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DE L'AUTRE COTE


De l’autre côté, comme Alice traversons le miroir ou ici les frontières qu’elles soient   culturelles, politiques, territoriales, de ce coté-ci en l’Europe ou de l’autre côté du Bosphore. Avec un scénario bien construit aux entrelacements multiples, Fatih Akin suggère une vision optimiste de la nécessité du métissage, de la rencontre de l’autre. De Brême à Istanbul, d’Hambourg à Trabzon et à travers six personnages le film esquisse cette Europe en devenir, prise dans ses contradictions et ses espoirs.

A Brême donc, Ali un immigré turc âgé se prend d’amour pour Yeter, une compatriote qui « vend du plaisir ». Il l’accueille chez lui, et en échange de quelques gâteries domestiques lui offre le gîte et le couvert. Il faut dire qu’il est veuf depuis belle lurette et que Nejat, le fiston, a réussi l’intégration sociale en devenant prof de littérature allemande à l’université. Patatras, le père trop excité d’avoir à demeure une femme, s’enivre et expédie Yeter dans l’autre monde. On venait d’apprendre qu’elle était sans nouvelle de sa fille Ayten restée à Istanbul. Nejat accompagne le cercueil et s’installe à Istanbul pour rechercher Ayten dans l’espoir de l’aider pécuniairement et culturellement. Ce serait en quelque sorte payer la dette du meurtre maternel. Las, Ayten qui milite dans un groupuscule révolutionnaire kurde a du quitter son pays et se réfugier illico presto à Hamburg. Rapidement isolée elle se met en quête de sa mère mais c’est  trop tard. Elle rencontre (Char)Lotte qui l’héberge. Les deux jeunes femmes tombent amoureuses l’une de l’autre. Les lois de l’hospitalité teutonne étant restrictives,  Ayten doit retourner en Turquie où elle est incarcérée pour ses activités politiques antérieures. Lotte lui court après jusqu’à Istanbul où elle est tragiquement tuée. La mère de Charlotte décide à son tour de séjourner au bord de la Corne d’Or. Dans un magnifique mouvement de réconciliation et de pardon avec Ayten, elle permet à son tour la réconciliation entre Nejat et son père. Le film se découpe en trois chapitres : la mort de Yeter, la mort de (Char)Lotte , et enfin de l’autre côté. Deux sacrifices et un pardon. Point de surprise à voir le dénouement se réaliser au moment de la fête de Bayram qui commémore le sacrifice d’Abraham.

Nurgül Yesilcay et Patricia Ziolkowska.                              

C’est une oeuvre bien ficelée qui a décroché le prix du meilleur scénario ce printemps à Cannes. C’est une belle métaphore sur les relations entre l‘Allemagne et la Turquie que l’on voudrait élargir aux  pays riches vers les pays moins favorisés. 

Fatih Akim aime ses deux pays. Istanbul et la Turquie sont bien filmés. Je pensais au long métrage d’un turco italien Ferzan Ozpetek : Hammam. Istanbul y était admirablement dépeinte. Ici c’est une ville à la fois moderne et aussi avec ses quartiers délabrés qui dégringolent vers le Bosphore. Cela donne furieusement envie d’aller y déguster un café turc sous le pont de Galata.

  Au bord du Bosphore, de dos Tuncel Kurtiz (Ali)

Ce film qui flirte avec le mélo tout en restant très digne exprime un bel espoir dans ce métissage qui sauvera notre humanité. A l’époque de la mondialisation économique, les peuples frileux ont trop tendance à privilégier le repli identitaire. Fatih Akin, produit de deux cultures, rappelle avec conviction la nécessité du mélange, de s’ouvrir à l’autre. On pourra trouver le propos rêveur, utopique mais enfin pour une fois qu’un représentant de cette mixité délivre un message optimiste ne gâchons pas notre plaisir. Toutefois la mort, ou tout simplement le principe de réalité vient rappeler le difficile et long cheminement pour atteindre l’autre côté. A propos de cheminement le réalisateur use des balades en train, en voiture, même les cercueils voyagent. Eux ils franchissent sans encombres les frontières.

Ce film a même un côté altersexuel. La passion amoureuse des deux femmes se déploie avec bonheur, sans nulle trace de critique. On pourra objecter que la mère est réticente à cette amour naissant et passionnel, mais n’est-ce pas cette mère allemande qui va tendre la main. Beau symbole de la main tendue.  En revanche la vie sentimentale de Nejat s’avère réduite. Est-ce parce qu’il s’est totalement investit dans ses études, façon à lui de rembourser son père des sacrifices consentis pour son éducation ? Mon sentiment est que la réussite de son métabolisme culturel serait contrebalancé par un « raté » affectif. 
Les jeunes filles fusionnent l’affectif et le culturel, épargnées des dettes du passé.

 
Un dernier mot sur l’excellent jeu des acteurs, en particulier Hanna Schygulla, et Nurgul Yesilcay.

Tags: Altersexualité, allemagne, film, turquie
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