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BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK

déc. 4e, 2009

08:23 pm - BOY ' S CHOIR

Boy’s Choir, les garçons de la chorale se déroule au Japon au début des années soixante dix. Michio (Atsushi Itô), une petite quinzaine d’année, veille à l’hôpital son père en phase terminale. Dans un dernier râle il pose la question qu’est-ce qui se passe, qui c’était ? Le fils semble en apparence peu bouleversé par ce qu’il vit. En fait il se protège, il recopie minutieusement sur une feuille les courbes de température et de rythme cardiaque de son père.
Son oncle le dépose dans un collège secondaire. Il n’est jamais question de sa mère et je suppose qu’il était déjà orphelin avant la disparition de son géniteur.
Dès son arrivé au pensionnat, le jeune Yasuo (Sora Tôma) s’intéresse à lui. Ce garçon sensible rêve de devenir un chanteur à l’instar de son héros Andreï, un des Petits Chanteurs de Vienne, dont la célèbre chorale sillonne les pays du monde entier. Alors que Michio cherche à fuguer, Yasuo le rattrape, l’accompagne et parvient à le dissuader de quitter l’orphelinat. Michio bégaie et doit endurer les quolibets des autres garçons. Yasuo le soprano vedette de la chorale l’emmène rencontrer Seino (Teruyuki Tagawa) le charpentier de l’école et aussi l’animateur de la chorale de l’établissement. Il l’accueille sachant qu’un bègue abandonne son symptôme dès qu’il chante. Sa participation à l’ensemble musical renforce ses liens avec Yasuo et une amitié profonde s’instaure entre les deux adolescents. L’amitié plus forte que les liens de sang. Yasuo sollicite le maître de choeur pour que leur ensemble participe au concours national des chorales du Japon.

Á ce moment surgit Satomi, une amie de Seino poursuivie par la police pour des actes terroristes. En voulant fuir, elle se fait exploser avec le bâton de dynamite qu’elle transportait. Très touché par cet évènement auquel il assiste, Yasuo choisit de mettre son art du chant au service de la cause révolutionnaire. Un autre évènement va précipiter son engagement. Il mue. Cette catastrophe pubertaire le rend mutique et il oblige Michio à devenir sa voix, son porte parole. C’est aussi un moyen de l’agripper, de le retenir. Yasuo avait remarqué quelque temps auparavant le désir naissant chez Michio pour une jeune fille venue répéter avec eux. En entraînant Michio à s’investir plus fortement dans la chorale, il maintient son emprise sur son ami.
Pour Yasuo la transformation de sa voix, est une perte irrémédiable qu’il ne parviendra pas à dépasser.
Ce film à l’élégante photographie est une subtile et belle illustration des liens sensibles qui réunit les deux garçons. Akira Ogata saisit avec tact ce fragile passage, ce cheminement mystérieux vers l’âge adulte. Un franchissement délicat. Il aborde et lie plusieurs thèmes avec une grande finesse. L’adolescence, la musique, les deuils, l’amitié l’engagement politique. Jamais le trait n’est appuyé, et par petites touches le réalisateur nous suggère plus qu’il nous assène des vérités.

La mort réelle et symbolique court en filigrane dans Boy’s choir. Elle inaugure le film par la mort du père du héros, puis avec celles de Satomi et de Yasuo. Ceux qui ne parviennent pas renoncer à certains idéaux seraient voués à une impasse. Accepter des pertes, en les métabolisant pour progresser. L’adolescence mobilise la capacité au changement, à la transformation. L’interrogation du père mourant n’est elle pas en lien avec ces changements qui nous traversent et auxquels nous sommes tous confrontés?
Le personnage du maître de choeur est exemplaire à ce sujet. On le découvre au début charpentier et pendant les quatre saisons qui rythment la durée du film, il construit lentement une bâtisse. C’est un ancien étudiant proche des idéaux révolutionnaires qui a su éviter l’engagement dans la dérive terroriste que sa copine a suivie. Il tente aussi de trouver une voie dans une spiritualité de remplacement. Il tente puis il renonce à devenir prêtre, il préfère bâtir une maison.
Charpentier et chef de chœur il permet aux jeunes choristes de s’épanouir, d’apprendre à respirer, le chant c’est d’abord respirer et donc vivre. Et s’il choisit des chants révolutionnaires russes c’est avant tout pour leur beauté. La musique ne sert que la beauté. Elle n’a pas vocation à véhiculer un quelconque message dit-t-il à Michio et Yasuo mécontents de son renoncement à la cause révolutionnaire. Tel Christophe (ou Hermès) Seino personnifie le passeur. Il aide Michio à recouvrer sa voix et trouver sa voie.

Le film montre l’amitié très forte entre les deux garçons où transparaît une homosensualité (terme utilisé par Ferenczi) finement observée. Yasuo est raillé au début du film pour son côté efféminé et s’il se rapproche de Michio c’est parce qu’il sent qu’il partage des sentiments communs.
Il y a de belles scènes lorsqu’à son tour Yasuo fugue, Michio met une pierre sur la chaise vide, le lit abandonné. Je pensais à la fois au cœur de pierre que lui provoque ce départ, et aussi aux cailloux dans la bouche, métaphore du bégaiement.
Le film déroule son scénario lentement dans une tonalité brumeuse comme cet entre deux qui caractérise l’adolescence. Un deuil à vivre, celui de l’enfance et la naissance à l’âge adulte.
De nombreux détails intéressants parsèment le film. La vie des collégiens japonais dans leurs beaux uniformes ! et leur contribution à une semaine de bonne conduite où ils participent à des actions de solidarité pour les plus faibles.

Par deux fois le cinéaste offre une illustration du fonctionnement mental de l’inconscient, et des effets d’un retour du refoulé. Quand Michio déchiffre une partition celle-ci se confond avec le souvenir des graphiques qu’il dessinait avec obsession pour isoler sa dépression lors de la mort de son père. Il perd connaissance.
De même quand Yasuo retrouve la pochette d’un disque des Petits chanteurs de Vienne, ses rêves infantiles le submergent. Et il se précipite dans une fuite irréfrénable.
Un très joli film où la musique occupe une place importante avec alternance des chants russes révolutionnaires connus et de musique contemporaine moderne qui contrastent harmonieusement.

Lire ici l’avis de Bernard A.

Boy’s choir (Dokuri shonen gasshoudan), film japonais réalisé par Akira Ogata (1999). DVD qui fait partie du coffret n° 5 chez BQHL.

déc. 2e, 2009

04:29 pm - J’AI TUÉ MA MÈRE



J’ai vu ce film il y a quelques temps et je gardais dans un coin de mon disque dur un billet à écrire.
Le titre : J’ai tué ma mère résonne comme un matricide, en fait ici il s’agirait du meurtre inversé du complexe d’Œdipe où le jeune garçon devrait symboliquement tuer le père dans le franchissement de ce complexe.
Le film décrit les rapports tumultueux d’une mère (Anne Dorval) engluée dans un univers rabougris, tristounet et un fils (Xavier Dolan) qui découvre les plaisirs de l’amour, de l’art, la vie. Tout l’horripile chez elle et il ne se prive de le lui signifier sur un mode caractériel. Aussi bien son comportement au quotidien, du plus basique lorsqu’elle mange, qu’à ses réflexions stupides. Il filme en gros plan la mère déglutir de la nourriture ou se vautrer sur un divan à rêvasser devant des feuilletons ridicules. La décoration de l’appartement est à l’unisson de la médiocrité maternelle. D’affreux tableaux en canevas pendent au mur que souligne l’horrible l’abat jour aux couleurs criardes. Pour Hubert tout lui sort par les yeux et il ne se prive pas pour le crier. Cet adolescent de seize ans est tiraillé par des souvenirs heureux de son enfance (certainement idéalisés) et la réalité actuelle faite d’incompréhension. Sa mère ne l’écoute plus, et chacun se réfugie dans l’hystérisation d’incompréhensions réciproques. Hubert préfère extérioriser sa haine, certainement pour la faire réagir pour retrouver une mère attentive à son écoute. Il garde la trace de moments de tendresse partagée qui aujourd’hui se perdent dans d’incessantes engueulades, claquages de porte, vaisselle jetée et même de coups.

Anne Dorval & Xavier Dolan

La mère de son charmant copain Antonin (François Arnaud) présente un tout autre profil. Une femme cool, libérée qui accompagne les désirs de son fils et propose de l’accueillir chez eux. Une mère idéale ? Oui pour Hubert qui ne vit pas avec elle. Tout comme la prof solitaire qui le prend sous son aile, pour le guider littérairement à trouver un certain apaisement, à métaboliser sa haine. Entre l’ouverture sur des possibles en pleine expansion et la morne vie routinière de sa génitrice, tout est sujet à révolte, à explosion pour Hubert. Sa mère comme réponse lui serine une normalité dont il n’a que faire : J’aimerai bien faire un sondage dans ta classe pour savoir si… les autres mères sont différentes de moi. Bref tout l’insupporte chez sa mère. En fait il l’aime et il lui est aussi vital de mettre de la distance avec elle.
La figure paternelle est lacunaire, très peu présente et fragmentée dans divers personnages. Le fils se trouve face à une mère divorcée qui englobe plusieurs fonctions. Maternelles bien sur et aussi des fonctions paternelles. À un moment la mère d’Hubert le convoque pour l’épauler face à la rébellion de leur enfant. Celui-ci ne fait qu’entériner une décision suggérée par son ex femme de l’expédier en pension. Il est incapable d’une moindre parole pour son fils. C’est même un traquenard qui lui tend. Hubert aurait souhaité qu’il essaye de le comprendre, qu’il prenne le temps de discuter avec lui, en fait le père se désintéresse des problèmes de son adolescent. Tout repose sur une mère dépassée qui cristallise et focalise sa haine qui se traduit par des emportements somme tout bien compréhensibles. Un ado (je le répète souvent) est pris dans des contradictions qu’il maîtrise difficilement et qui le met dans une tension que seules les décharges verbales et motrices parviennent à calmer… jusqu’à la prochaine crise. L’ado refuse de se conformer à un cadre adulte qu’il considère figé, voire mortifère, ses réactions n’en sont que plus salutaires et nécessaires. Les parents n’ont comme solution que résister, attendre et tenter souvent en vain de tempérer leur ébullition.
Et Hubert Dolan pimente son récit de son altersexualité. Que du classique : la mère abasourdie, le fils bien dans sa tête mais hésitant quant à lui dire (le climat ne s’y prête pas vraiment), ce sera la mère d’Antonin qui mettra les plats dans le plat ! Dans une scène magnifique les deux copains vont réunir leur fougue pour la peinture et pour le plaisir charnel. La séance de peinture vire au dripping où leurs les corps servent de médiation.

Xavier Dolan & François Arnaud

Autre trouvaille, Hubert utilise un caméscope pour confier, enregistrer ses humeurs. C’est un regardant un de ces enregistrements que sa mère comprendra son fils. Elle en profitera pour asséner une mémorable engueulade téléphonique au directeur du pensionnat suite à une fugue de son fiston.
Je pensais à de nombreux films, le coming out révélé par la mère du copain (Juste une question d’amour) l’auto filmage (Ma vraie vie à Rouen). Et aussi cette urgence à vivre comme chez Sacha.
J’ai tué ma mère est une réussite. Le film est drôle, touchant. Xavier Dolan filme avec énergie et intelligence les turbulences de l’adolescence.
Bien sur le côté narcissique de l’acteur réalisateur frise l’overdose avec de nombreux gros plans de son visage, de son corps de choupinou … exaspérant. De même les scènes de disputes à répétitions qui s’étirent peuvent à la longue ennuyer, mais les trouvailles, la vivacité, l’humour, la jeunesse emportent mon adhésion.
Encore bravo à ce jeune qui a réalisé et produit quasiment seul ce film où il tient le rôle principal.

Lire ici un excellent résumé complet.

Xavier Dolan & Niels Schneider



Lire ici l'avis de Bernard A
.

J’ai tué ma mère, film canadien québécois réalisé par Xavier Dolan (2009).

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déc. 1er, 2009

08:09 pm - BURLESK KING


Burlesk King raconte l’histoire d’Harry (Rodel Velayo), un jeune philippin qui s’enfuit de sa ville Olongapo, une ancienne base américaine où travaillait son père G.I. pour se réfugier à Manille. Durant son enfance il fut régulièrement tabassé par son père. Un jour le géniteur frappa si fort sa mère que l’enfant crut qu’elle fût morte. Quelques temps plus tard il réussit à échapper à son père en se promettant un jour de se venger. En attendant il zone avec son craquant copain James (Leonardo Litton) dans les salles de jeux vidéo qui lui sert d’exutoire à sa haine. Ils font partie d’un petit gang de voyous et à l’occasion fréquentent un bar gay où James monnaye ses charmes.

Une rixe tourne mal et les deux garçons doivent fuir Olopango pour la capitale. Ils logent chez la sœur de James, Aileen (Cherry Pie Picache qui joue la mère dans John-John) qui vit avec Mina. Elles élèvent un petit garçon. Les deux femmes ont été rejetées par leur famille. Pour vivre Harry accepte à contre cœur d’être danseur ou plutôt gogo boy dans un cabaret gay d’autant qu’il affiche un physique avenant.

Rapidement il passe aux plaisirs charnels pour arrondir son salaire. Harry s’attache à Brenda une prostituée au grand cœur qui aide les enfants qui mendient. Ils essayent ensemble de construire une vie mais Brenda (Nini Jacinto) rêve d’épouser un millionnaire. Quant à Harry il s’enfonce de plus en plus dans la prostitution puis la drogue, poursuivi par son obsession de vengeance. Après la mort de James assassiné, Harry retrouve d’abord son père, une loque rongée par la SIDA et croupissant dans un taudis puis sa mère toujours vivante… qui tapine. Dans une fin apaisée, Harry accepte de pardonner et d’imaginer une nouvelle naissance.

Une histoire assez glauque qui fleure bon la misère, les trottoirs de Manille, le monde de la prostitution. Mais le réalisateur parvient à rendre touchant ce récit qui s’achève sur une rédemption limite mélodramatique. Cela doit être une constance dans le cinéma philippin, marqué par la religion comme chez Mendoza (John-John, Kinatay) bien qu’ici la religion est absente.

Le film nous transporte dans le monde des bars gays avec leur spectacle de go-go boys. De nombreuses séquences nous montrent les corps bien bâtis des garçons qui s’exhibent nus devant les consommateurs, souvent des touristes en mal d’exotisme. Ces danseurs terminent leur soirée dans les bras des client. Quant le chaland se fait rare on les retrouve tapinant sur les trottoirs.
James accepte sans réticence cette vie. En revanche Harry doit se faire un peu violence pour rejoindre les autres garçons et aussi se prostituer. Même s’il préfère Brenda il condescend à baiser avec des hommes. L’amour tarifé ou non, hétéro ou homo est présenté sur le même plan. Le cinéaste ne porte jamais de jugement de valeur, même s’il nous dit que la vie de ces prostitué(e) n’est pas une partie de plaisir.
On assiste à l’amour entre Aileen et son amie Mina dans une jolie scène d’amour. On voit également un couple ordinaire formé de Mario un jeune écrivain un peu dépressif et de Michael son compagnon médecin.

Les scènes entre garçons sont présentés avec tact. Mel Chionglo porte un regard bienveillant et humain sur ces garçons et filles chahutés par l’existence. Les gigolos, les prostituées ne sont pas ostracisés, le cinéaste laisse entendre qu’ils sont victimes d’une société qui ne laisse pas d’autres alternatives. Film qui montre des personnages altersexuels bien dans leur corps et dans leur tête. L’humour vient de tempsen temps égayer un univers un peu sordide. Betty, la mère de Harry se plaint de ces foutus moustiques qui la sucent sans payer ! Et à la fin lorsque la mère, le fils et Brenda se retrouvent ils plaisantent sur ces trois putes sous le même toit.
De jolis garçons exhibent volontiers leur torses et postérieurs dans de nombreuses scènes dans le cabaret. James et Harry se sont pas en reste, ils se déshabillent régulièrement et s’envoient en l’air ensemble ce qui titille nos sens. Et le titre Burlesk King se réfère au concours du plus beau garçon décerné par une boite gay à la veille du millenium.

Ce film réalisé par Mel Chionglo s’inscrit dans une trilogie dont le premier volet s’intitule Sibak : Midnight Dancers (1994), et le troisième Twilight Dancers sorti en 2006. Je n’ai vu aucun de ces films. Dans la notice de IMDb il est fait mention de sa filiation étroite avec le film Macho Dancer de Lino Brocka dont il fut l’assistant. Plus récemment un autre cinéaste philippin Brillante Mendoza a traité ce thème avec Masahista.
Ce sont les mêmes images de quartiers défavorisés vues dans les films de Mendoza et on entend ce sabir mélange de tagalog et d’anglais.

Burlesk King, film philippin réalisé par Mel Chionglo (1999). DVD disponible chez BQHL dans un coffret comprenant Boy’s Choir et Buenos Aires Zéro.

nov. 30e, 2009

08:33 pm - LES BEAUX GOSSES

Les beaux gosses débute par une séquence en gros plan de deux jeunes dont les langues maladroites explorent la bouche de l’autre sous le regard de Camel (Anthony Sonigo) et Hervé (Vincent Lacoste). Ils feignent d’être faussement dégouttés, et en fait on devine qu’ils aimeraient être à la place du garçon qui embrasse la fille. Ces deux élèves de 3 eme d’un collège de Rennes (je suppose) sont sidérés, à la fois stupéfaits et aussi échauffés à la vue des deux jeunes tourtereaux. Hervé un grand dégingandé arbore un sourire chromé, quant à Camel, un peu chétif opte pour le style faussement rocker.
Puis on passe dans l’appartement d’Hervé où sa mère neurasthénique (Noémie Lvovsky) ne rate pas une occasion de s’immiscer dans son intimité. Elle pénètre dans la chambre de son fils sans prévenir, toute émoustillée à l’idée de le surprendre en train de se masturber. Tous les jours, tu m’emmerdes avec la branlette balance-t-il en colère à sa mère intrusive.

Noémie Lvovsky & Vincent Lacoste.

Son père, soi disant un pilote d’avion à réaction n’est plus au foyer et lorsqu’il apparaît dans le film il est encore plus ado que son fils en se targuant d’adolescentes prouesses sexuelles, tout en se faisant jeter par une femme qu’il tentait de draguer !
Hervé se réfugie dans la lecture du catalogue de La Redoute section lingerie féminine pour étayer sa libido. Sinon il s’attarde devant le miroir de la salle de bain à répertorier ses points noirs et mimer des séances de roulage de pelle. C’est comique de voir le visage du garçon collé au miroir pour une leçon d’auto paluchage. Avec son pote Camel il zieute un couple qui s’envoie en l’air dans l’immeuble d’en face. Aussitôt ils attrapent chacun une chaussette et de concert ils s’astiquent le poireau dans une urgence irréfrénable.
On a compris, nos deux ados sont entièrement absorbés et débordés par la question sexuelle.
Le scénario est aussi simple que la mise en scène est plate. Hervé rêve de sortir avec une fille, et après quelques échecs, la ravissante Aurore (Alice Tremolières), à sa grande surprise, le choisit pour son côté tranquille. Car contrairement aux autres personnages il ne se la pète pas.
Ça cause beaucoup dans des mythomanies souvent savoureuses qui compensent l’absence de partenaire féminin. Celle-ci finit par arriver et des premières tentatives on passe au bisouillage qui déboucheront sur les premières déceptions sentimentales. Avant j’étais con, maintenant je t’aime déclare Hervé à Aurore.

Les beaux gosses se révèle une belle et juste chronique filmée à hauteur d’adolescent. Dans leur quotidien, au collège aussi bien au self qu’en cours et dans la cour.
Riad Sattouf capte intelligemment l’univers de ces ados. Quand la caméra entre dans leur chambre, on sentirait presque l’odeur des sous vêtement qui traînent. Cette version des Zozos 2009 sonne juste. Des jeunes « normaux » agités par les pulsions propres à l’adolescence.
Il dépeint par petites touches les liens entre les garçons et des filles qu’ils ne comprennent pas bien et qui en savent plus qu’eux.
Loin des modes éphémères, le réalisateur prend soin de gommer les aspects trop actuels, pas de portables, pas de références hyper actuelles, au contraire de petits anachronismes marrants comme le style vestimentaire d’un autre siècle. Le langage demeure compréhensible par les adultes. Le choix d’ados lambdas évoluant dans un environnement de province a priori peu tourmenté permet un regard distancié des clichés d’une jeunesse sauvageonne ou extrême. Le cinéaste focalise sa caméra sur l’expression du pulsionnel sexuel des jeunes avec sa crudité langagière, dans des comportements hésitants pas toujours adéquats.
Si les beaux gosses s’intéresse à l’hétérosexualité, l’altersexualité transpire en filigrane. Les deux garçons se traitent (un peu) de pédé, se prennent dans leurs bras, et ils se masturbent côte à côte tout en prenant soin de se cacher sous un drap*. Et dans une séquence presque subliminalement on voit passer un bus sur lequel s’affiche une pub invitant à un festival breizh gay ! Il y a aussi un prof qui cite Oscar Wilde.

Anthony Sonigo & Vincent Lacoste.

Un cinéma naturaliste avec une galerie de portraits réalistes où chacun peut se reconnaître. Les comédiens tranchent avec leur tronche d’ados ordinaires que l’on croise dans la rue. Ici pas de beaux gosses survitanimés, aux corps impecs pour hystériser les gamines qui se ruent à Twilight. Hervé est bien dans ses baskets, comme Camel en beur amateur de musique hard, le jeune « gothic » juste comme il faut, de même pour les personnages féminins. La caricature est évitée.
Les adultes vus du côté des jeunes sont dans des rapports où ils peinent à trouver la bonne distance. Même les profs, pour une fois plutôt solides, sont quelquefois ballottés par les vagues des turbulences adolescentes.

Le beaux gosses réussit à décrire avec humour et finesse cette période où les corps en mutation chahutent le mental des garçons et des filles. Ces beaux gosses ne sont pas vraiment choupinous mais ils sont graves ordinaires et se portent bien.

* J’ai pensé au film Krampack.
Lire le sympathique avis de Lieux communs.

Les beaux gosses un film français réalisé par Riad Sattouf (2009).

nov. 29e, 2009

01:25 pm - DIRTY MAGAZINES


Mark va fêter ses 16 ans. Sa mère (Suzan Brittan), échappée de Housewife et hystériquement émoustillée par son fils qui devient adulte, choisit de lui offrir en guise de cadeau d'anniversaire un nouveau lit. Quelle n’est pas sa surprise, lorsque les livreurs remplacent le lit, de découvrir sous celui ci des revues pornos gays. Un vrai coup de tonnerre dans le ciel bleu de cette famille américaine. Elle décide de prendre le taureau par les cornes et d’(ré)éduquer son fils.

« As tu essayé avec une fille ? » lui demande-t-elle.
« Non »
« Alors tu ne peux pas savoir si tu n’aimes pas les filles ! »
Rassurée, elle oblige toutefois son rejeton d’essayer. Et voilà le pauvre Mark (John Hahn) gêné quémander auprès de sa copine de se laisser tripoter les seins… ce qui ne produit aucun effet. Du coup Bree propose à un gigolo de venir rencontrer son garçon! Mark étonné de trouver dans sa chambre un tel présent n’attendra que fort peu de temps avant de s’envoyer en l’air avec le bel apollon. L’expérience concluante, la mère et le père doivent reconnaître la pédésexualité de leur choupinou de fils.
Alors que les parents semblent tombés des nues devant cette réalité, la sœur déclare qu’elle subodorait depuis très longtemps la préférence de son frère. Déjà à la maternelle il refusait de peindre avec ses doigts. Pour la sœur pas de doute, il faut être homo pour détester tremper ses doigts dans la peinture.

Un court métrage bien drôle qui dépeint les réactions étonnantes qui peuvent traverser une famille confrontée à la découverte de la différence sexuelle de leur enfant. Qui n’aurait pas rêvé pour ses 16 ans qu’on lui offrît un tel cadeau ?

Dirty magazines, film (court-métrage) américain réalisé par Jay J. Levy (2008) Projeté au XV festival chéries-chéris de Paris.

nov. 25e, 2009

05:57 pm - WERE THE WORLD MINE


Timothy (Tanner Cohen) un choupinou élève de terminal dans un lycée américain d’un epetite ville de province ne cache pas son altersexualité ce qui lui vaut le plaisir de d’endurer les insultes de ses camarades. Dans cet établissement privé le coach de l’équipe de rugby incarne la quintessence du mâle américain c’est à dire un muscle en guise de cerveau. Il ne manque pas une occasion de ricaner et laisser ses élèves molester Timothy. Quelquefois celui-ci se rebiffe et il assène quelques coups mais esseulé il préfère s’évader dans un imaginaire où l’amour, la beauté et le respect auraient leur place. Quand il rentre chez lui sa mère inquiète du coquard aimerait le réconforter. Mais Timothy se réfugie dans sa chambre en compagnie de son ami Max (Ricky Goldman) flanqué de Frankie (Zelda Williams) sa petite copine punk qui se questionne sur ses préférences sexuelles.

Au lycée, Miss Tebbit (Wendy Robie) la professeur d’art propose de monter une pièce de Shakespeare et elle incite fortement Timothy à tenter l’expérience théâtrale. Un peu à contre cœur il accepte et se voit confié le rôle de Puck dans Le songe d’une nuit d’été. Il se révèle un bon chanteur, un peu à notre surprise d’ailleurs. Alors que Timothy annone les vers il découvre la recette du philtre d’amour utilisé par son personnage dans la pièce. Dès lors le film va basculer dans la fantaisie et l’onirisme.
Max s’amuse avec la potion, s’en renverse et déclare illico sa flamme à l’embarrassé Timothy. Bien qu’il soit flatté de cette soudaine attention il le repousse gentiment. Son cœur bât secrètement pour Jonathon (Nathaniel David Becker), le beau gosse capitaine de l’équipe de rugby dont il est secrètement amoureux. Et dès qu’il en a l’occasion Timothy lui souffle l’élixir d’amour et derechef l’hétéro un peu macho tombe dans ses bras. On imagine aisément les roucoulades entre les deux garçons au grand dam de la gente féminine délaissée.

Tanner Cohen & Nathaniel David Becker

Progressivement le lycée est contaminé par cette potion magique et tout ces braves ados tournent casaque. Le coach ira déclarer son amour au proviseur… Une petite ville où l’altersexualité devient la norme principale ! On s’amuse à cette farce où l’amour devient le leitmotiv de cette communauté auparavant bigote.
Comme on peut s’en douter une fois la pièce jouée, tout cela reprendra un cours normal après leur avoir dessillé les yeux.

Le scénario s’appuie sur la comédie de Shakespeare dont il reprend l’ambiance féerique et onirique. De nombreuses séquences de comédie musicale scandent le film et lui donne une atmosphère joyeuse, aérienne. On admire tous ces beaux choupinous torse nu chanter les vers du grand William dans des décors kitschissimes qui évoquent l’univers de Pierre et Gilles.

C’est une comédie bien sympathique qui emprunte la voie de l’inversion pour illustrer la bêtise et l’ignorance de l’homophobie ordinaire. Cela me rappelle un film Almost normal où le héros ramené dans le passé s'aperçoit que dans son lycée tout le monde est gay !
Were the world mine
joue sur le registre de la légèreté et on se laisse bercer par le rythme enjoué des séquences chorégraphiées et chantées même si leur qualité reste modeste. On est emporté par la joyeuseté du film. On regrette les caricatures faciles comme l’opposition entre les deux professeurs. Le prof de gym macho décérébré qui ne pense que rugby et l’éthérée professeur d’art qui parvient à fructifier la substantifique gaytitude de son élève. De même la famille de Timothy avec une mère très soucieuse de son rejeton et un tantinet intrusive et un père … absent qui a claqué la porte et laissant sa femme avec son jeune fils.
Mais cela n’oblitère pas notre plaisir de savourer cette fable féerique. En plus c’était pendant le festival Chéries-chéris à Paris au milieu d’un public gaiement altersexuel et d’emblée gagné à la cause.

Were the World mine, film américain réalisé par Tom Gustafson (2008), présenté au XVI eme festival Gay et Lesbien de Paris.

nov. 24e, 2009

07:48 pm - IN THE LOOP



Simon Foster (Tom Hollander), un jeunot ambitieux, ministre anglais du développement mondial, s’emberlificote les neurones lors d’une interview en déclarant que la guerre est imprévisible. Fureur du speedé responsable de la communication du Premier Ministre qui fustige et morigène le maladroit bavard. Entre deux bordées d’injures bien senties Malcom Tucker (excellent Peter Capaldi), ce Henri Guaino anglais, dicte et précise la ligne que doivent suivre les ministres. Si le réalisateur ne précise pas l’évènement, l’allusion à la guerre contre l’Irak déclenchée et menée par les USA et la Grande Bretagne en mars 2003 est évidente. De plus les différents personnages évoquent des personnalités politiques en place à l'époque.

Gina McKee & James Gandolfini

In the loop retrace de manière satirique la période précédant l’hypothétique décision onusienne de déclarer la guerre à l’Irak de Saddam Hussein. En fait il n’y eut pas de résolution car de nombreux pays s’opposaient à cette guerre. On se souvient des manœuvres diplomatiques américaines pour convaincre les autres pays de la suivre dans sa croisade contre les armes de destruction massives de Saddam Hussein. De fait les Etats-Unis et son vassal britannique attaquèrent l’Irak.
Le réalisateur Armando Iannucci se focalise sur des rencontres entre les deux nations bellicistes et leurs tractations d'abord pour se persuader et ensuite pour entraîner les autres pays.
Un rapport secret va servir de pièce à conviction. Il s'agit d'un topo rédigé par une obscure stagiaire obscure stagiaire qui recense les différentes preuves et rumeurs de l'armement irakien. C'est ce document approximatif que le cabinet du Premier Ministre va tripatouiller pour le rendre conforme à son idéologie pour servir d’argument décisif en faveur de la guerre .
Nous assistons aux tribulations du ministre gaffeur accompagné d’un jeune conseiller, un dadais dépassé, et cornaqué par le haut parleur de Downing street.

Chris Addison & Tom Hollander

S’ensuit une succession de scènes hilarantes où l’on voit les chausses trappes qu’on leur tend, les coups tordus en tout genre.
La satire est féroce et à l’instar de Mash, In the Loop ridiculise la diplomatie. Toutefois on se demande si la caricature est vraiment éloignée de la réalité. Tel le ministre pacifiste qui veut démissionner mais se retrouve éjecté pour une banale et risible affaire de mur qui menace de s’effondrer. De même pour le général mécontent d’avoir été berné qui se ravise et décide finalement de rester.
Tous les personnages rivalisent de mesquinerie et même s’il s’agit de seconds couteaux on ne peut s’empêcher de penser que leurs chefs valent guère mieux. Incompétence, bassesse, infantilisme semblent tenir lieu de dénominateur commun à ces politiques qui nous gouvernent.

Les échanges sont menées tambour battant sans répit avec un débit très rapide ce qui nous oblige à une concentration importante. L’anglais ordurier du grand communicateur est un vrai régal d’autant qu’il est le spécialiste du parler juste, un expert en langage diplomatique et langue de bois politiquement correct. Je me souviens de Full metal jacket qui m’avait à l’époque appris de nombreuses expressions obscènes. Nous devons perdre à la traduction, avec les jeux de mots entre l'anglais et l'américain et la vivacité du dialoguel. Le réalisateur impose un phrasé rapide comme pour nous perdre. Tout comme la succession de plans qui donne le tournis. D'inévitables parties de jambes en l’air émaillent le scénario qui s’apparente à un James Bond de pacotille. Tout ceci serait bien risible si au bout du compte il n’était question de guerre qui n’eut rien d’opérette.

Peter Capaldi

Et c'est franchement marrant de voir ce benêt de ministre, dindon de la farce, soit disant pacifiste et dont les bourdes à répétition ne font qu’apporter des arguments aux bellicistes. Une revigorante comédie, au ton si bristish qui revisite un évènement peu glorieux de la diplomatie occidentale.

Lire ici l’avis de Dasola.

In the Loop, film anglais réalisé par Armando Iannucci (2009).

nov. 23e, 2009

09:19 pm - KINATAY

Peping (Coco Martin) et Cecille (Mercedes Cabral) mère de leur bébé Popoy se rendent à la mairie pour officialiser leur vie maritale. Ils serpentent dans un lacis de ruelles où grouille une population miséreuse. Ils empruntent les transports locaux, du triporteur au minibus surchargé pour atteindre la mairie où sont célébrés à la chaîne les unions. En chemin ils sont retardés par un attroupement qui regarde un type juché sur la passerelle d’un énorme panneau publicitaire d’où il menace de sauter dans le vide. La presse présente, avide de sensationnalisme parait plus active que la police.
À la mairie, dans une joyeuse pagaille, la cérémonie civile devant un juge est rapidement expédiée avec la bénédiction divine. Les époux et leurs rares invités se retrouvent dans un fast-food où le parrain du fiancé leur offre gracieusement le repas de noce.

On voit ensuite Peping dans une école de police où il suit un cours de criminologie. Le professeur entre deux chahuts questionne Peping : Pour examiner un crime, vaut-il mieux être dehors et regarder dedans ou être dedans et regarder dehors ?
Cette première partie de Kinatay (qui signifie massacre) ressemble à un documentaire. Le son très réaliste, voire très fort et cacophonique nous immerge dans la vie trépidante de la capitale philippine. La caméra portée à hauteur d’épaule tressaute pour accentuer le vérisme des scènes. On se balade au ras du bitume totalement immergé au cœur de quartiers défavorisés. La vie au grand jour dans sa misère et sa violence quotidienne.

Coco Martin

Le soir on retrouve Peping avec son copain Abyong qui lui propose un boulot pour arrondir son maigre salaire de flic étudiant. Alléché par cet argent facile il accepte et le voilà embarqué sans le savoir pour une balade qui va se révéler punitive. Il grimpe dans un van au milieu de soi-disant flics qui vont kidnapper et assassiner une prostituée en délicatesse avec les règles du milieu.

Le film plonge dans l’horreur. Avec une montée progressive du suspens nous vivons quasiment en temps réel l’action. La prostituée est rouée de coup, allongée sur le plancher du véhicule elle geint, on la croit même morte. On ne sait pas. La lumière tantôt éblouissante des néons et des phares des voitures alterne avec la pénombre des rues sombres de la ville qui n’en finit pas de défiler à l’écran. L’angoisse nous prend aux tripes dans cette virée glauque.

Tel Peping j’étais médusé, terrifié par cette balade au bout de l’enfer. Je m’enfonçais dans mon siège assailli par une tension de plus en plus angoissante. La caméra capte le regard du jeune homme, son angoisse. Nous voyons à travers ses yeux. Images floues, peu éclairées et dans toute leur crudité, sans fioriture. Il hésite, tente de fuir mais est rattrapé et finalement reste avec les voyous jusqu’au bout de la nuit. Un lent et inexorable abandon d’une certaine innocence.

La suite devient plus terrible. La malheureuse finit dépecée, découpée en rondelles après avoir été violée ! Rien nous sera épargné. Atmosphère sombre, lugubre je m’enfonçais dans mon fauteuil devant cette tension, ce malaise généré par le film. Mis à part Peping sidéré par ce qu’il voit, les autres personnages participent normalement à cette monstruosité qui leur semble normale.
Que se passe t il dans la tête de Peping ? Ce jeune père futur fonctionnaire de police qui arbore un tee-shirt de son école où on peut déchiffrer quelque chose comme perdre son intégrité une seule fois c’est la perdre définitivement.
Après la partie diurne où je jeune Peping se comporte civilement succède le monde nocturne, l’envers du décors et la perte d'humanité.
En sortant je pensais que Mendoza a réussi à m’entraîner dans son récit, à me faire ressentir les affres de son héros.

Avec John-John nous avions une vision amère de cette société philippine. Kinatay va plus loin, plus violemment.
Kinatay nous balance un sacré uppercut. Assommé par le choc de cette histoire on peut fustiger la lenteur du film, l’aspect dogme, une bande son abrutissante, mais force est de reconnaître sa puissance évocatrice.

Kinatay, film philippin réalisé par Brillante Mendoza (2009). Prix de la mise en scène Cannes 2009.

nov. 12e, 2009

09:33 pm - LES HERBES FOLLES

Avec Resnais j’ai souvent une petite hésitation avant de voir un de ses films. J’ai pris plaisir à en voir certains et un profond ennui à d’autres. Je me souviens même m’être assoupi à la projection de l’amour à mort. Les herbes folles est précédé de critiques souvent dithyrambiques où est mis en exergue la jeunesse d’esprit du réalisateur (87ans).

Sous les arcades du Palais Royal une femme (Sabine Azéma) BCBG sort d’un magasin de chaussure toute guillerette de l’emplette qu’elle vient de réaliser. Surgit un jeune homme monté sur rollers qui d’un geste aérien et élégant lui fauche son sac. À peine a-t-elle le temps de comprendre ce qui lui arrive que le chapardeur a disparu. Elle en a le sifflet coupé. La scène est filmée comme un rêve, un peu en apesanteur.

Et c’est Georges Palet (André Dussolier) la soixantaine pimpante qui ramasse le portefeuille abandonné dans un parking. Comme tout un chacun il l’ouvre et en explore son contenu. Une carte d’identité avec une photo décourageante et aussi un livret de brevet de pilote estampillé cette fois de la photo alléchante de sa propriétaire, une certaine Marguerite Muir. Banale histoire somme toute. Mais voilà Georges hésite, tergiverse avant de se décider à déposer le portefeuille au commissariat. Une voix off nous éclaire sur les fantasmes qui s’entremêlent dans sa tête. Il rêve à cette Margueritte Muir dont le patronyme évoque un film de Mankiewicz. Son imagination s’emballe, il s’inquiète pour elle. Bref il se fait tout un cinéma. La voix off devient plus présente et nous alerte des pensées étranges et quelques fois effrayantes qui turlupinent le psychisme de Georges. Un brin parano. De ces indices, on subodore que le psychisme de Georges tout comme son histoire a quelques ratés. La caméra s’attarde sur le quotidien du retraité tourneboulé par cette histoire. Son pavillon de banlieue qu’il entretient méticuleusement, les rapports avec sa jolie et jeune femme, un repas dominical où il tance son gendre. On suit les méandres de son psychisme. Il s’ingénie à vouloir rencontrer cette femme, qui venait de l’appeler au téléphone pour le remercier. Déçu qu’elle s’en tienne à cette cordiale politesse il entreprend de la pister jusqu’à l’importuner. Margueritte, célibataire, passe ses journées à explorer les cavités buccales de ses patients et pendant ses loisirs elle restaure et pilote un superbe Spitfire. Face au harcèlement de George, elle demeure droit dans ses bottes et lui tient tête. Puis curieusement elle semble contaminée par les conduites déraisonnables de Georges et elle se met à déraper comme d’ailleurs presque tous les protagonistes du film. Les policiers qui participent au léger délire de Georges, sa femme qui le suit dans ses pérégrinations un peu tordues et bien sur les deux protagonistes qui avancent de travers.

Quelle est cette petite folie qui envahit et déborde l’esprit de ces deux personnages ? Le désir qui réveille et enflamme une pulsion qui ne demande qu’à s’exprimer. Dans un déraisonnement partagé plus ou moins tempéré. Mais voilà rien n’est simple, ni prévisible également. Dans une dernière envolée le film se termine par une séquence aérienne, une fuite dans l’imaginaire, le rêve et le non sens.
Un beau film tout en légèreté, ponctué par un humour sensible. Du cinéma intelligent et sympathique où le spectateur est convoqué à laisser vagabonder son esprit, à participer au scénario en remplissant les espaces blancs, les trous volontairement distillés pour pimenter le récit.

Les acteurs s’en donnent à cœur joie et le couple Dussolier-Azéma nous régale. J’avais en mémoire son rôle costaud mais monolithique dans Micmac à tire larigot pour savourer ici les nuances de son jeu d’acteur. J’ai remarqué la mignonne frimousse du jeune Consigny dans une très (trop) brève apparition du jeune Vladimir Consigny. Une mention spéciale pour la voix off que soutient si bien Edouard Baer en distillant la sourde menace à l’œuvre. Cette voix telle une ombre nous renseigne sur l’humeur, le fonctionnement mental de Georges. Bref du beau cinéma.

Lire ici et ici des avis enthousiastes et une critique déçue.

Les herbes folles film français réalisé par Alain Resnais (2009).

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nov. 4e, 2009

07:51 pm - MICMACS À TIRE-LARIGOT

Je n’étais pas vraiment décidé à voir le film de Jean-Pierre Jeunet. Ma rationalité se trouve un peu bousculé par cette forme de cinéma. J’avais regardé amusé son Amélie Poulain en le trouvant chromo et empestant une réalité de carte postale un peu passéiste.
Les premières images de Micmacs à Tire-larigot me confortaient dans ma prévenance. Un cinéma de clichés avec une photographie, des décors saturés de cartes postales vieillies des années cinquante. Cela débute par une séquence où un soldat est tué par l’explosion d’une mine qu’il tente de désamorcer. Puis c’est la cérémonie de son enterrement  avec tout son folklore caricatural entre la veuve éplorée et Bazil, le fils orphelin. Une bonne vingtaine d’années après on retrouve Bazil (Dany Boon) gérant d’un magasin de location de vidéo, Vidéo Matador,  en train de réciter de concert les dialogues d’un polar américain avec Bogart (Le grand sommeil). Puis, suite à un incroyable concours de circonstances abracadabrantesques il reçoit une balle perdue dans la tête. Balle que le chirurgien préfère lui laisser dans le crane et qui peut à tout moment le faire clapser ! Du coup Bazil se retrouve à la rue où il tombe sur un drôle de clochard (Jean-Pierre Marielle) qui l’emmène dans son repaire où vivent une joyeuse bande de chiffonniers un peu branquignoles.
Dominique Pinon, Dany Boon & Jean-Pierre Marielle.

J’en oubliais mes premiers énervements pour m’amuser aux incessants  clins d’œil, citations et parodies de films qui émaillent l’histoire. Le générique de début annonce la couleur, en noir et blanc et à l’ancienne.
Bazil a décidé de se venger des marchands de canons qui l’ont doublement frappé et qui sont responsables à ses yeux de la disparition de son père et de la dragée dans le bocal qui lui rend la vie bancale.
André Dussolier & Nicolas Marié.

Il parvient à entraîner ses nouveaux compagnons comme lui en marge de la société à l’assaut de puissants industriels sans vergogne.
Le scénario a les vertus du western, son schématisme naïf du bon-gentil petit David laissé pour compte contre de méchants vilains méchants pas beaux Goliath de l’industrie de l’armement.
Sur ce canevas très simple, le cinéaste se plait à  bricoler un récit loufoque où ces gentils   Pieds Nickelés mâtinés en Mac Gyver ridiculisent les surpuissants magnas de l’industrie et du  pouvoir. On oublie les invraisemblances, les allusions aux collusions (on voit l’un des patrons serrer la paluche à Sarkozy)  pour se laisser bercer par l’univers bidouillé de Jeunet. Le décor recèle de trouvailles et chaque plan sent la volonté de nous montrer son savoir faire. Il nous balade dans un Paris rétro, le long du quai de Crimée, des bords de Seine et aussi de temps en temps dans des décors modernes.  Les personnages tous plus impossibles les uns que les autres s’en donnent à cœur joie pour grimacer et débiter de bons mots portés à leur paroxysme par un Remington (Omar Sy) qui ne jacte qu’avec des expressions idiomatiques.
Marie-Julie Baup, Julie Ferrier & Yolande Moreau.

Ce divertissement plutôt marrant et qui ne casse pas trois pattes à un canard a finit à la longue par me lasser.

Micmacs à tire-larigot, film français réalisé par Jean-Pierre Jeunet (2009).

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nov. 1er, 2009

08:51 pm - SIN NOMBRE

Au Honduras, dans une favela de Tegucigalpa, le gang de la Mara Salvatrucha fait régner sa loi basée sur la terreur et les assassinats. Willy / Casper à peine sortie de l’adolescence appartient à cette organisation criminelle. Ses membres Casper ont troqué leur patronyme pour un pseudo.  Casper (Edgar Flores) entraîne Benito, un tout jeune ado, dans sa tribu malgré l’interdiction inefficace de la grand mère de l’enfant. En guise d’intégration initiatique, Benito, bientôt Smiley, est violemment tabassé. Pour devenir mareros à part entière il devra abattre un prisonnier suspecté d’appartenir à un clan ennemi. La terreur et la violence constituent l’unique viatique d’une maffia qui défend un territoire laissé en jachère par un état impuissant.

Edgar Flores & Tenoch Mago

Parallèlement un père vient récupérer sa fille Sayra (Paulina Gaitan) pour l’embarquer dans un périple ferroviaire vers l’eldorado américain. Ils attendent avec de nombreux candidats au voyage l’arrivée d’un train de marchandise qui doit les rapprocher de la frontière américaine. Des cohortes d’hommes et de femmes s’agrippent aux wagons et prennent place sur les toits.Le railway movie est scandé par les contrôles de police et les attaques des gangs. Casper participe à un de ces rançonnages au cours duquel il tue son chef qui tentait de violer Sayra.
Du coup Casper n’a d’autre d’alternative que fuir. Il sait  qu’il ne pourra échapper à la vendetta de la Mara dont les ramifications s’étendent à tout le pays… et au-delà. Les deux jeunes gens rassemblent leur solidarité dans une échappée hasardeuse.

Ce premier film de Cary Joji Fukunaga, un jeune réalisateur américain d’origine suédoise par sa mère et japonaise par son père! résonne d’autant plus fortement que nous avons en tête le meurtre récent du cinéaste photographe Christian Poveda qui achevait le tournage de La Vida loca un documentaire justement sur les gangs qui infestent l’Amérique latine jusque dans les banlieues californiennes.

Sin Nombre dans la première partie nous fait pénétrer ce monde des gangs. On voit des corps tatoués impressionnants, marque de l’appartenance indélébile au  clan. Gare si on en sort ou si on s’aventure sur le territoire d’un autre clan. Vu la violence qui y règne rares sont ceux qui atteignent la trentaine. On se trouve en face d’individus qui ont abandonné toute perspective d’humanité. Le chef Lil Mago (Tenoch Huerta) tient dans ses bras son bébé alors qu’il fait trucider un ennemi !
Cette Mara salvatrucha condense les caractéristiques d’un groupe qui tourne le dos à la civilisation et régresse dans la bestialité. Le territoire devient l’obsession à sauvegarder. L’intrus est par essence un ennemi à éliminer. La filiation portée par un patronyme, c’est à dire inscrite dans une histoire collective, est évacuée au profit d’une nouvelle identité auto engendrée sous la forme d’un pseudo. Le langage disparaît pour laisser place au visuel (le tatouage) et au geste. La vie n’a plus de sens.
Dans la seconde partie le scénario s’attache à l’errance de Casper qui rejoint les centaines de migrants en quête d’un ailleurs supposé radieux. Je pensais aux films tels que Welcome, Frozen River avec ses individus en quête d'un pays plus accueillant au péril de leur vie.
Ici les trajectoires zigzaguent et sont incertaines. Elles finissent inévitablement par se heurter à des frontières de plus en plus infranchissables. Le film trouve dans cette partie des accents surprenants où l’humanité resurgit alors qu’elle semblait terrassée au début.

Cary Joji Fukunaga filme avec précision et avec une belle maîtrise photographique. Très belle séquence que l’entrée en gare du train de marchandise. Tel un monstre d’acier, il surgit de la nuit pour devenir le  trans porteur des espérances des migrants.

Sin nombre reste un film sombre malgré la couleur et la luminosité des pays traversés (principalement le Mexique).

Sin nombre, film américain réalisé par Cary Joji Fukunaga (2009).

oct. 29e, 2009

07:10 pm - LE RUBAN BLANC

 

1913, quelque part en Prusse orientale, d’étranges évènements viennent bouleverser la vie tranquille d’une communauté villageoise. Un médecin à cheval est fauché par une corde malignement tendue entre deux arbres.  Peu de temps après le jeune fils du baron est retrouvé ligoté et roué de coups. Malgré l’enquête nul coupable n’est trouvé. D’autres méfaits dont les conséquences auraient pu se révéler dramatiques viendront émailler l’existence au calme trompeur de cette bourgade.

Dans ce village aux traditions rurales bien ancrées la vie se déroule en silence sous les auspices autoritaires des adultes males et de leurs représentants. Le baron, scorie d’une noblesse en voie d’extinction, exploite sans vergogne la paysannerie,  le pasteur veille au respect rigoureux d’une morale religieuse inflexible, le médecin et même l’instituteur participent au maintien de la cohésion sociale. Ceux d’en bas, les paysans, semblent accepter leur servitude en la reproduisant. De même que les femmes plutôt soumises et les enfants corsetés dans les affres d’une éducation qui ne tolère aucun laxisme. Qu’arrive-t-il dans ce décor champêtre où tout paraît idyllique à l’image de la bucolique campagne où jaillissent les blés mûrs. Ce n’est qu’apparence et à la veille de la première boucherie du vingtième siècle se cachent les germes des horreurs à venir.

Le scénario suit un déroulement narratif chronologique accompagné d’une réalisation très classique : images en noir et blanc qui accentuent les contrastes, peu de musique, absence d’effets cinématographiques afin d’épurer le propos.

L’histoire est racontée en voix off par l’instituteur une bonne quarantaine d’années après les faits. À la manière d’un analysant allongé sur un divan, il revient sur cette période en nous livrant ses souvenirs et il nous met en garde car il n’est plus très sûr de leur exactitude. Toutefois cette distance qu’il introduit va au contraire, par ses associations successives révéler une interprétation à défaut d’une vérité. On comprend qu’il tente de chercher, de dégager les causes, les racines d’un mal qui va emporter le siècle dans une folie meurtrière et dévastatrice.

Très vite nous somme pris par cette description des étranges accidents qui vont traverser cette communauté durant une année. Nous pénétrons dans les maisons et découvrons  l’envers du décor. Le régisseur du baron frappe avec violence son fils coupable d’un modeste larcin. Le pasteur sermonne sa progéniture et il n’hésite pas à leur asséner des coups de verge pour tout écart de conduite. Et pour mieux les contraindre à suivre les préceptes de la religion il  oblige ses deux aînés à arborer un ruban blanc accroché à leur bras. Symbole de pureté exhibée pour mieux les soumettre au renoncement de toute tentation malsaine. Il a en horreur le désir, l’appel des sens, de la chair à tel point qu’il fustige sans raisons véritables son fils Martin, de pensée et pratique masturbatoire. Le jeune ado soumis aux projections paternelles imbéciles ne peut répondre qu’en pleurant silencieusement. Puis joignant le geste au discours il le fait ficeler sur son lit la nuit.

Tout débordement pulsionnel doit demeurer interdit, à commencer par lui.

Et pourtant le désir ne demande qu’à s’exprimer. Mais les rigueurs d’une éducation alliée à une morale rétrograde qui cadenasse tout plaisir oblige les jeunes hommes et jeunes femmes à différer leur désir. Les plus jeunes faute de paroles audibles n’auront comme recours que des actes violents à l’allure terroriste. Ils deviennent les porte paroles , voire des justiciers. Ainsi le médecin qui s’autorise des libertés avec la morale en batifolant avec la sage femme sera la première victime d’un quasi attentat.  La rumeur laissait entendre qu’il entretenait un libertinage inacceptable aux yeux des braves gens.

 Le magnifique film de Michael Haneke nous invite à une réflexion sur les possibles causes du mal, de la violence qui va se déchaîner et balayer le siècle. Il a le mérite de condenser quelques faits presque anodins mais symptomatiques de la rigidité de mœurs rétrogrades et intégristes. Une société qui barre toute expression et maintient ses enfants sous sa férule peut engendrer en retour une sourde et  brutale violence. De même qu’une société à l’éducation trop permissive, à la relative démission des adultes risque d’entraîner une autre violence faute de n’avoir pas été contenu, maintenu.

Le Ruban blanc pointe les pères et les porteurs de l’autorité comme responsables des petits maux à l’œuvre ici et qui s’amplifieront dans les années à venir. On pourra objecter que c’est un peu court… mais la force du film est de permettre au spectateur d’élaborer sa propre réflexion.

Lire ici une interview du réalisateur. 

Le Ruban blanc, film allemand réalisé par Michael Haneke (2009).

mai. 29e, 2009

07:23 pm - UN AUTRE HOMME

Après Comme des voleurs(à l’est), un road-movie identitaire, Lionel Baier revient planter sa caméra dans sa Suisse vaudoise.

François (Robin Harsch) diplômé de littérature médiévale -ça me rappelle Odile (Sabine Azéma), le personnage de On connait la chanson de Resnais, spécialiste des chevaliers du Lac de Paladru- et fiancé à une institutrice en poste dans un coin paumé de la vallée de Joux, décroche un travail de pigiste pour la gazette locale. En plus de la rubrique passionnante des faits divers on lui demande de tenir la chronique cinéma du canard. En fait il doit pondre un petit texte suffisamment incitatif pour allécher l’autochtone à remplir la salle du ciné local. En contre partie la propriétaire verse au journal quelques subsides sous forme de publicité.

Natacha Koutchoumov & Robin Harsch

Aussi surprenant que cela puisse paraitre François est démuni devant la tache demandée. Que raconter sur des films qu’il n’a pas vu ? On ne lui demande pas grand-chose mais il est désemparé.  En guise de premier papier il doit présenter Last Days de Gus Van Sant. Un peu par hasard il trouve une revue pour cinéphiles avertis  au verbiage abscons qu’il s’empresse de piller allégrement. Il ne cherche même pas à modifier le texte qu’il reproduit tel quel. Il est vrai que cette revue n’est disponible que sur abonnement et destinée principalement aux germanoprotins. Il profite de ce travail pour participer à des projections de presse au cours desquelles il fait la connaissance de Rosa Rouge, critique réputée de cinéma dans le journal que dirige son père. François s’amourache de la péronnelle qui s’amuse à le faire courir. Cela nous vaut quelques savoureuses scènes dont un repas avec des baguettes qui trouvent une utilisation érotique cocasse. François se complait dans son mensonge, jusqu’au jour où la propriétaire du cinéma excédée par des critiques désobligeantes découvre l’éhonté stratagème du pseudo critique cinématographique.

 

 

Lionel Baier emploie le noir et blanc et se moque d’une certaine critique en la caricaturant. Cela reste assez drôle même si par moment on s’ennuie un peu. J’ai eu un peu de mal à accrocher à cette histoire. François ressemble un peu au Garçon stupide et cette fois dans un scénario plus travaillé. Le réalisateur nous montre qu’il aime filmer le corps masculin qu’il n’hésite pas à dénuder. L’actrice Natacha Koutchoumov que l’on retrouve pour la troisième fois campe avec justesse son personnage un tantinet venimeux.

Un autre homme réalisé avec les étudiants de cinéma se veut léger, et s’amuse à décrire les tics de personnes enfermées dans des postures. Rosa Rouge - quel nom ! auto proclamée critique s’ingénie à jouer un personnage infatué.  François incapable d’imagination s’enfonce dans son imposture. Un film en demi teinte à l’ironie tendre parsemé de bons mots, et de références au cinéma.

 

D’autres avis ici.

Un Autre homme, film suisse réalisé par Lionel Baier (2009).

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mai. 13e, 2009

05:15 pm - LA VAGUE


Les premières images nous montre un type au volant d’une Peugeot 504 roulant à grande vitesse sur une autoroute allemande avec la radio à fond qui diffuse du rock. C’est Rainer Wenger (Jürgen Vogel) un prof de philo ? d’un lycée de Berlin au look un peu marginal arborant des tee-shirt punk et destroy et des idées anarcho tiers mondialistes. Pendant une semaine Wenger doit animer un atelier dont la thématique traite de l’éducation à la démocratie. Il aurait préféré travailler sur l’anarchie mais le voilà obligé d’aborder l’autocratie. Face à des élèves peu enclins à réfléchir sur un concept lié à un passé qui ne les concerne plus ou pas (comme l’élève d’origine turque !!), il décide d’expérimenter hic et nunc ce type de pouvoir politique. Il s’appuie sur une pédagogie socratique qui rallie les apathiques et les sceptiques. Habilement, il parvient à se faire désigner comme le chef puis il applique à ces les lois du fonctionnement de l’autocratie. Il impose aussitôt ses règles qui ne rencontrent qu’assez peu de contestation. Au début, dans la classe, il règne un esprit critique un peu frondeur, avec une certaine indiscipline et lorsque se met en place l’autocratie, tous comme un seul homme ou presque respectent militairement les règles. Lever la main, attendre l’autorisation et se lever pour parler. Les frondeurs d’hier se comportent sagement et même reconnaissent ces bienfaits ! Les élèves ayant accepté d’abandonner leur liberté au profit d’un meneur.

Jürgen Vogel

Wenger utilise les recettes de séduction groupale qui finissent de dissoudre les individualismes. L’adhésion des élèves obtenue, la cohésion des membres se fond dans une illusion groupale. L’indifférenciation devient la norme, chacun abandonne ses particularismes. En contre partie tous les individus de la classe, du groupe se sentent en sécurité sous la férule d’un autocrate charismatique. D’eux mêmes les élèves (mais peut on encore parler d’élèves ?) renforcent la solidité du groupe en se choisissant un nom, un symbole, des gestes d’appartenance au groupe. L’élément réfractaire, hostile se retrouve désigné comme bouc émissaire et il focalise sur sa personne toutes les projections négatives. Ceci renforce et accentue la cohésion du groupe. Le groupe, la vague devient le lieu refuge, le modèle, et tout l’extérieur est vécu et qualifié de mauvais.  Parvenu à ce stade l’autocrate Wenger, grisé par l’ivresse du pouvoir, oublie sa fonction de pédagogue et laisse la machine s’emballer. Lorsqu’il reprend conscience de la dérive instituée, il est trop tard.

Dennis Gansel et son scénariste reprennent le roman de Todd Strasser et une expérience similaire menée à Palo Alto pour la transposer à l’époque actuelle. Avec en toile de fond la question de savoir si les barbaries du 20eme siècle peuvent se reproduire. L’actualité fourmille d’exemples  de sa réalité, de la Yougoslavie au Rwanda en passant par le Cambodge. À une échelle moindre il suffit d’observer les sectes, et tous les fanatismes.
Dennis Gansel déclare avoir été hanté d’apprendre que son grand père adoré avait été séduit par le nazisme et soldat dans la Wehrmacht. Il ajoute qu’il a peur que se reproduisent semblables phénomènes : l'individualisme et l'atomisation de nos sociétés ne pourront pas fonctionner éternellement. Un tel contexte créé inévitablement un vide, et le danger est qu'un nouveau "isme" se présente pour le remplir.
Je me suis essentiellement intéressé à la dynamique groupale illustrée dans ce film, et scotomisé la référence historique de la montée du nazisme et autres totalitarismes. Pourtant le réalisateur ne ménage pas les clins d’œil, lorsque l’on voit le prof s’exprimer de plus en plus comme un Hitler, adopter des postures mussoliniennes etc…

Le film ne fait pas dans la dentelle, et s’égare facilement dans la caricature. C’est un professeur avec une ascendance de fait sur ses élèves qui favorise cette évolution théoriquement trop belle pour être vraie. Des esprits jeunes, malléables, peu critiques malgré un passé ressassé au cours de leurs études.
Une fois obtenue leur consentement et leur indéfectible obéissance, il jouit de sa puissance… et renonce à tout esprit critique et se prend pour un gourou. L’interprétation de la perte de contrôle du groupe qui serait liée à son angoisse d’enseignant face à ses élèves paraît d’autant plus faiblarde qu’il est aussi entraîneur sportif.

La vague décrit fort pertinemment la psychologie des foules. Des individus tous différents qui s’abandonnent progressivement dans un même mouvement. Nous avons tous expérimentés ces phénomènes, au théâtre lors des applaudissements en cadence, dans les stades avec les ola etc. …
On peut s’étonner de l’abandon de quasiment toutes formes de raison de la part des participants. Pourtant elle existe mais toujours à la marge et le fait d’individus très marqués. Une adolescente refuse l’endoctrinement et la diminution de sa liberté, un fils à papa, dans un premier temps ne veut pas jouer. Mais la grande masse adhère à cette dynamique groupale jusqu’à attirer d’autres personnes.

Max Riemelt & Jürgen Vogel

Une fois la machine lancée et la servilité obtenue le professeur jouit de sa puissance, du pouvoir qu’il exerce sans la moindre objection des élèves. Le scénario laisse penser que sa fragilité psychologique serait inhérente au dérapage de l’expérience à son impossibilité de la contrôler, grisé par le pouvoir acquis.
Pour le drame on pointe l’élément faible qui trouve dans le groupe un moyen d’exister par une nouvelle identité. En bon petit soldat il est prêt à se sacrifier pour la cause.

Un film un peu trop démonstratif et qui chausse facilement les gros sabots du sensationnalisme. Reste une bonne illustration de la dynamique de groupe et du risque encouru par des utilisations au profit de pouvoirs totalitaires.

Lire ici des avis et la critique de Bernard A. sur Napola du même cinéaste.

La vague, Die Welle, un film allemand réalisé par Dennis Gansel (2008).

avr. 28e, 2009

03:43 pm - VILLA AMALIA



Ann (Isabelle Huppert) roule en direction de la banlieue sud. C’est la nuit, il pleut, la visibilité n’est pas fameuse. Elle file son mari (Xavier Beauvois) qui rend visite à son amante. Défaite, elle voit ce qu’elle cherchait et attendait ? Un homme l’accoste,  Georges (Jean-Hugues Anglade), un ancien ami de jeunesse qu’elle peine à reconnaître. De retour dans son appartement, elle décide de tout larguer. Pas seulement son mari volage mais aussi sa vie professionnelle de concertiste, et de fuir. Alors que tous, un jour ou l’autre, nous avons fantasmé cette possibilité, elle passe à l’acte et sans état d’âme. En deux temps trois mouvements elle se débarrasse de tous ses objets. L’appartement est vendu et Jean Michel Portal embarquent les trois pianos. Ce qu’elle ne peut pas vendre ou donner, elle le brûle comme les photos. Elle se coupe ses cheveux pour mieux signifier son changement d’identité, et son passé. Sa mère et ses amies ont droit à une dernière visite, et elle ne garde un lien qu’avec Georges, l’ami retrouvé.

Rien ne peut arrêter son échappée européenne, et à la manière d’un agent secret elle prend soin de brouiller son parcours, d’effacer ses traces avec obstination et une certaine violence. Comme elle a toujours fait dans ses rapports avec les autres. Je suis un peu brutale.

On la suit en bus, en train, en avion, vers le nord puis l’Allemagne, dans les Alpes qu’elle franchit à pied pour échouer sur une île au large de la côte amalfienne.  Elle dégotte une baraque rouge isolée accrochée à la montagne qui surplombe une magnifique baie bleue quasi déserte. J’ai pensé au paysage près du monastère de Chozoviotissa sur l’île d’Amorgos.

Une pérégrination physique allégée de tous ses anciens attributs. Vêtements qu’elle jette et brûle, le portable soigneusement détruit, c’est une fuite motrice, même si on imagine qu’il s’agit bien sur d’un voyage intérieur. Fuite d’un passé douloureux qu’elle veut gommer. On s’interroge d’autant que le cinéaste est avare d’explication. On assemble les éléments du puzzle pour tenter une compréhension pour donner un sens au contraire du héros de Sean Penn dans Into the Wild. Ici Huppert s’ingénie à se perdre, à se vider physiquement et psychiquement jusqu’à se noyer. Comme s’il s’agissait de remonter au plus archaïque d’elle même.
Dans son refuge, un trou du monde merveilleux pour des vacances solitaires. Seule la jeune femme italienne qui l’a secourue de la noyade vient partager sa maison et son lit.

Sa mère se meurt et elle revient en coup de vent auprès de sa famille. Bref passage où elle croise son père, un homme qui l’avait abandonné et dont elle répète la conduite.

Benoît Jacquot filme au plus près l’errance d’Ann/Huppert. Il capte ses faits et gestes,  son visage, son regard. Les paroles demeurent anecdotiques. Isabelle Huppert agit, se déplace, nage, marche. Lorsque des interlocuteurs lui parlent, ses réponses succinctes peuvent être ressenties comme violentes. George dont elle sait qu’il va mourir n’obtient rien, pas même un sursis, qu’elle reste un peu avec lui. La violence nous la ressentons dans son comportement. Les autres ne peuvent espérer qu’elle infléchisse ses décisions. Elle est entière, totale et fermée sur elle même dans une attitude un peu autiste.

C’est un trajet à l’intérieur d’elle même qu’elle suit et tant pis pour l’autre, les autres. On se doute qu’à la fin du film quelque chose va redémarrer mais entre temps elle aura asséché ses liens, pour recommencer une nouvelle vie.
Isabelle Huppert est quasiment sur tous les plans. Nous voyons à travers ses yeux. Toujours à hauteur humaine, il me semble qu’il n’y a ni contre plongé, ni vue plongeante. Elle regarde rarement l’autre, elle évite leur regard. Ce qui renforce l’aspect autiste de sa relation à autrui.
Il y a une petite scène curieuse, qui résume l’histoire. Lors de sa traversée des Alpes, elle franchit la frontière italienne et deux carabiniers lui demandent ses papiers qu’elle exhibe. Un des carabiniers se retourne, cueille une fleur et lui offre. Elle n’est pas arrivée au bout de son cheminement mais cette fleur donnée par un inconnu et acceptée illustre sa métamorphose en devenir. Une fleur, un air de musique la raccroche au monde sensible et à la vie.

Villa Amalia est portée par Isabelle Huppert et elle écrase le film de sa présence et de son talent. La musique aux sonorités modernes quelquefois dissonantes accompagne le cheminement de la protagoniste. On pourrait épiloguer sur sa psychologie. Benoît Jacquot évite l’explication. C’est au spectateur de remplir les questions qu’il se pose. Un film qui continue dans notre tête une fois les lumières rallumées.
S’il n’y a pas de choupinou dans le film, en revanche des personnages altersexuels sont présents. Georges dont le compagnon est décédé qui rentre un soir le visage tuméfié d’avoir voulu draguer des ragazzi, et Ann qui s’abandonne dans les bras de la belle italienne.

Villa Amalia, film français réalisé par Benoît Jacquot (2009). D’après le roman de Pascal Quignard.

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avr. 24e, 2009

07:16 pm - PATRIK , AGE 1,5

Un couple emménage dans un coquet pavillon planté dans un quartier résidentiel d’une quelconque banlieue suédoise. Ils sont affairés à meubler la chambre qui recevra le bébé qu’ils souhaitent adopter. Göran (Gustaf Skarsgård) est médecin et Sven (Torkel Petersson) son viking de mari travaille dans une boite de com. Ils font connaissance avec leurs voisins, un panel de suédois moyens. Des familles, un beauf, des retraités, bref rien de bien original. D’abord fraîchement accueillis, ils sympathisent assez vite avec les quelques voisins ouverts.

Gustaf Skarsgård & Torkel Petersson

Leur demande d’adoption se heurte au refus de pays étrangers de confier un de leurs enfants à un couple d’hommes. Après une assez longue attente arrive la bonne nouvelle : on leur propose d’accueillir un orphelin suédois : Patrik 1,5 an. Mais quelle n’est pas leur surprise de voir débarquer non pas le bambin désiré mais un ado revêche de 15 ans. Il traîne un passé mouvementé scandé de fugues et de menus larcins. Pour couronner le tout, Patrik (Tom Ljungman) les insulte en tenant des propos homophobes. Sven s’engueule avec l’ado irascible et craint qu’il n’en profite pour les voler et même les poignarder. La lettre qui le présente  mentionne son penchant pour les couteaux.

En attendant l’ouverture du service social qui s’occupe des adoptions ils doivent l’héberger tout le week-end. Goran tente en vain de tranquilliser son mari. En revanche il parvient à échanger avec l’ado. Lorsqu’ils raccompagnent Patrik au service social ils réalisent leur méprise. Une simple faute de frappe a glissé une virgule entre le 1 et le 5. Sven refuse de garder Patrik, quant à Göran, son empathie pour l’ado le conduit à l’accepter pour un temps en attendant que le service lui dégotte une autre famille d’accueil et qu’on leur confie un jeune enfant.
Énervé et s’estimant inaudible pour son mari, Sven s’adonne à la boisson. Et qu’est-ce qu’ils picolent ces suédois ! La présence de Patrik déchire le couple. Göran demande à son mari de quitter la maison. Le récit se poursuit avec de nombreux rebondissements.
Au départ on se dit que nous regardons une version suédoise de Pleasantville matinée de desesperate housewifes. La réalisatrice s’attarde sur les préparatifs de l’arrivée de l’enfant qui ne peut être dans l’esprit du couple qu’un bébé. Même en Suède où les altersexuels bénéficient des mêmes droits que les couples hétéros, l’adoption reste très difficile. En fait la seule possibilité proposée est un incasable qui a mis en échec tous les précédents placements. Quel individu ou couple consentirai à recevoir un ado ingérable ? À coup sûr c’est la peau de banane et la gamelle assurée pour l’inconscient ou le maso qui s’aventurerait dans une telle entreprise.
De fait Sven, dont l’adolescence chaotique puis un mariage soldé d’une adolescente hostile, veut s’épargner de (re)vivre un psychodrame permanent. Et le début de la cohabitation le conforte dans ses préventions. Insultes, claquages de portes, comportements clastiques, incompréhension mutuelle égayent et déstabilisent leur vie domestique.  Patrik craint pour sa virginité ! Il ne peut se réfugier que dans la chambre décorée pour un nourrisson et équipée d’une caméra de surveillance bébé ! Difficile dans ces conditions d’investire un espace sécurisant et rassurant. Il est en sursis.

Pour leur part, Göran et Sven doivent  faire le deuil d’une adoption idéalisée. Sven parti, les tensions diminuent. De petits riens en écoutes attentives, Patrik et Göran s’apprivoisent et établissent une relation apaisée. Chacun avance vers l’autre, ose dépasser ses a priori et apprend à se connaitre, à se respecter.
Cette comédie gentille dans sa forme aborde un thème de société actuel. Nos gays prides annuelles brandissent cette revendication de l’adoption qui enflamme les débats, hystérise les franges conservatrices et les culs bénis. Par petites touches, Ella Lemhagen dépeint les préjugés, les réactions outrancières, l’homophobie insidieuse. Elle relève avec subtilité le cheminement psychologique des protagonistes, leurs évolutions. Les acteurs accompagnent avec justesse et sensibilité leurs personnages sans tomber dans la caricature.
Ce n’est pas la première fois que le cinéma traite de ce sujet. On se souvient du magnifique Torch Song Trilogy (1988) qui se déroulait à New York. Le film de Paul Bogart optait pour un scénario plus radical. Il s’agissait d’un couple formé d’un artiste de cabaret et d’un jeune homme qui entreprenaient une démarche d’adoption. On leur confia un ado gay.
Ici la situation est plus convenue, un couple de bobos installés et qui présentent les garanties requises dans un pays ouvert à l’adoption pour les altersexuels.
Le cinéma suédois, comme la production scandinave nous ravit régulièrement de films sympathiques. Patrik age 1,5 ne déroge pas à la règle, cela donne une comédie rafraichissante, joyeuse et bienvenue dans un débat passionnel souvent outrancier qui recourt à l’insulte et l’ignorance. Au final une comédie alerte qui slalome astucieusement entre des clichés inhérents au genre et l’abord réussie d’une juste revendication.

Patrik, age 1,5  film suédois réalisé par Ella Lemhagen (2008). Présenté au 8eme Festival gay et lesbien Vues d’en face de Grenoble.

avr. 23e, 2009

02:11 pm - LOVE OF SIAM



 

À l’école primaire, Mew est chahuté par des garçons qui le traitent de mauviette et de pianiste! Tong vole à son secours, récolte une rouste et son amitié. Il habite en face de l’appartement de Mew qui vit seul avec sa grand-mère. Orphelin, il est très attaché à cette grand mère qui se réfugie dans le passé de son mari musicien. La famille catholique de Tong parait heureuse, ils possèdent une belle maison. Le père a les yeux de Chimène pour sa grande fille Tang. Il intercède souvent auprès de sa femme afin qu’elle lui octroie plus d’indépendance. Lors d’un séjour à Chiang Mai, au nord de la Thaïlande, l’adolescente disparait alors que ses parents avaient accepté à contre cœur qu’elle randonne avec des amis. Ce drame les bouleverse profondément. Le père s’accuse de l’avoir autorisé à participer à cette funeste excursion. Tong trouve auprès de Mew du réconfort et en remerciement il lui offre un cadeau pour son anniversaire. Toutefois les parents déménagent laissant Mew seul et triste.

Witwisit Hiranyawongkul & Mario Mauer

Six années plus tard Mew (Witwisit Hiranyawongkul) compose et chante dans le groupe August, un boy’s band  qui remporte du succès. Le choupinou Mew est courtisé en vain par sa voisine, Ying, la seule apparemment à ignorer qu’il est guère sensible aux charmes féminins. On se demande d’ailleurs s’il a conscience de son inappétence pour les filles. Une scène assez drôle le voit à un cours de secourisme. Son partenaire doit effectuer un bouche à bouche ce qui l’effraie d’autant. Il accuse Mew d’en profiter pour l’embrasser ! Ying décide de passer outre et à l’aide d’un manuel de superstitions elle teste différentes recettes pour s’attirer les faveurs de son voisin.
Tong (Mario Maurer), tout aussi craquant en plus costaud, termine sa scolarité au lycée. Il a une copine, la charmante Donut que tous les garçons de sa classe lui envient jalousement. Dans sa famille, c’est la grande déprime. Le père neurasthénique squatte le canapé à écluser des litres d’alcool. Il ne se remet pas de la disparition de sa fille chérie. Sa femme dirige la maisonnée. Le fils doit se plier aux exigences d’une mère qui régimente ses activités. Tong souffre dans ce climat pesant et oppressant. Les deux adolescents se croisent dans le quartier de Siam, un grand centre commercial où la jeunesse de Bangkok a l’habitude de déambuler. Ils renouent presque aussitôt leur relation. Avec surprise et plaisir chacun découvre qu’il n’a pas oublié son ancien ami. Ces retrouvailles relancent la créativité musicale de Mew. Pour sa part Tong en profite pour délaisser Donut avec laquelle il s’ennuie… à la grande consternation de ses copains.

Mew compose des chansons d’amour qui plaisent au producteur du groupe. Celui-ci demande à June, une jeune assistante de cornaquer le groupe, de fructifier leur renommé. Tong qui assiste aux répétitions du groupe fait sa connaissance et il est stupéfié de la ressemblance avec sa sœur. Elle est le sosie parfait de Tang. Il l’emmène rencontrer sa mère qui est aussi troublée. Elle lui propose de jouer le rôle de sa fille disparue en espérant ainsi sortir son mari de sa mélancolie. June se prête au jeu.
Lors d’une soirée pour fêter le retour de Tang/June, la mère surprend son fils embrasser tendrement Mew. Ne supportant pas cet amour elle interdit à Mew de le revoir. La castratrice argumente qu’elle souhaite que Tong réussisse ses études, décroche un bon métier et épouse une femme. Mew obtempère et coupe toutes relations avec son amant. Du coup il perd aussi son inspiration. Finalement Mew recouvre son talent de musicien. Tong outrepasse l’interdit maternel et se rend au concert du boy’s band, au mécontentement de Donut et aussi de Ying obligée de reconnaître l’altersexualité des deux adolescents. Après le concert Mew déclare à Tong je ne peux pas être ton petit ami mais cela ne veut pas dire que je ne t’aime pas. Rentré chez lui, Mew pleure doucement. On nous laisse imaginer la suite…
Un sympathique film thaïlandais. Une romance pour adolescents à connotation altersexuelle dont j’imagine que le réalisateur a voulu en atténuer le caractère trop explicite. Prudent, Chookiat Sakveerakul révèle qu’il a pris soin d’éviter le label gay pour son film et il note l’importance des réactions homophobes de certains spectateurs lors des projections.
La publicité en Thaïlande a édulcoré l’aspect gay en insistant sur les relations entre garçons et filles comme l’affiche tend à le souligner. 

Toutefois l’amour entre les deux garçons est clairement évoqué, certes pudiquement et pris dans un ensemble de thèmes. Le réalisateur (26 ans) a voulu étoffer son scénario en abordant plusieurs thèmes, la sexualité des jeunes, la perte d’un être cher, l’acceptation du désir de l’autre, en créant une œuvre riche en détails. Comme le cérémonial catholique (les prières, la crèche, le sapin de Noël) dans un pays largement bouddhiste. La durée s’en ressent (2 h 30) et quelques coupures dynamiseraient et resserreraient le récit. Je ne vois pas ce qu’apporte l’épisode June. De même les nombreuses bleuettes chantées donnent une touche bollywoodienne inutile, certainement pour le spectateur occidental. On se console en admirant la charmante frimousse du chanteur.

Witwisit Hiranyawongkul

La longue introduction s’attarde sur la psychologie des personnages. Certains traits frôlent la caricature comme les couplages père/Tang et mère/Tong, illustration simpliste du classique Oedipe freudien. Plus nuancé le portrait de la mère dont le comportement et la personnalité s’avèrent plus adaptée. Elle campe une femme aux accents histrioniques, sa fille lui reproche de n’être jamais satisfaite.  C’est pourquoi elle n’apprécie guère la bienveillance de son mari pour sa fille. Quand Tang disparaît, la mère se remet plus rapidement de la perte que ses hommes. Le père sombre dans une dépression mélancolique et le fils trouve auprès de Mew le réconfort. Par la suite son caractère se rigidifie, elle refuse que les autres puissent éprouver des désirs différents des siens. Elle n’accepte pas l’amitié et l’amour des deux garçons qui contredit son rêve d’avenir pour son fils. Mew s’extrait de l’emprise maternelle dans une scène où il exprime clairement que son désir peut être différent du sien et qu’elle doit le laisser décider de ses propres choix.
Les deux acteurs choupinesques endossent leur personnage avec naturel et sensibilité. Ils reconnaissent leur appréhension pour la gentille séquence du baiser. Dans un entretien Mario Maurer (Tong) de père allemand et de mère sino-thaïlandaise a déclaré j’étais nerveux, je n’avais jamais embrassé un homme, ni l’habitude d’embrasser tous les jours. Mon père m’a dit qu’il s’agissait juste d’un boulot et de ne pas trop m’en faire.

Mario Maurer

Le cinéma thaïlandais présente habituellement les homos de manière caricaturale ou dans des films transgenres tels que Beautiful boxer ou Satreelex,  the Iron Ladies. Love of Siam se démarque des précédentes productions et, si on excepte Tropical Malady d’Apichatpong Weerasethakul et Bangkok Love Story de Poj Arnon (2007), le film aborde avec sincérité et réalisme la sexualité des jeunes gays. Chookiat Sakveerakul avait auparavant réalisé des films typiquement thaï comme Pisaj (2004), un film d’horreur et le thriller psychologique 13 beloved (2006).
Bien que le réalisateur s’en défende Love of Siam traite essentiellement de l’altersexualité chez les adolescents. Que ce soit dans la forme naturelle chez Mew ou dans sa reconnaissance et son acceptation chez Tong. De même que son appréhension par les jeunes, ambivalente et aussi acceptée. Elle reste plus problématique au niveau des adultes.

Love of Siam, un beautiful thing à la sauce thaï. 

Love of Siam (Rak Haeng Sayam), film thaïlandais réalisé par Chookiat Sakveerakul (2007). Présenté au 8eme festival gay et lesbien Vues d’en face de Grenoble.

avr. 22e, 2009

07:45 am - FASHION VICTIMS


 

Wolfgang (Edgar Selge), la cinquantaine, VRP d’une boite de confection d’habillement spécialisé pour la ménagère campagnarde de plus de cinquante ans refuse d’inclure dans la nouvelle collection un tee-shirt tendance, un vêtement plus fashion, destiné à rajeunir l’image de la marque et capter une clientèle plus moderne. Son jeune collègue, Steven (Roman Knizka), saute sur l’occasion pour rafler cet article qui sied mieux à son profil de pédésexuel. Il se fait fort de le distribuer dans la région. S’engage alors une rivalité entre les deux représentants pour remplir leur carnet de commande auprès des détaillants.

Wolfgang a un fils Karsten (Florian Bartholomäi), un jeune étudiant bien sage qui se fait de l’argent de poche en rédigeant l’horoscope pour le journal local. Il doit s’envoler avec deux copines pour des vacances linguistiques en Espagne. Sur le chemin de l’aéroport, le père, au volant de sa nouvelle Mercedes Class-S, se fait retirer son permis pour excès de vitesse. Du coup il ordonne à Karsten de rester avec lui pour servir de chauffeur pendant sa campagne de démarchage. Á contre cœur le fils obtempère au diktat paternel.

Lors d’un déplacement Karsten croise Steven qui le drague, et surprise il se laisse séduire par le gai démarcheur. Évidemment Steven ignore qu’il est le fils de son collègue-concurrent. Les quiproquos vont s’enchainer. Pour Wolfgang tout fout le camp. Il se fait dépasser par Steven, il ne parvient plus à fourguer sa camelote ringarde. Son compte bancaire est à sec et sa femme veut le quitter. Elle ne supporte plus ses frasques, son intransigeance et son esprit obtus. Il s’enfonce de plus en plus dans le trou qu’avec persévérance il s’ingénie à creuser. Sa femme excédée par sa bêtise part se réfugier chez son amie Brigitta, une gretchen à l’allure butch croisée Walkyrie. Elle tient la maison d’hôtes qui accueille Steven.

La subtilité n’est pas la qualité essentielle de ce film qui nous gratifie d’un humour aussi digeste qu’une choucroute en plein été. Le film se traine de scènes attendues en situations convenues. On guette les séquences où apparaissent les deux tourtereaux pour se raccrocher au film.

En fait c’est un film consensuel, sans vraiment de conflit, ni de dramatisation. À peine une esquisse de critique de la société de consommation. Qui évite de s’interroger sur l’origine des vêtements fabriqués en Asie par de petites mains et de qualités douteuses. Wolfgang incarne le beauf moyen psychorigide plus soucieux de son paraître que des autres. Il lui importe d’avoir une grosse bagnole pour épater le voisin même s’il peine à la rentrer dans son garage.

Bref une comédie plan plan qui toutefois donne une vision tranquille de l’altersexualité. Certes Karsten n’ose pas évoquer son orientation sexuelle à ses parents mais lorsque celle ci s’actualise, il l’assume sereinement. Avec son air faussement boudeur, le charmant Florian Bartholomäi campe un grand adolescent à l’aise qui veille à concilier sa voie et à maintenir le bonheur familial.

On retrouvera cet acteur dans le film de Stephen Daldry Le liseur adapté du roman de Bernhard Schlinck. (Sortie prévue en juillet).

Roman Knizka & Florian Bartholomäi
Fashion Victims (Reine Geschmacksache), film allemand réalisé par Ingo Rasper (2007). Présenté au 8eme festival gay et lesbien Vues d’en face de Grenoble.

avr. 16e, 2009

09:38 pm - ITTY BITTY TITTY COMMITTEE


 

Voilà un film féministe très lesbien qui a un côté Bruce LaBruce (The Raspberry Reich), le porno en moins. À Los Angeles, Anna, une jeune fille timide bosse dans une clinique de chirurgie esthétique. Elle vient de se faire plaquer par sa petite copine et sa sœur aînée doit convoler en juste noce. Anna doit animer la soirée et elle n’a pas trop la tête à ce genre de réjouissances. Un soir, elle surprend Sadie en train de peinturlurer la vitrine de son lieu de travail. Au lieu d’alerter la police, elle se laisse flirter par la mignonne tagueuse qui l’entraîne dans son groupe d’agit-prop drollatiquement baptisé C(I)A : Clitos In Action.

La jeune Anna vit bien son altersexualité, bien acceptée par sa famille, ce qui ne l’empêche pas, par amour, de suivre Sadie et ces activistes rebelles au politiquement correct. Non violent, ce groupuscule de féministes et de transgenres s’attaque à toutes les représentations machistes qui dégradent l’image de la femme. Elles changent les mannequins trop sexistes, installent une statue effigie à la gloire d’Angela Davies qui a su garder son horrible coiffure. Jusqu’à leur action d’éclat très loufoque à la fin du film. Leur leitmotiv faites bouger votre clito !

Elles n’hésitent à jouer la provocation  lorsqu’elles décident d’aller semer le bazar dans une manif pour le droit au mariage des gays. Elles s’insurgent contre cette revendication alors qu’en face des constipé(e)s du cul avec la Bible à la main insultent les partisans de l’égalité au mariage.
Je craignais un film mili-tante un peu pénible, et j’ai été agréablement surpris. Les actrices sont loin des stéréotypes et des caricatures de la butch, ou de la vamp. L’humour est toujours présent et le film ne sombre jamais dans la caricature. Ce film joue sur les paradoxes, entre le radicalisme d’une lutte féministe et des comportements amoureux moraux comme la fidélité. Il y a même un côté de dérision lorsqu’elles se lamentent du peu d’écho de leurs actions, de l’absence de visites sur leur site web…
Itty Bitty Titty Committee garde toujours une fraîcheur, un peu naïve, certes, et qui donne ce long métrage plaisant à regarder. Itty Bitty Titty Committee réalisée par Jamie Babitt est son second film après But I’m A Cheerleader. Il est produit par l’association américaine « Power Up » qui milite pour la visibilité des lesbiennes dans les médias.

Nicole Vicius & Melonie Diaz. 

Itty Bitty Titty Committee, film américain réalisé par Jamie Babitt (2007).  Film présenté au 8eme festival du film gay et Lesbien Vues d’en face de Grenoble.

avr. 6e, 2009

01:07 pm - COUNTRY TEACHER

Une agréable surprise ce Country Teacher, d’un tchèque dont le titre est en anglais comme son précédent film Something Like Happiness. Un titre genre : un instit de campagne aurait il une connotation péjorative ?

Petr (Pavel Liška) jeune professeur de biologie débarque dans la Bohême profonde au sud de Prague non loin de České Budějovice (je l’ai lu sur un autocar). Il cherche un lieu de tranquillité un peu comme l’escargot qui se réfugie dans sa coquille. Que fuit ou que recherche Petr pour venir se perdre dans un tel trou et enseigner à de jeunes enfants lui le prof de lycée ? Le directeur de l’école primaire qui l’accueille et le loge chez sa vieille mère lui demande la raison de sa mutation. Petr ne répond pas et le directeur dubitatif lui donne tout au plus six mois pour les quitter. Effectivement il doit avoir de « bonnes »  raisons pour s’isoler dans ce patelin et accepter de partager une chambre chez une vieille qui laisse la  télé allumée toute la nuit pour lui tenir compagnie, je suis moins seule ainsi.
Doucement l’histoire avance avec une description de l’environnement, des voisins, de la classe, rien de bien folichon. Et même déprimant dans cette collection de portraits d’individus esseulés qui se réunissent le samedi soir pour des beuveries ou des bals de campagne. Petr rencontre Marie (Zuzana Bydžovská), veuve d’un second mariage, et toujours inconsolée du départ de son premier mari qui l’a délaissé pour une plus belle. Elle élève son fils Lada (Ladislav Šedivý),  âgé de dix sept  ans qui l’aide aux travaux de la ferme.
Petr semble s’acclimater à cette ambiance agreste, il trinque et sympathise avec les paysans qui l’appellent monsieur le professeur. Quand il ne raconte pas la vie de la nature à ses jeunes élèves il muse dans la campagne verdoyante, s’allonge lire en haut des meules de foin.

Marie lui tourne autour, lui conte fleurette mais il demeure distant. Ils cueillent des cerises et on commence un peu à s’ennuyer. Fin du premier acte. Au suivant, Petr passe à Prague chez ses parents et l’on apprend ce que l’on subodorait, son altersexualité.  Ses géniteurs compréhensifs l’avisent de trouver un compagnon, d’éviter de rester seul.
Un peu plus tard son ancien amant débarque chez lui et Petr le repousse ne l’aimant plus! Mais difficile de cadenasser les pulsions sexuelles d’autant qu’elles s’incarnent sous les traits de Lada. Bien qu’il baisouille avec une lycéenne praguoise en vacances chez ses grands parents, Petr le couve d’un regard de désir. Ça tombe bien, Marie qui en pince pour le prof mais imagine qu’il la repousse à cause de son âge lui demande d’aider scolairement son rejeton.

Dans un premier temps l’adolescent refuse préférant les jeux vidéos puis il accepte espérant ainsi plaire davantage à sa dulcinée qui le considère trop rustre. Petr socratise gentiment l’ado jusqu’au soir où Lada ivre échoue dans sa chambre. Ne pouvant retenir son envie, Petr s’enhardit, s’approche de l’ado assoupi et le caresse. Lada se réveille furieux et claque la porte. Dans le dernier acte le prof contrit de culpabilité sollicitera le pardon de Marie et de son fils.
Bodhan  Sláma avec un scénario simple dans un décor bucolique un peu trompeur nous laisse du temps pour découvrir les protagonistes et nous immerger dans leur environnement campagnard. Le secret de Petr, sorte de haine de soi que représente son orientation sexuelle le pousse à ériger une barrière entre lui et les autres, à se replier sur lui même. Cette force négative se retrouve aussi à l’œuvre chez les autres protagonistes. Peu de temps auparavant Petr avait enjoint Lada de commencer par s’aimer s’il désirait (re)conquérir sa petite amie. Mais Petr lui-même ne parvient pas à assumer sa différence. C’est un peu le leitmotiv du film d’être en harmonie avec soi même, et de s’ouvrir aux autres.

La scène de la transgression de l’interdit, séquence centrale du film, va déclencher le processus de l’ouverture. Le cinéaste filme avec tact la scène d’attouchement furtif. Ce passage à l’acte figure la levée brutale du refoulement des désirs réprimés chez Petr. S’ensuit une dramatisation qui m’a fait craindre un dérapage sulpicien digne des films du siècle dernier qui abordait le thème douloureux de l’homosexualité. En fait l’altersexualité représente un prétexte pour décrire la solitude de ces personnages, et qu’au delà de cette singularité il est question de la rencontre avec l’autre, et de la capacité à pardonner. La dernière scène du film, très documentaire vétérinaire, montre les protagonistes solidaires pour mettre bas un veau. Une naissance toute symbolique voire un peu optimiste et naïve.
Country Teacher a un côté un peu rétro bien servi par des acteurs qui donne consistance à leur personnage. De plus les films tchèques qui évoquent l'altersexualité sont rares d'où notre plaisir à le découvrir.

Ici une interview du réalisateur.

Country Teacher (Venkovský učitel) film tchèque réalisé par Bodhan Sláma (2009).

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