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BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK

nov. 29e, 2009

01:25 pm - DIRTY MAGAZINES


Mark va fêter ses 16 ans. Sa mère (Suzan Brittan), échappée de Housewife et hystériquement émoustillée par son fils qui devient adulte, choisit de lui offrir en guise de cadeau d'anniversaire un nouveau lit. Quelle n’est pas sa surprise, lorsque les livreurs remplacent le lit, de découvrir sous celui ci des revues pornos gays. Un vrai coup de tonnerre dans le ciel bleu de cette famille américaine. Elle décide de prendre le taureau par les cornes et d’(ré)éduquer son fils.

« As tu essayé avec une fille ? » lui demande-t-elle.
« Non »
« Alors tu ne peux pas savoir si tu n’aimes pas les filles ! »
Rassurée, elle oblige toutefois son rejeton d’essayer. Et voilà le pauvre Mark (John Hahn) gêné quémander auprès de sa copine de se laisser tripoter les seins… ce qui ne produit aucun effet. Du coup Bree propose à un gigolo de venir rencontrer son garçon! Mark étonné de trouver dans sa chambre un tel présent n’attendra que fort peu de temps avant de s’envoyer en l’air avec le bel apollon. L’expérience concluante, la mère et le père doivent reconnaître la pédésexualité de leur choupinou de fils.
Alors que les parents semblent tombés des nues devant cette réalité, la sœur déclare qu’elle subodorait depuis très longtemps la préférence de son frère. Déjà à la maternelle il refusait de peindre avec ses doigts. Pour la sœur pas de doute, il faut être homo pour détester tremper ses doigts dans la peinture.

Un court métrage bien drôle qui dépeint les réactions étonnantes qui peuvent traverser une famille confrontée à la découverte de la différence sexuelle de leur enfant. Qui n’aurait pas rêvé pour ses 16 ans qu’on lui offrît un tel cadeau ?

Dirty magazines, film (court-métrage) américain réalisé par Jay J. Levy (2008) Projeté au XV festival chéries-chéris de Paris.

mai. 26e, 2009

01:52 pm - PENSÉE MAGIQUE


 

J’avais lu Courir avec les ciseaux, son précédent roman qui raconte l’enfance et l’adolescence de l’auteur. Un itinéraire chaotique avec une mère déjantée pour ne pas dire folle et en guise de père substitutif le psychiatre maternel adepte de thérapie familiale permanente à domicile, bref totalement loufoque. Ceci dit Freud emmenait quelquefois ses patientes en vacances avec lui, très loin de la sacro-sainte règle d’abstinence de la psychanalyse. Le psychiatre totalement azimuté réussissant l’exploit de laisser le jeune Augusten aux prises avec l’un de ses patients qui au passage le viola ! Dans Pensée magique  -concept psychologique- Augusten a la quarantaine et il nous livre son quotidien sous la forme d’une petite trentaine de vignettes comme autant d’instantanées de sa vie passée et actuelle.
Après une adolescence pour le moins cabossée, il a réussi à devenir publicitaire tout en menant une vie d’alcoolique qu’il raconte dans Déboires que je n’ai pas lu. Donc voici Augusten rangé des bouteilles et parvenu à concrétiser son rêve de vivre de sa plume.  Dans cette succession de chapitres d’autofiction (comme on dit maintenant) il se décrit et il observe les personnes de son entourage.
D’inégales saveurs et de drôlerie, il croque les travers de ses proches et de lui-même. Il apparaît tantôt comme un obsédé du désordre, mythomane, angoissé et toujours avec une pointe de dérision et d’humour. Au début cela suit une chronologie. De son enfance où il espère devenir un star de cinéma après avoir été choisi pour figurer dans un pub, puis il s’imagine issu d’une famille autrement plus excitante que la sienne, et on parcourt quelques épisodes de son adolescence. Il s’interroge sur son identité sexuelle et de la possibilité de changer de sexe. Il suit des cours dans une école pour devenir mannequin mais montre plus de disposition pour la position couchée que verticale. On sourit à l’évocation de ses tâtonnements pour devenir l’écrivain reconnu, ce qui n’était pas gagné d’avance compte tenu de son histoire. Altersexuel bien dans ses baskets il s’amuse à se moquer de ses phobies (perdre ses cheveux, tenter de modeler son corps pour ressembler aux modèles des males virils bodybuildés… et toujours racontée avec une ironie. Du coup on le trouve plutôt sympa même si certains de ses comportements nous seraient insupportables. Ce roman feuilleton présente l’intérêt de dépeindre la vie d’américains de la côte est, de New York ou des communautés amish par exemple.
Il reste attachant car il trouve le moyen de concentrer sur lui un panel de tares assez rare pour que ne nous laisser indifférent. Et puis son esprit s’égare dans l’imaginaire et il n’hésite pas à nous raconter des histoires abracadabrantesques, que ce soit des rats dans sa baignoire, d’une femme de ménage naine qui  l’escroque sans vergogne. Bref il apparait tellement complexe que s’en est marrant. Il sait à l’occasion devenir plus intime, plus vrai quand il évoque son couple, l’amour qu’il partage avec Dennis. On a aussi droit à de savoureuses rencontres avec un prêtre, un psy et je prenais plaisir à passer d’un épisode à l’autre. On peut trouver l’exercice répétitif à la longue et l’ennui n’est pas loin heureusement que Burroughs manie adroitement l’humour et déniche dans ces anecdotes toujours l’occasion de repérer des traits de comportements révélateurs des nos mœurs. 

Le site d’Augusten Burroughs et les cinq premières pages.
Matoo en parle aussi.

 

Pensée magique, roman américain de Augusten Burroughs traduit par Philippe Rouard, édition Héloïse d’Ormessson (2008) 284 pages.

avr. 16e, 2009

09:38 pm - ITTY BITTY TITTY COMMITTEE


 

Voilà un film féministe très lesbien qui a un côté Bruce LaBruce (The Raspberry Reich), le porno en moins. À Los Angeles, Anna, une jeune fille timide bosse dans une clinique de chirurgie esthétique. Elle vient de se faire plaquer par sa petite copine et sa sœur aînée doit convoler en juste noce. Anna doit animer la soirée et elle n’a pas trop la tête à ce genre de réjouissances. Un soir, elle surprend Sadie en train de peinturlurer la vitrine de son lieu de travail. Au lieu d’alerter la police, elle se laisse flirter par la mignonne tagueuse qui l’entraîne dans son groupe d’agit-prop drollatiquement baptisé C(I)A : Clitos In Action.

La jeune Anna vit bien son altersexualité, bien acceptée par sa famille, ce qui ne l’empêche pas, par amour, de suivre Sadie et ces activistes rebelles au politiquement correct. Non violent, ce groupuscule de féministes et de transgenres s’attaque à toutes les représentations machistes qui dégradent l’image de la femme. Elles changent les mannequins trop sexistes, installent une statue effigie à la gloire d’Angela Davies qui a su garder son horrible coiffure. Jusqu’à leur action d’éclat très loufoque à la fin du film. Leur leitmotiv faites bouger votre clito !

Elles n’hésitent à jouer la provocation  lorsqu’elles décident d’aller semer le bazar dans une manif pour le droit au mariage des gays. Elles s’insurgent contre cette revendication alors qu’en face des constipé(e)s du cul avec la Bible à la main insultent les partisans de l’égalité au mariage.
Je craignais un film mili-tante un peu pénible, et j’ai été agréablement surpris. Les actrices sont loin des stéréotypes et des caricatures de la butch, ou de la vamp. L’humour est toujours présent et le film ne sombre jamais dans la caricature. Ce film joue sur les paradoxes, entre le radicalisme d’une lutte féministe et des comportements amoureux moraux comme la fidélité. Il y a même un côté de dérision lorsqu’elles se lamentent du peu d’écho de leurs actions, de l’absence de visites sur leur site web…
Itty Bitty Titty Committee garde toujours une fraîcheur, un peu naïve, certes, et qui donne ce long métrage plaisant à regarder. Itty Bitty Titty Committee réalisée par Jamie Babitt est son second film après But I’m A Cheerleader. Il est produit par l’association américaine « Power Up » qui milite pour la visibilité des lesbiennes dans les médias.

Nicole Vicius & Melonie Diaz. 

Itty Bitty Titty Committee, film américain réalisé par Jamie Babitt (2007).  Film présenté au 8eme festival du film gay et Lesbien Vues d’en face de Grenoble.

mar. 19e, 2009

08:17 pm - HARVEY MILK


Il y a trente ans Harvey Milk, le premier conseiller municipal ouvertement gay était assassiné en même temps que George Moscone le maire de San Francisco. Il y a presque six mois les électeurs de Californie plébiscitaient la proposition 8 qui interdit le droit au mariage pour les gays et les lesbiennes.
Harvey Milk de Gus Van Sant retrace la petite dizaine d’année (1970-1978) de la vie publique et sentimentale de ce pionnier de la défense de la cause altersexuelle. Les premières images rappellent qu’à New York à la fin des années 60, les descentes de police dans les lieux de rencontre gay étaient monnaie courante, et qu’il fallut attendre la révolte de Stonewall (1969) pour qu’elles diminuent. Harvey (Sean Penn) va avoir quarante ans, il drague Scott (James Franco) un charmant choupinou.

Ensemble ils décident de quitter la côte est pour San Francisco, la ville des communautés hippies, de la maison bleue adossée à la colline. Ils s’installent et ouvrent un magasin de photos CameraCastro sur Castro street en passe de devenir le quartier gay de la ville, sorte d’Eden et le lieu de convergence de tous les pédégouines en quête d’un endroit accueillant. Face aux vexations et au traitement de citoyens de seconde zone, Harvey et quelques amis décident de se lancer dans l’action politique pour faire reconnaître leur existence. Encouragés par quelques soutiens et réussites, boycott de produits et d’entreprises anti gay, ils investissent la scène électorale même si leur action se veut plus radicale. Après deux échecs et une réforme du système électoral, Harvey est élu conseiller municipal (superviseur de son district) et pendant une petite année il va se servir de cette tribune pour lutter contre les attaques homophobes de la droite puritaine américaine. Les Anita Bryant et autre sénateur John Briggs ne se priveront pas de vilipender, d’insulter les gays en voulant leur interdire de bénéficier des mêmes droits que n’importe quel citoyen américain et ils voudront leur interdire l’exercice des professions d’enseignant (l’abjecte proposition 6).
Emile Hirsch, Kelvin Yu, Sean Penn & Alison Pill

Harvey Milk  amalgame harmonieusement la fiction avec des images d’archives et dessine une biographie filmée à la limite de l’hagiographie de ce militant. Film à mon sens indispensable et nécessaire. Aujourd’hui, dans nos grandes villes occidentales, il est de bon ton de croire que l’homosexualité s’est dissoute ad vitam eternam dans un large consensus social. La mémoire à très court terme et le « tatalandocentrisme » scotomisent qu’à peine trois heures d’avion d’ici, le fait de vivre son altersexualité vous envoie en prison ou plus sûrement vous oblige à vivre masqués. De même qu’il n’est pas nécessaire de remonter loin pour se souvenir des insultes homophobes au moment du Pacs et que continuent de déverser de leur haine les Vaneste, Benoît XVI et consorts.
Le scénario emprunte la narration linéaire, épaulé par la voix off de Harvey qui accompagne son parcours amoureux et public pendant ces huit années. Porté par une ferveur militante il décrit la montée de la revendication des altersexuels ostracisés. Harvey a commencé sa lutte en créant une association de commerçants gays et il louvoie entre un radicalisme éclairé et la voie légale et civique. Sa démarche demeure déterminée, intangible pour obtenir le respect du à tout citoyen quelque soit son orientation sexuelle. Le film souligne la dimension collective de cette lutte incarnée par Harvey. Ainsi, il enjoint fermement tous les homos à sortir du placard, d’affirmer son orientation sexuelle à sa famille, sur son lieu de travail. Faire la publicité de sa différence représente le moyen le plus sûr d’ouvrir les yeux aux gens hostiles par ignorance et préjugé. Lui même le déclare quand pressentant son possible meurtre il dit si une balle devait traverser mon cerveau, laissez-la briser aussi toutes les portes des placards.

Harvey Milk passe de la lutte individuelle à une prise de conscience collective, de la nécessité du rassemblement du plus grand nombre pour obtenir satisfaction.
Le film navigue entre le parcours social et intime du protagoniste et de ses compagnons. Le cinéaste filme avec pudeur la scène d’amour entre Harvey et Scott, avec de très gros plans, un peu flous sur des détails corporels. Il le surprend draguant  librement, nous sommes juste avant les années noires du Sida. Quand Scott s’éloignera, Harvey s’attachera à Jack (Diego Luna), un jeune latino un peu border line avec passion et tendresse comme l’est son action politique. Le film nous ramène dans le Castro des seventies, qui n’a pas vraiment beaucoup changé, et que le réalisateur a tenu à reconstituer avec minutie. Le magasin de photo a été reconstitué à l’endroit même, face au théâtre Castro, l’appartement d’Harvey est utilisé comme décor et l’ambiance, les fringues et les dégaines de l’époque sont fidèlement reproduits.

Gus Van Sant imprime au récit une force érotique non seulement dans les séquences amoureuses, et aussi dans les liens entre les protagonistes et qui contaminent leur rapport dans leur action sociale et politique.  Cette dimension du désir érotique s’actualise dans la tension entre Dan (Josh Brolin) et Harvey. Dan qui condense le négatif  d’une bienveillance à l’égard de l’altersexualité présente des failles que Harvey exploite. Le film suggère que le militant était sensible à la personne de son adversaire et l’épilogue tragique en rend compte. Gus Van Sant joue sur cette ambiguïté, sur la séduction déstabilisante d’Harvey pour l’autre élu ce qui donne à la narration une tension dramatique, d’une histoire dont nous apprenons d’emblée la tragique destinée.

Le personnage d’Harvey Milk frôle la statue du martyr au sens qu’il parait difficile de lui reprocher des aspects troubles, ce qui n’est pas le cas pour Dan qui personnalise ici les figures rétrogrades de la société américaine anti gay. Mais il n’est pas autant sanctifié. C’est un individu qui prend la parole en disant je suis Harvey Milk et qui à son niveau lutte pour modifier l’acceptation de l’homosexualité. Le pouvoir ne l’intéresse pas même si par la force des choses il devint en quelque sorte le maire de Castro. Ma critique ?  peut-être une tendance manichéenne dans la présentation, mais cela risquait d’affadir le propos du film.   Le cinéaste dépeint l’histoire exemplaire d’un homme simple animé d’une conviction et d’un hédonisme solaire sous la menace pas simplement fantasmée d’un acte meurtrier. Sa crainte d’être la cible d’un fanatique le conduisait à profiter au maximum de la vie au jour le jour. Les acteurs donnent corps à cette histoire, avec la beauté généreuse de James Franco, la fraîcheur de Emile Hirsch qui interprète Cleve Jones, le premier directeur de campagne, et la complexité sombre de Josh Brolin. Quant à Sean Penn il habite son personnage avec une grande conviction et humanité. La relative platitude de la mise en scène est bousculée par des trouvailles, les séquences d’ouverture et de fin, des accélérations et par la tension qui sous tend le récit.
Un film indispensable et beau.

 Lire ici des avis contradictoires et celui de Bernard.

Harvey Milk, film américain réalisé par Gus Van Sant (2008).

mar. 8e, 2009

08:13 pm - GRAN TORINO


 

Le récit débute dans une église quelque part dans le Middle West. Droit comme un « i » contre le cercueil de sa femme Walt Kowalski observe avec son regard de serpent sa famille qu’il méprise au plus au point. La scène suivante le retrouve énervé dans sa maison, à subir les salamaleks hypocrites de sa progéniture. Et aussi le prêche d’un jeune curé, un puceau suréduqué qui lui enjoint de venir à confesse comme l’avait souhaité sa femme dans ses dernières volontés.
On imagine vite que le vieux a du leur en faire voir de toutes les couleurs. Réac modèle Mac Carthy, l’injure raciste comme unique civilité, l’atrabilaire demeure le dernier blanc dans son quartier colonisé par des communautés étrangères et notamment asiatiques. Il passe son temps assis dans la loggia de sa bicoque à siroter des cannettes de bière qu’il quitte de temps à autre pour astiquer sa Ford Gran Torino (la voiture de Startsky & Hutch) ou son fusil. Résigné à terminer sa vie au milieu de ses souvenirs d’ancien ouvrier de Ford, patriote jusqu’au bout des ongles il incarne un inspecteur Harry vieilli incapable du moindre changement. Du haut de ses 78 balais à côté de son drapeau américain fièrement planté au pied de l’escalier Walt personnalise la caricature du redneck de l’Amérique profonde. Une sorte de Le pen version John Wayne des bérets verts qui s’arqueboute face à un monde dont il refuse l’évolution. Tous ses voisins ne sont que des faces de citron, rebuts de rizières et autres gentillesses qu’il vilipende depuis son balcon en entre deux descentes de cannettes de bière. Son pays abandonne ses quartiers, son industrie, on ne roule plus en Ford mais dans des voitures asiatiques.

Dans la maison d’à côté vit une famille Hmong où le seul mâle, Thao (Bee Vang), un ado introverti, préfère le jardinage aux activités du gang du quartier. Thao finit par céder aux pressions de son cousin et accepte en guise d’épreuve initiatique de voler la Gran Torino. Évidemment le vol tourne au fiasco et il s’en faut d’un cheveu que Walt ne plombe le gamin. Car Walt est un dur, un vétéran de la guerre de Corée dont on a l’impression qu’il ne l’a jamais quittée.

Thao échaudé par sa déconfiture refuse de rejoindre le gang qui vient le punir déclenchant une bagarre jusque sur la pelouse de Walt qui voit là une nouvelle occasion de sortir sa pétoire. Ayant mis en fuite le gang il devient derechef le héros de la rue et il est gratifié de nombreux cadeaux de reconnaissance. Du coup son intransigeante xénophobie s’effrite légèrement et après les invitations réitérées de Sue, la sœur de Thao, il condescend à s’amender et il accepte de prendre en charge reéducative l’adolescent. Sa nouvelle mission : viriliser l’adolescent timide ce qui nous vaut de savoureuses scènes.
La suite n’est guère surprenante et finalement assez prévisible, la boucle va se refermer.
L’irascible Walt Eastwood trouve ainsi l’occasion de prouver au monde que même les vieux cons peuvent se convertir à une certaine générosité. Mais en apparence seulement. En fait Clint Kowalski n’abandonne pas les valeurs traditionnelles. La religion ceinture le récit qui commence et s’achève dans une église. Il n’a guère d’espoir dans sa progéniture, bien sur il passe la main à un jeune, mais est-ce vraiment sincère ? Il serait sympathique d’y voir une métaphore de l’Amérique d’aujourd’hui qui balaierait  son récent passé bushien pour celui du renouveau incarné par Obama. Toutefois la haine qu’il voue à sa descendance révèle une défiance vis à vis de ses enfants qui composent l’Amérique d’aujourd’hui. Ceux-ci sont dépeints uniquement sur le versant négatif, prompts à enterrer le vioque et tout ce qu’il représente pour récupérer quelques subsides. C’est aussi contre cette Amérique là que Walt Eastwood se révolte, de cette Amérique qui laisserait faire la loi aux étrangers. 

Reste un beau jeu d’acteur qui ressort d’autant plus qu’en face il n’a que des amateurs (quasiment tous les Hmongs sont des non professionnels).

Eastwood au moment de tourner la page veut nous laisser le souvenir d’un homme généreux, sur la voie d’une rédemption, revenu de son personnage de Dirty Harry de la quarantaine triomphante. Malgré une petite réserve j’aimerai croire à ce plaidoyer en faveur de l’ouverture à l’autre, au renoncement à la violence, l’aspiration à un monde apaisé.

L’avis de Orlof, Chori et quelques autres. 

Gran Torino, film américain de Clint Eastwood (2009)

jan. 24e, 2009

09:07 pm - FROZEN RIVER


Mardi 20 janvier après avoir écouté la prestation de serment de Barack Obama, coïncidence heureuse, je voyais au cinéma Frozen River de la réalisatrice Courtney Hunt. Le film a obtenu en 2008 le Grand Prix du film au festival de Sundance.

Á Massena au bord St Laurent, aux confins de l’état de New-York, Ray (Melissa Leo) se débat pour nourrir ses deux fils. Son mari vient de se barrer à Atlantic City et flamber le fric destiné à changer leur mobile home décati. Ça tombe mal, elle espérait enfin remplacer leur horrible mobile home pour un plus grand et plus accueillant avec les maigres économies durement rassemblées.  En plus d’être délaissée elle doit se bagarrer avec Lila Littlewoolf (Misty Upham), une indienne Mohawk, qui essayait de dérober la voiture de son mari. Il se trouve que les péripéties de l’histoire ont légué une réserve Mohawk à cheval sur les deux pays de part et d’autre du St Laurent et qui bénéficie d’avantages de territorialité dont certains Mohawks tirent parti en devenant des passeurs. Lila parvient à entraîner Ray dans son activité de passeuse de clandestins. Le fleuve pris dans les glaces offre la possibilité de franchir la frontière en dehors des barrières douanières. Elles véhiculent des chinois et des pakistanais prêts à tout pour goûter au rêve américain. Au passage elles empochent une commission. Pour Ray cela payerait le home sweet home de ses rêves et pour Lila de récupérer son bébé confié à sa mère par la communauté en raison de ses agissements illicites.

Mysti Upham & Melissa Leo

Les deux femmes aux origines bien différentes s’acoquinent dans cette aventure risquée . Là n’est pas le moindre paradoxe qu’illustre ce film indépendant. Pourquoi des étrangers voudraient risquer leur vie pour une vie bordélique ici s’interroge Ray ? Nous sommes au nord de New York, très loin des contrées désertiques et brulantes de la frontière du Mexique, mais ici aussi des clandestins tentent de franchir la frontière. Á une encablure au sud de Montréal, Ray accepte ces convoyages illicites sur le fleuve gelé pour récupérer de quoi nourrir ses gamins et leur offrir un logement acceptable.

En attendant Ray racle le fond des poches de son jean pour quelques pièces pour la cantine de ses rejetons alors qu’un immense écran plasma trône dans cette leur bicoque. On croise des flics paternalistes et un tantinet compréhensifs. L’un d’eux viendra gentiment sermonner l’ado. T. J. (Charlie McDernott) avait recouru à quelques entourloupes pour épargner les affres d’un noël dégarni à son jeune frère. D’ordinaire les flics américains apparaissent plutôt rigides et brutaux. Dans Frozen River ils contrebalancent la médiocrités des autres mâles. Les femmes subissent plus durement les conditions sociales , elles sont les plus mal loties, bafouées, rejetées, exploitées et violentées comme les deux chinoises clandestines.

Lila et Ray que tout sépare jusque dans leurs préjugés racistes finissent par s’entraider. L’une comme l’autre tendent une main secourable dans une histoire aux accents conte de noël, alors que même les enfants font semblant d’y croire.
Charlie McDermott

En dépit de la tournure happy end, Courtney Hunt décrit avec justesse cette Amérique au bord de la rupture. Un pays où survivent des populations paupérisées par les effets du surendettement. Les deux héroïnes symbolisent les laissés pour compte de cette société.

Frozen River résonne en contre point aux élans messianiques qui agitent les américains et même au delà des millions d’individus qui attendent des miracles de Barack Obama. Ce film, toujours en équilibre sur la frontière, entre chien et loup, capte les décalages de la société nord américaine. Le film emprunte les chemins de traverse et il nous tient en haleine, en évitant les excès mélodramatiques. Film aride à l’image du corps abimé et tatoué de Ray exhibé au début du film qui raconte une sympathique rencontre. Peu de concession, à part une issue trop belle, où deux femmes malmenées s’élèvent au dessus de leur misérable condition pour rester dignes et humaines.  La frontière n’est jamais certaine, elle reste poreuse en dépit des murs et barbelés, et comme dans la mythologie américaine, toujours susceptible d’être repoussée.

Frozen River, film américain, réalisé par Courtney Hunt (2008).

déc. 19e, 2008

07:53 pm - BURN AFTER BURNING


 

Osborne Cox (John Malkowich), un analyste de niveau trois de la CIA c'est-à-dire de piètre envergure est viré pour alcoolisme. Ne l’entendant pas de cette oreille il décide de se venger en rédigeant un livre. Le CD sur lequel il a gravé ses mémoires se trouve par mégarde égaré par sa femme dans une salle de gym. Chad (Brad Pitt) un moniteur de  sport récupère le CD et propose de monnayer sa restitution. Cela permettrait à sa collègue Linda (Frances McDormand) de financer ses liftings et autres liposuccions. La visite de Linda chez le chirurgien plasticien est d’une drôlerie réjouissante.

Frances McDormand & Brad Pitt

S’en suit alors une série de rocambolesques qui pro quo parsemés de quelques cadavres. Sur un scénario loufoque, avec des personnages qui rivalisent de bêtise, Ethan et Joel Coen  concoctent une plaisante parodie de films d’espionnage.
Sans se prendre au sérieux ils laissent une belle brochette d’acteurs cabotiner d’autant plus aisément qu’ils jouent la plus part à contre emploi. Malkowich s’emporte, éructe des fuck sans arrêt, grimace à s’en déformer le visage.


Brad Pitt en garçon de plage des années 80 s’ingénie à demeurer un décérébré. George Clooney en flic infatué promène un air niais de femme en femme. Leurs vêtements sont à la hauteur de leur prétention. Un costume ringard mal taillé pour Clooney et un short de sport pour Brad Pitt qui arbore une coiffure blonde hérissée avec une bande décolorée au milieu du plus bel effet.  Les personnages féminins ne valent guère mieux, mais elles se comportent  moins sottement que leurs homologues masculins.
Les dialogues généreusement ponctués de grossièreté accentuent la connerie des personnages.

Après le sombre No country for Old men les frères Coen se soucient assez peu de la vraisemblance de leur histoire. Dans ce film ils s’amusent à dépeindre la médiocrité de leurs personnages englués dans de stupides et vaines préoccupations. Là dessus on ajoute une bonne dose de paranoïa que ces abrutis s’enduisent promptement et la sauce prend forme pour fournir le prétexte à une histoire joyeusement délirante. On a sentiment d’avoir à faire à des ados attardés. Linda se préoccupe uniquement de son apparence physique, Clooney construit une chaise à bascule munie d’un godemiché rétractable (scène hilarante), Brad Pitt joue à apprenti espion, Malkowich fait un caprice en croyant se venger de ses supérieurs hiérarchiques. Tous sont pris à leur propre piége. Le vrai espion est cocufié par sa femme, le sportif  se fait tabasser,  le flic est berné. Tout cela rend Burn after reading  singulièrement foutraque mais n’enlève pas le plaisir de suivre cette pantalonnade qui tient grâce au jeu des  acteurs.

Les frères Coen et le rocking god chair.

  Burn after reading, film américain réalisé par Ethan et Joel Coen (2008).

sep. 17e, 2008

01:34 pm - MAMMA MIA !


 

À Paris, ce week end, on entendait l’annonce suivante : « en raison de la visite apostolique de sa sainteté le pape… » comme quoi la R.A.T.P. sait prendre soin des ouailles métropolitaines qui se précipitaient saluer Benoit XVI . Quelle intro pour parler cinéma !

J’avais une carte d’abonnement à utiliser rapidement avant sa date de péremption. Comme si c’était une excuse d’avoir choisi Mamma Mia dit le film au cas où on en douterait ! Durant les vingt premières minutes je me demandais ce que je faisais dans cette salle, incapable de sourire aux mièvres pitreries d’adolescentes histrioniques et de quinquas infantilisés. Mon homme tout aussi marri que moi suggéra de regarder ce navet au centième degré.  Puis les chansons d’Abba aidant je me suis laissé gagner par l’hystérie collective d’une salle acquise à cette adaptation d’une comédie musicale dont j’ignorais l’existence.

Inutile de raconter le synopsis tellement il est stupide, pourtant j’ai pensé que l’idée de recherche de paternité d’une des protagonistes aurait pu ouvrir un début de …. disons questionnement mais évidemment c’était mission impossible dans cette succession d’images qui ne servent qu’à illustrer des chansons d’Abba.

Mis à part une ou deux scènes un peu décalées l’ensemble du film se traine lamentablement entre un mauvais roman photo bâclé et une vilaine publicité pour la feta.

Même les décors sont pitoyables, c’est comme si on avait choisi le parc animalier de Thoiry pour tourner Out of Africa. Et tous les grecs qui baragouinent en anglais dans ce défilé de clichés tel un komboloï qu’on égraine.

Que retenir ? τίπστα, même les grimaces de Meryl Streep finissent par lasser, les rôles masculins rivalisent d’insipidité et aucun choupinou ne vient égayer la pellicule.

Mais je reconnais avoir été un peu une Dancing Queen, dans ce Waterloo cinématographique qui n’a d’autre but que Money, Money.

Et coïncidence, hier, justement dans ma ville se produisait dans le cadre d’une foire commerciale le groupe bootleg Abba qui surfe sur l’Abbamania.

Mamma Mia! le film, film américain réalisé par Phyllida Llyod (2008).

sep. 15e, 2008

11:19 pm - I ' LL COME BACK

Je découvre sur le blog d’Olivier Autissier un très sympathique billet concernant mon blog.

Avec raison il s’interroge sur mon silence, plus long que le mois de vacances annoncé.

En attendant de nouveaux articles voici quelques images saisies cet été entre Californie et Colorado.

Le drapeau gay flottant à l’entrée de Castro street et le Golden Gate Bridge, San Francisco.

Lever de soleil à Zabriskie point (Vallée de la mort)

Las Vegas

  Brice Canyon (Utah)

  Monument Valley

  Antelope canyon (Page, Lake Powel)


  Delicate arche (Arches National Park, Utah)


mai. 14e, 2008

06:21 pm - THE BRAVE



Ce film réalisé par Johnny Depp et adapté du roman de Gregory McDonald fut projeté à Cannes en 1997. Sa carrière s’arrêta quasiment là. Johnny Depp désabusé par les critiques négatives, notamment américaines, renonça à le diffuser aux Etats Unis. Le film est disponible en cassette vidéo et en DVD.

Le scénario reprend les grandes lignes du livre de McDonald. Même lieu, Morgantown, un bidonville et personnages similaires. Mais Johnny Depp a amorti l’effet saisissant de l’histoire. Dèjà l’orthographe du prénom est modifié. Rafael devient Raphaël. Très vite nous découvrons Raphaël beau gosse (Johnny Depp himself) sortir de son bidonville et se rendre en ville.


Il est plutôt sobre. Il entre dans un bureau installé dans un dépôt lugubre. Puis on l’emmène rencontrer Mc Carthy, un Marlon Brandon assis dans une chaise roulante qui à mots couverts déblatère sur le plus beau cadeau qu’un homme puisse offrir : sa mort. À la différence du roman le dialogue reste soft, rien sur la séance de mise à mort accompagnée de tortures, au point de se demander s’il s’agit bien de la  même histoire. Mac Carthy lui propose 50 000$ (on est loin des 30 000 $ arrachés dans le bouquin) et Raphaël repart avec un tiers de la somme ! Dans le manuscrit il n’avait droit qu’à une aumône de 300$ dont on supputait que ce serait son unique rétribution.

Il s’en retourne et avec les dollars il achète de quoi construire un mini Luna park dans le bidonville ! Quand on se souvient que dans le roman il n’avait acquis qu’une grosse dinde surgelée, deux robes pour Rita et des cadeaux dérisoires et décalés pour ses lardons. On aperçoit le prêtre à qui Raphaël demande de veiller à récupérer l’argent, ce sera l’unique fois où Raphaël évoquera sa mise à mort. Et cerise sur le gâteau, Raphaël assassinera son frère qui auparavant avait violenté sa famille. Dans le livre, son frère l’avait dénoncé à tort pour un vol, afin de glaner une misérable récompense. À la limite qu’il y ait des différences avec le texte pourquoi pas, sauf qu’ici tout cela concourre à dénaturer l’ambiance, le climat tendu du livre.

L’idée du snuff movie a disparu et toute l’incroyable intensité du roman semble arasée. On s’ennuie à suivre ses déambulations un peu vaines. La noirceur du livre est gommée par un scénario émoussé.
Johnny Depp a-t-il eu peur de la violence du sujet au point de l’édulcorer à ce point ?
Pourtant il s’était entouré du chef opérateur de Emir Kusturica et d’Iggy Pop à la musique. Tout cela fait flop. Dommage car Johnny Depp en choisissant d’adapter le récit de McDonald connaissait la dramaturgie qui tend cette histoire. Du coup je ne comprends pas pourquoi il s’est écarté de la violence du bouquin.  Reste la belle gueule de Johnny Depp et de son jeu d’acteur.


The Brave, film américain réalisé par Johnny Depp, 1997.

mai. 4e, 2008

07:15 pm - RAFAEL , DERNIERS JOURS



Terrible roman !  Tout au long de sa lecture j’avais l’estomac noué et j’en ai cauchemardé.  Il n’y a pas que le 3eme chapitre qui serre les tripes. L’auteur, dans un avertissement, avertit que ce (3eme) chapitre est particulièrement intense et éprouvant, pour tout ce qu’il exprime de la cruauté humaine, … qu’il est souhaitable, mais pas forcément nécessaire, d’inclure ce 3eme chapitre dans la lecture de cet ouvrage.
Donc les derniers jours de Rafael, de la pauvre vie d’un amérindien illettré, exclu de la société américaine. Agé de moins de trente ans il habite avec sa petite famille dans une caravane déglinguée à Morgantown, contre une décharge. Son existence se résume à une longue et ininterrompue ivrognerie. Son faible pécule provenant de la revente d’objets récupérés sur le dépotoir lui permet de s’enivrer. Il ne connait rien d’autre. Né dans cette décharge, c’est ici comme le reste de sa communauté qu’il y crèvera. Son avenir se circonscrit au tas d’ordures vomit par la société américaine qui les ignore.
Le tenancier qui lui sert sa boisson quotidienne lui refile un tuyau. Un boulot super bien payé. Acteur dans un snuff movie. Le bistrotier rabatteur lui explique le genre de boulot, puis Rafael rencontre le margoulin qui lui propose 25 000 $ pour accepter d’être acteur et mourir en une heure. Une heure de torture. Qu’est-ce une heure pour Rafael qui crève à petit feu,  ou pour son père atteint d’un cancer et qui ne peut accéder à des soins faute d’argent. Une heure de souffrance et 30 000 $ qu’il réussit à négocier permettront, imagine-t-il,  à sa femme et ses trois jeunes enfants de sortir du tas d’immondices qui leur sert de paysage.
Dans ce fameux 3eme chapitre Gregory McDonald décrit par le menu le scénario abominable de son assassinat. En toute connaissance de cause Rafael accepte et signe un pseudo contrat. Il réclame simplement un délai de trois jours pour s’organiser, dire au revoir aux siens.

La force extraordinaire de ce roman court tient dans cette haletante tension qui agrippe de plus en plus le lecteur. Passée la description effrayante de la mise à mort, la suite du récit moins terrifiant exhale une violence souterraine permanente. Tout ce que Rafael va vivre au cours de ces trois dernières journées sera sous le signe de son effroyable destinée qu’il nomme son premier jour de travail. Cruelle ironie !
Rafael parvient à soutirer une misérable avance de 300 $ avec lesquels il va pouvoir offrir pour la première fois des cadeaux à sa femme et à ses trois enfants et de quoi se régaler. Des présents symboliques et ouverts sur un avenir qu’il leur souhaite meilleur. Le benjamin âgé d’un an recevra un  gant de base-ball, la cadette une trousse de docteur et l’aînée un piano électrique. Ces emplettes donnent lieu à de nouvelles vexations. Son avant dernière nuit il la passera au ballon à la suite d’une dénonciation. La police finira par le relâcher sans un mot d’excuse ni un minimum de considération.

La dignité de Rafael, sa qualité humaine, son humanité émerge de cette infâme condition existentielle. L’amour, la tendresse qu’il porte à sa femme, à ses enfants, au-delà du sacrifice à venir lui donne une dimension humaine. Malgré notre réserve au geste extrême qu’il s’apprête à accomplir, notre sympathie -au sens étymologique-  va grandissante. On assiste à une rédemption moderne que l’auteur suggère assimilable à celle du Christ.

Site de l’auteur ici.
Les avis de Matoo et InColdBlog.

Rafael, derniers jours (The Brave). Roman américain de Gregory McDonald (1991). Traduit en français par Jean-François Merle, Éditions 10/18 (1996), 191 pages.

avr. 25e, 2008

08:30 am - LA POLITIQUE DU CŒUR



La politique du cœur, ce documentaire reprend la lutte victorieuse d’altersexuels québécois pour la reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe et la plénitude des droits pour les enfants de familles homoparentales.
Après un historique qui démarre au début des années 90 en rappelant les violences policières (répression de manifestations d’altersexuels), l’épidémie du SIDA et des crimes homophobes, le film se focalise sur le parcours du premier couple d’homme à  réclamer le droit au mariage. Michaël et René, deux militants d’Act-Up ont mené avec constance un combat pour que leur union soit validée légalement. Suite à un premier échec, leur mariage fut enfin légalisé en 2004.

Parallèlement nous suivons l’exemplaire épopée de l’Association des mères lesbiennes pour que leur progéniture obtienne les mêmes droits que les autres enfants.
Des interviews de mères, de sociologues, de militants illustrent ce remarquable cheminement jusqu’à la réussite finale.
Le ministre de la justice du Québec, Mr Bégin, présenta un projet de loi qui à l’époque rencontrait une forte hostilité des parlementaires. Pour arrondir les angles il mit en place une commission parlementaire pour écouter les avis des différents intervenants et préparer un nouveau projet de loi. Très astucieusement des mères proposèrent à leurs enfants de venir parler devant cette commission. Les témoignages de trois grands adolescents, tout en finesse et en sincérité firent basculer l’ensemble des députés qui accordèrent les mêmes droits aux enfants issus de couples homoparentaux.
Paul Bégin raconte avec émotion :
Et quand ils ont fini (leurs témoignages), et je savais qu’ils le terminaient, la première chose qui arrive c’est que le Président dit, “Monsieur le Ministre, avez-vous des questions?” Et là, (pendant) les trente dernières secondes, […] je me dis ‘‘Mais, qu’est-ce que je vais dire?”. Est-ce que je vais être capable de parler? Tout simplement, physiquement. Et là, je regarde autour…des larmes dans les yeux des députés. Tout le monde a de la misère. Et je me rends compte que tout le monde est complètement renversé. Moment inoubliable, d’une beauté inqualifiable. Trois jeunes – beaux, intelligents – qui sont venus nous dire ça. Même les plus durs ont été marqués. Même ceux qui étaient contres.

Cette ode à un combat juste et victorieux nous réconforte. Même si la décision fut arrachée dans un mouvement émotionnel, on ne peut que se réjouir d’un tel aboutissement. Le titre de ce documentaire porte bien son titre et l’accent mis sur le cœur plus que sur la raison en fin de compte importe peu.

Avec raison Irène Demczuk note que dans une grande majorité de sociétés reconnaître une filiation à un couple, c’est (donner) la possibilité que ce couple se perpétue et fasse partie de l’histoire humaine. Quand on refuse (la filiation), on refuse aux homosexuels de faire partie de l’histoire humaine.  Ce qui est particulier, c’est qu’au Québec, on a obtenu (ce droit) avant le mariage.

 

La politique du cœur (Politics of the Heart), documentaire canadien de Nancy Nicol, 2005. Présenté au 7eme festival Vues d’en Face à Grenoble.

avr. 23e, 2008

08:48 am - BUTCH JAMIE



Jamie (Michelle Ehlen) se désespère de ne pas décrocher de rôle d’actrice. Il lui est reproché de ne pas être assez femme. Normal, le physique de Jamie rappelle furieusement celui de Marijo (Josiane Balasko) dans Gazon maudit.
Jamie partage un appartement avec Lola (Olivia Nix) dont le chat Howard collectionne les rôles dans des films ! Un jour Lola la sollicite pour emmener Howard à un casting. Las le matou n’en fait qu’à sa tête obligeant Jamie à des singeries pour tenter de le convaincre de s’approcher d’une gamelle remplie de croquettes. Son numéro n’est pas passé inaperçu car un réalisateur lui propose un rôle… d’homme dans son prochain film. Malgré ses convictions et un projet foireux Jamie accepte. Sur le tournage elle se fait draguer par Jim (Tiffany Anne Carrin), l’accessoiriste, persuadée d’être face à un homme !

Voilà le quiproquo lancé… qui rebondit lorsque l’on apprend que Jim, une ex lesbienne suit une thérapie de déconditionnement pour devenir hétérosexuelle !

Ayant décidé de chroniquer tous les films que j’ai vu au festival je reconnais n’avoir pas rit à cette comédie. Les scènes avec le chat au début du film ont eu le don de m’exaspérer, eh oui les pitreries animalières et les singeries humaines me laissent froid. Par la suite j’ai pensé que nous allions assister à une parodie de Toostie mais rapidement tout sonne faux. Á tel point que c’est incompréhensible que Jim puisse se tromper sur Jamie. Les gros plans sur son visage ne laissent aucun doute sur la postiche de barbe qu’elle arbore. Á moins d’imaginer que la volonté de se convertir à l’hétérosexualité la rende aveugle. Quant à changer de choix d’objet sexuel, il est peut être plus facile pour Jim d’opter pour une butch travestie en homme. La tromperie devient révélatrice de l’impossible changement d’orientation sexuelle.

N’ayant à aucun moment accroché, le film me paraissait ennuyeux et mal ficelé. Je pense à une phrase de F. Mitterrand « j’aime bien les films où l’on s’ennuie, j’ai le temps de mieux observer la mise en scène »*. Eh bien malheureusement ce n’est pas à l’avantage de ce film, car la mise en scène demeure statique et peu imaginative.

*Frédéric Mitterrand, Le Festival de Cannes p 66, Robert Laffont (2007).
Le blog du film ici.

Butch Jamie, film américain de Michelle Ehlen, 2007. Présenté au 7eme festival Vues d'en Face à Grenoble.



avr. 22e, 2008

08:14 am - LONELY CHILD



Lonely Child, un moyen métrage estampillé Dogma # 41, s’intéresse à Médéric, un jeune choupinou québécois qui profite de son 17eme anniversaire pour présenter son chum à sa famille. Seule sa mère s’est déplacée chez la frangine. Bien qu’elle soit au courant de la pédésexualité de son rejeton, elle s’emporte violemment lorsque Médéric embrasse son copain. Toute la haine et l’homophobie maternelle éclate en un psychodrame bien musclé. Voici la scène, la meilleure du film.





Puis Méderic et William (Emmanuel Schwartz) se rendent en voiture chez un couple de copains dans une maison au bord d’une rivière. On écoute Médéric et un des garçons discuter de leurs premiers émois, du vécu de leur sexualité et on a droit à une petite séance de strip-tease entre Médéric et Maxime tout en retenu et très pudique. En fait l’image est surexposée et franchement mal cadrée d’où notre déception à ce qui aurait pu être une friandise. D’autres bavardages s’éternisent devant une rivière, un feu de camp… sur fond de grattouillage de guitare.
Rien de franchement excitant si ce n’est la charmante frimousse de Médéric (Dhanaé Audet-Beaulieu). Nous avons bien du mal à nous passionner à ce Lonely Child. Les images floues, flottantes et mal cadrées accompagnent des dialogues insipides. La caméra passe de mains en mains, pour s’immobiliser sur un rétroviseur, ou sur le feu de camp. Le principe dogme est ici poussé à ses limites, caméra tenue à la main, lumière exclusivement naturelle, son en direct et sans préparation ou répétition des scènes. Heureusement l’accent québécois nous tire quelques sourires, même si on peine de temps en temps à tout saisir, mais vu la profondeur des échanges ce n’est pas gênant. Et si on a vu C.R.A.Z.Y. on reconnaît certaines expressions.

Bref un film sans grand intérêt et je me sens d’autant plus perplexe que ce film amateur est interprété par des acteurs. Pourquoi ne pas avoir travaillé un peu les prises de vue, tout en respectant le code Dogme ? Un petit compliment pour le rendu d’une fraîcheur dans le jeu des acteurs. Á vouloir filmer comme des amateurs, il n’a rien coûté, on produit un film décevant et ennuyeux.
Je pense à Ma vraie vie à Rouen, où le jeune Etienne (Jimmy Tavares) filme sa vie d’ado à partir d’un caméscope qu’on lui a offert. Il y avait là une idée originale, que les réalisateurs Olivier Ducastel et Jacques Martineau avaient scénarisé et donné un film sympathique.

Rien de cela ici si ce n’est le sentiment de visualiser un brouillon. Dommage car l’idée de ce coming out très nature pouvait donner lieu à un film amusant et plaisant à regarder.

Lonely Child, film québécois de Pascal Robitaille, 2005. Présenté au 7eme festival Vues d'en face à Grenoble.

avr. 15e, 2008

12:46 am - EAST SIDE STORY



Diego un charmant mariconcito habite à East Side le quartier hispanique de Los Angeles. Quartier qui se vide de sa population d’origine mexicaine chassée par la hausse du prix de l’immobilier et remplacée par des bobos gais friqués. L’arrivée de la communauté gaie modifie la vie du quartier et suscite des réactions homophobes. Diego, in the closet, travaille dans le restaurant familial régenté par sa grand mère depuis le décès accidentel de ses parents. Il aspire à une vie professionnelle plus gratifiante, il n’est pas diplômé d’une académie culinaire pour continuer à cuisiner et servir toute sa vie des empanadillas et autres tortillas. Il imagine ouvrir son propre restaurant gastronomique. Il s’échappe de temps en temps de sa gargote pour s’envoyer en l’air avec Pablo, un agent immobilier, qu’il émoustille à l’aide de croustillants scénarios fantasmatiques. Mais bientôt trentenaire Diego en a assez de ces frustrantes amours clandestines et il souhaiterait vivre pleinement sa gaytitude. Mais voilà, Pablo se complait dans des sauteries furtives et il refuse de suivre Diego et sortir du placard. Au fond Pablo, en bon latino macho rêve à une vie familiale avec une femme et des lardons

David Berón, René Alvarado & Steve Callahan.

Dans la maison en face du restaurant, Wesley et Jonathan, un couple gay, emménagent et en guise de bienvenue Diego leur apporte un plat cuisin. Rapidement Diego tombe sous le charme de Wesley au grand dam de Jonathan. Les ingrédients d’un scénario assez paresseux se trouvent rassemblés pour une comédie à peine relevée d’un zeste de cohabitation ethnique conflictuelle.

Le réalisateur Carlos Portugal ajoute quelques personnages susceptibles de pimenter l’histoire. On a droit à une Bimbo déjantée qui drague Pablo avec les quiproquo inévitables. On peut reconnaître aux personnages des particularités qui dépassent les clichés. Wesley s’intéresse à la culture chicano, il hésite avant d’accepter les élans amoureux du beau Diego. L’homophobie et le racisme traversent la rue dans les deux sens. Toutefois cela reste bien gentillet et sans surprise.

Bien que l’action se situe dans le même quartier, nous sommes loin du Quinceañera réalisé par Richard Glatzer et  Wash Westmoreland.  East Side Story qui n’a rien à voir avec West Side Story, ne décolle pas vraiment. Comme si le réalisateur avait concocté un film ficelé pour un public gay conquis d’avance et ne pas effaroucher le spectateur lambda. Une petite comédie et que l’on regarde pour les deux beaux acteurs René Alvarado et David Berón.

 

East Side Story, film américain de Carlos Portugal, (2006). Film projeté au 7eme festival Vues d’en Face à Grenoble.

avr. 1er, 2008

02:16 pm - JULIA



Julia, magnifique Tilda Swinton, s’abime et s’oublie dans des cuites pour se réveiller défaite auprès de d’inconnus qu’elle rejette aussitôt. Sa vie actuelle se résume à une succession de beuveries vespérales. Elle n’attend que l’ouverture des bars pour s’abandonner dans des chimères sans lendemain. Elle croise un brave samaritain qui l’accompagne aux Alcooliques Anonymes où elle rencontre une jeune mère délirante qui la convainc de kidnapper Tom, son garçon de 9 ans confié à la garde du grand père paternel. Julia appâtée par quelques milliers de dollars fonce tête baissée dans ce projet insensé. Après quelques rasades revigorantes, Julia rapte le gamin et elle s’engage dans une folle divagation. Tom terrorisé, maltraité n’est qu’un objet monnayable qu’elle ligote contre un radiateur ou garde enfermé dans le coffre de sa voiture. Bien que passablement perdue, elle conserve un peu de jugeote ce qui lui permet d’avancer au grée de rocambolesques péripéties. Le franchissement accidentel de la frontière mexicaine  relance le scénario. Julia devient plus humaine, elle renaît à la vie alors qu’autour d’elle les liens sociaux volent en éclat. Dans un déchaînement terrifiant de violence Julia reprend la barre de sa vie. Elle se redresse, et contre toute attente devient raisonnable dans un monde déboussolé. Elle redevient une femme habitée d’une tendresse maternelle.

 

Erick Zonca nous trimballe, après les frères Coen, dans cette région sauvage et violente de la Californie à cheval sur la frontière mexicaine. Sans se soucier d’un politiquement correct il montre Julia maltraiter le gamin à la limite du supportable. Et pourtant nous demeurons sensible à l’errance de cette paumée, comme si elle représentait une part de nous même. Rejetée aux marges de la société, sa folle cavale résonne comme une échappatoire possible de sa déchéance. Peut être aussi parce qu’il nous est difficile de supporter qu’elle demeure insensible à tout instinct maternel.


Le regard halluciné de Tilda Swinton.

mar. 13e, 2008

12:35 am - GODS & MONSTERS



Avec Be with me  j’avais emprunté à la médiathèque ce Gods & Monsters. Le titre titillait ma curiosité. Je ne suis vraiment pas un fana des films d’horreur, fantastiques et le thème supposé avait de quoi me rendre circonspect. Toutefois je me disais qu’il devait y avoir anguille sous roche pour que je désire le récupérer.

Le film commence chez Whale, un réalisateur hollywoodien célèbre dans les années 30 pour sa série des Frankenstein. C’est marrant j’étais incapable de pouvoir citer le metteur en scène de ses fameux films. Bref le vieux beau James a des soucis de santé et il s’ennuie dans sa luxueuse demeure hollywoodienne. Seulement entouré d’une gouvernante revêche il pose un regard fatigué sur son environnement. Un étudiant débarque pour une interview. Notre James ayant tout de suite repéré la grande folle s’amuse en lui proposant une strip interview. Il devra ôter un vêtement en échange de quelques souvenirs égrillards. Réjouissant que d’imaginer un journaliste contraint à de telles pratiques… On comprend que James use d’un tel subterfuge pour se moquer du freluquet qui met d’ailleurs un certain entrain à se dépoiler pour grappiller  d’émoustillants souvenirs. Mais cela n’amuse guère James Whale qui laisse vagabonder ses pensées au grée de ses réminiscences. Souvenirs d’un amour de jeunesse qui s’actualise en la personne de Clayton, le  jardinier. Un beau brin de garçon californien qu’on croirait sorti tout droit d’une production des Studio Falcon.

Brendam Fraser & Lynn Redgrave.

Le vieux réalisateur, qui n’a pas enterré sa libido, lui propose de venir poser dans son atelier de peinture. Clayton d’abord méfiant finit par accepter et entre les deux se tissent une surprenante et touchante relation mêlée de fascination et de tendresse. La différence de génération n’interdit pas une gentille romance. Clayton accompagne le vieux routier d’Hollywood chez Georges Cukor où l’on croise Boris Karloff. L’occasion de décrire la face cachée d’Hollywood. Les réceptions et les fêtes organisées chez les nababs hollywoodiens. Les références et citations cinéphiles abondent et donnent une coloration nostalgique au film.

 

James Whale, Ian Mc Kellen

On apprend que Whale vit sa carrière interrompue de n’avoir pas assez dissimulé son homosexualité. Nous sommes en 1957 et la visibilité altersexuelle se limitait à des soirées privées et à des allusions dans les films. Le personnage de Frankenstein symbolise d’une certaine façon la dimension monstrueuse tapie en chacun de nous. On peut repérer une symbolique altersexuelle dans le personnage de Frankenstein*.  Belle réussite de Bill Condon dans ce Gods & Monsters où se conjuguent une belle romance et une leçon d’amour du cinéma.  

En lisant l’excellent billet de Bernard A. consacré à ce film j’apprends que Ian Mc Kellen, l'acteur qui interprète Whale, avait revendiqué son homosexualité et s’était engagé dans la lutte contre le SIDA.

On visionnera avec intêret le remarquable documentaire The Celluloid Closet de Robert Epstein et Jeffrey Friedman qui décrypte la thématique altersexuelle dans la production hollywoodienne.

Bill Condon

mar. 6e, 2008

09:03 pm - NO COUNTRY FOR OLD MEN



Quelque part dans une région d’un Texas bien désertique, Llewelyn Moss (Josh Brolin) chasse la gazelle. Il découvre des voitures criblées de balles et éparpillés tout autour des corps bien refroidis. Le chasseur comprend qu’il vient de tomber par hasard sur un deal de drogue qui a mal tourné. Il trouve une mallette bourrée de dollars qu’il s’empresse de dissimuler sous son mobile-home. C’est pense-t-il la chance de sa vie…

Llewelyn Moss, Josh Brolin

Ailleurs, dans un bureau, un jeune shérif est violemment étranglé par un type bizarre qui récupère une curieuse bombonne de gaz. Puis on le retrouve au bord d’une route où d’un coup de jet d’air comprimé il explose la cervelle d’un automobiliste de passage.
Ça démarre brutalement dans ce No country, et ça ne va pas mollir. Llewelyn devient la proie de Anton Chigurh (Javier Bardem), le psychopathe qui joue à pile ou face la vie ou la mort de pauvres quidams qu’il croise. Le shérif Bell (Tommy Lee Jones) entre dans la danse, mais avec un temps de retard. Il est quelque peu désabusé devant ce triste spectacle d’un monde violent qu’il ne comprend plus.

Le shérif Bell, Tommy Lee Jones.

Anton Chigurh tel un taureau est lancé sur la piste de Moss. Rien ne peut l’arrêter. Il est indestructible. Il fait aussi bien que Rambo pour s’extraire une balle de sa cuisse. On le croit semé, mais c’est pour mieux resurgir. Un fantôme cauchemardesque. Dès qu’il apparaît on est saisi d’effroi devant ce personnage froid à l’humour glacial.
L’action se déplace vers la frontière mexicaine passablement passoire comme les corps et les serrures des portes dézingués par Chigurh. Le film se termine là dans un entre deux, à l’instar du récit onirique que raconte Bell.
Le film débute dans un paysage de western avec ses immenses étendues désertiques, ses cieux lumineux. Puis il vire au road movie thriller où nous sommes saisis par la perte du sens commun. Pourquoi cette violence, pourquoi rien ne peut stopper ce psychopator ? Plus de loi ni même d’humanité. Film sombre, pessimiste comme s’il ne pouvait pas exister d’issues.

Les deux frangins Ethan et Joel Coen témoignent d’un remarquable savoir faire. Des courses poursuites de toute beauté comme celle à la nuit tombante entre des tueurs, un chien et Moss, et celle où il se fait copieusement mitrailler dans son pick up par un Chigurh invisible.
Les décors superbes assez semblables à ceux de There will be Blood participent à l’ambiance oppressante et stressante du scénario tiré du roman de Cormac McCarthy. Les acteurs sont à la hauteur : Josh Brolin en cow boy looser, Tommy Lee Jones en vieux flic qui traîne son désenchantement et surtout Javier Bardem. Quelle extraordinaire composition. Un vrai psychopathe, jamais une lueur d’humanité, mais un  regard froid et inquiétant. Marrant de le voir coiffer d’une improbable perruque. Cet acteur espagnol déroule un beau parcours depuis Jamon Jamon, Les fantômes deGoya en passant par Mar Adentro.


J’évoquais récemment le renouveau du cinéma américain en voici une belle illustration.


De bonnes critiques ici et celle de Chori.

mar. 5e, 2008

06:22 pm - LES BELLES CHOSES QUE PORTE LE CIEL



Sepha Stephanos tient une épicerie du côté de Logan Circle, quartier qui se dépeuple de sa population noire et pauvre et convoité par des promoteurs immobiliers. Son petit commerce périclite, les clients se font rares. Sepha vit au jour le jour. Il a renoncé à s’enrichir et il ouvre son épicerie par habitude et pour les prostituées qui viennent chercher un peu de chaleur. Cela fait une bonne quinzaine d’année qu’il a atterri à Washington, fuyant la sanglante dictature du colonel Mengestu qui venait de renverser le Négus. Son père avocat fut assassiné et Stephanos dut se résoudre à l’exil. Tout comme deux autres compères exilés africains qu’il retrouve hebdomadairement. Ils chassent leur spleen en jouant à un quizz sur les dictateurs africains. Seph a bien tenté de suivre des études universitaires et puis il a décidé d’être autonome, de travailler comme bagagiste avant d’acquérir un commerce, une petite épicerie de quartier, plutôt miteuse. 
Dans une maison mitoyenne emménage Judith, une jeune professeure d’université et sa fille Naomi âgée de dix ans. Naomi aime rendre visite à Seph et s’asseoir sur un tabouret devant son comptoir. Les clients sont peu nombreux, elle l’écoute inventer des histoires ou lire les chapitres des frères Karamazov. Naomi est une enfant métisse, son père universitaire d’origine africaine préfère Boston. Naomi devient le rayon de soleil de Seph qui attend avec impatience ses visites. Le temps ralentit, le rêve devient réalité, des moments de bonheur, de belles choses que porte le ciel. Cette citation de Dante, Seph se l’approprie. Faute de pouvoir gravir les échelons du rêve américain il se contente de balades dans Washington, d’humer les senteurs printanières, de contempler la lumière du soleil qui filtre à travers le feuillage. De petits détails qui le rattachent au quotidien et le protègent d’une dépression sous jacente. Il aimerait que Judith et sa fille l’invitent pour le réveillon. Il dépense presque toute sa recette en cadeaux. Pour sa famille, son jeune et sa mère demeurés en Éthiopie, mais aussi pour Naomi, un cahier-journal et un stylo et pour Judith un livre ancien. Mais voilà elles ont d’autres projets. Au lieu de se laisser gagner par la mélancolie il ouvre sa boutique, la vie palpite comme elle l’a toujours fait. Seul un tour de mon imagination avait pu m’amener à penser que je pourrais en sortir.
Pourtant on sent la blessure du narrateur, sa solitude, ses efforts pour construire un monde plus chaleureux. Entre deux pays, deux cultures, au fond pas si opposés que cela il tente d’établir des liens. L’Amérique ne va pas si bien et la vie à Washington est aussi difficile que à Addis Abeba. Seph garde la nostalgie de son pays, d’avoir abandonné sa mère et son frère. Peut être est-ce cela qui le retient de tout faire pour sortir de sa condition précaire, et se contenter de petits riens. Il accueille Naomi, et il n’ose pas conquérir sa mère. Un livre désenchanté, un homme coincé entre deux mondes vit et meurt seul. Cela fait longtemps que je vis en suspension. Comment exister dans une telle configuration ? En saisissant les belles choses que porte le ciel.
Lire ici une interview de l’auteur.
Dinaw Mengestu porte le même patronyme que le sanguinaire colonel dictateur qui a renversé le régime féodal du Négus.
Les belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu (2007) aux Editions Albin Michel (traduit de l’américain par Anne Wicke), 305 pages.

mar. 4e, 2008

01:17 pm - THERE WILL BE BLOOD



Ah le cinéma américain a de nouveau du souffle ! Je parlerai prochainement de No country for old man.
Pendant une vingtaine de minutes on suit Daniel Plainview creusant un puits pour ramasser quelques pépites au risque d’y laisser sa peau, puis découvrir du pétrole et ériger un derrick. On baigne dans la boue, le pétrole visqueux et noir avec la sueur et le sang, des blessures et même la mort. Peu de parole, mais une musique lancinante, stridente, violente comme les images. Un vrai régal de cinéma. Il y aura du sang dans cette chronique typiquement américaine où se conjugue le rêve américain du self made man et la folie d’un prédicateur religieux. La terre saigne, et telle une hémorragie le pétrole gicle des entrailles d’une terre  inhospitalière. Là il va s’ériger des derricks à l’ombre desquels un clocher va s’implanter. There will be blood décrit l’édification de deux temples, celui du capitalisme incarné par Daniel Plainview et en contrepoint un temple religieux bâti par Eli Sunday. Le film emboîte alors la narration classique pour trouver des accents à la John Huston : grandeur et décadence. Parti de rien un prospecteur construit sa fortune en exploitant du pétrole. Il adopte un bébé dont le père vient de décéder et il part à la conquête de l’Eldorado du 20éme siècle : l’or noir. Avec ruse et détermination il amasse de ses mains une fortune. Il résiste aux margoulins de la Standard Oil, il innove et poursuit son irrésistible ascension. Il oublie en cours de route toute humanité. Il reconnaît haïr la plupart des gens, je veux juste gagner suffisamment d'argent pour les éloigner tous. Quand son fils adoptif devient sourd il le rejette comme indigne de l’accompagner. La folie le submerge, il se replie, s’alcoolise plus misanthrope et amoral que jamais.
De son côté Eli, habité par le Seigneur, construit son église à coup de sermons vengeurs à l’égard de la richesse accumulée par le pétrolier.

Deux personnages dissemblables, l’un  est baraqué, caricature de virilité alors que l’autre n’est qu’une crevette bavarde. Tous deux s’opposent et chacun sur son terrain va livrer une féroce bataille jusqu’à l’éblouissante scène finale. D’ailleurs cette conclusion aussi réussie que l’introduction rehausse un film qui se traîne en cours de route. Dommage que l’intensité de la séquence du début s’estompe, pour livrer un ventre un peu mou seulement pimenté par le jaillissement d’un geyser noir qui s’embrase, avant la formidable scène finale.

Le film repose sur les épaules d’un Daniel Day-Lewis épatant. Dommage que le prêcheur n’apparaisse qu’épisodiquement, pourtant Paul Dano (l’ado mutique de Little Miss Sunshine, et aussi d'un ado dans le magnifique L.I.E.) soutient la comparaison avec le double oscarisé. Un film quasiment sans femme, un univers d’hommes, les rares femmes s’entassent à l’église. La terre qui pourrait symboliser le corps maternel apparait ici sous un aspect sec, aride, trouée d’où s’échappent des jets de colonnes d’or noir. Paul Thomas Andersson, le réalisateur, n’a pas réussi à maintenir le souffle, le rythme tout au long du film. Cela donne toutefois un film d’une belle ampleur avec une critique acerbe du capitalisme et d’une certaine pratique religieuse. Bonne nouvelle en provenance d’Hollywood, le cinéma américain nous offre à nouveau des œuvres fortes et dérangeantes à l’encontre d’une Amérique bushienne.

Belle musique de Jonny Greenwood,  guitariste du groupe Radiohead.

Des critiques ici.

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