BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK
avr. 24e, 2009
07:16 pm - PATRIK , AGE 1,5

Un couple emménage dans un coquet pavillon planté dans un quartier résidentiel d’une quelconque banlieue suédoise. Ils sont affairés à meubler la chambre qui recevra le bébé qu’ils souhaitent adopter. Göran (Gustaf Skarsgård) est médecin et Sven (Torkel Petersson) son viking de mari travaille dans une boite de com. Ils font connaissance avec leurs voisins, un panel de suédois moyens. Des familles, un beauf, des retraités, bref rien de bien original. D’abord fraîchement accueillis, ils sympathisent assez vite avec les quelques voisins ouverts.
Gustaf Skarsgård & Torkel Petersson
Leur demande d’adoption se heurte au refus de pays étrangers de confier un de leurs enfants à un couple d’hommes. Après une assez longue attente arrive la bonne nouvelle : on leur propose d’accueillir un orphelin suédois : Patrik 1,5 an. Mais quelle n’est pas leur surprise de voir débarquer non pas le bambin désiré mais un ado revêche de 15 ans. Il traîne un passé mouvementé scandé de fugues et de menus larcins. Pour couronner le tout, Patrik (Tom Ljungman) les insulte en tenant des propos homophobes. Sven s’engueule avec l’ado irascible et craint qu’il n’en profite pour les voler et même les poignarder. La lettre qui le présente mentionne son penchant pour les couteaux.

En attendant l’ouverture du service social qui s’occupe des adoptions ils doivent l’héberger tout le week-end. Goran tente en vain de tranquilliser son mari. En revanche il parvient à échanger avec l’ado. Lorsqu’ils raccompagnent Patrik au service social ils réalisent leur méprise. Une simple faute de frappe a glissé une virgule entre le 1 et le 5. Sven refuse de garder Patrik, quant à Göran, son empathie pour l’ado le conduit à l’accepter pour un temps en attendant que le service lui dégotte une autre famille d’accueil et qu’on leur confie un jeune enfant.
Énervé et s’estimant inaudible pour son mari, Sven s’adonne à la boisson. Et qu’est-ce qu’ils picolent ces suédois ! La présence de Patrik déchire le couple. Göran demande à son mari de quitter la maison. Le récit se poursuit avec de nombreux rebondissements.
Au départ on se dit que nous regardons une version suédoise de Pleasantville matinée de desesperate housewifes. La réalisatrice s’attarde sur les préparatifs de l’arrivée de l’enfant qui ne peut être dans l’esprit du couple qu’un bébé. Même en Suède où les altersexuels bénéficient des mêmes droits que les couples hétéros, l’adoption reste très difficile. En fait la seule possibilité proposée est un incasable qui a mis en échec tous les précédents placements. Quel individu ou couple consentirai à recevoir un ado ingérable ? À coup sûr c’est la peau de banane et la gamelle assurée pour l’inconscient ou le maso qui s’aventurerait dans une telle entreprise.
De fait Sven, dont l’adolescence chaotique puis un mariage soldé d’une adolescente hostile, veut s’épargner de (re)vivre un psychodrame permanent. Et le début de la cohabitation le conforte dans ses préventions. Insultes, claquages de portes, comportements clastiques, incompréhension mutuelle égayent et déstabilisent leur vie domestique. Patrik craint pour sa virginité ! Il ne peut se réfugier que dans la chambre décorée pour un nourrisson et équipée d’une caméra de surveillance bébé ! Difficile dans ces conditions d’investire un espace sécurisant et rassurant. Il est en sursis.


Pour leur part, Göran et Sven doivent faire le deuil d’une adoption idéalisée. Sven parti, les tensions diminuent. De petits riens en écoutes attentives, Patrik et Göran s’apprivoisent et établissent une relation apaisée. Chacun avance vers l’autre, ose dépasser ses a priori et apprend à se connaitre, à se respecter.
Cette comédie gentille dans sa forme aborde un thème de société actuel. Nos gays prides annuelles brandissent cette revendication de l’adoption qui enflamme les débats, hystérise les franges conservatrices et les culs bénis. Par petites touches, Ella Lemhagen dépeint les préjugés, les réactions outrancières, l’homophobie insidieuse. Elle relève avec subtilité le cheminement psychologique des protagonistes, leurs évolutions. Les acteurs accompagnent avec justesse et sensibilité leurs personnages sans tomber dans la caricature.
Ce n’est pas la première fois que le cinéma traite de ce sujet. On se souvient du magnifique Torch Song Trilogy (1988) qui se déroulait à New York. Le film de Paul Bogart optait pour un scénario plus radical. Il s’agissait d’un couple formé d’un artiste de cabaret et d’un jeune homme qui entreprenaient une démarche d’adoption. On leur confia un ado gay.
Ici la situation est plus convenue, un couple de bobos installés et qui présentent les garanties requises dans un pays ouvert à l’adoption pour les altersexuels.
Le cinéma suédois, comme la production scandinave nous ravit régulièrement de films sympathiques. Patrik age 1,5 ne déroge pas à la règle, cela donne une comédie rafraichissante, joyeuse et bienvenue dans un débat passionnel souvent outrancier qui recourt à l’insulte et l’ignorance. Au final une comédie alerte qui slalome astucieusement entre des clichés inhérents au genre et l’abord réussie d’une juste revendication.

jan. 27e, 2009
02:48 pm - KITCHEN STORIES

Encore un DVD offert à ma curiosité : Kitchen stories. Pourquoi ne pas avoir traduit le titre en français (au Québec il est intitulé Histoires de cuisine) ? donc un film en provenance de la Norvège dont la production cinématographique n’embolise pas les rayons des dévéthèques.
Un docte professeur suédois (un futur consultant d’Ikea ?) invite ses employés à investir les cuisines des « vieux garçons » de Landstad et noter en silence tous leurs faits et gestes. La rigueur de la méthode scientifique est prônée pour mieux valider les conclusions nécessaires à une nouvelle théorie d’ergonomie ménagère. Une variante de l’éthologie appliquée pour le bien être radieux à venir des cuisinières modernes.
Folke (Tomas Norström), observateur terne, juché sur une chaise arbitrale graphe scrupuleusement les rares déplacements d’Isak (Joachim Calmeyer). Un paysan bourru, taciturne, faussement dérangé dans ses rituels domestiques. De l’évier, à la table pour ingurgiter sa rituelle tasse de café. Isak préfère se réfugier dans la chambre juste au-dessus où il cuisine à l’abri du regard inquisitorial de Folke, poussant la perversion à percer un trou dans le plancher pour mater à son tour le voyeur patenté.
Tomas Norström & Joachim Camleyer.
Du même coup on passe du comique de situation digne des films burlesques, des silences aux mots, aux échappées teintées d’onirisme et de fantaisie.
On rit beaucoup dans ce film et Bent Hamer excelle pour repérer les travers, d’où des gags à répétition. On peut trouver les ficelles un peu grosses et la caricature facile. Le paysan aux attitudes de vieux garçon atrabilaire et le scrutateur fonctionnaire dans son costume étriqué. Deux personnages aux origines bien opposés mais tout aussi conventionnels dans leurs habitus s’ouvrent, se rencontrent, en viennent à philosopher ! Tout comme Frozen River le film s’achève au moment de noël, d’où le côté conte trop beau pour être vrai. L’amitié qui s’instaure entre Folke et Isak (aux dépens d’un comparse) a un goût trop sucré pour ne pas nous interroger. Je pourrai aussi proposer une interprétation altersexuelle. En effet nulle femme à l’horizon sinon une vague assistante du professeur docteur ès cuisines modernes qui semble préférer les galipettes aux travaux de recherche. En fait quatre hommes, les deux protagonistes, un vieil ami jaloux d’Isak et le supérieur direct de Folke. Folke n’a pour famille qu’une tante éloignée qui lui envoie régulièrement, à noël des harengs !! On pourrait choisir des représentations féminines plus excitantes. De là à imaginer une homosexualité qui n’ose s’exprimer …
Revenons au film qui dénonce ces approches pseudos scientifiques du décryptage des comportements humains. Le torpillage est certes facile mais salutaire. C’est vrai que les méthodes s’affinent et présentent moins de caractéristiques outrancières. Au passage on relève une pique sur l’histoire récente des deux pays, de la neutralité suédoise durant la seconde guerre mondiale, du marché noir aux dépens des juifs exilés. De la soi disant supériorité et condescendance des mêmes suédois qui viennent observer des paysans norvégiens un peu simplets. Tout cela est finalement emporté par le ton ironique et grinçant de la réalisation.
nov. 12e, 2008
04:44 pm - MILLÉNIUM



L’été dernier j’ai passé quelques après-midi bronzette à lire les tomes 1 et 3 de Millénium. Je viens de lire le tome 2 tout récemment. Trois pavés, en tout 1900 pages de roman policier. Je ne suis pas un amateur de ce type de roman, mais je reconnais avoir avalé chaque tome quasiment sans reprendre ma respiration. L’écriture est d’une simplicité étonnante, le récit se suit sans effort et je me suis retrouvé happé (et je ne suis pas le seul, vu le succès de cette trilogie) par les intrigues que dénoue le journaliste suédois Mikaël Blomkvist. Dans le premier tome il tente de résoudre une curieuse histoire de disparition au sein d’une famille bizarre dans un petit port de la côte orientale de la Suède. Parallèlement il démêle une crapuleuse histoire industrielle et financière. L’auteur dénonce les violences faites aux femmes, qui demeurent le fil rouge des trois tomes. Au cours des épisodes suivants d’autres thèmes surgissent et offrent un foisonnement d’histoires connexes liées à des évènements politiques et sociaux contemporains. On explore les services secrets suédois (Säpo) et ses ramifications avec un passé nauséeux qui flirtait avec le nazisme, les scories de la guerre froide, la lutte contre la pollution, les disfonctionnements des services sociaux et psychiatriques qui deviennent des enjeux dans cette saga journalistique et policière. L’occasion pour l’auteur d’exprimer ses griefs contre une société gangrenée par des collusions entre l’affairisme et la pègre, les trafics etc. . Il exploite les comportements, la probité de certains de ses héros pour affirmer son éthique basée sur le respect de la personne.
Le journaliste est entouré de personnages divers et notamment de Lisbeth Salander, un bout de chou de femme, une sorte de post adolescente gothique, une Fifi Brindacier revisitée. Cette jeune femme, dont l’histoire psychiatrique tient lieu d’axe essentiel dans la trilogie, endosse les traits d’un Asperger bien tempéré. Géniale informaticienne ou plutôt hackeuse, dotée d’une mémoire photographique ahurissante elle souffre d’inaffectivité apparente, de lexithymie d'alexithymie*, et de comportements relationnels caractériels clastiques. En fait l’auteur édulcore les aspects perturbés de la personnalité de son héroïne pour les transformer en avantages lorsqu’elle est confrontée à des situations périlleuses.
Côté sexualité, pas grand chose à redire. Les amours y sont hétérosexuelles et un peu altersexuelles. Lisbeth fricote tantôt avec Mickaël, tantôt avec une fille sans se poser la moindre question métaphysique. On croise un couple de garçons comme étant une chose naturelle. La sexualité est libre dans le respect de chacun. Blomkvist, divorcé, couche de temps à autre avec Erika, une femme mariée qui dirige la revue Millenium. Stieg Larsson ne manque pas une occasion pour dénoncer l’homophobie et la misogynie de certains personnages. Seules les amours tarifées basées sur l’exploitation et la violence faites aux femmes sont vigoureusement vilipendées.
Le livre se compose d’une suite de courts chapitres qui nous mettent successivement dans la peau des protagonistes. Avec eux nous avançons au rythme de leurs interrogations, découvertes, retours en arrière, etc. . Passant d’un personnage à l’autre, les points de vue se multiplient, agrégeant progressivement les pièces du puzzle. L’habileté de l’auteur est de nous placer dans une compréhension à la hauteur de ses acteurs et d’éprouver leurs sentiments. Larsson ne cherche visiblement pas à nous épater par des énigmes tarabiscotées difficilement déchiffrables. Même si l’histoire se complique, se ramifie, nous n’éprouvons pas de sentiment d’éparpillement, d’ennui à attendre une accélération du récit. De manière habile, l’auteur nous fait naviguer d’un personnage à l’autre. L’identification aux personnages fonctionnent bien. Nous sommes tour à tour Mickaël, Lisbeth, Erika, Modig, etc. Pendant la lecture j’étais comme un ado qui s’identifie intensément aux personnages et je m’arrachai difficilement du courant de l’histoire pour regagner les berges de la réalité. D’ailleurs le personnage de Salander, une Fifi Brindacier moderne, concourt à cet abandon dans cette régression adolescente.
La force du roman réside aussi dans un enracinement social proche de notre quotidien. Le Stockholm de Larsson prend forme, se charnellise si je puis dire et devient comme une seconde peau, un décor familier.
On pourra reprocher un certain manichéisme, un style banal avec une écriture parlée pas toujours soucieuse du respect de la langue. Mais ce ne sont pas des raisons suffisantes pour bouder notre plaisir d’être scotché à l’histoire. En lisant le livre et en retrouvant des tics de langage, j’imaginais Stieg Larsson devant son ordinateur, buvant force café tel Mickaël Blomkvist ou de caffè latte comme Lisbeth Salander et souvent se pincer la lèvre inférieure.
* voir le commentaire de Lionel
avr. 12e, 2008
09:28 am - SOAP

Charlotte, une esthéticienne d’une trentaine d’année fout à la porte son mari. La perspective d’une petite vie bourgeoise l’indispose. Elle pourrait tout avoir mais elle demeure insatisfaite, que veut-elle au fond ? Elle emménage dans une cité dortoir. Elle sollicite Veronica, sa voisine du dessous, pour déplacer un lit trop lourd. Veronica, transsexuel, attend le sésame médical qui lui permettra de subir l’opération qu’elle réclame depuis longtemps.
Elles font connaissance, Veronica vit seule avec sa chienne Miss Daisy et elle se repait d’un soap opera. Elle ne raterait sous aucun prétexte la diffusion d’un épisode dont nous n’entendons que la bande son sans jamais voir les images.

La solitude de Veronica est interrompue par les courtes visites de sa mère qui persiste à la prénommer Ulric. Tu restes mon garçon. Le père ne veut plus le voir au grand désespoir de Veronica. Une nuit, elle attente à sa vie et grâce à l’heureuse intervention de Charlotte, une relation plus intime va s’instaurer entre elles. Charlotte apparait comme une histrionique un peu caractériel alors que Veronica traverse une dépression bien compréhensive. La solitude et le rejet dont souffre Veronica résonnent en écho aux témoignages entendus dans le documentaire l’ordre des mots.
Le film de Pernille Fisher Christensen se déroule uniquement à l’intérieur des deux appartements. Les seules vues extérieures se réduisent à des plans fixes récurrents de magnifiques cerisiers en fleurs. Du dehors ne proviennent que les bruits de la télévision, les visites de la mère pour Veronica et de son ex pour Charlotte.
Le film est découpé en séquences précédées d’un commentaire en voix off qui souligne en léger décalage les questionnements psychologiques des protagonistes. Pourquoi est-ce si difficile de trouver le bonheur ? et autres balivernes du même acabit qui s’apparentent aux questions existentielles débitées par ce type de séries télévisées. Cela donne un curieux télescopage entre ces courtes séquences en noir et blanc un peu factices et l’exploration du désir amoureux contrarié entre Veronica et Charlotte. Il vient pointer le décalage entre une réalité vécue étrange, dérangeante, différente des histoires ressassées par les soap opera.
Ces idylles à l’eau de rose remplissent l’imaginaire de Veronica pour tenter de colmater une souffrance psychique bien réelle.
L’intérêt du film tient dans l’observation des tiraillements, des élans de désirs nouveaux qui s’emparent des deux femmes confrontées à des représentations hétéronormées serinées à longueur de feuilletons télévisés auxquels s’accrochent Veronica. Qu’est-ce qui les empêcherait d’accepter leurs désirs amoureux sinon des représentations, conventions culturelles normatives ?
Le décor réduit accentue l’impression de théâtre filmé, dépouillé, épuré de toutes interventions extérieures à l’action. Le recours au procédé façon dogme accompagne le récit pour focaliser l’attention du spectateur sur la relation sentimentale des deux femmes.
La caméra abuse des gros plans qui scrutent les regards, les inflexions des expressions des acteurs avec le souci obsessionnel de traquer les changements qui s’actualisent chez les personnages. Cela confine à un formalisme froid et distant à la limite caricatural d’un certain type de cinéma scandinave. Dommage qu’il manque une pointe d’humour, une créativité chaleureuse qui viendraient atténuer le sentiment d’austérité qui se dégage de ce film.
Pernille Fisher ChristensenSoap (En soap) film danois de Pernille Fisher Christensen, 2006. Grand prix du jury Berlin 2006. Présenté au 7eme festival Vues d’en face à Grenoble.
