November 4th, 2007

ALABAMA SONG


Zelda Sayre, fille d’un juge de Montgomery, détonne dans cet état de l’Alabama chaud et humide du Southern. Elle remporte le concours de Miss Alabama et elle aspire à la liberté.  À peine sortie de l’adolescence, elle fréquente des aviateurs cantonnés près de sa ville. Elle rencontre Scott Fitzgerald, jeune et bel officier qui se prépare pour rejoindre les sinistres champs de bataille de l’est de la France. L’armistice survient trop tôt et lui épargne cette aventure* et il embarque Zelda à New York. Trop heureuse de fuir une vie de greluche dans ce sud raciste et conservateur, elle découvre aux bras de Goofy, et dans les bars, la vie trépidante de la Grande Pomme. Goofy est en passe de réaliser son rêve de devenir un grand écrivain. Les succès arrivent avec This Side Of Paradise, puis  The Great Gatsby  ce qui leur offrent une aisance incroyable. Ce sont les années folles, Scott Fitzgerald devient la coqueluche de cette Amérique en plein boum, celle qui régénère d’un sang neuf, d’une musique jazzy une Europe exsangue. Ils forment un couple célèbre, leur beauté, leur intelligence les rendent emblématiques de cette époque insouciante. En somme ils incarnent les people de ce début de siècle. Ils traversent l’Atlantique et séjournent à Paris, sur la Côte, La Riviera. Tout leur sourit. Puis commence la lente et inexorable descente. Le couple se chamaille. Il s’acoquine à Lewis O’Connor (Ernest Hemingway) que déteste Zelda. Elle suppose une relation amoureuse entre les deux romanciers. Elle s’amourache d’un aviateur français ce qui déclenche la fureur de Scott qui l’expédie à l’asile. Aux années fastes succèdent les années douloureuses. Il sombre dans l’alcool et sa verve littéraire s’effiloche. Zelda, entre deux séjours asilaires, se jette, en vain, à corps perdu dans la danse, la peinture.

Gilles Leroy revêt les habits de Zelda. Il lui redonne la parole. Nous parcourons son histoire, nous pénétrons dans son monde sensible. Une autre Zelda se révèle. Une femme qui revendique sa singularité. À l’instar de Camille Claudel, son talent alimente le cannibalisme de son mentor. L’auteur nous captive dans un style simple et puissant. Ce n’est pas une biographie mais la confession d’une femme fragile et fragilisée par le dédain de son mari. Elle souffre de l’incompréhension de son entourage, des psychiatres qui la bourrent de traitements inhumains au lieu d’entendre sa détresse.

J’avais commencé à lire ce roman à la fin de l’été après l’avoir acheté dans cette librairie bien sympathique de Banon** aux pieds du Cantadour. Je m’étais arrêté à quelques encablures de l’épilogue. Je n’osais aborder la triste fin de cette muse. Le livre demeurait en souffrance, comme Zelda qui se consumait lentement dans son Alabama asilaire, loin de Goofy bientôt mort.

Qu’est-ce qui me retenait de le terminer? Identification au personnage délaissé ?, je différais l’achèvement de cette promenade littéraire. Elle devait rester en suspens.
C’est étrange car j’avais avalé ses précédents livres. Après avoir découvert et été emballé par Les maîtres du monde, j’ai moins apprécié Grandir,  puis accompagné L’amant russe, et surtout aimé Champsecret.
Alabama song, un joli titre qui rappelle la triste et célèbre complainte de Grandeur et décadence de la ville Mahagonny reprise avec l’inoxydable tube des Doors, se démarque de ses précédents bouquins. Certes il parle de lui mais sous le déguisement de son héroïne. Zelda c’est moi aurait - il pu écrire. In fine il livre une clef : écrire comme la revanche d’un désir contrarié. C’est aussi la réussite poétique d’un cheminement intérieur.

Ce qu’en pensent Matoo et Flo.

* Je pense à Ernest Hemingway qui chercha à tout prix à participer cette guerre.

** La librairie Le bleuet à Banon.