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A L' ABRI DE RIEN



À l’abri de rien assurément et certainement pas de la folie. Olivier Adam parle à la place de Marie, flanquée de deux mioches, d’un mari chauffeur de bus scolaire. Elle traîne sa lassitude de chômeuse dans cette région battue par la mer du nord, non loin de Sangatte, lieu de rassemblement d’immigrés clandestins en attente d’un départ vers l’Angleterre. Dans son quartier pavillonnaire banalement triste, comme des milliers d’autres femmes elle attend le retour des enfants de l’école et de son mari. Une vie monotone, terne sans grand intérêt. Marie tente d’échapper à sa triste réalité quotidienne. Le budget est serré, qu’à cela ne tienne, elle craque pour offrir à ses gosses quelques rayons de soleil.

Son existence va basculer après avoir assisté écœurée au matraquage d’un clandestin par des policiers. Puis un soir, en voiture elle crève, un « kosovar » vient alors la dépanner. Le lendemain elle pousse le battant de la tente dressée devant la mairie qui accueille ces étrangers transis de froid, couverts d’ecchymoses, affamés, en stand by d’un eldorado fantasmé. Elle prête main forte aux autres bénévoles. Du coup sa vie prend un sens, elle se sent utile. Elle offre ses services sans contrepartie à cœur perdu. Sa vie familiale s’effiloche aussi vite qu’elle s’engouffre dans son action caritative. Son mari ne comprend pas. Elle oublie d’aller récupérer ses moutards à la sortie des classes, et l’anniversaire de la plus jeune. Les voisins s’offusquent de son dévouement pour des types qui envahissent la région, dorment dans les parcs, stationnent aux abords des commerces, bref font mauvais genre dans un paysage en déshérence. Il y a assez de misère comme cela sans en rajouter. Les braves gens ferment les yeux sur les méthodes peu ragoûtantes de la police qui n’hésitent pas à ratonner les exilés que personne ne veut. Marie ballottée par une existence déprimante plonge inexorablement dans un délitement de ses fragiles repères. Elle semble empêtrée par les fantômes de son père mort trop tôt, d’une mère alzheimerisée, d’une sœur adolescente décédée tragiquement dans un accident de la route. Alors quand elle entrevoit une raison de se rendre utile elle n’hésite pas. Quitte à délaisser sa petite famille pour aider les autres. La folie s’empare doucement de Marie (quel prénom !) qui ne comprend pas que son entourage lui reproche sa bonté pour des étrangers.
Victime de ses bons sentiments elle se perd et s’éloigne de ses proches.

Olivier Adam n’y va pas quatre chemins pour dénoncer le sort réservé à ces malheureux exclus économiques et politiques. La police se comporte odieusement en toute légalité. La justice est décrite encore plus raide que la matraque qui frappe les « kosovars »  indésirables. L’auteur parvient à bien dépeindre l’univers triste et morne de ce Pas de Calais, de ces femmes engoncées dans une routine déprimante, des zones délaissées, en friche de sens.

Le roman démarre assez lentement pour accélérer progressivement et tout emporter à la fin. Comme il est court, j’étais assez heureux qu’il se termine. Je regrette les facilités et les excès sentimentaux auxquels recourt l’auteur. Toutefois ses personnages restent humains. Stéphane, le mari, assez brut et quelque peu bovin au début montre finalement de belles qualités d’empathie pour sa femme. Mais j’ai eu du mal à accrocher à la dégringolade psychique de Marie. Cela doit provenir de mon indécrottable propension à vouloir garder le sens de la réalité.

Lire quelques avis ici et celui de Matoo.

Olivier Adam
Tags: roman
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