protagonistes. 

Encore faudrait-il que nous comprenions les dialogues. Il m’a fallu un certain temps pour que je saisisse le sens des paroles mâchouillées par des acteurs qui avalent les mots.  Du coup on repère les incohérences comme cet élève qui apostrophe son professeur pour lui demander si elle est amoureuse… et elle de lui répondre ! ou entendre Nemours téléphoner à Matthias pour qu’il fasse une commission à Junie et lui dire  je t’embrasse.  Et c’est là que le bât blesse. Le personnage de Garrel détonne. Trop jeune, il est peu crédible. Il arase la différence des générations, il entretient un flou d’indifférenciation où tout semble égal. On trouve cette même non distinction entre les élèves et les professeurs. Les différences prof/élèves, ados/adultes sont des réalités qui ici sont abrasées, nivelées. Comment alors introduire du drame si tout concourt à atténuer les différences. Je baillais à suivre ce fleuve trop tranquille des passions amoureuses qui verse dans le banal scénario du trio de la fille aimée par deux garçons.  Le contrepoint de la relation altersexuelle, bien sage et banalisée participe à cette espèce d’engourdissement, d’apathie. Lorsque Otto, après avoir poussé la chansonnette, se jette dans le vide, je suis demeuré peu affecté, certainement gagné par l’ennui.


J’aurais préféré plus de nerf, plus d’affrontement, de drame, d’audace. Je pense au film de Lola Doillon  Et toi t’es sur qui ?  Moins léché sur la forme mais autrement plus nerveux. Toutefois la galerie des choupinous de La Belle personne est bien agréable à regarder. Ainsi que je le notais au sujet de son précédent film, Louis Garrel devient insupportable.

* Je note la coïncidence XVI/ XVII eme siècle et le numéro de l’arrondissement très bourgeois où se déroule l’action du film, tout comme l’âge des protagonistes.

** Le titre La belle personne, le quartier huppé, la beauté obligée des ados aussi bien physique que vestimentaire frisent la caricature.

Lire l’avis de Bernard A. et celui de Orlof. Une analyse destinée aux lycéens.

La Belle personne, film français réalisé par Christophe Honoré (2008).
Tags: adolescence, altersexualité, film
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