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NÉS EN 68 - BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK — LiveJournal

mai. 24e, 2008

07:32 pm - NÉS EN 68

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J’attendais avec impatience le film de d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau. En ces temps commémoratifs, voilà un sujet ambitieux de raconter dans une fiction cinématographique quarante années post soixante huitardes. Cette gageure court le risque de décevoir. Nous sommes imprégnés de cette histoire récente car chacun possède son propre vécu, sa lecture, sa vérité. C’est une épopée née en 68, revisitée par les deux réalisateurs et leur scénariste Guillaume Le Touze. Elle égrène la libération sexuelle, la montée du féminisme, l’esprit hédoniste et libertaire issus d’une petite révolution non violente il y a quarante ans.

Yann Trégouët & Yannick Renier.

Yves (Yannick Renier), Catherine (Laetitia Casta, notre Marianne républicaine), et Hervé (Yann Trégouët) trois étudiants enivrés par l’atmosphère révolutionnaire de soudaine liberté d’expression, de jouissance sans entrave de son corps décident de poursuivre leurs rêves utopiques en choisissant de créer une communauté au cœur d’une France profonde. Avec des copains et copines ils s’installent et retapent une grande bâtisse abandonnée en haut d’une colline. Passés les premiers mois d’enthousiasme et de batifolage dans les champs en fleurs, des fêlures apparaissent, la déprime gagne et le groupe s’effiloche. Catherine et Yves auront deux enfants : Ludmilla et Boris.
La première partie du film décrit cette tentative de concrétisation utopique. La possibilité de changer la vie, de s’affranchir des carcans familiaux et sociaux, de rompre avec le capitalisme, de créer une existence en adéquation avec ses rêves. Époque hédoniste du peace and love qu’on voit se développer dans une sorte de bulle autarcique au plus près d’une nature forcément naturelle. Puis les illusions s’envolent et le trio éclate, Yves s’ennuie et retourne à Paris entre béton et bitume. Hervé, le plus idéaliste, qui ne peut pas trouver de place entre Yves et Catherine poursuit ses chimères révolutionnaires et s’engage dans la dérive de la lutte armée. Exit Hervé, à l’ombre pour de nombreuses années. Seule Catherine s’accroche à la maison où il n’y pas de clef.


Les années passent scandées par des quelques évènements phares. La décennie giscardienne d’un retour à l’ordre est illustrée par le combat des femmes pour le droit à l’avortement. L’occasion de remémorer les ignominies exprimées par des députés d’une France conservatrice. On retrouvera des formulations semblables lors de l’épisode du Pacs avec une citation de Boutin. Puis arrive mai 81 début de la seconde partie. Les enfants devenus adultes entrent dans la danse. Boris (Théo Frilet) et son copain d’enfance Christophe (Édouard Collin) découvrent l’amour. La révolution altersexuelle prend la relève de l’amour libre et complète la révolution sexuelle. Ce n’est pas simple d’autant que le sida vient durement frapper l’élan libérateur. Cette glaciation du désir amène Boris à s’engager dans le militantisme auprès d’Act Up. En quelque sorte il reprend le flambeau de ses parents sauf qu’ici il s’agit il y a urgence pour sauver sa peau. Le scénario laisse une place importante au combat contre le sida, puis à la création du Pacs et se termine sur la revendication à l’adoption d’enfants par les gays. De son côté Ludmilla s’entiche d’un jeune iranien, un clin d’œil à l’ouverture sur le monde et la difficile conciliation de cultures différentes.
Les évènements se succèdent dans une sorte de florilège un peu redondant. Comme si à mesure que nous nous rapprochions d’aujourd’hui, il fallait scander de manière plus serrée les dates : le mouvement des sans papiers, les élections de Chirac, le 11/11, le discours de Sarkozy …

Edouard Collin & Théo Frilet.

Le film se place sous le signe de l’amour, avec la place centrale dévolue à Catherine, fil rouge de cette saga. L’amour libre clamé dès le début entraîne les combats successifs pour le droit de disposer librement de son corps, de pouvoir recourir à l’avortement, de la visibilité de l’alterséxualité. La libération sexuelle initiée et dynamisée par mai 68 sera entravée par un retour à l’ordre moral dans les décennies suivantes. La liberté d’expression concernant la sexualité en a pris un coup. Si des adultes s’ébattent librement, si les deux garçons s’embrassent et jouissent, il n’y a pas de nudité infantile, pourtant visible au cours des années soixante dix.

Le personnage de Catherine maintient la cohésion de l’histoire et permet de suivre sans se perdre les nombreux méandres de cette chronique tendre et bienveillante. Est-ce monde que les soixant-huitards désiraient léguer à leurs enfants ? On peut en douter, le principe de réalité s’avère plus fort que celui du plaisir et la nécessité de travailler, d’engranger un peu d’argent fait trébucher l’utopie libertaire de mai 68. À la génération des parents utopistes succèdent celle des enfants confrontés à une réalité mortifère. Catherine disparaît symboliquement avant l’an 2000 au moment de l’éclipse… elle ne connaîtra ni Le Pen au 2nd tour, ni le discours de Sarkozy.
Bien sur il y a des passages moins soutenus, des hauts et des bas ; à l’image du paysage du Quercy fait de vallonnements. Mais le sympathique enthousiasme que transmettent les acteurs et le cheminement sensible du scénario contribuent au plaisir de suivre sans ennui les 3 heures de projection*. Les dialogues demeurent simples, pas ou peu d’envolées lyriques, des échanges simples, pas d’effets de style comme si les réalisateurs avaient tenu à dérouler une histoire presque banale. La danse et la musique égaient et occupent une place nécessaire, comme c’est souvent le cas dans les films de Ducastel et Martineau.

Un mot sur les acteurs. Le film est littéralement porté par Laëtitia Casta qui laisse peu de place aux autres tellement elle rayonne et incarne si solairement cette épopée. Bienvenu à Théo Frilet une nouvelle frimousse et chose assez rare au cinéma, il exhibe une belle toison dorée sur son torse en plus d’un beau galbe fessier. Il s’en tire plutôt bien notamment face à Édouard Collin un peu trop prévisible.

Lire ici et ici deux interviews des réalisateurs. L'avis de Bernard A.

* Le film au départ était prévu pour la télévision (en deux épisodes pour Arte) et ça se remarque, à la manière de Sa raison d'être récemment diffusé sur FR2. Toutefois, ici le souffle et la rigueur des réalisateurs donnent une oeuvre bien mieux maîtrisée.

Nés en 68, nous nous aimerons jusqu’à la mort. Film français réalisé par Olivier Ducastel et Jacques Martineau. (2008).



Comments:

From:(Anonymous)
Date:juin 3e, 2008 04:16 pm (UTC)

Bon billet cinéma encore une fois :)

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C'est un film somme qui déborde de partout en voulant tout embrasser, tout évoquer. J'ai relativement aimé ce balayage des années pré-Mitterand qui m'étaient étrangères à beaucoup de titre (je n'étais pas né et suis né très loin d'ici en juin 81 ;) Le film est sauvé par des interprétations convaincantes. La critique salue Théo Frillet comme le nouvel espoir. je reste pour ma part un fidèle d'Edouard. Oui, nous avons de nouveau droit à une interprétation à la Vincent Imbert, mais bizarrement c'est dans ses rôles comiques au ciné et au théâtre que je l'ai trouvé dernièrement désepéremment prévisible.

NB : Il est fort possible qu'Arte diffuse le film dans sa version longue 4h30 comme c'était initialement prévu. une autre vidéo critique intéressante : http://fr.youtube.com/watch?v=nJjox7LieBY

Blutch

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From:psykokwak
Date:juin 17e, 2008 05:26 pm (UTC)

Re: Bon billet cinéma encore une fois :)

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Merci de ton passage. Espérons qu'Arte programme le version longue.
Que deviens tu ? tu as ouvert un autre blog?
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From:(Anonymous)
Date:juin 15e, 2008 07:48 pm (UTC)

Ne boudez pas votre plaisir tant qu'il est encore temps

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Rien à rajouter à cet article concis dont je partage le contenu. Malgré ses défauts, "nés en 68" a le souffle de ces récits au long cours qui inscrivent de petites histoires dans la grande ("nos meilleures années" de M. T. Giordana est la référence récente qui me vient à l'esprit).
Lorsque cette histoire, c'est un peu la vôtre, l'émotion souvent vous étreint et l'ennui jamais ne nous envahit.
Un billet de Didier Roth Bettoni sur "les toiles roses" (http://www.lestoilesroses.com/categorie-10418380.html) évoquait que Ducastel et Martineau étaient un peu déçus par les entrées de leur film qui semblait ne pas trouver son public gay.
Alors gay ou non, quel que soit votre âge, ne boudez pas votre plaisir tant qu'il est encore temps, c'est un peu votre histoire.
TQ?
PS Merci pour ton commentaire à "Printemps chéri"
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From:psykokwak
Date:juin 17e, 2008 05:33 pm (UTC)

Re: Ne boudez pas votre plaisir tant qu'il est encore temps

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Tu as raison ce film n'est nullement réservé à un public altersexuel.
Pendant le film j'ai souvent pensé à ma mère qui portait des robes semblables à celles que revêt Catherine (L. Casta).
Elle m'évoquait la tête de ses collègues pédagos quand dans les années 70, elle débarquait dans leur classe habillée de robes longues à fleurs, en sandales. Elle évitait pas jusqu'à s'embaumer? de patchouli.
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From:(Anonymous)
Date:février 15e, 2011 11:15 am (UTC)
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From:(Anonymous)
Date:mars 20e, 2011 12:09 pm (UTC)
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