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BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK

oct. 29e, 2009

07:10 pm - LE RUBAN BLANC

 

1913, quelque part en Prusse orientale, d’étranges évènements viennent bouleverser la vie tranquille d’une communauté villageoise. Un médecin à cheval est fauché par une corde malignement tendue entre deux arbres.  Peu de temps après le jeune fils du baron est retrouvé ligoté et roué de coups. Malgré l’enquête nul coupable n’est trouvé. D’autres méfaits dont les conséquences auraient pu se révéler dramatiques viendront émailler l’existence au calme trompeur de cette bourgade.

Dans ce village aux traditions rurales bien ancrées la vie se déroule en silence sous les auspices autoritaires des adultes males et de leurs représentants. Le baron, scorie d’une noblesse en voie d’extinction, exploite sans vergogne la paysannerie,  le pasteur veille au respect rigoureux d’une morale religieuse inflexible, le médecin et même l’instituteur participent au maintien de la cohésion sociale. Ceux d’en bas, les paysans, semblent accepter leur servitude en la reproduisant. De même que les femmes plutôt soumises et les enfants corsetés dans les affres d’une éducation qui ne tolère aucun laxisme. Qu’arrive-t-il dans ce décor champêtre où tout paraît idyllique à l’image de la bucolique campagne où jaillissent les blés mûrs. Ce n’est qu’apparence et à la veille de la première boucherie du vingtième siècle se cachent les germes des horreurs à venir.

Le scénario suit un déroulement narratif chronologique accompagné d’une réalisation très classique : images en noir et blanc qui accentuent les contrastes, peu de musique, absence d’effets cinématographiques afin d’épurer le propos.

L’histoire est racontée en voix off par l’instituteur une bonne quarantaine d’années après les faits. À la manière d’un analysant allongé sur un divan, il revient sur cette période en nous livrant ses souvenirs et il nous met en garde car il n’est plus très sûr de leur exactitude. Toutefois cette distance qu’il introduit va au contraire, par ses associations successives révéler une interprétation à défaut d’une vérité. On comprend qu’il tente de chercher, de dégager les causes, les racines d’un mal qui va emporter le siècle dans une folie meurtrière et dévastatrice.

Très vite nous somme pris par cette description des étranges accidents qui vont traverser cette communauté durant une année. Nous pénétrons dans les maisons et découvrons  l’envers du décor. Le régisseur du baron frappe avec violence son fils coupable d’un modeste larcin. Le pasteur sermonne sa progéniture et il n’hésite pas à leur asséner des coups de verge pour tout écart de conduite. Et pour mieux les contraindre à suivre les préceptes de la religion il  oblige ses deux aînés à arborer un ruban blanc accroché à leur bras. Symbole de pureté exhibée pour mieux les soumettre au renoncement de toute tentation malsaine. Il a en horreur le désir, l’appel des sens, de la chair à tel point qu’il fustige sans raisons véritables son fils Martin, de pensée et pratique masturbatoire. Le jeune ado soumis aux projections paternelles imbéciles ne peut répondre qu’en pleurant silencieusement. Puis joignant le geste au discours il le fait ficeler sur son lit la nuit.

Tout débordement pulsionnel doit demeurer interdit, à commencer par lui.

Et pourtant le désir ne demande qu’à s’exprimer. Mais les rigueurs d’une éducation alliée à une morale rétrograde qui cadenasse tout plaisir oblige les jeunes hommes et jeunes femmes à différer leur désir. Les plus jeunes faute de paroles audibles n’auront comme recours que des actes violents à l’allure terroriste. Ils deviennent les porte paroles , voire des justiciers. Ainsi le médecin qui s’autorise des libertés avec la morale en batifolant avec la sage femme sera la première victime d’un quasi attentat.  La rumeur laissait entendre qu’il entretenait un libertinage inacceptable aux yeux des braves gens.

 Le magnifique film de Michael Haneke nous invite à une réflexion sur les possibles causes du mal, de la violence qui va se déchaîner et balayer le siècle. Il a le mérite de condenser quelques faits presque anodins mais symptomatiques de la rigidité de mœurs rétrogrades et intégristes. Une société qui barre toute expression et maintient ses enfants sous sa férule peut engendrer en retour une sourde et  brutale violence. De même qu’une société à l’éducation trop permissive, à la relative démission des adultes risque d’entraîner une autre violence faute de n’avoir pas été contenu, maintenu.

Le Ruban blanc pointe les pères et les porteurs de l’autorité comme responsables des petits maux à l’œuvre ici et qui s’amplifieront dans les années à venir. On pourra objecter que c’est un peu court… mais la force du film est de permettre au spectateur d’élaborer sa propre réflexion.

Lire ici une interview du réalisateur. 

Le Ruban blanc, film allemand réalisé par Michael Haneke (2009).

mai. 13e, 2009

05:15 pm - LA VAGUE


Les premières images nous montre un type au volant d’une Peugeot 504 roulant à grande vitesse sur une autoroute allemande avec la radio à fond qui diffuse du rock. C’est Rainer Wenger (Jürgen Vogel) un prof de philo ? d’un lycée de Berlin au look un peu marginal arborant des tee-shirt punk et destroy et des idées anarcho tiers mondialistes. Pendant une semaine Wenger doit animer un atelier dont la thématique traite de l’éducation à la démocratie. Il aurait préféré travailler sur l’anarchie mais le voilà obligé d’aborder l’autocratie. Face à des élèves peu enclins à réfléchir sur un concept lié à un passé qui ne les concerne plus ou pas (comme l’élève d’origine turque !!), il décide d’expérimenter hic et nunc ce type de pouvoir politique. Il s’appuie sur une pédagogie socratique qui rallie les apathiques et les sceptiques. Habilement, il parvient à se faire désigner comme le chef puis il applique à ces les lois du fonctionnement de l’autocratie. Il impose aussitôt ses règles qui ne rencontrent qu’assez peu de contestation. Au début, dans la classe, il règne un esprit critique un peu frondeur, avec une certaine indiscipline et lorsque se met en place l’autocratie, tous comme un seul homme ou presque respectent militairement les règles. Lever la main, attendre l’autorisation et se lever pour parler. Les frondeurs d’hier se comportent sagement et même reconnaissent ces bienfaits ! Les élèves ayant accepté d’abandonner leur liberté au profit d’un meneur.

Jürgen Vogel

Wenger utilise les recettes de séduction groupale qui finissent de dissoudre les individualismes. L’adhésion des élèves obtenue, la cohésion des membres se fond dans une illusion groupale. L’indifférenciation devient la norme, chacun abandonne ses particularismes. En contre partie tous les individus de la classe, du groupe se sentent en sécurité sous la férule d’un autocrate charismatique. D’eux mêmes les élèves (mais peut on encore parler d’élèves ?) renforcent la solidité du groupe en se choisissant un nom, un symbole, des gestes d’appartenance au groupe. L’élément réfractaire, hostile se retrouve désigné comme bouc émissaire et il focalise sur sa personne toutes les projections négatives. Ceci renforce et accentue la cohésion du groupe. Le groupe, la vague devient le lieu refuge, le modèle, et tout l’extérieur est vécu et qualifié de mauvais.  Parvenu à ce stade l’autocrate Wenger, grisé par l’ivresse du pouvoir, oublie sa fonction de pédagogue et laisse la machine s’emballer. Lorsqu’il reprend conscience de la dérive instituée, il est trop tard.

Dennis Gansel et son scénariste reprennent le roman de Todd Strasser et une expérience similaire menée à Palo Alto pour la transposer à l’époque actuelle. Avec en toile de fond la question de savoir si les barbaries du 20eme siècle peuvent se reproduire. L’actualité fourmille d’exemples  de sa réalité, de la Yougoslavie au Rwanda en passant par le Cambodge. À une échelle moindre il suffit d’observer les sectes, et tous les fanatismes.
Dennis Gansel déclare avoir été hanté d’apprendre que son grand père adoré avait été séduit par le nazisme et soldat dans la Wehrmacht. Il ajoute qu’il a peur que se reproduisent semblables phénomènes : l'individualisme et l'atomisation de nos sociétés ne pourront pas fonctionner éternellement. Un tel contexte créé inévitablement un vide, et le danger est qu'un nouveau "isme" se présente pour le remplir.
Je me suis essentiellement intéressé à la dynamique groupale illustrée dans ce film, et scotomisé la référence historique de la montée du nazisme et autres totalitarismes. Pourtant le réalisateur ne ménage pas les clins d’œil, lorsque l’on voit le prof s’exprimer de plus en plus comme un Hitler, adopter des postures mussoliniennes etc…

Le film ne fait pas dans la dentelle, et s’égare facilement dans la caricature. C’est un professeur avec une ascendance de fait sur ses élèves qui favorise cette évolution théoriquement trop belle pour être vraie. Des esprits jeunes, malléables, peu critiques malgré un passé ressassé au cours de leurs études.
Une fois obtenue leur consentement et leur indéfectible obéissance, il jouit de sa puissance… et renonce à tout esprit critique et se prend pour un gourou. L’interprétation de la perte de contrôle du groupe qui serait liée à son angoisse d’enseignant face à ses élèves paraît d’autant plus faiblarde qu’il est aussi entraîneur sportif.

La vague décrit fort pertinemment la psychologie des foules. Des individus tous différents qui s’abandonnent progressivement dans un même mouvement. Nous avons tous expérimentés ces phénomènes, au théâtre lors des applaudissements en cadence, dans les stades avec les ola etc. …
On peut s’étonner de l’abandon de quasiment toutes formes de raison de la part des participants. Pourtant elle existe mais toujours à la marge et le fait d’individus très marqués. Une adolescente refuse l’endoctrinement et la diminution de sa liberté, un fils à papa, dans un premier temps ne veut pas jouer. Mais la grande masse adhère à cette dynamique groupale jusqu’à attirer d’autres personnes.

Max Riemelt & Jürgen Vogel

Une fois la machine lancée et la servilité obtenue le professeur jouit de sa puissance, du pouvoir qu’il exerce sans la moindre objection des élèves. Le scénario laisse penser que sa fragilité psychologique serait inhérente au dérapage de l’expérience à son impossibilité de la contrôler, grisé par le pouvoir acquis.
Pour le drame on pointe l’élément faible qui trouve dans le groupe un moyen d’exister par une nouvelle identité. En bon petit soldat il est prêt à se sacrifier pour la cause.

Un film un peu trop démonstratif et qui chausse facilement les gros sabots du sensationnalisme. Reste une bonne illustration de la dynamique de groupe et du risque encouru par des utilisations au profit de pouvoirs totalitaires.

Lire ici des avis et la critique de Bernard A. sur Napola du même cinéaste.

La vague, Die Welle, un film allemand réalisé par Dennis Gansel (2008).

avr. 22e, 2009

07:45 am - FASHION VICTIMS


 

Wolfgang (Edgar Selge), la cinquantaine, VRP d’une boite de confection d’habillement spécialisé pour la ménagère campagnarde de plus de cinquante ans refuse d’inclure dans la nouvelle collection un tee-shirt tendance, un vêtement plus fashion, destiné à rajeunir l’image de la marque et capter une clientèle plus moderne. Son jeune collègue, Steven (Roman Knizka), saute sur l’occasion pour rafler cet article qui sied mieux à son profil de pédésexuel. Il se fait fort de le distribuer dans la région. S’engage alors une rivalité entre les deux représentants pour remplir leur carnet de commande auprès des détaillants.

Wolfgang a un fils Karsten (Florian Bartholomäi), un jeune étudiant bien sage qui se fait de l’argent de poche en rédigeant l’horoscope pour le journal local. Il doit s’envoler avec deux copines pour des vacances linguistiques en Espagne. Sur le chemin de l’aéroport, le père, au volant de sa nouvelle Mercedes Class-S, se fait retirer son permis pour excès de vitesse. Du coup il ordonne à Karsten de rester avec lui pour servir de chauffeur pendant sa campagne de démarchage. Á contre cœur le fils obtempère au diktat paternel.

Lors d’un déplacement Karsten croise Steven qui le drague, et surprise il se laisse séduire par le gai démarcheur. Évidemment Steven ignore qu’il est le fils de son collègue-concurrent. Les quiproquos vont s’enchainer. Pour Wolfgang tout fout le camp. Il se fait dépasser par Steven, il ne parvient plus à fourguer sa camelote ringarde. Son compte bancaire est à sec et sa femme veut le quitter. Elle ne supporte plus ses frasques, son intransigeance et son esprit obtus. Il s’enfonce de plus en plus dans le trou qu’avec persévérance il s’ingénie à creuser. Sa femme excédée par sa bêtise part se réfugier chez son amie Brigitta, une gretchen à l’allure butch croisée Walkyrie. Elle tient la maison d’hôtes qui accueille Steven.

La subtilité n’est pas la qualité essentielle de ce film qui nous gratifie d’un humour aussi digeste qu’une choucroute en plein été. Le film se traine de scènes attendues en situations convenues. On guette les séquences où apparaissent les deux tourtereaux pour se raccrocher au film.

En fait c’est un film consensuel, sans vraiment de conflit, ni de dramatisation. À peine une esquisse de critique de la société de consommation. Qui évite de s’interroger sur l’origine des vêtements fabriqués en Asie par de petites mains et de qualités douteuses. Wolfgang incarne le beauf moyen psychorigide plus soucieux de son paraître que des autres. Il lui importe d’avoir une grosse bagnole pour épater le voisin même s’il peine à la rentrer dans son garage.

Bref une comédie plan plan qui toutefois donne une vision tranquille de l’altersexualité. Certes Karsten n’ose pas évoquer son orientation sexuelle à ses parents mais lorsque celle ci s’actualise, il l’assume sereinement. Avec son air faussement boudeur, le charmant Florian Bartholomäi campe un grand adolescent à l’aise qui veille à concilier sa voie et à maintenir le bonheur familial.

On retrouvera cet acteur dans le film de Stephen Daldry Le liseur adapté du roman de Bernhard Schlinck. (Sortie prévue en juillet).

Roman Knizka & Florian Bartholomäi
Fashion Victims (Reine Geschmacksache), film allemand réalisé par Ingo Rasper (2007). Présenté au 8eme festival gay et lesbien Vues d’en face de Grenoble.

avr. 18e, 2008

12:11 am - VIVERE



À Cologne, lors de la nuit du réveillon, Antonietta (Kim Schnitzer), une adolescente s’enfuit de la maison avec son copain musicien. Francesca (Esther Zimmering) sa sœur aînée, sur injonction paternelle, part la chercher à Rotterdam où doit se produire en concert le petit ami de sa frangine. La camionnette dans laquelle se trouve Francesca évite de justesse une voiture de Gerlinde (Hannelore Elsner) qui s’encastre contre un mur. Les passagers de la camionnette courageusement prennent la fuite en laissant inconsciente la conductrice. L’angoisse envahit Antonietta culpabilisée par la lâcheté du groupe. Francesca arrive sur les lieux de l’accident et elle transporte Gerlinde à l’hôpital, qui ayant entre temps repris ses esprits revient s’installer dans la voiture de Francesca. Sans un mot elles roulent jusqu’à Rotterdam. Par des chemins différents, les trois femmes finissent par se retrouver et ensemble elles s’interrogent sur le sens de la vie. Chacune porte un vécu douloureux. Gerlinde, alcoolique et lesbienne vient d’être larguée par son amante mariée au moment où elle prend sa retraite. Antonietta enceinte doit affronter seule sa grossesse. Son petit copain refuse la paternité en décidant à sa place un avortement. Enfin la sœur aînée a mis entre parenthèse sa vie affective. Elle travaille pour nourrir la famille et elle subit sans broncher la loi du pater familias malade et impotent.
Des liens se tissent et s’entrecroisent entre chacune d’elles. Un amour entre Francesca et Gerlinde,  un soulagement et une réconciliation entre Antonietta et Gerlinde, et une plus grande compréhension sororale entre Antonietta et Francesca. Trois femmes, trois générations, trois trajectoires qui se rejoignent et s’épaulent mutuellement.

 

Assez astucieusement la réalisatrice dévoile la trame de l’histoire par l’entremêlement des trois scénarios de chacune des trois femmes. Trois points de vue comme autant de perceptions qui s’imbriquent au final pour offrir un récit cohérent et bien ficelé. Vivere s’apparente à Elephant, à Collision et Amours chiennes, par sa construction. Mais où ces films réussissaient à multiplier les angles de vue, Vivere patine dans une description plate et trop descriptive. De fait il y a peu d’écart entre les discours des protagonistes ce qui distille un certain ennui aux (re)lectures successives de cette histoire. De plus il n’y a rien de vraiment excitant dans leurs biographies, un tantinet cliché. Dommage car Angelina Maccarone filme avec sensibilité. Le montage pile poil, la poésie de plusieurs dénotent d’indéniables qualités cinématographiques.

Mais au-delà du savoir faire on reste sur notre faim et ce d’autant plus que les trois raisons d’espérer en la vie sont confondantes de banalité.

Vivere, film allemand de Angelina Maccarone, 2007. Présenté au 7eme festival Vues d’en Face de Grenoble.

avr. 16e, 2008

04:11 pm - SONJA



Sonja (Sabrina Kruschwitz) s’ennuie dans sa cité à Berlin. C’est l’été et elle préfère les balades avec sa meilleure amie Julia (Julia Kaufmann), plutôt que les sorties avec son petit ami Anton. Pourtant il ne ménage pas sa peine pour attirer son attention. Mais voilà elle ne semble guère pressée de répondre à ses sollicitations. Sa mère divorcée voit d’un mauvais œil cette trop grande complicité entre les deux adolescentes et elle pousse sa fille à rejoindre Anton. Pourquoi sa fille demeure-telle insensible aux invitations d’Anton, un jeune homme si gentil et qui parait bien sous tous rapports ? Lui-même ne comprend pas le dédain de Sonja. En fait elle n’est heureuse qu’en compagnie de Julia d’autant plus que celle-ci lui témoigne beaucoup de tendresse. Ensemble elles draguouillent des garçons pour ensuite se retrouver l’une contre l’autre, dans une belle intimité. Sonja hésite entre son attirance pour Julia et les avances d’Anton. Moments de flottement que la réalisatrice Kirsi Liimatainen saisit avec tact. Les deux adolescentes vivent les derniers feux des amours adolescentes où le cœur vagabonde au grée des émotions. Si Julia paraît plus décidée à perdre sa virginité avec un garçon, elle retarde ce passage et profite de la sérénité de sa relation avec Sonja. Confusément Sonja réalise que ses désirs penchent vers son amie.

 

La mère de Sonja inquiète de cette trop forte amitié se permet de lire son journal intime. Un peu furieuse, elle décide de l’expédier quelques jours chez son père en villégiature au bord de la Baltique. L’occasion pour Sonja de reconnaître son désir profond.

Kirsi Liimatainen, la réalisatrice finlandaise dépeint cette fluctuation des sentiments amoureux. Rien ne semble fixé. Sonja sent son attirance se porter vers les filles mais ne le réalise pas tout à fait et elle apprécie la proximité chaleureuse de son amie. Quant à Julia, elle s’appuie sur la présence fusionnelle et réconfortante, tranquillisante de son amie pour franchir le pas.

Dans cette catégorie des teen movie au féminin assez rare, Sonja est un joli petit film  sensible qui respecte les évolutions des deux jeunes protagonistes. Je regrette les aspects monolithiques et caricaturaux des parents, alors que les deux adolescentes bénéficient d’un traitement plus complexe. Sonja n’évite pas les longueurs et langueurs, et on peut lui préférer Fucking Åmal de Lukas Moodysson.

 

Julia Kauffmann & Sabrina Kruschwitz.

Sonja, film allemand de Kirsi Liimatainen, 2006. Présenté au 7eme festival Vues d’en Face de Grenoble.

déc. 17e, 2007

03:37 pm - COCHON D' ALLEMAND


In Cold Blog dans une belle critique au joli titre Des bassesses pour un danois, m’avait donné le désir de lire Cochon d’Allemand de Knud Romer. Ce roman autobiographique se lit à la manière d’une écoute analytique. Fragments après fragments au rythme des associations de l’auteur, le lecteur découvre progressivement l’histoire de cette famille. Knud, le protagoniste évoque des bribes de souvenirs à travers les personnages de sa famille. Le portrait de famille se dessine d’abord avec les figures tutélaires des aïeux. Le côté maternel qui s’enracine dans l’Allemagne avec un grand père  papa Schneider  dont on ignore le prénom et qui demeure un secret de famille. Du côté paternel la branche danoise, là aussi avec un grand père idéaliste qui eut raison avant les autres et qui ne put jamais tirer profit de ses intuitions. Puis viennent des oncles et des tantes chacun avec ses caractéristiques. Et les parents, une mère ballottée par les chaos de l’histoire et qui échoue dans une petite ville danoise, à peine sortie de l’occupation nazie. Avec courage et fierté elle parvient à s’installer dans une région hostile, aidée de l’amour de son mari. On sent assez vite que Knud, enfant unique de parents d’origines différentes a souffert d’ostracisme pendant son enfance, il est insulté, et battu par les gamins du village du fait de sa filiation maternelle.

Vingt ans après la fin du conflit mondial, les souvenirs de la guerre restent très prégnants dans ce bourg danois au large des côtes allemandes. Les autochtones  continuent à faire payer à ce petit garçon des fautes dont il n’est en aucun cas responsable. Et par une ironie de l’histoire il est le rejeton d’une mère anti-nazie mais cela ne compte pas. La veulerie des adultes et la bêtise des soit disant enfants innocents n’auront de cesse de trouver en lui un bouc émissaire commode à peu de frais. Sa mère également doit affronter avec tenacité et toujours dignité les ignominies de la communauté villageoise.  Son père obsessionnel jusqu’au bout des ongles et d’une gentillesse à toute épreuve subit le contre coup de son mariage avec sa belle allemande. Sa famille se détourne de lui tout comme ses compatriotes. La réunion des cœurs résistent malgré les ressentiments de générations infiltrées de haine envers l’autre, le voisin, le boche.
Knud taille son chemin en se protégeant et aussi en minimisant sa souffrance auprès de ses parents. Il entrevoit avec horreur  les fêtes de Noël et ses anniversaire sachant que les cadeaux reçus seront immanquablement détruits par ses congénères. Comment concilier les gestes d’affection de ses parents en leur témoignant sa loyauté pour aussitôt adopter une attitude inverse afin de se prémunir de la vindicte des autres enfants.

Peinture douloureuse d’une enfance vécue dans la haine absurde d’une population hostile.
On pourrait penser qu’il tiendrait rigueur à ses parents de l’avoir laissé dans une situation intenable de maltraitance. Eh bien non ce roman est un bel hommage à ses géniteurs qui
auront su affirmer et maintenir une force de résistance face à la bêtise environnante.

Un roman court et fort où quelque fois on se perd dans les allers et retour entre les différents membres de la famille, entre le présent et le passé. Toutefois le puzzle familial prend forme et aboutit à ce livre percutant au ton humoristique.

Des avis ici.    Cochon d'Allemand traduit du danois par Elena  Balzamo, chez  Les Allusifs, 187pages.

Knud Romer.

nov. 18e, 2007

10:44 am - DE L'AUTRE COTE


De l’autre côté, comme Alice traversons le miroir ou ici les frontières qu’elles soient   culturelles, politiques, territoriales, de ce coté-ci en l’Europe ou de l’autre côté du Bosphore. Avec un scénario bien construit aux entrelacements multiples, Fatih Akin suggère une vision optimiste de la nécessité du métissage, de la rencontre de l’autre. De Brême à Istanbul, d’Hambourg à Trabzon et à travers six personnages le film esquisse cette Europe en devenir, prise dans ses contradictions et ses espoirs.

A Brême donc, Ali un immigré turc âgé se prend d’amour pour Yeter, une compatriote qui « vend du plaisir ». Il l’accueille chez lui, et en échange de quelques gâteries domestiques lui offre le gîte et le couvert. Il faut dire qu’il est veuf depuis belle lurette et que Nejat, le fiston, a réussi l’intégration sociale en devenant prof de littérature allemande à l’université. Patatras, le père trop excité d’avoir à demeure une femme, s’enivre et expédie Yeter dans l’autre monde. On venait d’apprendre qu’elle était sans nouvelle de sa fille Ayten restée à Istanbul. Nejat accompagne le cercueil et s’installe à Istanbul pour rechercher Ayten dans l’espoir de l’aider pécuniairement et culturellement. Ce serait en quelque sorte payer la dette du meurtre maternel. Las, Ayten qui milite dans un groupuscule révolutionnaire kurde a du quitter son pays et se réfugier illico presto à Hamburg. Rapidement isolée elle se met en quête de sa mère mais c’est  trop tard. Elle rencontre (Char)Lotte qui l’héberge. Les deux jeunes femmes tombent amoureuses l’une de l’autre. Les lois de l’hospitalité teutonne étant restrictives,  Ayten doit retourner en Turquie où elle est incarcérée pour ses activités politiques antérieures. Lotte lui court après jusqu’à Istanbul où elle est tragiquement tuée. La mère de Charlotte décide à son tour de séjourner au bord de la Corne d’Or. Dans un magnifique mouvement de réconciliation et de pardon avec Ayten, elle permet à son tour la réconciliation entre Nejat et son père. Le film se découpe en trois chapitres : la mort de Yeter, la mort de (Char)Lotte , et enfin de l’autre côté. Deux sacrifices et un pardon. Point de surprise à voir le dénouement se réaliser au moment de la fête de Bayram qui commémore le sacrifice d’Abraham.

Nurgül Yesilcay et Patricia Ziolkowska.                              

C’est une oeuvre bien ficelée qui a décroché le prix du meilleur scénario ce printemps à Cannes. C’est une belle métaphore sur les relations entre l‘Allemagne et la Turquie que l’on voudrait élargir aux  pays riches vers les pays moins favorisés. 

Fatih Akim aime ses deux pays. Istanbul et la Turquie sont bien filmés. Je pensais au long métrage d’un turco italien Ferzan Ozpetek : Hammam. Istanbul y était admirablement dépeinte. Ici c’est une ville à la fois moderne et aussi avec ses quartiers délabrés qui dégringolent vers le Bosphore. Cela donne furieusement envie d’aller y déguster un café turc sous le pont de Galata.

  Au bord du Bosphore, de dos Tuncel Kurtiz (Ali)

Ce film qui flirte avec le mélo tout en restant très digne exprime un bel espoir dans ce métissage qui sauvera notre humanité. A l’époque de la mondialisation économique, les peuples frileux ont trop tendance à privilégier le repli identitaire. Fatih Akin, produit de deux cultures, rappelle avec conviction la nécessité du mélange, de s’ouvrir à l’autre. On pourra trouver le propos rêveur, utopique mais enfin pour une fois qu’un représentant de cette mixité délivre un message optimiste ne gâchons pas notre plaisir. Toutefois la mort, ou tout simplement le principe de réalité vient rappeler le difficile et long cheminement pour atteindre l’autre côté. A propos de cheminement le réalisateur use des balades en train, en voiture, même les cercueils voyagent. Eux ils franchissent sans encombres les frontières.

Ce film a même un côté altersexuel. La passion amoureuse des deux femmes se déploie avec bonheur, sans nulle trace de critique. On pourra objecter que la mère est réticente à cette amour naissant et passionnel, mais n’est-ce pas cette mère allemande qui va tendre la main. Beau symbole de la main tendue.  En revanche la vie sentimentale de Nejat s’avère réduite. Est-ce parce qu’il s’est totalement investit dans ses études, façon à lui de rembourser son père des sacrifices consentis pour son éducation ? Mon sentiment est que la réussite de son métabolisme culturel serait contrebalancé par un « raté » affectif. 
Les jeunes filles fusionnent l’affectif et le culturel, épargnées des dettes du passé.

 
Un dernier mot sur l’excellent jeu des acteurs, en particulier Hanna Schygulla, et Nurgul Yesilcay.

juil. 26e, 2007

10:10 pm - LES ARPENTEURS DU MONDE


Une critique de Matoo du livre « les arpenteurs du monde » avait retenu mon attention. Un livre bien intéressant d’un jeune auteur allemand  Daniel Kehlmann.
Il imagine la rencontre  de deux génies du début du 19eme, Carl Friedrich Gauss et Alexander von Humboldt. Du premier je ne connaissais que sa célèbre courbe et du second son empreinte dans la géographie et notamment le courant qui balaye la côte est du continent sud américain.
Gauss, malgré son aversion pour les voyages, accepte de rendre visite ( à Berlin en 1828) à Humboldt, l’un des très rares individus auquel il reconnaît une certaine autorité scientifique et intellectuelle.
Prétexte pour l’auteur de narrer ces deux existences vraiment hors du commun. Le baron von Humboldt a bénéficié dans son enfance de toute l’attention de ses géniteurs pour qu’il reçoive la meilleure éducation possible. Un peu rétif au début, il attendra le milieu de son adolescence pour réellement exploiter ses formidables capacités cognitives.
Gauss a commencé par se cacher de son instituteur avant d’être remarqué pour son extraordinaire science des chiffres. Avec une précocité remarquable il devient dès 20 ans le « prince des mathématiciens » et  il considère que sa carrière est achevée, il estime avoir écrit l’œuvre de sa vie. Il n’aura de cesse ensuite de la poursuivre.
Ces deux incroyables génies sont également deux "handicapés" affectifs.
Lors sa nuit de noces, Gauss ne se soucie que de formules mathématiques, mettre en équation l’amour. Quant à Humboldt, l’auteur nous le décrit comme insensible à tout contact charnel. En voyage avec le médecin naturaliste français Aimé Bonpland, il lui interdit tout commerce charnel avec des filles sous peine de rompre leur entente.

L’un comme l’autre sont présentés comme des obsessionnels au service de leur art. L’infatigable voyageur Humboldt arpente les océans, le continent sud américain et même l’Asie. De ses périples il ramènera une imposante somme sur la faune, la flore et bien sur la cartographie des contrées parcourues. Rien ne semble l’arrêter, ni les fleuves, ni les montagnes (extraordinaire ascension du Chimborazo).
Gauss mesure toujours et encore mu par son obsession à réduire le monde sensible en équations mathématiques.
Deux êtres exceptionnels, des arpenteurs du monde mais pas du cœur. Certainement devaient-ils sacrifier une part d’eux-mêmes pour entièrement se donner à la conquête de leur monde.
Daniel Kehlmann par petites touches nous fait ressentir les dysfonctionnements psychologiques des deux compères. Gauss est assailli par des troubles psychosomatiques, Humboldt devient hystérique dès que son compagnon épanche ses élans (hétéro) sexuels.
De la sexualité d’Humboldt nous n’aurons que ce "oui"  laconique en réponse à une question de son frère Wilhelm "toujours les jeunes garçons ? ".

L’intérêt du roman tient dans le parallèle de ces deux savants, aux trajectoires bien différentes et toutes les deux dévolues au développement de la connaissance scientifique. 

Un extrait où Humboldt croise un lama kalmouk venu à sa rencontre aux confins de la Russie et de la Chine:

"Il avait appris qu’un homme qui savait tout était en route.
Humboldt protesta : il ne savait rien, mais sa vie durant il avait acquis des connaissances et parcouru le monde, rien de plus.
Volodin et le serviteur du temple firent la traduction, le lama sourit. Il frappa son gros ventre avec le poing. C’est ce qui compte !
Pardon ? demanda Humboldt.
Devenir grand et fort à l’intérieur, dit le lama.
C’était précisément ce à quoi il avait toujours aspiré, répliqua Humboldt.
Le lama toucha la poitrine de Humboldt de sa douce main d’enfant. Mais il n’y a rien là-dedans, dit-il. Celui qui ne comprenait pas cela ne trouvait pas le repos, il arpentait le monde tel l’ouragan et ébranlait tout sur son passage sans accomplir quoi que ce soit.
Il ne croyait pas au néant, dit Humboldt d’une voix enrouée. Il croyait à la diversité et à la richesse de la nature.
La nature n’était pas libérée, objecta le lama, elle respirait le désespoir.
Humboldt, perplexe, demanda à Volodin s’il avait bien traduit.
Diable, répondit Volodin, comment pouvait-il le savoir, tout ça n’avait aucun sens !
Le lama demanda si Humboldt pouvait réveiller son chien.
Je regrette, dit Humboldt, mais je ne comprends pas cette métaphore. …
Ce n’était pas une métaphore, le petit chien préféré du lama était mort  avant-hier. Le lama avait conservé le corps et priait Humboldt, qu’il considérait comme très instruit, de bien vouloir ramener l’animal à la vie".


Au printemps 2004, nous avions visité  au musée des Arts et Métiers une belle et riche exposition "la boussole et l’orchidée" consacrée justement aux voyages de Bonpland et de Humboldt. De nombreux ouvrages contenant des croquis de Bonpland sur la faune et la flore étaient présentés.

Et je pense au film "Master and Commander" de Peter Weir où l’on voit un chirurgien féru de botanique arpenter les îles Galápagos à peu près à la même époque.

Voir le site de l'éditeur et une interview de l'auteur.

mai. 30e, 2007

01:58 pm - TOUT IRA BIEN


Sebastian ( Sebastian Butz ) un ado de presque 15 ans débarque à Berlin chez son père (Milan Peschel). Ses parents ont divorcé. Marcel vivote dans un appartement décati situé au dessus de son magasin réduit aujourd’hui à un minable galetas.
Le fils a délaissé sa mère enceinte pour prendre un peu de distance. Il supporte difficilement son compagnon trop sympa. Il a besoin de se confronter à son géniteur. Marcel est un laissé pour compte, il n’a pas pris le bon wagon de la réunification, ses affaires ont périclité et il est chômeur. En plein Ostalgie le fils le découvre inadapté, alcoolique et sans ressort. Son univers semble balisé par les chansons de Peter Tschernig, un ancien chanteur country ( sorte de Johnny Cash teuton ), et le rêve de devenir garde du corps. Assez curieusement Sebastian va inverser les rôles, devenant le protecteur d’un père à la dérive

Sebastian Butz et Milan Peschel. Au mur Peter Tschernig.

Voilà un beau portrait d’adolescent. Mature par son adaptation sociale et encore infantile dans ses sentiments affectifs, Sebastian se réfugie à l’occasion dans un univers imaginaire peuplé d’elfes et des héros de Star Wars. Quand il rencontre une jeune fille il se montre timide, il n’ose pas franchir le pas. Avec une belle sensibilité Robert Thalheim dépeint finement cette fragilité que traverse l’adolescent.

« Tout ira bien »  est une sorte de métaphore de l’Allemagne réunifiée. Le père personnifie une partie de cette ex RDA qui patine et reste figée sur son passé léthargique. Le couple maternel présente l’autre face de cette Allemagne réunie. Une Allemagne conquérante, triomphante, dynamique qui réussit. Leur fils cherche et trace sa voie et il lui faut concilier les deux faces. D’où son mouvement vers son père malgré le piètre spectacle de son inadaptation.
C’est filmé en DV avec une image floue et instable. Sebastian promène sa belle figure (acnéique) avec grâce et juvénilité. Beau premier film allemand qui date de 2004. « PingPong » et « la vie des autres » autres productions germaniques ont récemment démontré le renouveau du cinéma d’outre Rhin.

Lire une interview de Robert Thalheim.

fév. 7e, 2007

04:12 pm - LA VIE DES AUTRES


Cinq ans avant la chute du mur, la Stasi règne en maître sur Berlin-est et impose la loi de la suspicion généralisée.  Un couple d’artiste, lui écrivain toléré par le régime et elle comédienne reconnue est mis sous écoute et traqué dans leurs moindres faits et gestes.
Ils ont le malheur de fréquenter des subversifs et d’émoustiller la libido concupiscente du ministre de la Kultur. Celui ci va charger la sinistre police secrète est allemande de les espionner.
Un zélé capitaine de police entreprend de truffer leur appartement de micros et de relever toutes leurs conversations.


Ce capitaine, parangon du régime communiste, va imperceptiblement trahir son camp en succombant -malgré lui ?- à une humanité dont il semblait si éloignée.

Comment est-ce possible ? Tout chez lui appelait à l’exécution obsessionnelle de son travail de taupe. Un grain de sable se glisse dans cette implacable machine à broyer les individus.
L’écoute de la sonate de l’homme bon, le regard fragile de l’actrice manipulée, une sourde résistance à l’inhumanité du régime, un peu de tout cela certainement.

Cela donne un très beau film, à la fois documentaire sur le régime totalitaire, sur le pouvoir, et une histoire d‘amour.

Premier film d’un jeune allemand -décidément c’est de saison, cf Pingpong- Florian Henckel von Donnersmarck avec Ulrich Mühe, Sebastien Koch, Martina Gedeck, Ulrich Tukur.

Lire une interview du réalisateur, l’avis de schizoomania.

fév. 6e, 2007

02:35 pm - PINGPONG DE MATTHIAS LUTHARDT


Paul, un adolescent archangélique arrive chez son oncle maternel. Son père s’est récemment pendu et sa mère, désargentée, semble le délaisser. Il se souviens de l’invitation avunculaire à lui rendre visite et le voilà donc qui débarque sans crier gare.
Il découvre une famille bourgeoise avec une mère psycho-rigide qui maintient son fils Robert dans son désir qu’il devienne pianiste. Robert s’échine à répéter inlassablement une sonate de Berg pour une audition. Puisque nous sommes dans une famille de mélomane, et pour faire bonne mesure le chien s’appelle Schumann. On voit déjà où va se nicher la préférence maternelle. En effet la mère entretient avec le chien une relation quasi fusionnelle, j’allais écrire incestuelle. Il aura droit à du champagne pour fêter ses 4 ans !
L’arrivée du neveu dérange le fragile et malsain équilibre familial.
Paul traverse une phase dépressive, il est un peu abandonné et malgré l’accueil distant il s’installe dans cette famille. Paul propose de remettre en état la piscine, manière de se faire accepter et d’être loyal à la mémoire de son père.
Toutefois sa blessure reste vive et mal cicatrisée au propre comme au figuré. Il s'entaillera profondément le bras en élaguant un cerisier dans le jardin. L’oncle part en voyage d’affaire.
Paul espère trouver auprès d’Anna, sa tante, une personne aimante et réparatrice.
Sa détresse affective et son besoin d’être aimé sont si forts qu’il ne peut résister à la séduction de la tante. Celle-ci, loin de le décourager, l’entraîne dans une relation sexuelle à sens unique.
Evidemment, Paul ne peut assimiler et contenir la brutalité de ses sentiments avec la froideur d’Anna.

Ce qui n’est qu’un jeu pour Anna est trop brûlant pour Paul. Il ne peut que fuir tout en détruisant le « vrai » objet d’amour de la tante: son chien.

Superbe huis clos de ce jeune cinéaste allemand Matthias Luthardt. On peut penser au film de Pasolini "Théorème", bien qu'ici "l'étranger" ne vient  pas pervertir la famille.  Il est au contraire manipulé par l'adulte. La ressemblance s'arrête à l'angélisme des deux adolescents (Terence Stamp chez Pasolini et Sebastian Urzendowsky pour Pingpong).

J’ai plutôt pensé au film de Jerzy Skolimowski : "Deep end" dans lequel un adolescent (John Moulder-Brown) travaille dans une piscine et tombe amoureux d’une femme qui l’utilise comme un jouet sexuel.


Lire les critiques de Télérama, du Monde et de Niklas.
 

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