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JE PARLERAI DE TOI À MON AMI D' ENFANCE - BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK

mai. 25e, 2008

06:12 pm - JE PARLERAI DE TOI À MON AMI D' ENFANCE

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Sur la couverture on distingue un jeune garçon assis, les bras croisés sur ses jambes repliées. Il se tient au bord de ce qui ressemble à un canal de la lagune vénitienne. Il est pensif. Cette photo attire mon attention ainsi que le titre  je parlerai de toi à mon ami d’enfance. Une bonne occasion de découvrir un auteur dont le patronyme ne m'est pas inconnu.
Ce roman autobiographique débute par l’évocation d’un cauchemar. Il se souvient de la figure d’un pirate dessiné par son grand frère qui était accrochée au mur de sa chambre. Faiblement  éclairé elle effraye le jeune enfant. Cette angoisse qui ressurgit une bonne quarantaine d’années plus tard se niche au fond de sa mémoire. L’occasion pour Jérôme d’Astier de nous emmener à la découverte de ses souvenirs d’enfance. Une enfance protégée au sein d’une famille bourgeoise. Son père, Emmanuel d’Astier de la Vigerie, grand résistant, député communiste progressiste dans les années cinquante apparait un peu raide et pas très affectif. Les échanges avec son fils sont rares et formelles. Alors que son frère devient un bel adolescent costaud, Jérôme souffre de dysenteries, garde une allure frêle et peu sportive. En revanche ses études se déroulent bien, il enchaîne avec brio les différentes classes.
L’auteur retrace ses années de jeunesse en nous conviant à une promenade poétique dans son univers enfantin. Au grée des chapitres et de la vie familiale nous croisons, au détour d’un escalier à Lausanne Zhou EnLai, sur la plage du Lido Althusser, à table Mitterrand ou encore Jean Paul Sartre. Les noms de ces personnalités apparaissent subrepticement pour s’éclipser tout aussi rapidement. À côté de ces figures facilement reconnaissables, l’auteur dépeint sa famille. La branche maternelle d’origine russe dispersée entre Londres, Barcelone…
Si la stature du père en impose par sa rigidité et une certaine froideur affective, la mère au contraire tend à l’étouffer sous une tendresse excessive, elle pesait cent kilos de duvet.
Longtemps après il se remémore ses moments intimes partagés avec cette mère fantasque, entourée de ses amis. Des personnages hauts en couleur, comme cet anglais qu’il prenait injustement pour l’amant de sa mère alors qu’il préférait les hommes.

Joli récit où Jérôme d’Astier parvient à restituer l’univers de son enfance en préservant la fraîcheur de cet âge. J’ai pris plaisir à lire ce roman au style poétique. 

Extrait :

Plus tard, beaucoup plus tard, je rencontrerai un jeune homme. Il m'accueillera dans sa soupente. Nous parlerons. Je verrai sa souffrance et il me semblera la comprendre. La nuit tombera, tandis que nous parlerons, et la soupente se fera obscure. Quand nous nous tairons, je lèverai les yeux et je regarderai la fenêtre oblique, un carré de ciel percé dans la toiture, où bouge un feuillage. Ce sera l'été. Il aura pleuré dans mes bras. Les feuilles me parleront, sur le ciel à peine moins sombre qu'elles. Cette nuit-là sera une nuit d'enfance, mais vécue beaucoup plus tard. Parce qu'on n'a jamais vécu son enfance entièrement. Il en reste toujours quelques heures, quelques matins ou quelques nuits, pour l'avenir. 

Je parlerai de toi à mon ami d’enfance, roman de Jérôme d’Astier chez Gallimard, collection Haute enfance. (2008) 144 pages.