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LE GARCON ET LA MER - BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK — LiveJournal

mai. 29e, 2008

07:23 pm - LE GARCON ET LA MER

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Ce roman océanique de Kirsty Gunn raconte une journée particulière de Ward, un adolescent néo-zélandais de 15 ans, en vacances au bord de la plage. Son père champion de surf entraînait son fils dès l’âge de trois ans à le suivre sur les vagues. Et puis un jour son père a délaissé la houle sans que Ward puisse rivaliser avec lui et qu’il soit fier de son fils. Il en garde un regret. Ce matin au cours du petit déjeuner il a vu ses parents se bécoter et cela le met mal à l’aise qu’ils s’exhibent ainsi comme les ados de son âge. Ward est un timide comme le souligne sa mère et face aux filles il demeure un peu distant. Il préfère la compagnie de son ami Alex avec lequel il partage le plaisir de flirter avec les vagues. Ce matin Ward ressasse ses doutes, ses angoisses. Comment se faire apprécier par les autres. Ses copains le toisent un peu, les filles l’ignorent. Quel est son mal être ? Simplement il est pris dans les rets de l’adolescence, de la difficulté à sortir de l’enfance, à devenir un adulte. Il n’ose s’affirmer face à ses copains et même avec Alex. On y va ou quoi ? lui demande Alex. « Je suppose… » Il entend la voix de son père lui seriner, on ne te demande pas de supposer, seulement de savoir. Son père qui ne lui a jamais dit qu’il est fier de son fils. Difficile pour Ward dans ces conditions d’exister, toujours dominé et réduit à un rejeton. Comment se construire, être, se sentir exister, s’il on est pas reconnu ?

Alors que ses copains s’amusent avec des filles, il remarque que la mer se modifie, que les courants froids viennent taquiner les courants chauds et il se souvient des leçons de son père. Les conditions sont réunies pour que l’océan accouche de la Vague, la nordique, celle dont rêve les surfeurs aguerris. Une vague immense, terrible et magnifique. Il attend sur la plage, il hésite d’en parler à Alex qui s’intéresse plutôt à la fête chez Beth, l’occasion de retrouver sa copine Jenny. Toutefois il parvient a extraire Alex pour une sortie en mer, mais la mer reste étale. Ils rentrent et Alex se dépêche de s’habiller pour rejoindre la bande chez Beth. Ward n’est guère enthousiaste à le suivre. Il songe à cette nordique. La chance de montrer ce dont il est capable. Une vague unique qu’il ne faut pas louper. Un défi mortel.
Il repart en mer et surprise il découvre que son père l’a précédé. Il le suit face à cette vague mythique. Son père s’est déjà lancé. Il semble dompté la vague, la maîtriser. Ward ne peut que l’accompagner, une fois de plus. Derrière Ward aimerait que son père l’aperçoive et soit fier de lui. Mais non le voilà qui s’engouffre dans le tube et disparaît. Ward rejoint l’endroit où il a disparu dans la montagne d’eau …

Joli roman qui condense en une journée une étape fondatrice d’un adolescent introverti, en quête de reconnaissance de ses parents et de ses amis. Il se réfugie et se renferme dans bulle. Il est soumis, hanté par son père, sorte d’identification envahissante, au surmoi sévère et tyrannique. Comment parvenir à sa hauteur, voire à le dépasser. Un cap, une vague à surmonter.
La mer offre un décor métaphorique dans lequel évolue l’adolescent. Cette mer qui est comme un rideau de théâtre qui va bientôt s'ouvrir pour tout (lui) révéler, comme si tous ses espoirs, il en était conscient, se trouvaient là-bas derrière ce rideau, qui, en s'ouvrant, allait révéler qu'il n'y avait rien là qui doive susciter sa peur, ou sa honte, ou même ses doutes».

Kirsty Gunn saisit parfaitement ce mouvement psychologique de prise de risques insensés propres aux adolescents qui s’engagent dans des actes au mépris du danger et de leur vie. Elle capte avec finesse les doutes, les angoisses qui tenaillent cet adolescent.
L’auteure sollicite les sensations, des ressentis à peine palpables dans un style qui quelquefois me faisait flotter entre deux eaux.  La lecture requiert de l’attention pour suivre ce récit initiatique et poétique. Une belle illustration d’un apprentissage, du franchissement d’une étape structurante d’un garçon avec pour compagnon une mer magnifiquement rendue.

Lire l’avis de Clarabel.

Le garçon et la mer, The Boy and the Sea, roman néo-zélandais de Kirsty Gunn (2005). Traduit par Anouk Neuhoff. Editions Christian Bourgois (2007), 166 pages.