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BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK

mai. 26e, 2009

01:52 pm - PENSÉE MAGIQUE


 

J’avais lu Courir avec les ciseaux, son précédent roman qui raconte l’enfance et l’adolescence de l’auteur. Un itinéraire chaotique avec une mère déjantée pour ne pas dire folle et en guise de père substitutif le psychiatre maternel adepte de thérapie familiale permanente à domicile, bref totalement loufoque. Ceci dit Freud emmenait quelquefois ses patientes en vacances avec lui, très loin de la sacro-sainte règle d’abstinence de la psychanalyse. Le psychiatre totalement azimuté réussissant l’exploit de laisser le jeune Augusten aux prises avec l’un de ses patients qui au passage le viola ! Dans Pensée magique  -concept psychologique- Augusten a la quarantaine et il nous livre son quotidien sous la forme d’une petite trentaine de vignettes comme autant d’instantanées de sa vie passée et actuelle.
Après une adolescence pour le moins cabossée, il a réussi à devenir publicitaire tout en menant une vie d’alcoolique qu’il raconte dans Déboires que je n’ai pas lu. Donc voici Augusten rangé des bouteilles et parvenu à concrétiser son rêve de vivre de sa plume.  Dans cette succession de chapitres d’autofiction (comme on dit maintenant) il se décrit et il observe les personnes de son entourage.
D’inégales saveurs et de drôlerie, il croque les travers de ses proches et de lui-même. Il apparaît tantôt comme un obsédé du désordre, mythomane, angoissé et toujours avec une pointe de dérision et d’humour. Au début cela suit une chronologie. De son enfance où il espère devenir un star de cinéma après avoir été choisi pour figurer dans un pub, puis il s’imagine issu d’une famille autrement plus excitante que la sienne, et on parcourt quelques épisodes de son adolescence. Il s’interroge sur son identité sexuelle et de la possibilité de changer de sexe. Il suit des cours dans une école pour devenir mannequin mais montre plus de disposition pour la position couchée que verticale. On sourit à l’évocation de ses tâtonnements pour devenir l’écrivain reconnu, ce qui n’était pas gagné d’avance compte tenu de son histoire. Altersexuel bien dans ses baskets il s’amuse à se moquer de ses phobies (perdre ses cheveux, tenter de modeler son corps pour ressembler aux modèles des males virils bodybuildés… et toujours racontée avec une ironie. Du coup on le trouve plutôt sympa même si certains de ses comportements nous seraient insupportables. Ce roman feuilleton présente l’intérêt de dépeindre la vie d’américains de la côte est, de New York ou des communautés amish par exemple.
Il reste attachant car il trouve le moyen de concentrer sur lui un panel de tares assez rare pour que ne nous laisser indifférent. Et puis son esprit s’égare dans l’imaginaire et il n’hésite pas à nous raconter des histoires abracadabrantesques, que ce soit des rats dans sa baignoire, d’une femme de ménage naine qui  l’escroque sans vergogne. Bref il apparait tellement complexe que s’en est marrant. Il sait à l’occasion devenir plus intime, plus vrai quand il évoque son couple, l’amour qu’il partage avec Dennis. On a aussi droit à de savoureuses rencontres avec un prêtre, un psy et je prenais plaisir à passer d’un épisode à l’autre. On peut trouver l’exercice répétitif à la longue et l’ennui n’est pas loin heureusement que Burroughs manie adroitement l’humour et déniche dans ces anecdotes toujours l’occasion de repérer des traits de comportements révélateurs des nos mœurs. 

Le site d’Augusten Burroughs et les cinq premières pages.
Matoo en parle aussi.

 

Pensée magique, roman américain de Augusten Burroughs traduit par Philippe Rouard, édition Héloïse d’Ormessson (2008) 284 pages.

mai. 12e, 2009

02:28 pm - UNE ÉDUCATION LIBERTINE


 

Du 14 au 17 mai se déroulera à Chambéry le Festival du 1er roman. Parmi les auteurs invités figure Jean-Baptiste Del Amo dont j’avais lu cet automne son roman Une éducation libertine. À cette époque j’avais parlé du roman de Tristan Garcia, La meilleure part des hommes, et pour se différencier de son homonyme publié au même moment par le même éditeur, il a choisi le patronyme de sa grand-mère del Amo. Voilà une excellente occasion de réparer mon oubli et de parler de ce roman qui nous prend aux tripes.

Gaspard, un jeune breton de dix sept ans débarque dans le nombril crasseux et puant de la France durant l’été 1761. Nous apprendrons plus tard ce qui l’a poussé à fuir la porcherie familiale pour l’aventure parisienne. D’une puanteur à l’autre car le jeune homme découvre un Paris pestilentiel assommé par une chaleur étouffante. C’est une immense cour des miracles en cette fin d’ère monarchique, un Paris grouillant d’une fange de loqueteux, de misère, de saleté auquel s’oppose celui des riches bourgeois et nobles. Deux mondes dissemblables, antagonistes que Gaspard désire franchir. Tel Rastignac il n’a de cesse de vouloir s’extraire du bas peuple pour entrer dans celui de la haute société, de la noblesse, du luxe. Collées à sa peau, ses origines paysannes le répugnent. Une mère qualifiée de truie et un père guère mieux estimé dont on apprendra à la fin du roman la tragique destinée.

Désargenté Gaspard s’enfonce dans les eaux troubles du Fleuve et amarre les billots de bois qui descendent la rivière pour un maigre salaire. Le Fleuve, jamais dénommé, charrie des tonnes immondices, de cadavres. Gaspard est à la fois fasciné et terrifié par cet immense égout qui scinde Paris. Il n’ose le franchir et il demeure un temps rive droite. Il rencontre Lucas dont il partage la couche avant de trouver une méchante chambre. Au sol une vilaine auréole, les vestiges d’excréments lâchés lors de la pendaison de l’infortuné locataire précédent. Dans une longue première partie l’auteur décrit avec une rare puissance la misère, la promiscuité, le règne des ordures, la laideur, les effluves humains et animaux nauséabonds qui enserrent la grande ville. Une narration corporelle, charnelle de cette urbanité. Les corps s’exhibent sans retenue et sans intimité. Jean Baptiste Del Amo  ne ménage pas le lecteur dans ce tableau de la Seine parisienne.

Terrorisé par le Fleuve, notre héros amoral s’enhardit à le franchir et sur la rive gauche commence alors son ascension sociale. Engagé par un perruquier il endosse des habits plus respectables. Un des clients, le comte Étienne de V. le remarque et en fait son giton le temps d’une passade. Il l’habille, l’introduit dans de belles demeures, s’amuse avec ce freluquet qui ose souhaiter s’émanciper de sa condition sociale pour intégrer la sienne. Etienne de V. a beau ressembler à un libertin sadien, il n’en demeure pas moins soucieux de veiller aux respects de la différence des classes. Le comte après avoir profité de son corps le rejette comme un mouchoir usagé. Contrit par le soudain abandon, Gaspard refranchit le fleuve et  s’enfonce dans la ville, goûte aux affres de la prostitution. Animé d’une volonté farouche, il parvient à se faire adopter par une famille noble, puis sans état d’âme il profite et monnaie ses charmes auprès de vieux nobles libidineux pour amasser une petite fortune.

La dernière partie du livre ne peut que décrire la chute du gigolo imposteur. Ne pouvant tenir sa place de gentilhomme, se sentant démasqué il scarifie profondément son corps comme pour mieux inscrire dans sa chair à moins que ce ne soit pour lui en ôter les traces les marques indélébiles de ses origines.  L’abdomen apparut, la plaie se devina sous la maille d’un tulle. L’entaille avait été consciencieusement nettoyée et n’était qu’un trait sur l’épiderme. Gaspard observa la fente vultueuse, la chair concupiscente, se rassura de sa présence. Il se l’était infligée. Il doutait du geste, mais la plaie était la souveraineté qu’il possédait encore sur ce corps, du moins sa surface. « Que cache la plaie ? » dit Gaspard. Son regard se logea au fond de l’entaille où les tuméfactions de l’épiderme laissaient place à des teintes blondes et nacrées, aux amas de chair morte, aux dépôts écailleux. Gaspard eut pour ses sous-couches une aversion immédiate. Une certitude s’imposa : au plus profond de ce ventre logeaient les pires immondices, l’essence de sa corruption. La plaie, cette fenêtre, s’ouvrait sur l’obscénité et le désarmait.

Je retrouvais des accents du Villon de Jean Teulé, du Nécrophile de Gabrielle Wittkop certes dans une langue un peu moins luxuriante. Écrivain que cite l’auteur comme une de ses affluences ! Un roman charnel qui colle à la peau, qui exhale les sensations olfactives. Pour Jean-Baptiste Del Amo un roman doit hanter le lecteur, le pousser à la remise en question, tendre un miroirtransgresser. On est servi avec son premier roman situé au cœur du siècle des lumières qui dégage une richesse de sensations tout azimut.

 

Une éducation libertine, roman français de Jean-Baptiste Del Amo. (2008). Édité chez Gallimard. 437 pages

avr. 24e, 2009

07:16 pm - PATRIK , AGE 1,5

Un couple emménage dans un coquet pavillon planté dans un quartier résidentiel d’une quelconque banlieue suédoise. Ils sont affairés à meubler la chambre qui recevra le bébé qu’ils souhaitent adopter. Göran (Gustaf Skarsgård) est médecin et Sven (Torkel Petersson) son viking de mari travaille dans une boite de com. Ils font connaissance avec leurs voisins, un panel de suédois moyens. Des familles, un beauf, des retraités, bref rien de bien original. D’abord fraîchement accueillis, ils sympathisent assez vite avec les quelques voisins ouverts.

Gustaf Skarsgård & Torkel Petersson

Leur demande d’adoption se heurte au refus de pays étrangers de confier un de leurs enfants à un couple d’hommes. Après une assez longue attente arrive la bonne nouvelle : on leur propose d’accueillir un orphelin suédois : Patrik 1,5 an. Mais quelle n’est pas leur surprise de voir débarquer non pas le bambin désiré mais un ado revêche de 15 ans. Il traîne un passé mouvementé scandé de fugues et de menus larcins. Pour couronner le tout, Patrik (Tom Ljungman) les insulte en tenant des propos homophobes. Sven s’engueule avec l’ado irascible et craint qu’il n’en profite pour les voler et même les poignarder. La lettre qui le présente  mentionne son penchant pour les couteaux.

En attendant l’ouverture du service social qui s’occupe des adoptions ils doivent l’héberger tout le week-end. Goran tente en vain de tranquilliser son mari. En revanche il parvient à échanger avec l’ado. Lorsqu’ils raccompagnent Patrik au service social ils réalisent leur méprise. Une simple faute de frappe a glissé une virgule entre le 1 et le 5. Sven refuse de garder Patrik, quant à Göran, son empathie pour l’ado le conduit à l’accepter pour un temps en attendant que le service lui dégotte une autre famille d’accueil et qu’on leur confie un jeune enfant.
Énervé et s’estimant inaudible pour son mari, Sven s’adonne à la boisson. Et qu’est-ce qu’ils picolent ces suédois ! La présence de Patrik déchire le couple. Göran demande à son mari de quitter la maison. Le récit se poursuit avec de nombreux rebondissements.
Au départ on se dit que nous regardons une version suédoise de Pleasantville matinée de desesperate housewifes. La réalisatrice s’attarde sur les préparatifs de l’arrivée de l’enfant qui ne peut être dans l’esprit du couple qu’un bébé. Même en Suède où les altersexuels bénéficient des mêmes droits que les couples hétéros, l’adoption reste très difficile. En fait la seule possibilité proposée est un incasable qui a mis en échec tous les précédents placements. Quel individu ou couple consentirai à recevoir un ado ingérable ? À coup sûr c’est la peau de banane et la gamelle assurée pour l’inconscient ou le maso qui s’aventurerait dans une telle entreprise.
De fait Sven, dont l’adolescence chaotique puis un mariage soldé d’une adolescente hostile, veut s’épargner de (re)vivre un psychodrame permanent. Et le début de la cohabitation le conforte dans ses préventions. Insultes, claquages de portes, comportements clastiques, incompréhension mutuelle égayent et déstabilisent leur vie domestique.  Patrik craint pour sa virginité ! Il ne peut se réfugier que dans la chambre décorée pour un nourrisson et équipée d’une caméra de surveillance bébé ! Difficile dans ces conditions d’investire un espace sécurisant et rassurant. Il est en sursis.

Pour leur part, Göran et Sven doivent  faire le deuil d’une adoption idéalisée. Sven parti, les tensions diminuent. De petits riens en écoutes attentives, Patrik et Göran s’apprivoisent et établissent une relation apaisée. Chacun avance vers l’autre, ose dépasser ses a priori et apprend à se connaitre, à se respecter.
Cette comédie gentille dans sa forme aborde un thème de société actuel. Nos gays prides annuelles brandissent cette revendication de l’adoption qui enflamme les débats, hystérise les franges conservatrices et les culs bénis. Par petites touches, Ella Lemhagen dépeint les préjugés, les réactions outrancières, l’homophobie insidieuse. Elle relève avec subtilité le cheminement psychologique des protagonistes, leurs évolutions. Les acteurs accompagnent avec justesse et sensibilité leurs personnages sans tomber dans la caricature.
Ce n’est pas la première fois que le cinéma traite de ce sujet. On se souvient du magnifique Torch Song Trilogy (1988) qui se déroulait à New York. Le film de Paul Bogart optait pour un scénario plus radical. Il s’agissait d’un couple formé d’un artiste de cabaret et d’un jeune homme qui entreprenaient une démarche d’adoption. On leur confia un ado gay.
Ici la situation est plus convenue, un couple de bobos installés et qui présentent les garanties requises dans un pays ouvert à l’adoption pour les altersexuels.
Le cinéma suédois, comme la production scandinave nous ravit régulièrement de films sympathiques. Patrik age 1,5 ne déroge pas à la règle, cela donne une comédie rafraichissante, joyeuse et bienvenue dans un débat passionnel souvent outrancier qui recourt à l’insulte et l’ignorance. Au final une comédie alerte qui slalome astucieusement entre des clichés inhérents au genre et l’abord réussie d’une juste revendication.

Patrik, age 1,5  film suédois réalisé par Ella Lemhagen (2008). Présenté au 8eme Festival gay et lesbien Vues d’en face de Grenoble.

avr. 23e, 2009

02:11 pm - LOVE OF SIAM



 

À l’école primaire, Mew est chahuté par des garçons qui le traitent de mauviette et de pianiste! Tong vole à son secours, récolte une rouste et son amitié. Il habite en face de l’appartement de Mew qui vit seul avec sa grand-mère. Orphelin, il est très attaché à cette grand mère qui se réfugie dans le passé de son mari musicien. La famille catholique de Tong parait heureuse, ils possèdent une belle maison. Le père a les yeux de Chimène pour sa grande fille Tang. Il intercède souvent auprès de sa femme afin qu’elle lui octroie plus d’indépendance. Lors d’un séjour à Chiang Mai, au nord de la Thaïlande, l’adolescente disparait alors que ses parents avaient accepté à contre cœur qu’elle randonne avec des amis. Ce drame les bouleverse profondément. Le père s’accuse de l’avoir autorisé à participer à cette funeste excursion. Tong trouve auprès de Mew du réconfort et en remerciement il lui offre un cadeau pour son anniversaire. Toutefois les parents déménagent laissant Mew seul et triste.

Witwisit Hiranyawongkul & Mario Mauer

Six années plus tard Mew (Witwisit Hiranyawongkul) compose et chante dans le groupe August, un boy’s band  qui remporte du succès. Le choupinou Mew est courtisé en vain par sa voisine, Ying, la seule apparemment à ignorer qu’il est guère sensible aux charmes féminins. On se demande d’ailleurs s’il a conscience de son inappétence pour les filles. Une scène assez drôle le voit à un cours de secourisme. Son partenaire doit effectuer un bouche à bouche ce qui l’effraie d’autant. Il accuse Mew d’en profiter pour l’embrasser ! Ying décide de passer outre et à l’aide d’un manuel de superstitions elle teste différentes recettes pour s’attirer les faveurs de son voisin.
Tong (Mario Maurer), tout aussi craquant en plus costaud, termine sa scolarité au lycée. Il a une copine, la charmante Donut que tous les garçons de sa classe lui envient jalousement. Dans sa famille, c’est la grande déprime. Le père neurasthénique squatte le canapé à écluser des litres d’alcool. Il ne se remet pas de la disparition de sa fille chérie. Sa femme dirige la maisonnée. Le fils doit se plier aux exigences d’une mère qui régimente ses activités. Tong souffre dans ce climat pesant et oppressant. Les deux adolescents se croisent dans le quartier de Siam, un grand centre commercial où la jeunesse de Bangkok a l’habitude de déambuler. Ils renouent presque aussitôt leur relation. Avec surprise et plaisir chacun découvre qu’il n’a pas oublié son ancien ami. Ces retrouvailles relancent la créativité musicale de Mew. Pour sa part Tong en profite pour délaisser Donut avec laquelle il s’ennuie… à la grande consternation de ses copains.

Mew compose des chansons d’amour qui plaisent au producteur du groupe. Celui-ci demande à June, une jeune assistante de cornaquer le groupe, de fructifier leur renommé. Tong qui assiste aux répétitions du groupe fait sa connaissance et il est stupéfié de la ressemblance avec sa sœur. Elle est le sosie parfait de Tang. Il l’emmène rencontrer sa mère qui est aussi troublée. Elle lui propose de jouer le rôle de sa fille disparue en espérant ainsi sortir son mari de sa mélancolie. June se prête au jeu.
Lors d’une soirée pour fêter le retour de Tang/June, la mère surprend son fils embrasser tendrement Mew. Ne supportant pas cet amour elle interdit à Mew de le revoir. La castratrice argumente qu’elle souhaite que Tong réussisse ses études, décroche un bon métier et épouse une femme. Mew obtempère et coupe toutes relations avec son amant. Du coup il perd aussi son inspiration. Finalement Mew recouvre son talent de musicien. Tong outrepasse l’interdit maternel et se rend au concert du boy’s band, au mécontentement de Donut et aussi de Ying obligée de reconnaître l’altersexualité des deux adolescents. Après le concert Mew déclare à Tong je ne peux pas être ton petit ami mais cela ne veut pas dire que je ne t’aime pas. Rentré chez lui, Mew pleure doucement. On nous laisse imaginer la suite…
Un sympathique film thaïlandais. Une romance pour adolescents à connotation altersexuelle dont j’imagine que le réalisateur a voulu en atténuer le caractère trop explicite. Prudent, Chookiat Sakveerakul révèle qu’il a pris soin d’éviter le label gay pour son film et il note l’importance des réactions homophobes de certains spectateurs lors des projections.
La publicité en Thaïlande a édulcoré l’aspect gay en insistant sur les relations entre garçons et filles comme l’affiche tend à le souligner. 

Toutefois l’amour entre les deux garçons est clairement évoqué, certes pudiquement et pris dans un ensemble de thèmes. Le réalisateur (26 ans) a voulu étoffer son scénario en abordant plusieurs thèmes, la sexualité des jeunes, la perte d’un être cher, l’acceptation du désir de l’autre, en créant une œuvre riche en détails. Comme le cérémonial catholique (les prières, la crèche, le sapin de Noël) dans un pays largement bouddhiste. La durée s’en ressent (2 h 30) et quelques coupures dynamiseraient et resserreraient le récit. Je ne vois pas ce qu’apporte l’épisode June. De même les nombreuses bleuettes chantées donnent une touche bollywoodienne inutile, certainement pour le spectateur occidental. On se console en admirant la charmante frimousse du chanteur.

Witwisit Hiranyawongkul

La longue introduction s’attarde sur la psychologie des personnages. Certains traits frôlent la caricature comme les couplages père/Tang et mère/Tong, illustration simpliste du classique Oedipe freudien. Plus nuancé le portrait de la mère dont le comportement et la personnalité s’avèrent plus adaptée. Elle campe une femme aux accents histrioniques, sa fille lui reproche de n’être jamais satisfaite.  C’est pourquoi elle n’apprécie guère la bienveillance de son mari pour sa fille. Quand Tang disparaît, la mère se remet plus rapidement de la perte que ses hommes. Le père sombre dans une dépression mélancolique et le fils trouve auprès de Mew le réconfort. Par la suite son caractère se rigidifie, elle refuse que les autres puissent éprouver des désirs différents des siens. Elle n’accepte pas l’amitié et l’amour des deux garçons qui contredit son rêve d’avenir pour son fils. Mew s’extrait de l’emprise maternelle dans une scène où il exprime clairement que son désir peut être différent du sien et qu’elle doit le laisser décider de ses propres choix.
Les deux acteurs choupinesques endossent leur personnage avec naturel et sensibilité. Ils reconnaissent leur appréhension pour la gentille séquence du baiser. Dans un entretien Mario Maurer (Tong) de père allemand et de mère sino-thaïlandaise a déclaré j’étais nerveux, je n’avais jamais embrassé un homme, ni l’habitude d’embrasser tous les jours. Mon père m’a dit qu’il s’agissait juste d’un boulot et de ne pas trop m’en faire.

Mario Maurer

Le cinéma thaïlandais présente habituellement les homos de manière caricaturale ou dans des films transgenres tels que Beautiful boxer ou Satreelex,  the Iron Ladies. Love of Siam se démarque des précédentes productions et, si on excepte Tropical Malady d’Apichatpong Weerasethakul et Bangkok Love Story de Poj Arnon (2007), le film aborde avec sincérité et réalisme la sexualité des jeunes gays. Chookiat Sakveerakul avait auparavant réalisé des films typiquement thaï comme Pisaj (2004), un film d’horreur et le thriller psychologique 13 beloved (2006).
Bien que le réalisateur s’en défende Love of Siam traite essentiellement de l’altersexualité chez les adolescents. Que ce soit dans la forme naturelle chez Mew ou dans sa reconnaissance et son acceptation chez Tong. De même que son appréhension par les jeunes, ambivalente et aussi acceptée. Elle reste plus problématique au niveau des adultes.

Love of Siam, un beautiful thing à la sauce thaï. 

Love of Siam (Rak Haeng Sayam), film thaïlandais réalisé par Chookiat Sakveerakul (2007). Présenté au 8eme festival gay et lesbien Vues d’en face de Grenoble.

avr. 22e, 2009

07:45 am - FASHION VICTIMS


 

Wolfgang (Edgar Selge), la cinquantaine, VRP d’une boite de confection d’habillement spécialisé pour la ménagère campagnarde de plus de cinquante ans refuse d’inclure dans la nouvelle collection un tee-shirt tendance, un vêtement plus fashion, destiné à rajeunir l’image de la marque et capter une clientèle plus moderne. Son jeune collègue, Steven (Roman Knizka), saute sur l’occasion pour rafler cet article qui sied mieux à son profil de pédésexuel. Il se fait fort de le distribuer dans la région. S’engage alors une rivalité entre les deux représentants pour remplir leur carnet de commande auprès des détaillants.

Wolfgang a un fils Karsten (Florian Bartholomäi), un jeune étudiant bien sage qui se fait de l’argent de poche en rédigeant l’horoscope pour le journal local. Il doit s’envoler avec deux copines pour des vacances linguistiques en Espagne. Sur le chemin de l’aéroport, le père, au volant de sa nouvelle Mercedes Class-S, se fait retirer son permis pour excès de vitesse. Du coup il ordonne à Karsten de rester avec lui pour servir de chauffeur pendant sa campagne de démarchage. Á contre cœur le fils obtempère au diktat paternel.

Lors d’un déplacement Karsten croise Steven qui le drague, et surprise il se laisse séduire par le gai démarcheur. Évidemment Steven ignore qu’il est le fils de son collègue-concurrent. Les quiproquos vont s’enchainer. Pour Wolfgang tout fout le camp. Il se fait dépasser par Steven, il ne parvient plus à fourguer sa camelote ringarde. Son compte bancaire est à sec et sa femme veut le quitter. Elle ne supporte plus ses frasques, son intransigeance et son esprit obtus. Il s’enfonce de plus en plus dans le trou qu’avec persévérance il s’ingénie à creuser. Sa femme excédée par sa bêtise part se réfugier chez son amie Brigitta, une gretchen à l’allure butch croisée Walkyrie. Elle tient la maison d’hôtes qui accueille Steven.

La subtilité n’est pas la qualité essentielle de ce film qui nous gratifie d’un humour aussi digeste qu’une choucroute en plein été. Le film se traine de scènes attendues en situations convenues. On guette les séquences où apparaissent les deux tourtereaux pour se raccrocher au film.

En fait c’est un film consensuel, sans vraiment de conflit, ni de dramatisation. À peine une esquisse de critique de la société de consommation. Qui évite de s’interroger sur l’origine des vêtements fabriqués en Asie par de petites mains et de qualités douteuses. Wolfgang incarne le beauf moyen psychorigide plus soucieux de son paraître que des autres. Il lui importe d’avoir une grosse bagnole pour épater le voisin même s’il peine à la rentrer dans son garage.

Bref une comédie plan plan qui toutefois donne une vision tranquille de l’altersexualité. Certes Karsten n’ose pas évoquer son orientation sexuelle à ses parents mais lorsque celle ci s’actualise, il l’assume sereinement. Avec son air faussement boudeur, le charmant Florian Bartholomäi campe un grand adolescent à l’aise qui veille à concilier sa voie et à maintenir le bonheur familial.

On retrouvera cet acteur dans le film de Stephen Daldry Le liseur adapté du roman de Bernhard Schlinck. (Sortie prévue en juillet).

Roman Knizka & Florian Bartholomäi
Fashion Victims (Reine Geschmacksache), film allemand réalisé par Ingo Rasper (2007). Présenté au 8eme festival gay et lesbien Vues d’en face de Grenoble.

avr. 16e, 2009

09:38 pm - ITTY BITTY TITTY COMMITTEE


 

Voilà un film féministe très lesbien qui a un côté Bruce LaBruce (The Raspberry Reich), le porno en moins. À Los Angeles, Anna, une jeune fille timide bosse dans une clinique de chirurgie esthétique. Elle vient de se faire plaquer par sa petite copine et sa sœur aînée doit convoler en juste noce. Anna doit animer la soirée et elle n’a pas trop la tête à ce genre de réjouissances. Un soir, elle surprend Sadie en train de peinturlurer la vitrine de son lieu de travail. Au lieu d’alerter la police, elle se laisse flirter par la mignonne tagueuse qui l’entraîne dans son groupe d’agit-prop drollatiquement baptisé C(I)A : Clitos In Action.

La jeune Anna vit bien son altersexualité, bien acceptée par sa famille, ce qui ne l’empêche pas, par amour, de suivre Sadie et ces activistes rebelles au politiquement correct. Non violent, ce groupuscule de féministes et de transgenres s’attaque à toutes les représentations machistes qui dégradent l’image de la femme. Elles changent les mannequins trop sexistes, installent une statue effigie à la gloire d’Angela Davies qui a su garder son horrible coiffure. Jusqu’à leur action d’éclat très loufoque à la fin du film. Leur leitmotiv faites bouger votre clito !

Elles n’hésitent à jouer la provocation  lorsqu’elles décident d’aller semer le bazar dans une manif pour le droit au mariage des gays. Elles s’insurgent contre cette revendication alors qu’en face des constipé(e)s du cul avec la Bible à la main insultent les partisans de l’égalité au mariage.
Je craignais un film mili-tante un peu pénible, et j’ai été agréablement surpris. Les actrices sont loin des stéréotypes et des caricatures de la butch, ou de la vamp. L’humour est toujours présent et le film ne sombre jamais dans la caricature. Ce film joue sur les paradoxes, entre le radicalisme d’une lutte féministe et des comportements amoureux moraux comme la fidélité. Il y a même un côté de dérision lorsqu’elles se lamentent du peu d’écho de leurs actions, de l’absence de visites sur leur site web…
Itty Bitty Titty Committee garde toujours une fraîcheur, un peu naïve, certes, et qui donne ce long métrage plaisant à regarder. Itty Bitty Titty Committee réalisée par Jamie Babitt est son second film après But I’m A Cheerleader. Il est produit par l’association américaine « Power Up » qui milite pour la visibilité des lesbiennes dans les médias.

Nicole Vicius & Melonie Diaz. 

Itty Bitty Titty Committee, film américain réalisé par Jamie Babitt (2007).  Film présenté au 8eme festival du film gay et Lesbien Vues d’en face de Grenoble.

mar. 22e, 2009

02:48 pm - SKINS

J’avais lu ici et là quelques commentaires sur cette série « teens » anglaise. J’ai regardé la première saison et les deux premiers épisodes de la seconde saison. Il s’agit d’un groupe d’adolescents âgés de 17 ans qui fréquentent le même lycée, the Roundview Collège de Bristol. Chacun des neuf épisodes titre le prénom d’un des jeunes qui devient le personnage central du feuilleton. On s’aperçoit vite qu’il s’agit principalement d’un quatuor composé de Tony, Sid, Chris et Michelle auxquels se joignent Jal, Cassie, Anwar, Effy et Maxxie. Chaque personnage représente un caractère assez typé voire même stéréotypé.
Tony (Nicholas Hoult), le personnage central incarne l’ado qui réussit tout, aussi bien les études que sa vie sentimentale. Il drague et cueille toutes les minettes qui passent à sa portée. Conscient de son aura et s’appuyant sur son intelligence, il manipule allégrement son entourage masculin et féminin. Son comportement pourrait même être qualifié de pervers narcissique. Ce qui l’intéresse c’est uniquement sa petite personne et tous les autres ne sont que des objets qu’il utilise à sa guise. Certains d’ailleurs renforce sa conduite en jouant le jeu. Quelquefois il frôle la psychopathie faisant fi des règles, trichant etc. Toutefois à la fin de la première saison, son attitude s’amende quand démasqué, son entourage s’étiole le laissant seul.

Tony, Nicholas Hoult.

Sid (Mike Bailey) le faux intellectuel avec des lunettes et un bonnet scotché sur son crâne personnifie le « puceau ». Inféodé à Tony qu’il admire pour ces conquêtes féminines il passe son temps à fantasmer sur Michelle inaccessible. Il  n’osera jamais passer à l’acte avec Cassie (Hannah Murray) qui pourtant ne demande que cela. On peut le comprendre vue la fille totalement déjantée. Anorexique, obsessionnelle, mythomane, suicidaire, à elle seule elle condense une symptomatologie assez carabinée pour servir d’illustration de la psychopathologie adolescente. Chris (Joe Dempsie), un peu brut de décoffrage est le parangon de l’ado mû essentiellement par le pulsionnel. On a l’impression qu’il a abandonné l’idée de recourir à son intellect et que sa queue tient lieu d’entendement. D’ailleurs le 4 eme épisode le trouve victime amusé d’un priapisme à la suite d’une surconsommation de pilules bleues. Quasiment orphelin, sa mère s’est barrée en lui laissant comme seule explication une liasse de billets… Dans ces conditions on comprend qu’il se réfugie dans une recherche exclusive d’aventures charnelles, faute d’envisager des relations sentimentales adaptées. Michelle (April Pearson) est amoureuse de Tony, lui passant presque tout jusqu’au jour où elle refuse les frasques de son petit ami (ces coucheries) et surtout l’absence de paroles sincères. Une ado plutôt bien dans son corps, et qui souhaite allier le plaisir sexuel et l’amour. Jal (Larissa Wilson), d’origine africaine serait la plus raisonnable affectivement parlant. On ne la verra jamais baiser, sauf sa clarinette qu’elle joue très bien. Anwar Dev Patel), musulman d’origine pakistanaise louvoie entre ses désirs sexuels et les rigueurs de sa religion qu’il pratique assidûment. Il prend toutefois des libertés avec la culture familiale et suit avec entrain ses copains dans leurs beuveries, fumeries et parties de jambes en l’air. And last but not least Maxxie (Mitch Hewer), le choupinou amateur de danse de claquettes et qui endosse sereinement sa gaytitude.

 Les scénaristes ont volontairement dramatisé les aventures de leurs personnages qui accumulent une série d’expériences aux entournures surréalistes. Ils sont dans l’excès, que ce soit de boissons, de drogues (ecstasy) et de sexe. Ils sont tous affublés de parents minables, encore plus infantiles que leur progéniture. La mère de Michelle s’envoie en l’air avec un play boy décérébré, le père de Tony, un vieux beauf dépassé gueulard et ridiculisé par sa famille. Celui de Sid ne vaut guère mieux, son fils lui dira comment se comporter avec son épouse qui vient de se barrer de la maison et ainsi de suite. Les parents de Cassie n’ont pas terminé leur adolescence et ils sont incapables de s’apercevoir de l’état de déréliction de leur fille. À côté de ces parents si l’on regarde les autres adultes on touche le fond ! Une jeune prof de psycho  (en Grande Bretagne, on enseigne la psychologie au lycée ?), qui déprime en classe (classique professoral) et s’envoie en l’air avec Chris, le garçon le plus abîmé ! Un autre pédago apparaît comme un pleutre et un incapable qui ne pense qu’à sauter sa collègue. Et je passe sur la psychiatre !  En tout cas dans cette saison 1 les adultes rivalisent d’infantilisme, d’irresponsabilité et ils ne tiennent jamais leur fonction de parent, d’adulte.

Sid, Mike Bailey

Néanmoins on remarque une certaine bienveillance pour les personnages marginaux et leur entourage. La famille d’origine pakistanaise, comme celle de Jal, et de Maxxie bénéficient d’une relative sympathie. Au début de saison 2 on découvre les parents de Maxxie (absents dans la première saison) comme des parents responsables. Le père certes un peu bourru en hippie vieilli s’intéresse à son fils et l’aime véritablement. En revanche les petits anglais de souche et surtout leurs géniteurs compilent les tares et les impérities.
Je ne vais pas reprendre les différents épisodes mais certains balancent bien, dès le premier on voit toute la bande voler une Mercedes qui va finir sa vie dans la rivière. C’est plutôt enlevé !
Le plaisir et l'humour sont souvent au rendez vous avec alternance de séquences plus dramatiques. Avec une certaine justesse la série évite la simplification, le manichéisme. À des séquences dramatiques répondent des visions optimistes qui rendent compte de la diversité des comportements et des enjeux de cette période. Ils font la découverte des premières fois, premières baises, premières cuites, premières déceptions sentimentales, premières confrontation au monde adulte. On comprend que se coltiner à ces réalités engendrent des interrogations, conflits qu’ils franchissent non sans égratignures. Les jeunes malgré leurs excès s’en tirent quelques fois bien, en général par des vomissements et de préférence les uns sur les autres.

 

Je me suis intéressé au personnage de Maxxie. Il apparaît assez peu dans les six premiers épisodes. On apprend dès le début qu’il est gay et il convainc Sid et Anwar de l’accompagner à un bal gay! Ses copains acceptent facilement cette invitation.  La soirée tourne court, on se croirait au fin fond d’une banlieue dans une soirée patronage avec trois quidams moches et âgés agrippés au comptoir d’une buvette. Ensuite pas grand chose sauf une brève séquence où on le voit danser avec des claquettes. Il incarne l’artiste, le danseur et aussi le dessinateur, on admirera furtivement le croquis d’une belle bite. Il est surtout le gentil copain qui suit docilement les autres dans leurs diverses pérégrinations. Il participe aux beuveries, aux déconnages mais toujours sans sexe. Quand arrive son épisode, c’est pour nous emmener dans un abracadabrandesque voyage scolaire en Russie où il partage la vedette avec les autres. D’où une certaine frustration ! Les jeunes logent dans une sorte d’auberge de jeunesse russe au confort spartiate et Maxxie partage sa chambre avec celui qui apparaît comme son meilleur copain Anwar. Au point que nous pouvions imaginer une certaine accointances entre les deux, même si Anwar manifestait des velléités hétérosexuelles. On pouvait subodorer une certaine ambivalence dans ses désirs. Bref les voilà tous les deux dans une chambre et Anwar tient des propos peu à mêmes sur pédésexualité de son copain. Très crânement Maxxie lui demande de s’excuser ce qu’il refuse se retranchant derrière des arguments religieux. S’ensuit une brouille entre les deux d’autant qu’Anwar maintient ses propos. Au cours de cet épisode Anwar perdra sa virginité dans les bras d’une cosaque. Quant à Maxxie il se laissera brièvement tripoter par Tony plus manipulateur que jamais. C’est Maxxie qui abrège la fellation en expliquant par la suite J’avais les boules, alors il me les a léchées !  Du coup j’avais un sentiment mitigé, Maxxie n’occupe pas vraiment le devant de la scène, et de plus sa sexualité pour la première fois explicite est ici réduite. Alors qu’on nous montre les séances de baise d’Anwar, de Chris et de Tony. Dans le numéro dédié à Anwar, Maxxie réapparaît. Il fête ses 17 ans et Maxxie invité refuse d’entrer tant que son copain n’aura pas dit à son père qu’il est gay. On peut louer la ténacité des scénaristes à nous montrer cet adolescent revendiquer calmement, sereinement sa différence. À la fin on verra discrètement Maxxie lové contre le torse d’un homme.
Changement de vitesse au début de la saison 2. C’est Maxxie qui ouvre le bal de la série. Tony est provisoirement out, suite à un grave accident.  Maxxie danse, il croise de jeunes gamins qui sont au courant de son orientation sexuelle. Il persiste à assumer tranquillement son altersexualité, même devant les insultes homophobes des jeunes de son quartier. À cette occasion le père de Maxxie réprimande l’un des jeunes qui plus tard rejoindra Maxxie pour une revigorante partie de baizouillage. Maxxie, plus présent, et toujours très à l’aise dans son corps veut aller à Londres pour intégrer une école de danse.

Chris, Sid, Maxxie & Tony.

D’une manière générale, les garçons sont choupinesques exhibant de beaux ventres, voire de belles fesses. C’est agréable de suivre cette série qui dévêt aussi les garçons.
Si on dépasse les outrances des premiers épisodes, les addictions en tout genre, la caricature du monde des adultes, on notera l’aspect sociologique, naturaliste de cette génération d’adolescents. Si j’ai regretté la retenue concernant la pédésexualité de Maxxie comparée à l’illustration de l’hétérosexualité, j’applaudis la force tranquille qui habite Maxxie.
L’homophobie n’est pas exclue, plutôt à la marge avec cette incise où le plus homophobe en apparence cache une gaytitude difficile à vivre.
Bref une série réussie, plaisante à regarder et qui sonne plutôt juste avec des acteurs qui résonnent bien avec leur personnage. L’un d’eux, Dev Patel qui interprète Anwar connaît depuis la renommée avec son rôle dans Slumdog Millionaire.

Anwar, Dev Patel.

Ici l’avis iconographié de Bernard. Le site dédié sur Wikipédia. La saison 1 est disponible en Dvd (malheureusement uniquement en version française), la saison 2 visible ici.

Skins, série anglaise réalisée par Brian Elsley et Jamie Brittain (2007-2009).

mar. 19e, 2009

08:17 pm - HARVEY MILK


Il y a trente ans Harvey Milk, le premier conseiller municipal ouvertement gay était assassiné en même temps que George Moscone le maire de San Francisco. Il y a presque six mois les électeurs de Californie plébiscitaient la proposition 8 qui interdit le droit au mariage pour les gays et les lesbiennes.
Harvey Milk de Gus Van Sant retrace la petite dizaine d’année (1970-1978) de la vie publique et sentimentale de ce pionnier de la défense de la cause altersexuelle. Les premières images rappellent qu’à New York à la fin des années 60, les descentes de police dans les lieux de rencontre gay étaient monnaie courante, et qu’il fallut attendre la révolte de Stonewall (1969) pour qu’elles diminuent. Harvey (Sean Penn) va avoir quarante ans, il drague Scott (James Franco) un charmant choupinou.

Ensemble ils décident de quitter la côte est pour San Francisco, la ville des communautés hippies, de la maison bleue adossée à la colline. Ils s’installent et ouvrent un magasin de photos CameraCastro sur Castro street en passe de devenir le quartier gay de la ville, sorte d’Eden et le lieu de convergence de tous les pédégouines en quête d’un endroit accueillant. Face aux vexations et au traitement de citoyens de seconde zone, Harvey et quelques amis décident de se lancer dans l’action politique pour faire reconnaître leur existence. Encouragés par quelques soutiens et réussites, boycott de produits et d’entreprises anti gay, ils investissent la scène électorale même si leur action se veut plus radicale. Après deux échecs et une réforme du système électoral, Harvey est élu conseiller municipal (superviseur de son district) et pendant une petite année il va se servir de cette tribune pour lutter contre les attaques homophobes de la droite puritaine américaine. Les Anita Bryant et autre sénateur John Briggs ne se priveront pas de vilipender, d’insulter les gays en voulant leur interdire de bénéficier des mêmes droits que n’importe quel citoyen américain et ils voudront leur interdire l’exercice des professions d’enseignant (l’abjecte proposition 6).
Emile Hirsch, Kelvin Yu, Sean Penn & Alison Pill

Harvey Milk  amalgame harmonieusement la fiction avec des images d’archives et dessine une biographie filmée à la limite de l’hagiographie de ce militant. Film à mon sens indispensable et nécessaire. Aujourd’hui, dans nos grandes villes occidentales, il est de bon ton de croire que l’homosexualité s’est dissoute ad vitam eternam dans un large consensus social. La mémoire à très court terme et le « tatalandocentrisme » scotomisent qu’à peine trois heures d’avion d’ici, le fait de vivre son altersexualité vous envoie en prison ou plus sûrement vous oblige à vivre masqués. De même qu’il n’est pas nécessaire de remonter loin pour se souvenir des insultes homophobes au moment du Pacs et que continuent de déverser de leur haine les Vaneste, Benoît XVI et consorts.
Le scénario emprunte la narration linéaire, épaulé par la voix off de Harvey qui accompagne son parcours amoureux et public pendant ces huit années. Porté par une ferveur militante il décrit la montée de la revendication des altersexuels ostracisés. Harvey a commencé sa lutte en créant une association de commerçants gays et il louvoie entre un radicalisme éclairé et la voie légale et civique. Sa démarche demeure déterminée, intangible pour obtenir le respect du à tout citoyen quelque soit son orientation sexuelle. Le film souligne la dimension collective de cette lutte incarnée par Harvey. Ainsi, il enjoint fermement tous les homos à sortir du placard, d’affirmer son orientation sexuelle à sa famille, sur son lieu de travail. Faire la publicité de sa différence représente le moyen le plus sûr d’ouvrir les yeux aux gens hostiles par ignorance et préjugé. Lui même le déclare quand pressentant son possible meurtre il dit si une balle devait traverser mon cerveau, laissez-la briser aussi toutes les portes des placards.

Harvey Milk passe de la lutte individuelle à une prise de conscience collective, de la nécessité du rassemblement du plus grand nombre pour obtenir satisfaction.
Le film navigue entre le parcours social et intime du protagoniste et de ses compagnons. Le cinéaste filme avec pudeur la scène d’amour entre Harvey et Scott, avec de très gros plans, un peu flous sur des détails corporels. Il le surprend draguant  librement, nous sommes juste avant les années noires du Sida. Quand Scott s’éloignera, Harvey s’attachera à Jack (Diego Luna), un jeune latino un peu border line avec passion et tendresse comme l’est son action politique. Le film nous ramène dans le Castro des seventies, qui n’a pas vraiment beaucoup changé, et que le réalisateur a tenu à reconstituer avec minutie. Le magasin de photo a été reconstitué à l’endroit même, face au théâtre Castro, l’appartement d’Harvey est utilisé comme décor et l’ambiance, les fringues et les dégaines de l’époque sont fidèlement reproduits.

Gus Van Sant imprime au récit une force érotique non seulement dans les séquences amoureuses, et aussi dans les liens entre les protagonistes et qui contaminent leur rapport dans leur action sociale et politique.  Cette dimension du désir érotique s’actualise dans la tension entre Dan (Josh Brolin) et Harvey. Dan qui condense le négatif  d’une bienveillance à l’égard de l’altersexualité présente des failles que Harvey exploite. Le film suggère que le militant était sensible à la personne de son adversaire et l’épilogue tragique en rend compte. Gus Van Sant joue sur cette ambiguïté, sur la séduction déstabilisante d’Harvey pour l’autre élu ce qui donne à la narration une tension dramatique, d’une histoire dont nous apprenons d’emblée la tragique destinée.

Le personnage d’Harvey Milk frôle la statue du martyr au sens qu’il parait difficile de lui reprocher des aspects troubles, ce qui n’est pas le cas pour Dan qui personnalise ici les figures rétrogrades de la société américaine anti gay. Mais il n’est pas autant sanctifié. C’est un individu qui prend la parole en disant je suis Harvey Milk et qui à son niveau lutte pour modifier l’acceptation de l’homosexualité. Le pouvoir ne l’intéresse pas même si par la force des choses il devint en quelque sorte le maire de Castro. Ma critique ?  peut-être une tendance manichéenne dans la présentation, mais cela risquait d’affadir le propos du film.   Le cinéaste dépeint l’histoire exemplaire d’un homme simple animé d’une conviction et d’un hédonisme solaire sous la menace pas simplement fantasmée d’un acte meurtrier. Sa crainte d’être la cible d’un fanatique le conduisait à profiter au maximum de la vie au jour le jour. Les acteurs donnent corps à cette histoire, avec la beauté généreuse de James Franco, la fraîcheur de Emile Hirsch qui interprète Cleve Jones, le premier directeur de campagne, et la complexité sombre de Josh Brolin. Quant à Sean Penn il habite son personnage avec une grande conviction et humanité. La relative platitude de la mise en scène est bousculée par des trouvailles, les séquences d’ouverture et de fin, des accélérations et par la tension qui sous tend le récit.
Un film indispensable et beau.

 Lire ici des avis contradictoires et celui de Bernard.

Harvey Milk, film américain réalisé par Gus Van Sant (2008).

mar. 12e, 2009

07:49 pm - LOIN DE SUNSET BOULEVARD


 

Il y a une quinzaine de jours notre vaillant et indispensable cinéma Art et Essai programmait une semaine de cinéma russe pendant laquelle était projeté le film d’Igor Minaiev Loin de Sunset Boulevard. Lors de sa sortie, le film avait bénéficié d’une distribution limitée à quelques salles parisiennes et nous autres provinciaux n’avions qu’à prendre le TGV pour le voir. Dans les quelques articles évoquant ce film j’avais noté la thématique altersexuelle, ce qui est rarissime dans la production russe. J’ai en tête le nom de Sergueï Eisenstein dont  Que viva Mexico recèle de nombreux plans de torses d’hommes filmés de façon franchement homoérotique. Il y a aussi Paradjanov emprisonné par les soviétiques notamment avec l’accusation d’homosexualité. Comme film homosexuel russe je ne peux citer que Je t’aime tфi d’Olga Stolpovkaya et Dmitry Troisky (2004). C’est dire le désert de la représentation de l’altersexualité dans la cinématographie russe.

J’avais noté ce film qui et je m’étais promis de le voir plus tard … .

Après un générique d’animation pendant lequel on voit un petit personnage sauter sur des touches de piano au son d’une musique du cinéma muet, on découvre un vieux couple apeuré devant une meute de journalistes venus les interviewer. Nous sommes au lendemain de la chute du régime soviétique ils sont pris d’une panique de paranoïa aiguë. Ils brûlent en vitesse quelques documents et ils s’enfuient avec une simple valise. On apprend qu’il s’agit d’un ancien et célèbre réalisateur et de sa compagne une actrice renommée des années trente, quarante. Puis le film emprunte la voie du retour en arrière et retrace l’histoire de ce couple et à travers lui celle du cinéma soviétique sous le règne de Staline.

Début des années trente,  Mansourov, un metteur en scène soviétique célèbre et apparemment en bonne odeur de socialisme soviétique revient d’Hollywood. On pense à Sergueï M. Eisentstein, qui à l’instar de Mansourov était accompagné de son disciple Grigori Aleksandrov. Ici il s’agit de Konstantin Dalmatov (Sergueï Tsiss) à qui l’on prédit une grande carrière dans les studios moscovites à condition qu’il signe un contrat l’enjoignant de dénoncer les mauvais camarades.  Dalmatov refuse et se retrouve privé de caméra. Au passage on lui fait savoir que les autorités n’ignorent rien de ses préférences sexuelles.

Mansourov décède bizarrement, certainement par empoisonnement et Dalmatov seul se voit contraint de parapher le contrat qui aussitôt lui ouvre les portes des studios et éloigne l’angoisse d’une persécution pour déviance sexuelle. Il va pouvoir concrétiser son rêve et réaliser des comédies musicales si appréciées par le Petit père des peuples.

Dalmatov slalome entre les chausse-trappes et la censure. Il se marie avec sa comédienne fétiche Lidia Poliakova (Youlia Svejakova) -en fait le portrait de Lyubov Orlova- et le succès lui assure une certaine respectabilité et ils enchaînent les comédies musicales. On sourit aux thématiques à la gloire des travailleurs, du métro…

Dalmatov semble heureux de produire ces bluettes à la propagande appuyée.

Le film prend des airs de feuilleton et nous fait visiter les coulisses des studios moscovites. Le réalisateur n’hésite pas à nous faire ressentir le climat de suspicion avec les purges d’éléments non conformistes. On voit disparaître le chef opérateur remplacé par un fonctionnaire zélé. Dans une autre scène cocasse, voire kafkaïenne, le couple doit recevoir à dîner des cinéastes américains. Débarque alors dans leur appartement une escouade de serveurs régentés par un garde chiourme jusqu’au moment où ils remballent tout sous le fallacieux prétexte d’un manque de temps. On comprend que le régime ne tenait pas à ce que le couple puisse discuter avec des occidentaux. Plus tard lors d’une remise de prix dans un festival à l’étranger, ils sont si bien cornaqués qu’ils ne parviennent pas à se réfugier dans une ambassade. Dès lors les deux époux resserrent leur lien et font cause commune contre les persécutions du régime communiste. Ce qui explique le climat de terreur quasi paranoïaque qui habite le vieux couple du début du film.

Ce film ambitieux brasse de nombreux thèmes. Trop certainement. Je pensais voir traiter la question de l’homosexualité. Celle-ci apparaît clairement lorsque Dalmatov dit à Mansourov que les autorités connaissent leur relation, et plus tard quand des apparatchiks essayent de le piéger en lui balançant dans les pattes un acteur mignon. La séquence de drague tourne court et le metteur en scène rejette violemment le sycophante. Tout le reste du film reste muet sur les relations gaies de Dalmatov, ce que l’on peut comprendre vu le sort réservé à l’époque aux homos. Bref la dimension altersexuelle s’avère pauvre alors qu’elle représente une composante essentielle de la personnalité de Dalmatov.

Quant à l’évocation des comédies musicales à la sauce stalinienne, elles m’ont un peu ennuyé. Je regrette de n’avoir pas pu rester pour le débat en présence du réalisateur à la suite de la projection du film.

Lire l’article détaillé de Bernard A. et celui de Thomas.

 Loin de Sunset Boulevard, film franco russe réalisé par Igor Minaiev (2008).

 

déc. 25e, 2008

04:17 pm - LA FEMME DE JEAN

Depuis un certain temps le souvenir de la silhouette d’un personnage de film qui m’avait marqué lors de mon adolescence trottait dans ma tête. Un acteur de cinéma dont je me souvenais vaguement de la taille et ses cheveux raides mi longs. Il semble qu’il apparaissait dans un film de Yannick Bellon que j’avais vu au milieu des années 70.

Furetant à la médiathèque j’ai retrouvé deux films de cette réalisatrice que je me suis empressé de regarder. Quelque part quelqu’un, non, aucune trace de l’adolescent qui avait  impressionné ma mémoire. En revanche dans La femme de Jean le personnage de Rémi donne consistance à mon souvenir. Dois je dire ma surprise de constater que le personnage joué par le jeune Hyppolite Girardot ait pu alimenter à ce point mes fantasmes ? En fait je sais bien que nos souvenirs sont trompeurs, qu’ils tendent à enjoliver le passé. Peu importe que ce soit vraiment le personnage ou l’acteur dont les réminiscences affleuraient ma conscience de temps à autre.  Je souhaitais revoir ces images qui m’avaient  imprégné et qui reviennent à l’occasion me visiter. Bref ce fut un bon prétexte, que je ne regrette pas, pour visionner une bonne trentaine d’années plus tard le film de Yannick Bellon.


 

À Paris au début des années 70 Nadine (France Lambiotte) est larguée par Jean (Claude Rich) après une quinzaine d’année de vie  maritale. Alors que Jean refait joyeusement sa vie en se justifiant  tu comprends on était très jeune quand on s’est marié  Nadine plonge dans une grave dépression. Son fils Rémi un adolescent en pleine expansion pubertaire fait office d’objet anti-dépressif. Progressivement elle renaît à la vie, se met à travailler et rencontre un homme David. Quelque temps plus tard Jean ne peut que constater la métamorphose de son ancienne femme, devenue Nadine. Le sujet était bien dans l’air du temps, de l’émancipation des femmes, de la prise en compte de leurs désirs aussi bien psychologiques, familiaux que sociaux. Même si on sent en arrière plan les aspirations féministes, le film refuse les accents revendicatifs.

Rémi figure un adolescent de 17 ans en pleine évolution. Les cheveux très longs, la musique rock, la fumette gentille et l’(hétéro)sexualité plutôt libérée. Nous sommes au lendemain de mai 68. Il requinque sa mère, en la stimulant, en lui permettant de devenir une femme indépendante.

La caméra de Yannick Bellon s’attarde sur la vie quotidienne des personnages en les filmant chez eux et en extérieur ce qui donne au film un côté documentaire. On est plongé au cœur de la société de la fin des années pompidoliennes. On entend une speakerine débitée le programme du lendemain des trois chaînes de télévision. On aperçoit Jean Christophe Averty préparé son émission. On reconnaît les Peugeot 404 et autres Fiat 850 qui embouteillaient les rues de Paris. On surplombe la béance du trou des Halles. Ce film daté procure le plaisir de nous remémorer le paysage parisien de l’époque. La femme de Jean suit le cheminement psychologique et social des protagonistes avec sensibilité et délicatesse.

Du coup j’oubliais mon désir premier. Il est vrai que dans un premier temps j’étais un surpris d’avoir pu flasher sur ce jeune homme. Je m’interrogeais sur  le ressort identificatoire qui fonctionna à l’époque. À la réflexion cela ne m’étonne pas, le film condense de nombreux éléments d’identication.  La décontraction, la liberté, la pulsionnalité joyeuse incarné par Rémi fournit une indéniable attractivité pour l’ado un peu plus jeune et un peu coincé que j’étais. Les configurations familiales résonnaient avec une évidente ressemblance. De plus le ton juste et bienveillant de ce film a certainement  contribué à son inscription mnésique et à perdurer jusqu’à aujourd’hui. 

Une dizaine d’année plus tard  Yannick Bellon, tournait La triche dont le sujet « sensible » traite de l’homosexualité. Un commissaire de police (Victor Lanoux) tombe amoureux du jeune et beau Xavier Deluc. Un amour impossible entre le notable provincial marié et le jeune violoncelliste un peu marginal.  Je regrette que la réalisatrice n’ait pas voulu échapper à l’inévitable dénouement tragique de cette passion amoureuse en cours à l’époque. J’ai du mal à comprendre qu’elle n’ait pas profité de l’occasion pour offrir une alternative à ces fins dramatiques qui tenaient lieu de tradition pour ce type de sujet au cinéma. Pourtant l’homosexualité s’émancipait, juste à la veille des années Sida.

 

La femme de Jean, film français réalisé par Yannick Bellon (1973).

déc. 23e, 2008

03:02 pm - PLUS TARD OU JAMAIS



Comme chaque été, les parents d’Elio accueille en résidence un jeune professeur d’université américain dans leur villa au bord de la Méditerranée. Oliver, l’hôte estival achève un livre sur le philosophe Héraclite et il peaufine au bord de la piscine sa traduction en italien. Le narrateur, Elio, bientôt 18 ans, passe ses journées à transcrire au piano des partitions de Haydn. Elevé par un père un universitaire l’adolescent un peu réservé possède une remarquable culture générale pour son age. C’est un garçon sensible en devenir, il est attiré par ce charmant professeur de sept années son aîné dont il recherche les ressemblances, comme leur commune judaïté. Ce qui me déconcertait, c’était qu’il ne semblait pas prêter attention au fait que j’en portais une aussi  (étoile de David). Comme il ne prêtait sans doute aucune attention aux regards que je laissais errer du côté de son maillot de bain pour essayer de distinguer les contour de ce qui faisait de nous des frères dans le désert.
Oliver maintient une certaine distance, il a certainement aperçu l’émoi turgescent d’Elio un après midi lors d’une rencontre inopinée pendant une sieste. Les deux garçons feignent d’éviter un trop grande proximité entre eux. Un peu plus tard Elio récupère le slip de bain d’Oliver. Je le portai à mon visage, puis m’enfouis mon visage dedans, comme si j’essayais de m’y blottir tout entier et de me perdre dans ses plis. Cette scène de fétichisme assez récurrente dans ce genre d’histoire se poursuit. Elio enivré par l’excitation pulsionnelle s’enhardit, va se coucher dans son lit en espérant être découvert par son adoré. L’acte venant court-circuiter une parole impossible à prononcer. Faute de parvenir à lui exprimer ce qu’il ressent, il rêve, tente de se persuader de cet impossible amour, un honteux désir. Lui prêtant de nombreuses conquêtes féminines, Elio s’amourache de Marzia, une voisine qu’il flirte et baise avec plaisir. Mais il ne peut lui taire plus longtemps son attirance. Il profite d’une balade pour le lui dire à mots couverts.

Plus tard ou jamais revient sur l’incandescence de ce premier amour. De sa lente maturation, difficile acceptation et reconnaissance. Elio comme Oliver éprouvent des sentiments semblables mais ils n’osent les exprimer. Chacun se garde de se dévoiler trop clairement. La crainte, mêlée d’un peu de culpabilité les retient de ce honteux désir à vivre.
Ce beau roman quitte heureusement les berges sages de l’amour qui n’ose reconnaître sa réalité pour des accélérations fortes et réjouissantes. Elio au lendemain de leur première baise ressent une certaine gueule de bois. Je me demandais quand la nausée passerait. De temps en temps, une sensation douloureuse déclenchait un regain de gêne et de honte. Quiconque a prétendu que l’âme et le corps se rencontrent dans la glande pinéale était un âne. C’est dans le trou du cul, idiot.

Ces quelques respirations où les désirs échappent à une intellectualisation trop présente dans le roman illuminent le récit. On retiendra également à la fin du roman, lorsque Elio revient chez lui après avoir passé trois jours à Rome avec Oliver avant qu’il ne reparte pour les Etats Unis, le bel échange entre Elio et son père qui a deviné leur secrète accointance. Dans une magnifique formule il invite son fils, le lecteur  au carpe diem. La façon dont tu vis ta vie est ton affaire. Mais souviens toi  notre cœur et notre corps nous sont donnés qu’une fois. Maintenant il y a le chagrin. Je ne t’envie pas la souffrance. Mais je t’envie le chagrin.

Lire ici l’avis de Jean-Yves.
André Aciman
 

Plus tard ou jamais, Call me by your name roman américain de André Aciman traduit par jean-Piere Aoustin. Édition de l’Olivier (2008) 295 pages.
 

déc. 17e, 2008

06:06 pm - LA MEILLEURE PART DES HOMMES


 

La meilleure part des hommes,  le roman de Tristan Garcia esquisse le portrait d’une génération en suivant la trajectoire de quatre personnages comme autant de figures emblématiques des vingt dernières années du siècle passé. Ils ont une vingtaine d’année au début des années 80 et ils traversent de concert la période noire du Sida. Dominique Rossi, fils d’un médecin corse à ses heures militant du FLNC, termine ses études à Normale sup. Il se lie d’amitié avec Jean-Michel Leibowitz futur professeur de philosophie, un de ces intellectuels estampillés nouveaux philosophes. Une de ses étudiantes, Elizabeth Levallois,  succombe à ses charmes et devient sa maîtresse. Elle entre à Libé à la suite de son ami William Miller, un jeune paumé arrivé de fraîche date de sa Picardie natale. Elle favorise la rencontre entre William et Dominique. S’ensuit une histoire d’amour entre les deux garçons peu de temps avant l’irruption de l’épidémie. William se pique d’être un écrivain alors que Dominique s’engage dans la lutte contre le Sida en créant Stand Up ! La description et le comportement des personnages évoquent des acteurs de cette époque. Sous les traits de Dominique on reconnaît aisément Didier Lestrade, et Guillaume Dustan sous ceux de William. Quant à Leibo il condense Finkielkraut, voire Luc Ferry. Seule Liz, la narratrice, paraît moins identifiable (Hélène Hazera, Elizabeth Lebovici?). L’auteur ne cherche pas vraiment à flouter ses personnages. Toutefois on a du mal à imaginer l’engouement de certains pour les écrits de William à la lecture de ses péroraisons.
Ces quatre-là vont s’entremêler, s’aimer, se déchirer et dessiner une toile de fond parisienne de cette période.
Dominique, l’activiste, se bat corps et âme pour obliger les pouvoirs publics à réagir et à mettre des moyens pour arrêter l’hécatombe des malades du Sida. Son amant William après avoir commis des romans, se lance dans une attaque en règle contre les mesures de prophylaxie et prône le barebacking. William, tout entier, ne peut concevoir la moindre compromission non seulement avec le pouvoir en place mais aussi avec toute organisation qui tente de contrer la maladie. Habité par une pseudo vision libertaire, il voit au contraire dans cette maladie une sorte de libération quasi messianique. Leib se démarque progressivement de ses références socialistes pour infléchir sa pensée vers un libéralisme à la mode chiraco sarkozienne. Il se verra récompenser d’un maroquin ministériel. En revanche il se dépatouille assez mal dans ses affaires sentimentales entre sa femme et son amante Liz. Celle ci demeure indéfectible à son amitié avec William qui n’aura eu de cesse d’agresser violemment les personnes de son entourage.  Seule, elle accompagnera et veillera William jusqu’au fond de sa déchéance.

Chaque protagoniste propose une vision de ces années où une génération découvrit le télescopage entre jouissance sexuelle et mort. Faisant intervenir tour à tour les protagonistes, Tristan Garcia tentent de retranscrire les combats, les luttes, les mouvements qui ont dynamisé les scène altersexuelles et intellectuelles à la veille du second millénaire. Cette auto fiction surprend et interroge. Pourquoi  l’auteur a-t-il choisit Elizabeth comme narrateur du roman ?  Tour à tour l’auteur donne la parole à ses personnages, ce qui se traduit par un patchwork de styles pas toujours heureux et même insupportable lorsque s’exprime William.Les faits réels disparaissent et laissent la place à l’intimité des protagonistes bien qu’il soit surtout question de William. Et il est difficile d’éprouver la moindre once de sympathie pour lui. Sa constance, sa hargne à détruire son entourage, sa paranoïa le conduit dans une spirale masochiste teintée de perversité où il veut entraîner les autres.
De plus en avançant par à-coup dans le livre, je me remémorais les formidables romans autobiographiques de Didier Lestrade (Kinsey6 et Act Up, une histoire) qui décrivent son engagement militant pour les gays et contre la lutte contre le Sida.
Appartenant à cette génération, j’ai côtoyé cette effervescence, même si j’habitais en province. Mon éloignement de Paris et une vie sentimentale stable m’ont à coup sûr protégé d’une contamination à l’époque assurée. J’ai encore en mémoire le souvenir des questionnements quant aux premiers sarcomes de Kaposi, et ce qu’à l’époque certains nommaient le cancer gay ! venu des USA.

Pour revenir au roman, même si je reconnais le travail réalisé par l’auteur, né en 80, je suis demeuré extérieur à cette histoire, certainement énervé du fait de l’importance donné à William, et aussi par l’aspect caricatural de celui de Leibowitz.

 Lire ici l’avis de Bernard A.

Tristan Garcia

 
La meilleure part des hommes, roman français de Tristan Garcia. Edité chez Gallimard (2008) 305 pages.

déc. 4e, 2008

03:38 pm - LE PLAISIR DE CHANTER


 

Le plaisir de chanter s’ouvre par un bel aria d’un opéra de Mozart chanté a capella par Joseph (Guillaume Quatravaux), dans le métro. Puis nous retrouvons le jeune ténor dans l’appartement de sa mère professeur de chant (Evelyne Kirschenbaum). Le bel ange Joseph aux ailes castrées par sa tyrannique matrone ne peut pas s’envoler du nid maternel, qui sert de studio d’art lyrique où viennent se croiser de curieux apprentis chanteurs. Constance (Jeanne Balibar) vient s’y consoler de son récent veuvage en répétant des vocalises. Son mari banquier, par dépit faute d’avoir embrasé la carrière lyrique, arrondissait ses fin de mois en trafiquant de l’uranium. Cela a mal tourné puisque le voilà assassiné. Du coup une escouade de barbouzes a envahit le cours de chant pour approcher la veuve un peu joyeuse sur les bords et tenter de récupérer une clé USB qu’elle détiendrait. La salle de cours devient la scène où se croisent de simili James Bond et autres faux époux Turenge (Lorànt Deutsch & Marina Foïs). Sur cet improbable et loufoque scénario, le réalisateur Ilan Duran Cohen s’ingénie à entremêler les voix des protagonistes. On comprend vite qu’il ne s’agit pas d’un film d’espionnage classique, dont on peine à suivre les rebondissements et qui finalement passent au second plan. Mais d’une comédie décalée dans laquelle le réalisateur continue d’explorer les thèmes de ses précédents films. La confusion des genres, le libertinage, le désir ou non d’enfant, la beauté de la jeunesse qui s’étiole…, bref  des questionnements dont les protagonistes essayent de dénicher la clé. La voix serait l’une d’elle. Tous ne chantent pas juste mais chacun révèle par sa voix une part de lui même. La professeur scande ses leçons d’intermèdes pendant lesquels  elle invite ses élèves à livrer leurs idées associatives de l’instant. Une sorte d’happening thérapeutique un peu sauvage où les personnages dévoilent leurs pensées secrètes.

Le passage par ce dévoilement intime se poursuit avec la mise à nu des corps. On admire la beauté de Julien (Julien Baumgartner), le gigolo de service ainsi que celle de Marina Foïs. Julien promène son joli corps dans toute sa splendeur, sans rien nous cacher. Cet acteur jouait un adolescent dans le téléfilm de Fabrice Cazeneuve À cause d’un garçon où il incarnait un adolescent champion de natation qui assumait progressivement son altersexualité. Ici, aussi il manifeste un sympathique libertinage altersexuel en naviguant entre deux femmes et un bear doté d’une pilosité exceptionnelle. Il est réjouissant de voir à l’écran un tel corps.  
Nathalie Richard & Julien Baumgartner

Quand ils chantent la caméra s’approche très près des acteurs pour souligner la transformation du visage, de ses déformations à l’effort*. On remarque que la professeur de chant et son fils gardent des visages assez neutres alors que sur celui de Balibar se dessine un rictus important. Comme si pour Balibar  l’expression par le chant trahissait une vérité, une douleur. Quant à Joseph on a le sentiment que rien ne pourrait l’émouvoir, il demeure inchangé. Sans doute est-ce en lien avec son statut de fils  incestueux  qui lui barre tout expression de désirs et d’affects.

Le plaisir de chanter c’est aussi notre plaisir à regarder ce film, à sourire aux dialogues à l’humour sensible, à se laisser emporter par la fausse légèreté des propos.

Lorànt Deutsch, Julien Baumgartner, Jeanne Balibar, Marina Foïs,
Evelyne Kirschenbaum & Guillaume Quatravaux.

* Dans le sixième et dernier épisode de Clara Sheller, on assiste à une courte séquence qui se déroule à l’Opéra. On voit la cantatrice en gros plan, si proche qu’on distingue nettement le fond  de sa gorge comme si on voulait nous faire pénétrer à l’intérieur de la soprano. Il y a quelque chose de similaire dans le film d’Ilan Duran Cohen.

Lire ici l’avis détaillé de Bernard A.

Le plaisir de chanter, film français réalisé par Ilan Duran Cohen (2008).

nov. 7e, 2008

08:28 pm - UN GARCON PARFAIT

Le prix Médicis du roman étranger vient d’être décerné à  Un garçon parfait de l’écrivain suisse Alain Claude Sulzer.

J’ai lu ce roman ce printemps et je l’avais trouvé gidien dans sa forme, son style. Une belle écriture avec un aspect classique, voire académique. J’avais pensé écrire un billet sur ce beau roman …

Ernest est un garçon parfait. Garçon au double sens du terme. Depuis la fin de son adolescence il travaille comme serveur. Au cours des années il a gravit les échelons de la profession pour devenir maître de rang dans un grand restaurant. C’est un professionnel accompli, un modèle du genre. En revanche côté jardin, on le découvre vivant seul, dans une petite chambre se contentant de pas grand chose et menant une vie rythmée par son travail et ses habitudes qui confinent à l’obsession. Une vie très rangée, marquée par de brèves aventures à la sauvette qui lui vaudront une agression homophobe. Une lettre arrive lui rappelant un lointain passé. Sa rencontre, trente ans plus tôt avec Jacob, un alter ego qu’il forma dans un grand hôtel palace au bord d’un lac suisse quelques temps avant la déflagration de la seconde guerre mondiale. Dans ce paradis pour grands bourgeois, une belle histoire d’amour va naître entre les deux garçons et se terminer par le départ brutal de Jacob… et de son silence. Ernest, le narrateur en demeurera inconsolable.

Jacob a choisi de suivre un grand écrivain, Klinger, qui fait foutrement penser à Thomas Mann. Le célèbre romancier et sa famille venaient séjourner dans ce palace. Jacob eu une aventure avec Klinger que finit par découvrir Ernest. Il ne restait alors plus qu’à Jacob de partir… et Klinger lui offrit un poste de secrétaire particulier.

Une trentaine d’années plus tard Ernest demeure toujours seul. Une lettre en provenance d’Amérique le replonge dans son passé. Jacob appelle au secours et lui demande d’intercéder en sa faveur auprès de Klinger revenu s’installer en Suisse…

Un joli récit, qui prend des allures de roman policier pour se dévoiler à la fin du livre. Ernest rappelle le personnage du majordome interprété par Anthony Hopkins dans Vestiges du jour, film de James Ivory. Totalement dédié à son travail, il a mis entre parenthèses sa vie affective. Elle s’est arrêtée avec le départ, la trahison, de Jacob dans ce palace suisse. Une vie asséchée, faite de solitude. Le retour dans la réalité de l’existence de son ancien et unique amour ravive une blessure jamais cicatrisée.
Car naturellement, il était clair à ses yeux qu’il n’était arrivé à rien. Il essayait de faire comme tout allait bien, mais même le travail le plus acharné ne pouvait le soustraire à la pensée qu’il n’était en vérité, arrivé à rien. Ses efforts pour convaincre avaient échoué, il se retrouvait les mains vides, c’était un sentiment dévastateur.
L’auteur dépeint avec finesse l’atmosphère de l’époque d’avant guerre, de cette ambiance propre aux grands palaces. Il décrit la passion entre les deux garçons, dès leur rencontre.

 Un garçon parfait (2007), roman de Alain Claude Sulzer, traduit de l’allemand par Johannes Honigmann. Editions Jaqueline Chambon-Actes Sud, 237 pages.

oct. 14e, 2008

09:21 pm - PERTHUS


 

Lionel m’avait signalé cette pièce de Jean-Marie Besset, montée au Théâtre du Rond-Point à Paris et jouée jusqu’au 26 octobre.

L’action se déroule dans une petite ville à quelques encablures du col du Perthus, dans les années soixante dix. En début d’année, deux élèves de terminale aux caractères assez dissemblables font connaissance. On sent Paul timide, réservé, et solitaire, un peu étriqué dans son pantalon de velours, alors que Jean-Louis, sportif, joue les play-boy. Paul, dont le grand plaisir réside dans la lecture de la Princesse de Clèves, parvient à attirer l’attention de Jean-Louis le fortiche des maths. Une forte amitié se noue entre eux, d’autant que Paul, à l’instar de Melle de Chartres couve son Jean-Louis des yeux de Nemours.
Les deux garçons sont cornaqués par des mères délaissées. Leurs maris ont déserté le foyer familial préférant d’autres aventures sentimentales. L’amitié des deux garçons favorise leur rencontre d’autant qu’elles vivent une histoire similaire. On imagine qu’elles se retrouvent pour dégoiser sur leur conjoint volage. Se sentant abandonnées elles reportent sur leur enfant leur rêve d’une existence devenue tristounette. Faute de satisfaction conjugale, elles imaginent une revanche sociale à travers la réussite espérée de leurs fils. Le fruit de mes entrailles clame la mère de Jean-Louis comme pour mieux conserver et modeler son trésor que nul ne pourra dérober. Bref elles n’existent plus qu’au travers de leur progéniture qui les vengera des bassesses des pères absents. De fait, elles deviennent des femmes phalliques qui n’hésitent pas à régenter l’éducation de leur rejeton. Elles projettent ainsi sur eux leur ultime espoir de réussite sociale dont elles sont exclues.

Or c’est là que le bât blesse. L’amitié exclusive des deux garçons ne cacherait elle pas une homosexualité inconciliable avec les rêves de grandeur qu’elles échafaudent !

On peut imaginer ces deux adolescents comme les deux faces d’une même personne. Au départ ils sont, malgré leur différence, assez proches. Tous les deux sont agités par l’impérieux désir de rencontrer l’autre. Ils affrontent les mêmes questionnements, affectifs, quant au choix de leur objet d’amour, de leur devenir scolaire et professionnel. Au cours de cette période de bouillonnement, d’effervescence déstabilisante où vont se structurer  une grande part de notre avenir. Comment se réaliser, devenir un adulte, exprimer son amour dans un contexte familial contraignant voire, ici, un peu incestuel ?  Chacun tâtonne pour trouver sa voie. Jean-louis, angoissé par l’amitié passionnelle de Paul, jette agressivement son dévolu sur une fille, noire de surcroit comme pour mieux témoigner son malaise. Sa brusquerie lui vaudra de goûter aux joies particulières de la vie carcérale, artefact qui ne retardera que momentanément son adaptation à une vie sociale en conformité avec son milieu. Paul, au contraire, blessé, attendra pour s’affirmer, devenir artiste et vivre avec un espagnol.

  Jonathan Drillet & Robin Causse

Dans un décor rudimentaire, une estrade sur laquelle trône quatre chaises surdimensionnées les acteurs déambulent tantôt seuls, souvent en couple et rarement tous ensemble. La mise en scène s’interdit de dépasser le minimalisme du décor. La bonne surprise tient dans la distribution des rôles, ainsi les mères sont jouées par des acteurs. Ceci confère une redondance signifiante à l’absence paternelle et au caractère phallique des mères.

Le désir de Paul pour Jean-Louis est magnifiquement rendu dans une scène. Les deux ados sont allongés, et Paul s’enhardit pour glisser un doigt dans la bouche de Jean-Louis endormi. Scène d’un bel érotisme.

Robin Causse & Jonathan Drillet (en bas).

Les dialogues parsemés de bons mots nous font sourire. On peut regretter des télescopages hasardeux comme lorsque Paul évoquent son désespoir de voir son ami roucouler dans les bras d’une pimbêche lors d’une visite d’Auschwitz. Cette idiosyncrasie de Paul laisse perplexe !

L’auteur ne manque pas de souligner l’hypocrisie d’une société frileuse en matière d’altersexualité, lorsqu’il rappelle la pédésexualité de Jean Moulin tue de crainte d’égratigner l’héroïsme du résistant. 

Une pièce plaisante à regarder, servie par de bons comédiens. Les deux jeunes plutôt choupinous tiennent bien la comparaison face aux deux acteurs épatants dans leur rôle des mères.

Jean-Marie Besset a coécrit le scénario du film de Robert Salis Grande école. On lui doit notamment l’adaptation de la pièce Une souris verte. Sa pièce La fille du RER sert de scénario au prochain film de André Téchiné qui sortira au printemps prochain.

Perthus, pièce de théâtre de J-M Besset (2007) mis en scène par Gilbert Désveaux.

sep. 18e, 2008

07:53 pm - LA BELLE PERSONNE

Le thème : la passion amoureuse à l’adolescence, la présence du choupinou Grégoire Leprince -Ringuet avaient de quoi émoustiller mon intérêt pour le dernier film de Christophe Honoré. Ses chansons d’amour demeurent un bon souvenir et je m’installais avec un a priori favorable devant le téléviseur pour suivre cette très libre adaptation du roman La princesse de Clèves de Madame de Lafayette écrit au XVIIeme siècle et dont l’action se déroule au XVI eme siècle*. Nous savons que la référence à ce premier roman moderne de la littérature française découle de propos indignes et réitérés de Sarkozy. Voilà une subtile réponse à la bêtise et l’indigence culturelle du président.

 Dans un lycée (Lycée Molière) du 16eme à Paris, des ados de bonnes familles, aux prénoms surannés -style NAP- et pas vraiment genre Entre les murs, se coltinent aussi avec les affres des passions amoureuses turbulentes de l'adolescence. Une fois oublié le pedigree des personnages (et des acteurs), on retrouve les éternels émois adolescents.

Suite au décès de sa mère, Junie (Léa Seydoux), débarque chez son cousin. Intégrée dans la même classe que son cousin Matthias (Esteban Carvajal Alegria), elle devient le centre d’attraction des garçons qui la courtisent. C’est finalement Otto (Grégoire Leprince-Ringuet), un ado un peu effacé qui décroche la timbale. Mais Nemours (Louis Garrel), le don juanesque prof d’italien, l’attire dans ses rets d’où elle peine à se dépatouiller. Otto meurtri et pétri d’absolu n’envisage pas d’autre alternative que le suicide. Junie s’enfuit et Nemours se retrouve Gros-Jean comme devant. Sur cette trame se greffe une amourette altersexuelle entre Matthias et Martin (Martin Simeon), le tout assaisonné de dialogues policés (limite prout-prouts) pas toujours audibles.

 

L’action se circonscrit à l’hiver, dans un décor bien délimité (le lycée avec une salle de cours et la cour de récréation, une rue, un café et un parc). Les personnages se réduisent aux lycéens, trois, quatre profs et la tenancière du bistrot. Pas de parent, ni de chambre d’adolescents.  Christophe Honoré réinvente un cadre spatio-temporel. Ce décor improbable ou tout le moins réservé à quelques happy few, décalé de la réalité commune, suggère une scène de théâtre**. De fait le contexte sociologique caricatural tend à s’oublier pour inviter le spectateur à se focaliser sur les échanges, les variations des sentiments des protagonistes. 

Encore faudrait-il que nous comprenions les dialogues. Il m’a fallu un certain temps pour que je saisisse le sens des paroles mâchouillées par des acteurs qui avalent les mots.  Du coup on repère les incohérences comme cet élève qui apostrophe son professeur pour lui demander si elle est amoureuse… et elle de lui répondre ! ou entendre Nemours téléphoner à Matthias pour qu’il fasse une commission à Junie et lui dire  je t’embrasse.  Et c’est là que le bât blesse. Le personnage de Garrel détonne. Trop jeune, il est peu crédible. Il arase la différence des générations, il entretient un flou d’indifférenciation où tout semble égal. On trouve cette même non distinction entre les élèves et les professeurs. Les différences prof/élèves, ados/adultes sont des réalités qui ici sont abrasées, nivelées. Comment alors introduire du drame si tout concourt à atténuer les différences. Je baillais à suivre ce fleuve trop tranquille des passions amoureuses qui verse dans le banal scénario du trio de la fille aimée par deux garçons.  Le contrepoint de la relation altersexuelle, bien sage et banalisée participe à cette espèce d’engourdissement, d’apathie. Lorsque Otto, après avoir poussé la chansonnette, se jette dans le vide, je suis demeuré peu affecté, certainement gagné par l’ennui.


J’aurais préféré plus de nerf, plus d’affrontement, de drame, d’audace. Je pense au film de Lola Doillon  Et toi t’es sur qui ?  Moins léché sur la forme mais autrement plus nerveux. Toutefois la galerie des choupinous de La Belle personne est bien agréable à regarder. Ainsi que je le notais au sujet de son précédent film, Louis Garrel devient insupportable.

* Je note la coïncidence XVI/ XVII eme siècle et le numéro de l’arrondissement très bourgeois où se déroule l’action du film, tout comme l’âge des protagonistes.

** Le titre La belle personne, le quartier huppé, la beauté obligée des ados aussi bien physique que vestimentaire frisent la caricature.

Lire l’avis de Bernard A. et celui de Orlof. Une analyse destinée aux lycéens.

La Belle personne, film français réalisé par Christophe Honoré (2008).

mai. 24e, 2008

07:32 pm - NÉS EN 68



J’attendais avec impatience le film de d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau. En ces temps commémoratifs, voilà un sujet ambitieux de raconter dans une fiction cinématographique quarante années post soixante huitardes. Cette gageure court le risque de décevoir. Nous sommes imprégnés de cette histoire récente car chacun possède son propre vécu, sa lecture, sa vérité. C’est une épopée née en 68, revisitée par les deux réalisateurs et leur scénariste Guillaume Le Touze. Elle égrène la libération sexuelle, la montée du féminisme, l’esprit hédoniste et libertaire issus d’une petite révolution non violente il y a quarante ans.

Yann Trégouët & Yannick Renier.

Yves (Yannick Renier), Catherine (Laetitia Casta, notre Marianne républicaine), et Hervé (Yann Trégouët) trois étudiants enivrés par l’atmosphère révolutionnaire de soudaine liberté d’expression, de jouissance sans entrave de son corps décident de poursuivre leurs rêves utopiques en choisissant de créer une communauté au cœur d’une France profonde. Avec des copains et copines ils s’installent et retapent une grande bâtisse abandonnée en haut d’une colline. Passés les premiers mois d’enthousiasme et de batifolage dans les champs en fleurs, des fêlures apparaissent, la déprime gagne et le groupe s’effiloche. Catherine et Yves auront deux enfants : Ludmilla et Boris.
La première partie du film décrit cette tentative de concrétisation utopique. La possibilité de changer la vie, de s’affranchir des carcans familiaux et sociaux, de rompre avec le capitalisme, de créer une existence en adéquation avec ses rêves. Époque hédoniste du peace and love qu’on voit se développer dans une sorte de bulle autarcique au plus près d’une nature forcément naturelle. Puis les illusions s’envolent et le trio éclate, Yves s’ennuie et retourne à Paris entre béton et bitume. Hervé, le plus idéaliste, qui ne peut pas trouver de place entre Yves et Catherine poursuit ses chimères révolutionnaires et s’engage dans la dérive de la lutte armée. Exit Hervé, à l’ombre pour de nombreuses années. Seule Catherine s’accroche à la maison où il n’y pas de clef.


Les années passent scandées par des quelques évènements phares. La décennie giscardienne d’un retour à l’ordre est illustrée par le combat des femmes pour le droit à l’avortement. L’occasion de remémorer les ignominies exprimées par des députés d’une France conservatrice. On retrouvera des formulations semblables lors de l’épisode du Pacs avec une citation de Boutin. Puis arrive mai 81 début de la seconde partie. Les enfants devenus adultes entrent dans la danse. Boris (Théo Frilet) et son copain d’enfance Christophe (Édouard Collin) découvrent l’amour. La révolution altersexuelle prend la relève de l’amour libre et complète la révolution sexuelle. Ce n’est pas simple d’autant que le sida vient durement frapper l’élan libérateur. Cette glaciation du désir amène Boris à s’engager dans le militantisme auprès d’Act Up. En quelque sorte il reprend le flambeau de ses parents sauf qu’ici il s’agit il y a urgence pour sauver sa peau. Le scénario laisse une place importante au combat contre le sida, puis à la création du Pacs et se termine sur la revendication à l’adoption d’enfants par les gays. De son côté Ludmilla s’entiche d’un jeune iranien, un clin d’œil à l’ouverture sur le monde et la difficile conciliation de cultures différentes.
Les évènements se succèdent dans une sorte de florilège un peu redondant. Comme si à mesure que nous nous rapprochions d’aujourd’hui, il fallait scander de manière plus serrée les dates : le mouvement des sans papiers, les élections de Chirac, le 11/11, le discours de Sarkozy …

Edouard Collin & Théo Frilet.

Le film se place sous le signe de l’amour, avec la place centrale dévolue à Catherine, fil rouge de cette saga. L’amour libre clamé dès le début entraîne les combats successifs pour le droit de disposer librement de son corps, de pouvoir recourir à l’avortement, de la visibilité de l’alterséxualité. La libération sexuelle initiée et dynamisée par mai 68 sera entravée par un retour à l’ordre moral dans les décennies suivantes. La liberté d’expression concernant la sexualité en a pris un coup. Si des adultes s’ébattent librement, si les deux garçons s’embrassent et jouissent, il n’y a pas de nudité infantile, pourtant visible au cours des années soixante dix.

Le personnage de Catherine maintient la cohésion de l’histoire et permet de suivre sans se perdre les nombreux méandres de cette chronique tendre et bienveillante. Est-ce monde que les soixant-huitards désiraient léguer à leurs enfants ? On peut en douter, le principe de réalité s’avère plus fort que celui du plaisir et la nécessité de travailler, d’engranger un peu d’argent fait trébucher l’utopie libertaire de mai 68. À la génération des parents utopistes succèdent celle des enfants confrontés à une réalité mortifère. Catherine disparaît symboliquement avant l’an 2000 au moment de l’éclipse… elle ne connaîtra ni Le Pen au 2nd tour, ni le discours de Sarkozy.
Bien sur il y a des passages moins soutenus, des hauts et des bas ; à l’image du paysage du Quercy fait de vallonnements. Mais le sympathique enthousiasme que transmettent les acteurs et le cheminement sensible du scénario contribuent au plaisir de suivre sans ennui les 3 heures de projection*. Les dialogues demeurent simples, pas ou peu d’envolées lyriques, des échanges simples, pas d’effets de style comme si les réalisateurs avaient tenu à dérouler une histoire presque banale. La danse et la musique égaient et occupent une place nécessaire, comme c’est souvent le cas dans les films de Ducastel et Martineau.

Un mot sur les acteurs. Le film est littéralement porté par Laëtitia Casta qui laisse peu de place aux autres tellement elle rayonne et incarne si solairement cette épopée. Bienvenu à Théo Frilet une nouvelle frimousse et chose assez rare au cinéma, il exhibe une belle toison dorée sur son torse en plus d’un beau galbe fessier. Il s’en tire plutôt bien notamment face à Édouard Collin un peu trop prévisible.

Lire ici et ici deux interviews des réalisateurs. L'avis de Bernard A.

* Le film au départ était prévu pour la télévision (en deux épisodes pour Arte) et ça se remarque, à la manière de Sa raison d'être récemment diffusé sur FR2. Toutefois, ici le souffle et la rigueur des réalisateurs donnent une oeuvre bien mieux maîtrisée.

Nés en 68, nous nous aimerons jusqu’à la mort. Film français réalisé par Olivier Ducastel et Jacques Martineau. (2008).



mai. 5e, 2008

06:35 pm - UNE MÉLANCOLIE ARABE



Une mélancolie arabe faite de chutes et de renaissances. Ce n’est pas la mélancolie médicale, cette terrible et mortelle affection qui dissout tout désir pour conduire inexorablement vers la mort.
Abdellah la frôle plusieurs fois, et chaque fois il trouve la force nécessaire pour repartir.
La première fois, il a une douzaine d’année, à Salé dans le quartier de Hay Salam près de Rabat. Le jeune adolescent est fasciné par Chouaïb, un grand ado avec déjà un peu de barbe sur les joues. Il rêve d’amour mais le mauvais garçon n’en veut qu’à son cul, un cul de zamel, de pédé efféminé.  Abdellah s’insurge lorsqu’il le nomme Leïla (une belle figure poétique qu’aima Majnoum, le fou, le poète arabe du 8eme siècle. Abdellah refuse malgré son désir pour le grand adolescent. Il s’oppose, se révolte et Chouaïb rejoint par trois autres compères s’exaspèrent et décident de le violer. Au bord du gouffre il est sauvé par le chant du Muezzin.
Abdellah miraculé, s’appuie contre un poteau électrique. Il est électrocuté. C’est dans les bras de son petit papa qu’il renaît.
Il aime les hommes, d’abord Javier remarqué sur un tournage au Maroc et pour lequel il crève de désir. L’avion du retour décroche brutalement, la chute vertigineuse, la mort imminente. Il rêve de Javier. Second miracle, le pilote récupère l’appareil. À Paris il le retrouve. Javier lui demande d’attendre encore un e-mail à envoyer et après on baise. Abdellah ne peut attendre. J’étais amoureux, c’est à dire en révolte. Il part.
Puis Slimane, l’algérien, qui va partager son existence pendant quatre années. Mais l’emprise devient si violente qu’Abdellah choisit de rompre pour se préserver. Il doit le quitter pour exister tout simplement, écrire retrouver le goût de vivre et d’être lui. Malgré son amour il se résout à la trahison, à la rupture.
Enfin au Caire une ville qu’il affectionne, celle des actrices et acteurs du cinéma de son enfance et qui alimentent son souhait de réaliser des film. À l’hôtel, il croise brièvement un jeune employé darfouri au passé douloureux. Abdellah mortifié et pressé ne peut qu’échanger fugacement un geste tendre, un espoir. L’auteur glisse lentement vers sa destruction. Ce sera Sara, une dame en noir, une juive qui le ranime et le ramène à la vie.

Successions de chapitres courts comme des moments d’écriture. Des instants rapportés d’une vie tendue par l’amour au risque de rompre.
L’auteur s’abandonne dans cet amour désiré, dans le corps d’autre homme jusqu’aux limites du raisonnable. Au bord de la chute, de la folie. Cette mélancolie arabe où le corps s’offre à la sensualité, au désir, où la liberté du corps semble si grande tandis que les mentalités archaïques interdisent et répriment toute affirmation de sa différence.
Du désir de demeurer quoiqu’il en coûte un homme. Il ne veut pas être réduit à une identité qu’on lui imposerait. Sans renier son altersexualité, il aspire à être un homme avec sa dignité et son individualité. Ses trahisons ne sont que des moments fondateurs de sa vie, de sa raison d’être au monde et qu’il s’est construit.

Beau roman sur l’affirmation de soi*, à la croisée des cultures maghrébines, égyptiennes et françaises. J’avais aimé son précédent roman l’Armée du salut.

* Voir l’article de François Reynaert dans le Nouvels Obs du 1er mai.
L’interview d’InColdBlog. Une interview de Fluctuat reproduite sur Les Toiles Roses.

Lire retour à la mélancolie, une semaine (mai 2007) de Abdellah Taïa sur Libé.

Une mélancolie arable, roman français de Abdellah Taïa. Editions du Seuil, 2008. 142 pages.


mai. 1er, 2008

08:46 am - IN MEMORIAM JEAN - DANIEL CADINOT

En cette journée de la fête du travail une pensée pour Jean-Daniel Cadinot qui est décédé il y a une semaine.

Au début des années 80 ses films pornos ont accompagné une visibilité homosexuelle qui gagnait peu à peu du terrain. Je me souviens de ses premiers films qui alimentaient mes fantasmes… 



avr. 28e, 2008

07:54 pm - VUES D'EN FACE 2008 CLAP DE FIN

Il y a une quinzaine de jours s’achevait le 7eme Festival Vues d’en Face à Grenoble. J’ai chroniqué tous les films que j’ai visionné. Au compteur 20 films sur les 24 proposés, un pensum bien agréable. Deux n’ont pas été relatés car je les avais déjà vus et publiés un article auparavant.


 

Si j’ai assisté à autant de projections c’est en raison de ma participation au premier jury de spectateurs du festival. En effet j’ai eu la chance d’être retenu comme membre de ce jury. Outre les six films sélectionnés pour concourir à ce premier prix du jury, j’ai assisté sans vergogne à toutes les séances que je souhaitais. Le week-end fut un peu éprouvant. D’ailleurs je me suis octroyé une pause au milieu de l‘après midi du samedi et renoncé aux courts métrages. De même que les séances tardives du mercredi et du jeudi sont passées à la trappe. Je travaillais les lendemains matins et j’avais un peu de route à faire.

 

Mon regret, ne pas avoir vu No regret  un film coréen de Lee Han, pour cause de délibérations du jury.
Le choix des films en compétition, qui à mon avis ne regroupait pas les meilleurs, tenait compte d’un savant dosage et aussi des coups de cœur de l’équipe du festival. Deux films gays, deux films lesbiens, un moyen métrage et un documentaire. Pour une première année, avec raison, le nombre de films en compétition s’est voulu raisonnable et soutenu d’un louable souci d’éclectisme. Il fallait également les projeter à des horaires compatibles au plus grand nombre de spectateurs. Pour la plupart, leur nomination au prix jury leur donne une notoriété et un public qu’ils auraient, sans cela, certainement manqué.
Cela  m’a permis de vivre une expérience intéressante et enrichissante. Les discussions entre nous étaient pertinentes et constructives. Notre petit groupe de jurés s’est accordé sur le film de Luciano Melchionna : Gas. Ce n’était pas tout à fait mon film préféré mais il figurait en seconde place.

J’en profite pour remercier toute l’équipe d’organisation. Le travail de l’équipe du festival est tout simplement remarquable. Offrir à Grenoble une programmation aussi diversifiée et de qualité requiert énormément de travail avec des moyens limités. Il leur fallait présenter des films inédits, seulement quatre films avaient bénéficié d’une sortie en salle ou d’une diffusion à la télévision. Une dizaine de films étaient totalement inédits en France. Donc un coup de chapeau à Vues d’en Face.
Pour revenir sur les projections, j’ai été fortement impressionné par le documentaire des de Mélissa et Cynthia Ara : L’ordre des mots, le film israélien de Dan Wolman : Les mains liées, et les films asiatiques : Love my life, Eternal Summer et Bangkok Love Story. Le roi et le clown étant hors concours. Un festival très altersexuel faisant la part belle aux réalisateurs jeunes et peu connus. Des films prometteurs, même si certains empruntent des thèmes rebattus, d'autres s'aventurent sur des chemins novateurs.

 

Prochain rendez vous en avril 2009.

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