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ENTRE LES MURS - BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK

oct. 8e, 2007

03:05 pm - ENTRE LES MURS

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C’est marrant j’ai emprunté ce livre à la médiathèque sur la table des nouveautés alors que je l’avais acheté quelques semaines auparavant et abandonné entre de bonnes mains.
De retour chez l’heureux dépositaire qu’elle ne fut pas ma surprise de l’entendre maugréer sur ce roman.
Tel n’est pas mon sentiment, au contraire j’ai pris plaisir à le lire.

Dans un collège du XIX eme arrondissement de Paris, le narrateur s’ingénie à enseigner les règles élémentaires du français à des élèves de 4eme et de 3eme pour la plupart d’origine étrangère. Leur vocabulaire se limite au parlé de la rue et le prof passe son temps à des explications de texte.
L’auteur se cantonne à l’espace du collège et principalement à la salle de classe et celle des profs. De temps en temps nous avons droit à une incursion dans le bureau du principal lorsqu’il doit recourir  à l autorité.
Notre prof reste inflexible sur les règles de conduite et tout manquement à la discipline se traduit illico par une sanction. Nous sommes loin du laxisme rebattu des enseignants, du moins de celui là.
Il est vrai qu’il a fort à faire avec des ados remontés comme des ressorts «  des centrales » et dont l’apprentissage scolaire apparaît souvent comme le cadet de leur souci.
Quand il ne réprimande pas un élève ou essaye d’inculquer les subtilités de la métaphore et de la périphrase il traîne dans la salle des profs.
A chaque fois il note des bribes de conversation qui tristement ressassent les mêmes antiennes : la 5eme 1 insupportable, la machine à café rétive ou les vacances passées trop courtes et encore trop éloignées. Il n’est pas tendre pour ses collègues et somme toute ce n’est certainement que la banale réalité des échanges entre deux cours.

Il ne cherche pas à plaire, et son portrait se révèle de façon contrastée. Aux explications pédagogiques succèdent des réparties cinglantes, ironiques qui ont le don d’irriter des  potaches peu amènes de saisir le second degré. Les paragraphes s’enchaînent au gré des saisons, des programmes et d’une géographie limitée à l’enceinte du collège.
Les potaches, comme ses collègues sont d’abord reconnus au travers du vêtement qu’ils portent. Des tee-shirts aux inscriptions les plus fantaisistes, aux couvre chefs qu’il réclame sans cesse d’ôter jusqu’au nombril que des filles exhibent.

L’humour tient lieu de respiration dans cette plongée trop craignos de ce collège. On rit des plaisanteries, bons mots du prof et aussi de quelques répliques vives et justes de ses élèves qu’il charrie .
A la fin du livre quand sonne l’heure des derniers conseils avant le brevet, le prof rappelle quelques règles de l’écrit. Ne pas écrire comme on parle, respecter la négation, proscrire le franchement,  etc. … Et d’ajouter que même les dialogues ne peuvent se transcrire texto …
Et pourtant que ne fait – il  dans ce roman que d’essayer d’être au plus près de la réalité du parlé (de l’oralité) de ses potaches et de lui même.

La parole au prof, la veille, au conseil d’administration, deux élèves de sa classe avaient été prises d’un fou rire inextinguible.
"Je vidais mon sac.

- Moi, rire comme ça en public, c'est c'que j'appelle une attitude de pétasses.
Elles ont explosé en chœur.
-C'est bon, on est pas des pétasses.
-Ca s'fait pas de dire ça, m'sieur.
- J'ai pas dit que vous étiez des pétasses, j'ai dit que sur ce coup-là vous aviez eu une attitude de pétasses.
- C'est bon, c'est pas la peine de nous traiter.
-Ca s'fait pas monsieur d'nous traiter.
-On dit pas traiter, on dit insulter
-C'est pas la peine de nous insulter de pétasses"

Au final nous avons une peinture sans complaisance, comme de l'art brut, faite d'une successions de tableaux, de photographies de la quotidienneté de la vie d'un prof du secondaire. A côté de moments pénibles à jouer le garde chiourme, à voter l'exclusion d'élèves, il existe aussi de belles joies quand au il découvre dans la rédaction d'un jeune chinois au français hésitant des raisons d'espérer et de continuer à enseigner.

 

Des avis ici et une interview de la revue Le matricule des anges.
Un film réalisé par Laurent Cantet tiré de ce roman est en cours de montage, sortie prévue en 2008.

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