BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK
nov. 25e, 2009
05:57 pm - WERE THE WORLD MINE

Timothy (Tanner Cohen) un choupinou élève de terminal dans un lycée américain d’un epetite ville de province ne cache pas son altersexualité ce qui lui vaut le plaisir de d’endurer les insultes de ses camarades. Dans cet établissement privé le coach de l’équipe de rugby incarne la quintessence du mâle américain c’est à dire un muscle en guise de cerveau. Il ne manque pas une occasion de ricaner et laisser ses élèves molester Timothy. Quelquefois celui-ci se rebiffe et il assène quelques coups mais esseulé il préfère s’évader dans un imaginaire où l’amour, la beauté et le respect auraient leur place. Quand il rentre chez lui sa mère inquiète du coquard aimerait le réconforter. Mais Timothy se réfugie dans sa chambre en compagnie de son ami Max (Ricky Goldman) flanqué de Frankie (Zelda Williams) sa petite copine punk qui se questionne sur ses préférences sexuelles.


Au lycée, Miss Tebbit (Wendy Robie) la professeur d’art propose de monter une pièce de Shakespeare et elle incite fortement Timothy à tenter l’expérience théâtrale. Un peu à contre cœur il accepte et se voit confié le rôle de Puck dans Le songe d’une nuit d’été. Il se révèle un bon chanteur, un peu à notre surprise d’ailleurs. Alors que Timothy annone les vers il découvre la recette du philtre d’amour utilisé par son personnage dans la pièce. Dès lors le film va basculer dans la fantaisie et l’onirisme.
Max s’amuse avec la potion, s’en renverse et déclare illico sa flamme à l’embarrassé Timothy. Bien qu’il soit flatté de cette soudaine attention il le repousse gentiment. Son cœur bât secrètement pour Jonathon (Nathaniel David Becker), le beau gosse capitaine de l’équipe de rugby dont il est secrètement amoureux. Et dès qu’il en a l’occasion Timothy lui souffle l’élixir d’amour et derechef l’hétéro un peu macho tombe dans ses bras. On imagine aisément les roucoulades entre les deux garçons au grand dam de la gente féminine délaissée.
Tanner Cohen & Nathaniel David Becker
Progressivement le lycée est contaminé par cette potion magique et tout ces braves ados tournent casaque. Le coach ira déclarer son amour au proviseur… Une petite ville où l’altersexualité devient la norme principale ! On s’amuse à cette farce où l’amour devient le leitmotiv de cette communauté auparavant bigote.
Comme on peut s’en douter une fois la pièce jouée, tout cela reprendra un cours normal après leur avoir dessillé les yeux.
Le scénario s’appuie sur la comédie de Shakespeare dont il reprend l’ambiance féerique et onirique. De nombreuses séquences de comédie musicale scandent le film et lui donne une atmosphère joyeuse, aérienne. On admire tous ces beaux choupinous torse nu chanter les vers du grand William dans des décors kitschissimes qui évoquent l’univers de Pierre et Gilles.


C’est une comédie bien sympathique qui emprunte la voie de l’inversion pour illustrer la bêtise et l’ignorance de l’homophobie ordinaire. Cela me rappelle un film Almost normal où le héros ramené dans le passé s'aperçoit que dans son lycée tout le monde est gay !
Were the world mine joue sur le registre de la légèreté et on se laisse bercer par le rythme enjoué des séquences chorégraphiées et chantées même si leur qualité reste modeste. On est emporté par la joyeuseté du film. On regrette les caricatures faciles comme l’opposition entre les deux professeurs. Le prof de gym macho décérébré qui ne pense que rugby et l’éthérée professeur d’art qui parvient à fructifier la substantifique gaytitude de son élève. De même la famille de Timothy avec une mère très soucieuse de son rejeton et un tantinet intrusive et un père … absent qui a claqué la porte et laissant sa femme avec son jeune fils.
Mais cela n’oblitère pas notre plaisir de savourer cette fable féerique. En plus c’était pendant le festival Chéries-chéris à Paris au milieu d’un public gaiement altersexuel et d’emblée gagné à la cause.

oct. 29e, 2009
07:10 pm - LE RUBAN BLANC

1913, quelque part en Prusse orientale, d’étranges évènements viennent bouleverser la vie tranquille d’une communauté villageoise. Un médecin à cheval est fauché par une corde malignement tendue entre deux arbres. Peu de temps après le jeune fils du baron est retrouvé ligoté et roué de coups. Malgré l’enquête nul coupable n’est trouvé. D’autres méfaits dont les conséquences auraient pu se révéler dramatiques viendront émailler l’existence au calme trompeur de cette bourgade.

Dans ce village aux traditions rurales bien ancrées la vie se déroule en silence sous les auspices autoritaires des adultes males et de leurs représentants. Le baron, scorie d’une noblesse en voie d’extinction, exploite sans vergogne la paysannerie, le pasteur veille au respect rigoureux d’une morale religieuse inflexible, le médecin et même l’instituteur participent au maintien de la cohésion sociale. Ceux d’en bas, les paysans, semblent accepter leur servitude en la reproduisant. De même que les femmes plutôt soumises et les enfants corsetés dans les affres d’une éducation qui ne tolère aucun laxisme. Qu’arrive-t-il dans ce décor champêtre où tout paraît idyllique à l’image de la bucolique campagne où jaillissent les blés mûrs. Ce n’est qu’apparence et à la veille de la première boucherie du vingtième siècle se cachent les germes des horreurs à venir.
Le scénario suit un déroulement narratif chronologique accompagné d’une réalisation très classique : images en noir et blanc qui accentuent les contrastes, peu de musique, absence d’effets cinématographiques afin d’épurer le propos.
L’histoire est racontée en voix off par l’instituteur une bonne quarantaine d’années après les faits. À la manière d’un analysant allongé sur un divan, il revient sur cette période en nous livrant ses souvenirs et il nous met en garde car il n’est plus très sûr de leur exactitude. Toutefois cette distance qu’il introduit va au contraire, par ses associations successives révéler une interprétation à défaut d’une vérité. On comprend qu’il tente de chercher, de dégager les causes, les racines d’un mal qui va emporter le siècle dans une folie meurtrière et dévastatrice.
Très vite nous somme pris par cette description des étranges accidents qui vont traverser cette communauté durant une année. Nous pénétrons dans les maisons et découvrons l’envers du décor. Le régisseur du baron frappe avec violence son fils coupable d’un modeste larcin. Le pasteur sermonne sa progéniture et il n’hésite pas à leur asséner des coups de verge pour tout écart de conduite. Et pour mieux les contraindre à suivre les préceptes de la religion il oblige ses deux aînés à arborer un ruban blanc accroché à leur bras. Symbole de pureté exhibée pour mieux les soumettre au renoncement de toute tentation malsaine. Il a en horreur le désir, l’appel des sens, de la chair à tel point qu’il fustige sans raisons véritables son fils Martin, de pensée et pratique masturbatoire. Le jeune ado soumis aux projections paternelles imbéciles ne peut répondre qu’en pleurant silencieusement. Puis joignant le geste au discours il le fait ficeler sur son lit la nuit.
Tout débordement pulsionnel doit demeurer interdit, à commencer par lui.

Et pourtant le désir ne demande qu’à s’exprimer. Mais les rigueurs d’une éducation alliée à une morale rétrograde qui cadenasse tout plaisir oblige les jeunes hommes et jeunes femmes à différer leur désir. Les plus jeunes faute de paroles audibles n’auront comme recours que des actes violents à l’allure terroriste. Ils deviennent les porte paroles , voire des justiciers. Ainsi le médecin qui s’autorise des libertés avec la morale en batifolant avec la sage femme sera la première victime d’un quasi attentat. La rumeur laissait entendre qu’il entretenait un libertinage inacceptable aux yeux des braves gens.
Le Ruban blanc pointe les pères et les porteurs de l’autorité comme responsables des petits maux à l’œuvre ici et qui s’amplifieront dans les années à venir. On pourra objecter que c’est un peu court… mais la force du film est de permettre au spectateur d’élaborer sa propre réflexion.
Lire ici une interview du réalisateur.
Le Ruban blanc, film allemand réalisé par Michael Haneke (2009).
mai. 13e, 2009
05:15 pm - LA VAGUE

Les premières images nous montre un type au volant d’une Peugeot 504 roulant à grande vitesse sur une autoroute allemande avec la radio à fond qui diffuse du rock. C’est Rainer Wenger (Jürgen Vogel) un prof de philo ? d’un lycée de Berlin au look un peu marginal arborant des tee-shirt punk et destroy et des idées anarcho tiers mondialistes.
Jürgen Vogel
Wenger utilise les recettes de séduction groupale qui finissent de dissoudre les individualismes. L’adhésion des élèves obtenue, la cohésion des membres se fond dans une illusion groupale. L’indifférenciation devient la norme, chacun abandonne ses particularismes. En contre partie tous les individus de la classe, du groupe se sentent en sécurité sous la férule d’un autocrate charismatique. D’eux mêmes les élèves (mais peut on encore parler d’élèves ?) renforcent la solidité du groupe en se choisissant un nom, un symbole, des gestes d’appartenance au groupe. L’élément réfractaire, hostile se retrouve désigné comme bouc émissaire et il focalise sur sa personne toutes les projections négatives. Ceci renforce et accentue la cohésion du groupe.

Dennis Gansel et son scénariste reprennent le roman de Todd Strasser et une expérience similaire menée à Palo Alto pour la transposer à l’époque actuelle. Avec en toile de fond la question de savoir si les barbaries du 20eme siècle peuvent se reproduire. L’actualité fourmille d’exemples de sa réalité, de la Yougoslavie au Rwanda en passant par le Cambodge. À une échelle moindre il suffit d’observer les sectes, et tous les fanatismes.
Dennis Gansel déclare avoir été hanté d’apprendre que son grand père adoré avait été séduit par le nazisme et soldat dans la Wehrmacht. Il ajoute qu’il a peur que se reproduisent semblables phénomènes : l'individualisme et l'atomisation de nos sociétés ne pourront pas fonctionner éternellement. Un tel contexte créé inévitablement un vide, et le danger est qu'un nouveau "isme" se présente pour le remplir.
Je me suis essentiellement intéressé à la dynamique groupale illustrée dans ce film, et scotomisé la référence historique de la montée du nazisme et autres totalitarismes. Pourtant le réalisateur ne ménage pas les clins d’œil, lorsque l’on voit le prof s’exprimer de plus en plus comme un Hitler, adopter des postures mussoliniennes etc…
Le film ne fait pas dans la dentelle, et s’égare facilement dans la caricature. C’est un professeur avec une ascendance de fait sur ses élèves qui favorise cette évolution théoriquement trop belle pour être vraie. Des esprits jeunes, malléables, peu critiques malgré un passé ressassé au cours de leurs études.
Une fois obtenue leur consentement et leur indéfectible obéissance, il jouit de sa puissance… et renonce à tout esprit critique et se prend pour un gourou. L’interprétation de la perte de contrôle du groupe qui serait liée à son angoisse d’enseignant face à ses élèves paraît d’autant plus faiblarde qu’il est aussi entraîneur sportif.
La vague décrit fort pertinemment la psychologie des foules. Des individus tous différents qui s’abandonnent progressivement dans un même mouvement. Nous avons tous expérimentés ces phénomènes, au théâtre lors des applaudissements en cadence, dans les stades avec les ola etc. …
On peut s’étonner de l’abandon de quasiment toutes formes de raison de la part des participants. Pourtant elle existe mais toujours à la marge et le fait d’individus très marqués. Une adolescente refuse l’endoctrinement et la diminution de sa liberté, un fils à papa, dans un premier temps ne veut pas jouer. Mais la grande masse adhère à cette dynamique groupale jusqu’à attirer d’autres personnes.
Max Riemelt & Jürgen Vogel
Une fois la machine lancée et la servilité obtenue le professeur jouit de sa puissance, du pouvoir qu’il exerce sans la moindre objection des élèves. Le scénario laisse penser que sa fragilité psychologique serait inhérente au dérapage de l’expérience à son impossibilité de la contrôler, grisé par le pouvoir acquis.
Pour le drame on pointe l’élément faible qui trouve dans le groupe un moyen d’exister par une nouvelle identité. En bon petit soldat il est prêt à se sacrifier pour la cause.
Un film un peu trop démonstratif et qui chausse facilement les gros sabots du sensationnalisme. Reste une bonne illustration de la dynamique de groupe et du risque encouru par des utilisations au profit de pouvoirs totalitaires.
Lire ici des avis et la critique de Bernard A. sur Napola du même cinéaste.

avr. 24e, 2009
07:16 pm - PATRIK , AGE 1,5

Un couple emménage dans un coquet pavillon planté dans un quartier résidentiel d’une quelconque banlieue suédoise. Ils sont affairés à meubler la chambre qui recevra le bébé qu’ils souhaitent adopter. Göran (Gustaf Skarsgård) est médecin et Sven (Torkel Petersson) son viking de mari travaille dans une boite de com. Ils font connaissance avec leurs voisins, un panel de suédois moyens. Des familles, un beauf, des retraités, bref rien de bien original. D’abord fraîchement accueillis, ils sympathisent assez vite avec les quelques voisins ouverts.
Gustaf Skarsgård & Torkel Petersson
Leur demande d’adoption se heurte au refus de pays étrangers de confier un de leurs enfants à un couple d’hommes. Après une assez longue attente arrive la bonne nouvelle : on leur propose d’accueillir un orphelin suédois : Patrik 1,5 an. Mais quelle n’est pas leur surprise de voir débarquer non pas le bambin désiré mais un ado revêche de 15 ans. Il traîne un passé mouvementé scandé de fugues et de menus larcins. Pour couronner le tout, Patrik (Tom Ljungman) les insulte en tenant des propos homophobes. Sven s’engueule avec l’ado irascible et craint qu’il n’en profite pour les voler et même les poignarder. La lettre qui le présente mentionne son penchant pour les couteaux.

En attendant l’ouverture du service social qui s’occupe des adoptions ils doivent l’héberger tout le week-end. Goran tente en vain de tranquilliser son mari. En revanche il parvient à échanger avec l’ado. Lorsqu’ils raccompagnent Patrik au service social ils réalisent leur méprise. Une simple faute de frappe a glissé une virgule entre le 1 et le 5. Sven refuse de garder Patrik, quant à Göran, son empathie pour l’ado le conduit à l’accepter pour un temps en attendant que le service lui dégotte une autre famille d’accueil et qu’on leur confie un jeune enfant.
Énervé et s’estimant inaudible pour son mari, Sven s’adonne à la boisson. Et qu’est-ce qu’ils picolent ces suédois ! La présence de Patrik déchire le couple. Göran demande à son mari de quitter la maison. Le récit se poursuit avec de nombreux rebondissements.
Au départ on se dit que nous regardons une version suédoise de Pleasantville matinée de desesperate housewifes. La réalisatrice s’attarde sur les préparatifs de l’arrivée de l’enfant qui ne peut être dans l’esprit du couple qu’un bébé. Même en Suède où les altersexuels bénéficient des mêmes droits que les couples hétéros, l’adoption reste très difficile. En fait la seule possibilité proposée est un incasable qui a mis en échec tous les précédents placements. Quel individu ou couple consentirai à recevoir un ado ingérable ? À coup sûr c’est la peau de banane et la gamelle assurée pour l’inconscient ou le maso qui s’aventurerait dans une telle entreprise.
De fait Sven, dont l’adolescence chaotique puis un mariage soldé d’une adolescente hostile, veut s’épargner de (re)vivre un psychodrame permanent. Et le début de la cohabitation le conforte dans ses préventions. Insultes, claquages de portes, comportements clastiques, incompréhension mutuelle égayent et déstabilisent leur vie domestique. Patrik craint pour sa virginité ! Il ne peut se réfugier que dans la chambre décorée pour un nourrisson et équipée d’une caméra de surveillance bébé ! Difficile dans ces conditions d’investire un espace sécurisant et rassurant. Il est en sursis.


Pour leur part, Göran et Sven doivent faire le deuil d’une adoption idéalisée. Sven parti, les tensions diminuent. De petits riens en écoutes attentives, Patrik et Göran s’apprivoisent et établissent une relation apaisée. Chacun avance vers l’autre, ose dépasser ses a priori et apprend à se connaitre, à se respecter.
Cette comédie gentille dans sa forme aborde un thème de société actuel. Nos gays prides annuelles brandissent cette revendication de l’adoption qui enflamme les débats, hystérise les franges conservatrices et les culs bénis. Par petites touches, Ella Lemhagen dépeint les préjugés, les réactions outrancières, l’homophobie insidieuse. Elle relève avec subtilité le cheminement psychologique des protagonistes, leurs évolutions. Les acteurs accompagnent avec justesse et sensibilité leurs personnages sans tomber dans la caricature.
Ce n’est pas la première fois que le cinéma traite de ce sujet. On se souvient du magnifique Torch Song Trilogy (1988) qui se déroulait à New York. Le film de Paul Bogart optait pour un scénario plus radical. Il s’agissait d’un couple formé d’un artiste de cabaret et d’un jeune homme qui entreprenaient une démarche d’adoption. On leur confia un ado gay.
Ici la situation est plus convenue, un couple de bobos installés et qui présentent les garanties requises dans un pays ouvert à l’adoption pour les altersexuels.
Le cinéma suédois, comme la production scandinave nous ravit régulièrement de films sympathiques. Patrik age 1,5 ne déroge pas à la règle, cela donne une comédie rafraichissante, joyeuse et bienvenue dans un débat passionnel souvent outrancier qui recourt à l’insulte et l’ignorance. Au final une comédie alerte qui slalome astucieusement entre des clichés inhérents au genre et l’abord réussie d’une juste revendication.

avr. 23e, 2009
02:11 pm - LOVE OF SIAM


À l’école primaire, Mew est chahuté par des garçons qui le traitent de mauviette et de pianiste! Tong vole à son secours, récolte une rouste et son amitié. Il habite en face de l’appartement de Mew qui vit seul avec sa grand-mère. Orphelin, il est très attaché à cette grand mère qui se réfugie dans le passé de son mari musicien. La famille catholique de Tong parait heureuse, ils possèdent une belle maison. Le père a les yeux de Chimène pour sa grande fille Tang. Il intercède souvent auprès de sa femme afin qu’elle lui octroie plus d’indépendance. Lors d’un séjour à Chiang Mai, au nord de la Thaïlande, l’adolescente disparait alors que ses parents avaient accepté à contre cœur qu’elle randonne avec des amis. Ce drame les bouleverse profondément. Le père s’accuse de l’avoir autorisé à participer à cette funeste excursion. Tong trouve auprès de Mew du réconfort et en remerciement il lui offre un cadeau pour son anniversaire. Toutefois les parents déménagent laissant Mew seul et triste.
Witwisit Hiranyawongkul & Mario Mauer
Six années plus tard Mew (Witwisit Hiranyawongkul) compose et chante dans le groupe August, un boy’s band qui remporte du succès. Le choupinou Mew est courtisé en vain par sa voisine, Ying, la seule apparemment à ignorer qu’il est guère sensible aux charmes féminins. On se demande d’ailleurs s’il a conscience de son inappétence pour les filles. Une scène assez drôle le voit à un cours de secourisme. Son partenaire doit effectuer un bouche à bouche ce qui l’effraie d’autant. Il accuse Mew d’en profiter pour l’embrasser ! Ying décide de passer outre et à l’aide d’un manuel de superstitions elle teste différentes recettes pour s’attirer les faveurs de son voisin.
Tong (Mario Maurer), tout aussi craquant en plus costaud, termine sa scolarité au lycée. Il a une copine, la charmante Donut que tous les garçons de sa classe lui envient jalousement. Dans sa famille, c’est la grande déprime. Le père neurasthénique squatte le canapé à écluser des litres d’alcool. Il ne se remet pas de la disparition de sa fille chérie. Sa femme dirige la maisonnée. Le fils doit se plier aux exigences d’une mère qui régimente ses activités. Tong souffre dans ce climat pesant et oppressant. Les deux adolescents se croisent dans le quartier de Siam, un grand centre commercial où la jeunesse de Bangkok a l’habitude de déambuler. Ils renouent presque aussitôt leur relation. Avec surprise et plaisir chacun découvre qu’il n’a pas oublié son ancien ami. Ces retrouvailles relancent la créativité musicale de Mew. Pour sa part Tong en profite pour délaisser Donut avec laquelle il s’ennuie… à la grande consternation de ses copains.

Mew compose des chansons d’amour qui plaisent au producteur du groupe. Celui-ci demande à June, une jeune assistante de cornaquer le groupe, de fructifier leur renommé. Tong qui assiste aux répétitions du groupe fait sa connaissance et il est stupéfié de la ressemblance avec sa sœur. Elle est le sosie parfait de Tang. Il l’emmène rencontrer sa mère qui est aussi troublée. Elle lui propose de jouer le rôle de sa fille disparue en espérant ainsi sortir son mari de sa mélancolie. June se prête au jeu.
Lors d’une soirée pour fêter le retour de Tang/June, la mère surprend son fils embrasser tendrement Mew. Ne supportant pas cet amour elle interdit à Mew de le revoir. La castratrice argumente qu’elle souhaite que Tong réussisse ses études, décroche un bon métier et épouse une femme. Mew obtempère et coupe toutes relations avec son amant. Du coup il perd aussi son inspiration. Finalement Mew recouvre son talent de musicien. Tong outrepasse l’interdit maternel et se rend au concert du boy’s band, au mécontentement de Donut et aussi de Ying obligée de reconnaître l’altersexualité des deux adolescents. Après le concert Mew déclare à Tong je ne peux pas être ton petit ami mais cela ne veut pas dire que je ne t’aime pas. Rentré chez lui, Mew pleure doucement. On nous laisse imaginer la suite…
Un sympathique film thaïlandais. Une romance pour adolescents à connotation altersexuelle dont j’imagine que le réalisateur a voulu en atténuer le caractère trop explicite. Prudent, Chookiat Sakveerakul révèle qu’il a pris soin d’éviter le label gay pour son film et il note l’importance des réactions homophobes de certains spectateurs lors des projections.
La publicité en Thaïlande a édulcoré l’aspect gay en insistant sur les relations entre garçons et filles comme l’affiche tend à le souligner.

Toutefois l’amour entre les deux garçons est clairement évoqué, certes pudiquement et pris dans un ensemble de thèmes. Le réalisateur (26 ans) a voulu étoffer son scénario en abordant plusieurs thèmes, la sexualité des jeunes, la perte d’un être cher, l’acceptation du désir de l’autre, en créant une œuvre riche en détails. Comme le cérémonial catholique (les prières, la crèche, le sapin de Noël) dans un pays largement bouddhiste. La durée s’en ressent (2 h 30) et quelques coupures dynamiseraient et resserreraient le récit. Je ne vois pas ce qu’apporte l’épisode June. De même les nombreuses bleuettes chantées donnent une touche bollywoodienne inutile, certainement pour le spectateur occidental. On se console en admirant la charmante frimousse du chanteur.
Witwisit Hiranyawongkul
La longue introduction s’attarde sur la psychologie des personnages. Certains traits frôlent la caricature comme les couplages père/Tang et mère/Tong, illustration simpliste du classique Oedipe freudien. Plus nuancé le portrait de la mère dont le comportement et la personnalité s’avèrent plus adaptée. Elle campe une femme aux accents histrioniques, sa fille lui reproche de n’être jamais satisfaite. C’est pourquoi elle n’apprécie guère la bienveillance de son mari pour sa fille. Quand Tang disparaît, la mère se remet plus rapidement de la perte que ses hommes. Le père sombre dans une dépression mélancolique et le fils trouve auprès de Mew le réconfort. Par la suite son caractère se rigidifie, elle refuse que les autres puissent éprouver des désirs différents des siens. Elle n’accepte pas l’amitié et l’amour des deux garçons qui contredit son rêve d’avenir pour son fils. Mew s’extrait de l’emprise maternelle dans une scène où il exprime clairement que son désir peut être différent du sien et qu’elle doit le laisser décider de ses propres choix.
Les deux acteurs choupinesques endossent leur personnage avec naturel et sensibilité. Ils reconnaissent leur appréhension pour la gentille séquence du baiser. Dans un entretien Mario Maurer (Tong) de père allemand et de mère sino-thaïlandaise a déclaré j’étais nerveux, je n’avais jamais embrassé un homme, ni l’habitude d’embrasser tous les jours. Mon père m’a dit qu’il s’agissait juste d’un boulot et de ne pas trop m’en faire.
Mario Maurer
Le cinéma thaïlandais présente habituellement les homos de manière caricaturale ou dans des films transgenres tels que Beautiful boxer ou Satreelex, the Iron Ladies. Love of Siam se démarque des précédentes productions et, si on excepte Tropical Malady d’Apichatpong Weerasethakul et Bangkok Love Story de Poj Arnon (2007), le film aborde avec sincérité et réalisme la sexualité des jeunes gays. Chookiat Sakveerakul avait auparavant réalisé des films typiquement thaï comme Pisaj (2004), un film d’horreur et le thriller psychologique 13 beloved (2006).
Bien que le réalisateur s’en défende Love of Siam traite essentiellement de l’altersexualité chez les adolescents. Que ce soit dans la forme naturelle chez Mew ou dans sa reconnaissance et son acceptation chez Tong. De même que son appréhension par les jeunes, ambivalente et aussi acceptée. Elle reste plus problématique au niveau des adultes.
Love of Siam, un beautiful thing à la sauce thaï.
avr. 21e, 2009
07:17 am - EL NIÑO PEZ

Lucia Puenzo avant d’être cinéaste, est écrivain, et il y a une dizaine d’année, elle a publié El Niño Pez. Je n’ai pas lu le roman et le 8eme festival Vues d’En Face de Grenoble a eu la bonne idée de nous présenter en avant première française son adaptation cinématographique. Sa sortie est programmée pour le 6 mai .
Lala (Inés Efrón), une adolescente de bonne famille de Buenos Aires, aime passionnément la jeune femme qui travaille au service de sa famille. Cette jolie brune, la Guayi (Emme) originaire du Paraguay est venue se réfugier chez eux alors qu’elle avait treize ans. Le secret qu’elle porte se dévoilera au cours de l’histoire. Les deux jeunes femmes entretiennent des liens amoureux intenses et elles projettent de vivre toutes les deux ensemble. Si Lala n’a d’yeux que pour la domestique, La Guayi se laisse séduire facilement par les hommes. Un soir Lala aperçoit son père user d’une sorte de droit de cuissage avec la domestique. Désemparée elle laisse son père avaler le verre de lait empoisonné qu’elle s’était préparée. La police a tôt fait d’accuser la servante qui prend la poudre d’escampette. Lala se tait, et elle s’enfuit là où elle espère la rejoindre dans son village natal au bord du lac Ypoà dont une légende raconte qu’au fond du lac vit un enfant poisson, réincarnation d’un jeune enfant mort noyé.
Inés Efrón & Emme.
En fait à défaut de la retrouver, elle rencontre son père, chanteur de charme et elle découvre le secret de son amante. Á son retour chez elle, elle tente en vain de disculper son amie incarcérée qui préfère endosser le crime comme pour expier sa faute originelle.
La cinéaste ancre son scénario dans la réalité politique et sociale argentine. D’un côté une famille bourgeoise dominée par un père juge qui profite de sa position sociale et de l’autre une immigrée subissant la servitude de sa condition.
Lala traverse les barrières de classes mais de façon naïve alors que la Guayi ne se fait guère d’illusion sur l’impossibilité d’échapper à une destinée sociale. L’amour altersexuel des deux femmes n’est qu’une face de cette histoire.
La révolte de Lala apparait plus épidermique, elle n’est mue que par son désir de vivre avec son amante qu’elle connait depuis sa jeunesse. Son désir pour la servante est brulant, total, fusionnel. Cela la conduit à voler sa propre famille et à empoisonner son père par vengeance. Du côté de la domestique le désir est plus ambigu, en tout cas multiple, moins exclusif et partagé avec des hommes. La Guayi présente une complexité liée à son enfance, son origine que Lala tente de reconstruire.
La fin du film nous embarque dans une histoire limite abracadabrantesque qui nuit à la force du récit. En revanche, dans la partie road-movie, lorsque Lala part à la recherche de son amie au Paraguay le film emprunte une tonalité onirique, chargée de mystère qui allège le propos quelque peu côté manichéen de la fin de l’histoire.
De Lucia Puenzo j’avais vu son beau XXY qui interrogeait intelligemment la question du genre à travers l’histoire d’une adolescente à l’identité sexuée indéterminée (hermaphrodisme). Film rare pour une thématique « ovni » au cinéma qui est traitée avec sensibilité et tact.
On retrouve l’intérêt de cette réalisatrice pour l’élément aquatique. La légende de l’enfant poisson nous offre une belle séquence sur l’imaginaire et les mystères déjà présent dans XXY. De même Lucia Puenzo conserve un regard du point de vue de l’adolescence. Cela lui permet de décrire la passion propre à cet âge, des inquiétudes, de la fulgurance du désir, de ces retournements.
L’actrice Inés Efrón (Alex dans XXY) incarne merveilleusement bien cette adolescente passionnée. À ses côtés Mariela Vitale connue sous son nom de scène (une rockeuse) d’Emme affiche une belle générosité. Les deux actrices forment un couple solaire dans ce film sombre. On peut penser à un Thelma & Louise adolescent aux accents argentins.
Inés Efrón.
avr. 6e, 2009
01:07 pm - COUNTRY TEACHER

Une agréable surprise ce Country Teacher, d’un tchèque dont le titre est en anglais comme son précédent film Something Like Happiness. Un titre genre : un instit de campagne aurait il une connotation péjorative ?
Petr (Pavel Liška) jeune professeur de biologie débarque dans la Bohême profonde au sud de Prague non loin de České Budějovice (je l’ai lu sur un autocar). Il cherche un lieu de tranquillité un peu comme l’escargot qui se réfugie dans sa coquille. Que fuit ou que recherche Petr pour venir se perdre dans un tel trou et enseigner à de jeunes enfants lui le prof de lycée ? Le directeur de l’école primaire qui l’accueille et le loge chez sa vieille mère lui demande la raison de sa mutation. Petr ne répond pas et le directeur dubitatif lui donne tout au plus six mois pour les quitter. Effectivement il doit avoir de « bonnes » raisons pour s’isoler dans ce patelin et accepter de partager une chambre chez une vieille qui laisse la télé allumée toute la nuit pour lui tenir compagnie, je suis moins seule ainsi.
Doucement l’histoire avance avec une description de l’environnement, des voisins, de la classe, rien de bien folichon. Et même déprimant dans cette collection de portraits d’individus esseulés qui se réunissent le samedi soir pour des beuveries ou des bals de campagne. Petr rencontre Marie (Zuzana Bydžovská), veuve d’un second mariage, et toujours inconsolée du départ de son premier mari qui l’a délaissé pour une plus belle. Elle élève son fils Lada (Ladislav Šedivý), âgé de dix sept ans qui l’aide aux travaux de la ferme.
Petr semble s’acclimater à cette ambiance agreste, il trinque et sympathise avec les paysans qui l’appellent monsieur le professeur. Quand il ne raconte pas la vie de la nature à ses jeunes élèves il muse dans la campagne verdoyante, s’allonge lire en haut des meules de foin.

Marie lui tourne autour, lui conte fleurette mais il demeure distant. Ils cueillent des cerises et on commence un peu à s’ennuyer. Fin du premier acte. Au suivant, Petr passe à Prague chez ses parents et l’on apprend ce que l’on subodorait, son altersexualité. Ses géniteurs compréhensifs l’avisent de trouver un compagnon, d’éviter de rester seul.
Un peu plus tard son ancien amant débarque chez lui et Petr le repousse ne l’aimant plus! Mais difficile de cadenasser les pulsions sexuelles d’autant qu’elles s’incarnent sous les traits de Lada. Bien qu’il baisouille avec une lycéenne praguoise en vacances chez ses grands parents, Petr le couve d’un regard de désir. Ça tombe bien, Marie qui en pince pour le prof mais imagine qu’il la repousse à cause de son âge lui demande d’aider scolairement son rejeton.

Dans un premier temps l’adolescent refuse préférant les jeux vidéos puis il accepte espérant ainsi plaire davantage à sa dulcinée qui le considère trop rustre. Petr socratise gentiment l’ado jusqu’au soir où Lada ivre échoue dans sa chambre. Ne pouvant retenir son envie, Petr s’enhardit, s’approche de l’ado assoupi et le caresse. Lada se réveille furieux et claque la porte. Dans le dernier acte le prof contrit de culpabilité sollicitera le pardon de Marie et de son fils.
Bodhan Sláma avec un scénario simple dans un décor bucolique un peu trompeur nous laisse du temps pour découvrir les protagonistes et nous immerger dans leur environnement campagnard. Le secret de Petr, sorte de haine de soi que représente son orientation sexuelle le pousse à ériger une barrière entre lui et les autres, à se replier sur lui même. Cette force négative se retrouve aussi à l’œuvre chez les autres protagonistes. Peu de temps auparavant Petr avait enjoint Lada de commencer par s’aimer s’il désirait (re)conquérir sa petite amie. Mais Petr lui-même ne parvient pas à assumer sa différence. C’est un peu le leitmotiv du film d’être en harmonie avec soi même, et de s’ouvrir aux autres.

La scène de la transgression de l’interdit, séquence centrale du film, va déclencher le processus de l’ouverture. Le cinéaste filme avec tact la scène d’attouchement furtif. Ce passage à l’acte figure la levée brutale du refoulement des désirs réprimés chez Petr. S’ensuit une dramatisation qui m’a fait craindre un dérapage sulpicien digne des films du siècle dernier qui abordait le thème douloureux de l’homosexualité. En fait l’altersexualité représente un prétexte pour décrire la solitude de ces personnages, et qu’au delà de cette singularité il est question de la rencontre avec l’autre, et de la capacité à pardonner. La dernière scène du film, très documentaire vétérinaire, montre les protagonistes solidaires pour mettre bas un veau. Une naissance toute symbolique voire un peu optimiste et naïve.
Country Teacher a un côté un peu rétro bien servi par des acteurs qui donne consistance à leur personnage.
Ici une interview du réalisateur.

Country Teacher (Venkovský učitel) film tchèque réalisé par Bodhan Sláma (2009).
mar. 24e, 2009
08:32 pm - UNE FAMILLE BRÉSILIENNE

Dans l’immense mégapole de São Paulo, quatre frères tentent de trouver leur voie pour survivre. Nés de pères différents et inconnus, ils entourent leur mère Cleuza (Sandra Corveloni) enceinte d’un cinquième enfant. Le dimanche elle encourage virilement l’équipe locale de football les Corinthians. Elle clame énergiquement qu’ils n’ont pas besoin de père et qu’elle assume tous les rôles ! Ils vivent entassés dans bicoque minable dans un quartier périphérique à l’abandon.
Pour vivre Cleuza fait des ménages au noir au centre ville chez une bourgeoise qui l’emploie et la traite avec condescendance.
L’aîné Denis (João Baldasserini) slalome dangereusement au milieu de la circulation au guidon de sa moto comme coursier pour un maigre salaire. Juste de quoi payer les frais médicaux de son gamin qui vit avec sa mère dans une autre maison. Il vit d’expédients souvent à la limite de la légalité. Au contraire son cadet, Dinho (José Geraldo Rodrigues), bosse dans une station service et passe tout son temps libre chez les pentecôtistes de l’Assembleia de Deus. Sa foi et son engagement dans la communauté religieuse donnent un sens à son existence en le préservant d’une tentation de la délinquance.
Vicinius de Oliveira, José Geraldo Rodrigues, Kaïque Jesus Santos & João Baldasserini.
Quatre frères, quatre trajectoires et autant de manière de survivre dans un environnement hostile sous le regard d’une mère phallique attentive à sa progéniture. En l’absence de repères paternels, ils suivent, de façon excessive, des parcours différents pour aménager ce manque. Denis toujours sur le fil sur sa bécane, flirte avec la mort et la délinquance. Dinho s’investit à outrance dans l’appartenance à sa communauté religieuse. Dario souhaite se fondre dans un groupe sous la férule d’un entraîneur. Reginaldo exprime clairement ce désir d’identification paternelle au cours sa quête effrénée.
Walter Salles filme ces cinq portraits avec un réalisme cru au plus près de ses personnages. On frôle les voitures et les camions à côté du coursier, on passe le ballon à Dario sur le terrain de foot, on prie dans l’église avec Dinho, et on accompagne Reginaldo dans ses pérégrinations urbaines.
Chacun déroule son récit feuilletonesque qui s’entrecroise, se répond. Dans cette violence urbaine l’avenir est rarement radieux, plutôt bouché comme l’évier de la cuisine de Cleuza.
La narration est tendue, et fluide, on passe de l’un à l’autre toujours dans une tension, une urgence, une fragilité à l’image du pays. Reste la confiance qui habite les protagonistes d’un jour meilleur. Le désir d’échapper à une destiné tragique qui semble inéluctable les conduit à puiser dans leur ressource. Le réalisateur filme un Brésil dur, âpre, sans avenir. Ces personnages tentent d’échapper à cet environnement déprimant. Des échappatoires restent possibles à l’instar des voies suivies par ces acteurs.
Le cinéaste abandonne le mélo sympa de Central do Brasil pour une illustration naturaliste du Brésil actuel.
Une famille brésilienne rejoint la fille du RER dans cette interrogation sur une société aux repères flous, aux absences paternelles et en quête d’identité.
Sandra Corveloni
mar. 22e, 2009
02:48 pm - SKINS

J’avais lu ici et là quelques commentaires sur cette série « teens » anglaise. J’ai regardé la première saison et les deux premiers épisodes de la seconde saison. Il s’agit d’un groupe d’adolescents âgés de 17 ans qui fréquentent le même lycée, the Roundview Collège de Bristol.
Tony (Nicholas Hoult), le personnage central incarne l’ado qui réussit tout, aussi bien les études que sa vie sentimentale. Il drague et cueille toutes les minettes qui passent à sa portée. Conscient de son aura et s’appuyant sur son intelligence, il manipule allégrement son entourage masculin et féminin. Son comportement pourrait même être qualifié de pervers narcissique. Ce qui l’intéresse c’est uniquement sa petite personne et tous les autres ne sont que des objets qu’il utilise à sa guise. Certains d’ailleurs renforce sa conduite en jouant le jeu. Quelquefois il frôle la psychopathie faisant fi des règles, trichant etc. Toutefois à la fin de la première saison, son attitude s’amende quand démasqué, son entourage s’étiole le laissant seul.
Tony, Nicholas Hoult.
Sid (Mike Bailey) le faux intellectuel avec des lunettes et un bonnet scotché sur son crâne personnifie le « puceau ». Inféodé à Tony qu’il admire pour ces conquêtes féminines il passe son temps à fantasmer sur Michelle inaccessible. Il n’osera jamais passer à l’acte avec Cassie (Hannah Murray) qui pourtant ne demande que cela. On peut le comprendre vue la fille totalement déjantée. Anorexique, obsessionnelle, mythomane, suicidaire, à elle seule elle condense une symptomatologie assez carabinée pour servir d’illustration de la psychopathologie adolescente. Chris (Joe Dempsie), un peu brut de décoffrage est le parangon de l’ado mû essentiellement par le pulsionnel. On a l’impression qu’il a abandonné l’idée de recourir à son intellect et que sa queue tient lieu d’entendement. D’ailleurs le 4 eme épisode le trouve victime amusé d’un priapisme à la suite d’une surconsommation de pilules bleues. Quasiment orphelin, sa mère s’est barrée en lui laissant comme seule explication une liasse de billets… Dans ces conditions on comprend qu’il se réfugie dans une recherche exclusive d’aventures charnelles, faute d’envisager des relations sentimentales adaptées. Michelle (April Pearson) est amoureuse de Tony, lui passant presque tout jusqu’au jour où elle refuse les frasques de son petit ami (ces coucheries) et surtout l’absence de paroles sincères. Une ado plutôt bien dans son corps, et qui souhaite allier le plaisir sexuel et l’amour. Jal (Larissa Wilson), d’origine africaine serait la plus raisonnable affectivement parlant. On ne la verra jamais baiser, sauf sa clarinette qu’elle joue très bien. Anwar Dev Patel), musulman d’origine pakistanaise louvoie entre ses désirs sexuels et les rigueurs de sa religion qu’il pratique assidûment. Il prend toutefois des libertés avec la culture familiale et suit avec entrain ses copains dans leurs beuveries, fumeries et parties de jambes en l’air. And last but not least Maxxie (Mitch Hewer), le choupinou amateur de danse de claquettes et qui endosse sereinement sa gaytitude.


Sid, Mike Bailey
Néanmoins on remarque une certaine bienveillance pour les personnages marginaux et leur entourage. La famille d’origine pakistanaise, comme celle de Jal, et de Maxxie bénéficient d’une relative sympathie. Au début de saison 2 on découvre les parents de Maxxie (absents dans la première saison) comme des parents responsables. Le père certes un peu bourru en hippie vieilli s’intéresse à son fils et l’aime véritablement. En revanche les petits anglais de souche et surtout leurs géniteurs compilent les tares et les impérities.
Je ne vais pas reprendre les différents épisodes mais certains balancent bien, dès le premier on voit toute la bande voler une Mercedes qui va finir sa vie dans la rivière. C’est plutôt enlevé !
Le plaisir et l'humour sont souvent au rendez vous avec alternance de séquences plus dramatiques. Avec une certaine justesse la série évite la simplification, le manichéisme. À des séquences dramatiques répondent des visions optimistes qui rendent compte de la diversité des comportements et des enjeux de cette période. Ils font la découverte des premières fois, premières baises, premières cuites, premières déceptions sentimentales, premières confrontation au monde adulte. On comprend que se coltiner à ces réalités engendrent des interrogations, conflits qu’ils franchissent non sans égratignures. Les jeunes malgré leurs excès s’en tirent quelques fois bien, en général par des vomissements et de préférence les uns sur les autres.

Je me suis intéressé au personnage de Maxxie. Il apparaît assez peu dans les six premiers épisodes. On apprend dès le début qu’il est gay et il convainc Sid et Anwar de l’accompagner à un bal gay! Ses copains acceptent facilement cette invitation. La soirée tourne court, on se croirait au fin fond d’une banlieue dans une soirée patronage avec trois quidams moches et âgés agrippés au comptoir d’une buvette. Ensuite pas grand chose sauf une brève séquence où on le voit danser avec des claquettes. Il incarne l’artiste, le danseur et aussi le dessinateur, on admirera furtivement le croquis d’une belle bite. Il est surtout le gentil copain qui suit docilement les autres dans leurs diverses pérégrinations. Il participe aux beuveries, aux déconnages mais toujours sans sexe. Quand arrive son épisode, c’est pour nous emmener dans un abracadabrandesque voyage scolaire en Russie où il partage la vedette avec les autres. D’où une certaine frustration ! Les jeunes logent dans une sorte d’auberge de jeunesse russe au confort spartiate et Maxxie partage sa chambre avec celui qui apparaît comme son meilleur copain Anwar. Au point que nous pouvions imaginer une certaine accointances entre les deux, même si Anwar manifestait des velléités hétérosexuelles. On pouvait subodorer une certaine ambivalence dans ses désirs. Bref les voilà tous les deux dans une chambre et Anwar tient des propos peu à mêmes sur pédésexualité de son copain. Très crânement Maxxie lui demande de s’excuser ce qu’il refuse se retranchant derrière des arguments religieux. S’ensuit une brouille entre les deux d’autant qu’Anwar maintient ses propos. Au cours de cet épisode Anwar perdra sa virginité dans les bras d’une cosaque. Quant à Maxxie il se laissera brièvement tripoter par Tony plus manipulateur que jamais. C’est Maxxie qui abrège la fellation en expliquant par la suite J’avais les boules, alors il me les a léchées ! Du coup j’avais un sentiment mitigé, Maxxie n’occupe pas vraiment le devant de la scène, et de plus sa sexualité pour la première fois explicite est ici réduite. Alors qu’on nous montre les séances de baise d’Anwar, de Chris et de Tony. Dans le numéro dédié à Anwar, Maxxie réapparaît. Il fête ses 17 ans et Maxxie invité refuse d’entrer tant que son copain n’aura pas dit à son père qu’il est gay. On peut louer la ténacité des scénaristes à nous montrer cet adolescent revendiquer calmement, sereinement sa différence. À la fin on verra discrètement Maxxie lové contre le torse d’un homme.
Changement de vitesse au début de la saison 2. C’est Maxxie qui ouvre le bal de la série. Tony est provisoirement out, suite à un grave accident. Maxxie danse, il croise de jeunes gamins qui sont au courant de son orientation sexuelle. Il persiste à assumer tranquillement son altersexualité, même devant les insultes homophobes des jeunes de son quartier. À cette occasion le père de Maxxie réprimande l’un des jeunes qui plus tard rejoindra Maxxie pour une revigorante partie de baizouillage. Maxxie, plus présent, et toujours très à l’aise dans son corps veut aller à Londres pour intégrer une école de danse.
Chris, Sid, Maxxie & Tony.
D’une manière générale, les garçons sont choupinesques exhibant de beaux ventres, voire de belles fesses. C’est agréable de suivre cette série qui dévêt aussi les garçons.
Si on dépasse les outrances des premiers épisodes, les addictions en tout genre, la caricature du monde des adultes, on notera l’aspect sociologique, naturaliste de cette génération d’adolescents. Si j’ai regretté la retenue concernant la pédésexualité de Maxxie comparée à l’illustration de l’hétérosexualité, j’applaudis la force tranquille qui habite Maxxie.
L’homophobie n’est pas exclue, plutôt à la marge avec cette incise où le plus homophobe en apparence cache une gaytitude difficile à vivre.
Bref une série réussie, plaisante à regarder et qui sonne plutôt juste avec des acteurs qui résonnent bien avec leur personnage. L’un d’eux, Dev Patel qui interprète Anwar connaît depuis la renommée avec son rôle dans Slumdog Millionaire.
Anwar, Dev Patel.
Ici l’avis iconographié de Bernard. Le site dédié sur Wikipédia. La saison 1 est disponible en Dvd (malheureusement uniquement en version française), la saison 2 visible ici.
Skins, série anglaise réalisée par Brian Elsley et Jamie Brittain (2007-2009).
mar. 17e, 2009
09:13 pm - WELCOME

Bilal, un jeune kurde de 17 ans est un sacré coureur, 4000 kms depuis Mossoul et voilà qu’il bute à Calais à portée de vue des crayeuses falaises anglaises. De l’autre côté, il y a Mina, sa copine qui l’attend et l’aussi l’espoir d’intégrer une équipe de foot professionnelle, miroir aux alouettes qui lui donne des ailes et un optimisme à toute épreuve. Mais Bilal (Firat Ayverdi) ne peut garder sa tête assez longtemps dans un sac plastique, le temps d’échapper au détecteur de CO2 que glissent les policiers sous les bâches des remorques des camions qui empruntent le ferry. Découvert puis relâché car mineur et ressortissant d’un pays en guerre, il erre dans les rues de la ville à la recherche d’une solution pour franchir La Manche. L’idée déraisonnable de traverser à la nage le conduit à la piscine où il croise Simon, le maître nageur, qui accepte de lui donner quelques leçons de crawl.

Simon (Vincent Lindon) n’avance plus vraiment, sa femme Marion (Audrey Dana) l’a quitté et tout lui semble indifférent. La rencontre avec Bilal et ses infortunés compagnons va le réveiller. Aider le jeune kurde dans son insensé défi lui apparaît comme une ultime façon de reconquérir Marion.
Deux trajectoires bien différentes qui se rapprochent, se côtoient et vont donner du sens à leur existence. Entrer dans la vie adulte et affective pour Bilal et relancer la sienne pour Simon.

Welcome, le mot aperçu écrit sur le paillasson du voisin (ch’ti) délateur, inscrit une fiction amoureuse, dans un décor politique, social filmé au plus près de la réalité actuelle, à la manière d’un documentaire. Le film détaille sobrement les conditions rencontrées par ces clandestins. Les tentatives pour franchir la frontière, les maltraitances policières, judiciaires, le rejet par la population, les conditions de précarité de survie. En même temps le manichéisme est évité. Un policier coincé dans son obligation de faire du chiffre tente d’adoucir la brutalité répressive. Des bénévoles leur viennent en aide et leur distribuent de la nourriture. Le clandestin peut voler par nécessité son protecteur d’un soir.
Le réalisateur Philippe Lioret filme avec une belle intelligence cette réalité. Une intelligence de cœur. Simon tend la main à Bilal et il s’ouvre à la générosité. Une rencontre improbable qui le métamorphose.

Je regrette l’accentuation portée sur Simon au cours du récit. Il devient le sujet central du film. L’œil de la caméra et de la ligne narrative principale. Bilal devenant insensiblement secondaire. Certainement du fait de mon attachement au personnage de l’adolescent choupinou et de sa relation avec Simon, j’ai ressenti comme un manque l’estompage de ce couple au profit de celui de Simon et de Marion. Le réalisateur maintient une distanciation affective entre les deux protagonistes. Il n’est question que d’entraînement et d’aide logistique. Il est difficile de ne pas imaginer une attention, une tendresse peut être filiale de Simon pour le jeune kurde. Nul émoi et pourtant la caméra multiplie les gros plans sur les deux visages. Comme si le réalisateur refoulait un possible lien affectif entre eux. La porte est volontairement trop bien refermée, et l’idée d’une altersexualité déclenche une réaction exagérée, … un peu suspecte.
On pourrait dire que je projette mes propres fantasmes, toutefois la coloration mélodramatique et l’hétérosexualisation forcée de l’histoire m’invitent à penser que tout désir équivoque entre les deux hommes a été écarté.
Au cours du film le nom d’Olivier Adam m’accompagnait. Il figure au générique et il a inspiré le précédent film de Philippe Lioret Je vais bien, ne t’en fais pas. Je me souviens de À l’Abri de rien qui se déroule non loin de Sangatte et qui évoque très longuement les clandestins. Roman qui a été adapté pour la télévision par Jean-Pierre Améris Maman est folle.
Pour revenir à Welcome, c’est un beau film qui bénéficie de la belle prestation de Vincent Lindon dont Philippe Lioret déclare l’avoir écrit en fonction de l’acteur. C’est d’ailleurs sa position centrale qui distord le film. Reste une belle leçon d’ouverture à l’autre, à l’étranger, de générosité, voire de résistance citoyenne quand on connaît l’iniquité d’une loi aux relents vichystes qui condamne la fraternité à 5 ans d’emprisonnement et 30 000€ d’amende.
Lire ici des avis.
mar. 10e, 2009
09:08 pm - BOY A

Jack/Eric, 24 ans, reçoit des mains de Terry, son éducateur de réinsertion, une paire de basket neuve estampillée escape. Cette paire de chaussure doit lui permettre de repartir d’un bon pied après une dizaine d’années d’incarcération pour sa participation à un assassinat commis durant son adolescence. L’action se déroule en Angleterre et on pense à l’affaire Bulger où deux garçons de 10 ans avaient assassiné un enfant de 2 ans. Leur libération à leur majorité avait déclenché la fureur des médias et avait contraint les deux jeunes majeurs à changer d’identité et vivre cachés.
Ici semblable scénario, Eric devient Jack (Andrew Garfield). Terry (Peter Mullan) lui dégotte une chambre et un emploi. On lui fournit aussi une biographie revisitée où son acte criminel est édulcoré.
Débute alors pour Jack le difficile retour à la vie normale. Sans apprentissage, il passe directement de l’enfermement carcéral à la vie sociale, il est déboussolé. Un peu à la manière d’un jeune enfant découvrant le monde il doit réapprendre à vivre libre et être autonome. Le cheminement s’avère périlleux, à la fois dans l’environnement extérieur et aussi en adéquation avec un monde intérieur un tantinet schizophrénique. Il doit composer avec sa nouvelle identité, s’intégrer et surtout dissimuler sa terrible histoire. Epaulé par un bienveillant tuteur qui le considère comme un fils, Jack avance à tâtons dans un monde a priori hostile. Et on s’attend à ce que ça dérape.
Andrew Garfield & Peter Mullan
Pourtant tout se déroule bien. Il manutentionne dans une entreprise accueillante, avec des collègues de boulot sympas. Il rencontre une gentille et attentionnée baleine blanche qui l’initie à l’amour. Et cerise sur le gâteau, il devient un héros après avoir secouru une fillette accidentée.
On se demande où cela va craquer ? Saura-t-il taire sa composante Hyde ou la société, représentée ici par la presse tabloïd, révélera sa véritable identité ?
Dommage car l’idée de départ est intéressante mais ici John Crowley se focalise sur le personnage de Jack et opte pour l’émotion court-circuitant ainsi la réflexion.
Le recours à l’émotionnel remarquablement porté par Andrew Garfield est étayé par une surabondance de retours en arrière. On ne compte plus les flash-back qui vont illustrer les conditions du drame. La personnalité et le comportement d’Eric sont décrits longuement. C’est un jeune ado timide, esseulé, rabroué par ses copains, avec des parents absents et qui trouve en Philip un ami. Manque de chance Philip est un adolescent détruit, violé par son frère et dont le surmoi a volé en éclats. La violence de Philip s’exprime sans retenue et Eric fasciné par son seul ami l’accompagnera dans le meurtre d’une fillette. Astucieusement le réalisateur s’arrête juste au bord de la scène de l’assassinat nous laissant imaginer la complicité d’Eric.
Toutefois le suivisme d’Eric, sa passivité et sa conformité actuelle nous amènent à atténuer sa complicité. Quoiqu’il en soit, Philip meurt en prison, et le fantasme d’Eric accrédite non pas la thèse officielle du suicide, mais un lynchage par les co-détenus. Comme si le monstre Philip dépourvu de culpabilité devait payer pour un crime inacceptable.
Reste l’excellente interprétation des deux acteurs. Andrew Garfield rend crédible le trouble identitaire, et il traduit bien la reprise hésitante d’une vie sociale, l’ouverture au monde et aux sentiments avec la belle séquence dans la boite de nuit et avec la baleine blanche. Même appréciation pour Peter Mulan, (réalisateur du réussi The Magdalene sisters) qui compose un éducateur bienveillant.


Des avis ici.
* Le film de Kubrick est un peu plus complexe que cela mais je vois dans la fuite de Jack une similarité avec l’impasse dans laquelle se trouve Alex.
déc. 25e, 2008
04:17 pm - LA FEMME DE JEAN

Depuis un certain temps le souvenir de la silhouette d’un personnage de film qui m’avait marqué lors de mon adolescence trottait dans ma tête. Un acteur de cinéma dont je me souvenais vaguement de la taille et ses cheveux raides mi longs. Il semble qu’il apparaissait dans un film de Yannick Bellon que j’avais vu au milieu des années 70.
Furetant à la médiathèque j’ai retrouvé deux films de cette réalisatrice que je me suis empressé de regarder. Quelque part quelqu’un, non, aucune trace de l’adolescent qui avait impressionné ma mémoire. En revanche dans La femme de Jean le personnage de Rémi donne consistance à mon souvenir. Dois je dire ma surprise de constater que le personnage joué par le jeune Hyppolite Girardot ait pu alimenter à ce point mes fantasmes ? En fait je sais bien que nos souvenirs sont trompeurs, qu’ils tendent à enjoliver le passé. Peu importe que ce soit vraiment le personnage ou l’acteur dont les réminiscences affleuraient ma conscience de temps à autre. Je souhaitais revoir ces images qui m’avaient imprégné et qui reviennent à l’occasion me visiter. Bref ce fut un bon prétexte, que je ne regrette pas, pour visionner une bonne trentaine d’années plus tard le film de Yannick Bellon.

À Paris au début des années 70 Nadine (France Lambiotte) est larguée par Jean (Claude Rich) après une quinzaine d’année de vie maritale. Alors que Jean refait joyeusement sa vie en se justifiant tu comprends on était très jeune quand on s’est marié Nadine plonge dans une grave dépression. Son fils Rémi un adolescent en pleine expansion pubertaire fait office d’objet anti-dépressif. Progressivement elle renaît à la vie, se met à travailler et rencontre un homme David. Quelque temps plus tard Jean ne peut que constater la métamorphose de son ancienne femme, devenue Nadine. Le sujet était bien dans l’air du temps, de l’émancipation des femmes, de la prise en compte de leurs désirs aussi bien psychologiques, familiaux que sociaux. Même si on sent en arrière plan les aspirations féministes, le film refuse les accents revendicatifs.
Rémi figure un adolescent de 17 ans en pleine évolution. Les cheveux très longs, la musique rock, la fumette gentille et l’(hétéro)sexualité plutôt libérée. Nous sommes au lendemain de mai 68. Il requinque sa mère, en la stimulant, en lui permettant de devenir une femme indépendante.
La caméra de Yannick Bellon s’attarde sur la vie quotidienne des personnages en les filmant chez eux et en extérieur ce qui donne au film un côté documentaire. On est plongé au cœur de la société de la fin des années pompidoliennes. On entend une speakerine débitée le programme du lendemain des trois chaînes de télévision. On aperçoit Jean Christophe Averty préparé son émission. On reconnaît les Peugeot 404 et autres Fiat 850 qui embouteillaient les rues de Paris. On surplombe la béance du trou des Halles. Ce film daté procure le plaisir de nous remémorer le paysage parisien de l’époque. La femme de Jean suit le cheminement psychologique et social des protagonistes avec sensibilité et délicatesse.
Du coup j’oubliais mon désir premier. Il est vrai que dans un premier temps j’étais un surpris d’avoir pu flasher sur ce jeune homme. Je m’interrogeais sur le ressort identificatoire qui fonctionna à l’époque. À la réflexion cela ne m’étonne pas, le film condense de nombreux éléments d’identication. La décontraction, la liberté, la pulsionnalité joyeuse incarné par Rémi fournit une indéniable attractivité pour l’ado un peu plus jeune et un peu coincé que j’étais. Les configurations familiales résonnaient avec une évidente ressemblance. De plus le ton juste et bienveillant de ce film a certainement contribué à son inscription mnésique et à perdurer jusqu’à aujourd’hui.
Une dizaine d’année plus tard Yannick Bellon, tournait La triche dont le sujet « sensible » traite de l’homosexualité. Un commissaire de police (Victor Lanoux) tombe amoureux du jeune et beau Xavier Deluc. Un amour impossible entre le notable provincial marié et le jeune violoncelliste un peu marginal. Je regrette que la réalisatrice n’ait pas voulu échapper à l’inévitable dénouement tragique de cette passion amoureuse en cours à l’époque. J’ai du mal à comprendre qu’elle n’ait pas profité de l’occasion pour offrir une alternative à ces fins dramatiques qui tenaient lieu de tradition pour ce type de sujet au cinéma. Pourtant l’homosexualité s’émancipait, juste à la veille des années Sida.

La femme de Jean, film français réalisé par Yannick Bellon (1973).
oct. 14e, 2008
09:21 pm - PERTHUS

Lionel m’avait signalé cette pièce de Jean-Marie Besset, montée au Théâtre du Rond-Point à Paris et jouée jusqu’au 26 octobre.
L’action se déroule dans une petite ville à quelques encablures du col du Perthus, dans les années soixante dix. En début d’année, deux élèves de terminale aux caractères assez dissemblables font connaissance. On sent Paul timide, réservé, et solitaire, un peu étriqué dans son pantalon de velours, alors que Jean-Louis, sportif, joue les play-boy. Paul, dont le grand plaisir réside dans la lecture de la Princesse de Clèves, parvient à attirer l’attention de Jean-Louis le fortiche des maths. Une forte amitié se noue entre eux, d’autant que Paul, à l’instar de Melle de Chartres couve son Jean-Louis des yeux de Nemours.
Les deux garçons sont cornaqués par des mères délaissées. Leurs maris ont déserté le foyer familial préférant d’autres aventures sentimentales. L’amitié des deux garçons favorise leur rencontre d’autant qu’elles vivent une histoire similaire. On imagine qu’elles se retrouvent pour dégoiser sur leur conjoint volage. Se sentant abandonnées elles reportent sur leur enfant leur rêve d’une existence devenue tristounette. Faute de satisfaction conjugale, elles imaginent une revanche sociale à travers la réussite espérée de leurs fils. Le fruit de mes entrailles clame la mère de Jean-Louis comme pour mieux conserver et modeler son trésor que nul ne pourra dérober. Bref elles n’existent plus qu’au travers de leur progéniture qui les vengera des bassesses des pères absents. De fait, elles deviennent des femmes phalliques qui n’hésitent pas à régenter l’éducation de leur rejeton. Elles projettent ainsi sur eux leur ultime espoir de réussite sociale dont elles sont exclues.
Or c’est là que le bât blesse. L’amitié exclusive des deux garçons ne cacherait elle pas une homosexualité inconciliable avec les rêves de grandeur qu’elles échafaudent !
On peut imaginer ces deux adolescents comme les deux faces d’une même personne. Au départ ils sont, malgré leur différence, assez proches. Tous les deux sont agités par l’impérieux désir de rencontrer l’autre. Ils affrontent les mêmes questionnements, affectifs, quant au choix de leur objet d’amour, de leur devenir scolaire et professionnel. Au cours de cette période de bouillonnement, d’effervescence déstabilisante où vont se structurer une grande part de notre avenir. Comment se réaliser, devenir un adulte, exprimer son amour dans un contexte familial contraignant voire, ici, un peu incestuel ? Chacun tâtonne pour trouver sa voie. Jean-louis, angoissé par l’amitié passionnelle de Paul, jette agressivement son dévolu sur une fille, noire de surcroit comme pour mieux témoigner son malaise. Sa brusquerie lui vaudra de goûter aux joies particulières de la vie carcérale, artefact qui ne retardera que momentanément son adaptation à une vie sociale en conformité avec son milieu. Paul, au contraire, blessé, attendra pour s’affirmer, devenir artiste et vivre avec un espagnol.
Jonathan Drillet & Robin Causse
Dans un décor rudimentaire, une estrade sur laquelle trône quatre chaises surdimensionnées les acteurs déambulent tantôt seuls, souvent en couple et rarement tous ensemble. La mise en scène s’interdit de dépasser le minimalisme du décor. La bonne surprise tient dans la distribution des rôles, ainsi les mères sont jouées par des acteurs. Ceci confère une redondance signifiante à l’absence paternelle et au caractère phallique des mères.
Le désir de Paul pour Jean-Louis est magnifiquement rendu dans une scène. Les deux ados sont allongés, et Paul s’enhardit pour glisser un doigt dans la bouche de Jean-Louis endormi. Scène d’un bel érotisme.
Robin Causse & Jonathan Drillet (en bas).
Les dialogues parsemés de bons mots nous font sourire. On peut regretter des télescopages hasardeux comme lorsque Paul évoquent son désespoir de voir son ami roucouler dans les bras d’une pimbêche lors d’une visite d’Auschwitz. Cette idiosyncrasie de Paul laisse perplexe !
L’auteur ne manque pas de souligner l’hypocrisie d’une société frileuse en matière d’altersexualité, lorsqu’il rappelle la pédésexualité de Jean Moulin tue de crainte d’égratigner l’héroïsme du résistant.
Jean-Marie Besset a coécrit le scénario du film de Robert Salis Grande école. On lui doit notamment l’adaptation de la pièce Une souris verte. Sa pièce La fille du RER sert de scénario au prochain film de André Téchiné qui sortira au printemps prochain.
Perthus, pièce de théâtre de J-M Besset (2007) mis en scène par Gilbert Désveaux.
sep. 21e, 2008
11:11 pm - NEW WAVE
Au début des années 80 ans quelque part dans le Beaujolais, deux adolescents dissemblables, d’une petite quinzaine d’année, se rencontrent au collège en début de troisième. Éric (Valentin Ducommun), issu d’un milieu familial d’ouvrier agricole, est contrarié d’être séparé de son ami Thomas. Romain (Victor Chambon), un punk avec une belle coiffure à l’iroquoise et perfecto, qui détonne dans cet environnement rural accepte l’amitié d’Eric. Nous sommes loin de l’ambiance de la rue de La Pompe. Ici on respire l’odeur des vignes et des chemins crottés. Éric souffre de l’isolement campagnard et un peu rétrograde de son terroir. Il a honte du peu de culture de ses parents et de leur désintérêt pour ses études. Romain lui apporte une bouffée de nouveauté, d’étrangeté à laquelle il se rattache. Les deux ados se fréquentent, Eric découvre l’univers musical punk de son copain, de ses jeux à risque. Romain l’initie à une espèce de jeu du foulard où des jeunes s’étranglent jusqu’à ressentir la perte de connaissance*, de vertige. Quant à Romain, il s’appuie sur sa nouvelle amitié pour échapper à l’emprise maternelle. On découvre l’ambiance poisseuse qui règne chez Romain entiché d’une mère (Béatrice Dalle) mélancolique et intrusive. Elle imprime un climat incestuel avec lui. L’idée qu’il préfère prendre son repas au collège plutôt que de revenir avaler la becquetance maternelle la rend folle. Dans un tel contexte on comprend que Romain se réfugie dans la musique New wave dont les thèmes répondent à ses angoisses morbides.
Malgré des styles de vie différents, ils s’accordent sur leurs goûts musicaux et naît alors l’idée de réaliser un clip illustrant une chanson composée par Romain.
La mère de Romain ne supporte pas que son fils s’éloigne d’elle, et elle commet l’irréparable. Eric se retrouve seul avec sa culpabilité.
Béatrice Dalle & Victor Chambon
Gaël Morel explore cette période de l’adolescence, lorsque les jeunes se façonnent intellectuellement et physiquement. Période où s’affirme et s’affine l’identité. Le récit transpire de références autobiographiques. Le personnage d’Éric, est un double manifeste de Gaël Morel adolescent. L’ambiance campagnarde, la naissance d’une vocation de cinéaste et aussi la cristallisation de l’orientation sexuelle. Jusque dans le mimétisme car on reconnaît les afféterie de Morel, son phrasé. D’ailleurs celui-ci apparaît sous les traits d’un professeur. Rôle quelque peu surprenant quand il recrute des élèves pour participer à une manifestation à Paris !
Le film s’attache à repérer et décrire l’univers de ces adolescents. La valeur qu’ils attachent à leur apparence. Éric n’ouvre plus la bouche de crainte d’afficher un sourire chromé. Romain s’abandonne devant un miroir à soigner son look. Le scénario insiste sur le cours d’E.P.S. . L’occasion de retrouver Stéphane Rideau en professeur de sport, un « passeur » qui saura prononcer les mots libérateurs pour Éric, enfermé dans sa tristesse**. Le scénario souligne l’importance du corps, un corps en rapide mutation, à la fois valorisé et défaillant et que l’on ose pas exhiber.
Autre personnage essentiel à cet âge : la chambre de l’ado comme un double identitaire avec ses posters punaisés aux murs, son espace sonore, et où l’on ne devrait pas pénétrer sans être autorisé.
Le film reste sobre sur la dimension homo sensuelle entre les deux protagonistes. Elle s’actualise dans les rapports annexes, avec leurs frères aînés, militaires. De même dans la parole du jeune frère d’Éric, qui le voyant accoutré en punk déclare qu’il est déguisé en pédé.
New wave dépeint avec justesse ces phases critiques et structurantes de l’adolescence. L’ambiance musicale sonne juste. Et Gaël Morel sait bien filmer les garçons. On revoit avec plaisir Thomas Dumerchez.
Salim Kéchiouche & Thomas Dumerchez dans Le clan (2004).
* Dans Ken Park l’un des protagoniste s’étrangle avec une ceinture pour décupler son plaisir pendant une branlette.
** Dans le téléfilm À cause d’un garçon on assiste une séquence similaire. C’est l’entraîneur sportif qui relance son nageur en bute à des attaques homophobes.
sep. 18e, 2008
07:53 pm - LA BELLE PERSONNE

Le thème : la passion amoureuse à l’adolescence, la présence du choupinou Grégoire Leprince -Ringuet avaient de quoi émoustiller mon intérêt pour le dernier film de Christophe Honoré. Ses chansons d’amour demeurent un bon souvenir et je m’installais avec un a priori favorable devant le téléviseur pour suivre cette très libre adaptation du roman La princesse de Clèves de Madame de Lafayette écrit au XVIIeme siècle et dont l’action se déroule au XVI eme siècle*. Nous savons que la référence à ce premier roman moderne de la littérature française découle de propos indignes et réitérés de Sarkozy. Voilà une subtile réponse à la bêtise et l’indigence culturelle du président.
Suite au décès de sa mère, Junie (Léa Seydoux), débarque chez son cousin. Intégrée dans la même classe que son cousin Matthias (Esteban Carvajal Alegria), elle devient le centre d’attraction des garçons qui la courtisent. C’est finalement Otto (Grégoire Leprince-Ringuet), un ado un peu effacé qui décroche la timbale. Mais Nemours (Louis Garrel), le don juanesque prof d’italien, l’attire dans ses rets d’où elle peine à se dépatouiller. Otto meurtri et pétri d’absolu n’envisage pas d’autre alternative que le suicide. Junie s’enfuit et Nemours se retrouve Gros-Jean comme devant. Sur cette trame se greffe une amourette altersexuelle entre Matthias et Martin (Martin Simeon), le tout assaisonné de dialogues policés (limite prout-prouts) pas toujours audibles.

L’action se circonscrit à l’hiver, dans un décor bien délimité (le lycée avec une salle de cours et la cour de récréation, une rue, un café et un parc). Les personnages se réduisent aux lycéens, trois, quatre profs et la tenancière du bistrot. Pas de parent, ni de chambre d’adolescents. Christophe Honoré réinvente un cadre spatio-temporel. Ce décor improbable ou tout le moins réservé à quelques happy few, décalé de la réalité commune, suggère une scène de théâtre**. De fait le contexte sociologique caricatural tend à s’oublier pour inviter le spectateur à se focaliser sur les échanges, les variations des sentiments des protagonistes.
Encore faudrait-il que nous comprenions les dialogues. Il m’a fallu un certain temps pour que je saisisse le sens des paroles mâchouillées par des acteurs qui avalent les mots. Du coup on repère les incohérences comme cet élève qui apostrophe son professeur pour lui demander si elle est amoureuse… et elle de lui répondre ! ou entendre Nemours téléphoner à Matthias pour qu’il fasse une commission à Junie et lui dire je t’embrasse. Et c’est là que le bât blesse. Le personnage de Garrel détonne. Trop jeune, il est peu crédible. Il arase la différence des générations, il entretient un flou d’indifférenciation où tout semble égal. On trouve cette même non distinction entre les élèves et les professeurs. Les différences prof/élèves, ados/adultes sont des réalités qui ici sont abrasées, nivelées. Comment alors introduire du drame si tout concourt à atténuer les différences. Je baillais à suivre ce fleuve trop tranquille des passions amoureuses qui verse dans le banal scénario du trio de la fille aimée par deux garçons. Le contrepoint de la relation altersexuelle, bien sage et banalisée participe à cette espèce d’engourdissement, d’apathie. Lorsque Otto, après avoir poussé la chansonnette, se jette dans le vide, je suis demeuré peu affecté, certainement gagné par l’ennui.

J’aurais préféré plus de nerf, plus d’affrontement, de drame, d’audace. Je pense au film de Lola Doillon Et toi t’es sur qui ? Moins léché sur la forme mais autrement plus nerveux. Toutefois la galerie des choupinous de La Belle personne est bien agréable à regarder. Ainsi que je le notais au sujet de son précédent film, Louis Garrel devient insupportable.
* Je note la coïncidence XVI/ XVII eme siècle et le numéro de l’arrondissement très bourgeois où se déroule l’action du film, tout comme l’âge des protagonistes.
** Le titre La belle personne, le quartier huppé, la beauté obligée des ados aussi bien physique que vestimentaire frisent la caricature.
La Belle personne, film français réalisé par Christophe Honoré (2008).
sep. 16e, 2008
09:49 pm - LAKE TAHOE

Juan (Diego Cataño), un ado de 16 ans vient d’encastrer la voiture familiale contre un poteau. Peu de dégâts mais la voiture reste en rade ; impossible de la redémarrer. Comment est-ce arrivé ? c’est curieux car la rue est large, et il n’y a quasiment pas de circulation. Je pensais à une absence, à un acte manqué (et finalement réussit comme nous le découvrirons in fine). Cet événement inaugural du film n’est qu’un prétexte à une journée bien particulière pour Juan. Au cours de la première partie nous l’accompagnons dans ses déambulations à la recherche d’une bonne âme qui pourrait l’aider à réparer sa voiture. Le film démarre lentement par une succession de plans fixes scandés par des écrans noirs plus ou moins silencieux. Comme si le réalisateur voulait solliciter notre imaginaire pendant ces trous noirs, ceux de Juan. Ses pérégrinations le conduisent vers des garages fermés ou abandonnés, jusqu’à celui de Don Herber. Un vieux garagiste assoupi entiché d’un chien facétieux qui le considère d’abord comme un voleur, puis l’accueille, le nourrit et finit par diagnostiquer la cause de la panne de la bagnole. Lors du choc il a certainement endommagé le boîtier d’allumage. S’ensuit alors une nouvelle dérive à la recherche d’une pièce de rechange. Dans cette ville côtière du Yucatàn écrasée par le soleil la vie tourne au ralenti. Il échoue dans une boutique d’accessoires automobiles ouvert aux quatre vents et tenue par une fille mère perdue dans ses rêveries de chanteuse. Le sort semble s’attarder sur Juan. David (Juan Carlos Lara) le jeune mécano du magasin traîne les pieds à réparer la Nissan accidentée. Il préférerait entraîner Juan dans ses fantaisies de kung fu.
Diego Cataño & Juan Carlos Lara
Enfin la voiture redémarre et s’ouvre alors la seconde partie du film.Le rythme s’accélère, la pesanteur s’allège, les personnages prennentde l’épaisseur. On a appris incidemment que Juan venait de perdre son père et entraperçu sa mère qui s’enfonce dans une espèce de déréliction.
Juan traverse à nouveau la ville au volant de sa Nissan Tsuru rouge. Il retrouve Don Herber, puis David qu’il accompagne au cinoche voir un Bruce Lee et il termine sa tournée et sa journée un peu fortuitement dans le lit de Julia. Au matin il a changé. Il regagne sa maison, s’occupe de son petit frère.
Lake Tahoe, au scénario simple, traité de manière minimaliste avec un déroulement linéaire laisse une impression forte et durable. Le film s’installe doucement sous une sorte d’accablement qui tend à l’engourdissement à l’instar du ressenti de l’ado. L’accident résonne comme une crise, une fracture qui confronte Juan à une réalité nouvelle et brutale. La catastrophe existentielle liée à la disparition de son père s’actualise dans l’accident et la panne. Mais nous le comprenons dans un après coup, une fois le cheminement de Juan terminé et dépassé.
En fait cet accident va le fortifier et lui offrir les moyens de grandir, de quitter les limbes de l’enfance et entrer dans l’âge adulte et vivre.

En fait cet accident va le fortifier et lui offrir les moyens de grandir, de quitter les limbes de l’enfance et entrer dans l’âge adulte et vivre.
Voilà une belle illustration cinématographique d’un passage entre l’adolescence et l’âge adulte. Tout en finesse, Fernando Eimbcke, le réalisateur parvient à nous accrocher à son film. Il propose au début des espaces de penser, puis séquences après séquences il nous transporte subtilement et intelligemment jusqu’au terme de l’histoire.

juin. 19e, 2008
07:10 am - LES HAUTS MURS

Michel Jonasz
Les Hauts murs est resté très peu de temps à l’affiche et c’est in extremis que j’ai pu le voir récemment à Paris. Christian Faure est le réalisateur de l’emblématique Juste une question d’amour, et d’Un amour à taire des téléfilms produits et réalisés par France2. Voilà une bonne raison de courir voir son film avant qu’il ne disparaisse des programmations. Et c’est bien dommage! Les Hauts murs se situe dans la veine de The Magdalene Sisters de Peter Mullan et bien sur des choristes, mais sans le tapage médiatique, ni de musique pour adoucir les mœurs et encore moins d’adulte compatissant, il reprend le thème de l’enfermement de ces enfants difficiles rejetés par la société et leurs familles, ces incasables relégués dans des bagnes pour enfants.
Le réalisateur et son scénariste Albert Algoud se sont appuyés sur le récit autobiographique d’Auguste le Breton pour produire une oeuvre forte qui dénonce certaine théorie simpliste du tout répressif.
Dans ces univers où seules la force et la violence règnent les enfants subissent le sadisme des plus âgés et aussi des gardiens. La violence se décline à tous les étages. Du directeur sur ses gardiens, des gardiens sur les enfants et aussi des plus âgés sur les plus faibles.
Tout est sombre dans cet univers. Peu d’échappatoires pour ces enfants et adolescents insultés, stigmatisés, battus et considérés comme du gibier de potence.


Christian Faure dépeint avec justesse ses relégués, ce qui n’est pas autant le cas pour les adultes caricaturaux. La tonalité sombre du film est accentuée par de nombreuses séquences tournées la nuit, et aussi dans une forte saturation de noir et blanc. Un film de facture très classique.
Les jeunes acteurs jouent justes, la caméra les filme en gros plans comme pour révéler et accentuer la dureté de leur condition. Émile Berling, le fils de Charles Berling donne une vraie consistance à son personnage. Carole Bouquet traverse rapidement le film en bourgeoise éplorée.
Les hauts murs, film français réalisé par Christian Faure (2008).
Sur le thème des bagnes pour enfant on lira avec intérêt l’article à propos du film de Léo Joannon Carrefour des enfants perdus qui en 1944 dénonçait la politique de Vichy sur la rééducation de mineurs délinquants.
Voir aussi Les bagnes d’enfants, le livre de Paul Dartiguenave.
juin. 18e, 2008
04:10 pm - BOY

Comme chez Kirsty Gunn, la mer participe au décor de Boy, le roman de James Hanley. Mais ici le climat y est plus noir, la trame plus dramatique. Á Liverpool, au début des années trente, le jeune Fearon, âgé de treize ans, doit brutalement quitter l’école où il suivait une bonne scolarité. Il pouvait même prétendre à une bourse afin de poursuivre des études qui pensait-il le conduirait au métier de chimiste. Mais ses parents ne l’entendent pas ainsi et ils obtiennent une dérogation pour qu’il aille bosser pour rembourser les dettes des beuveries du paternel. Le professeur à qui Fearon se confie renonce à le soutenir persuadé que toute tentative de sa part est vouée à l’échec. Et c’est à coup de torgnoles que son père le contraint à le suivre au chantier naval où il trime. Il ne peut concevoir pour son fils une vie différente à son indigente existence. Fearon range aux rayons des chimères, l’espoir de porter plus tard des chaussures en cuir comme son professeur, de s’extraire par l’éducation au misérable et sordide statut social de sa famille. L’enfant, que l’auteur nomme le plus souvent ainsi renonce à toute velléité d’émancipation. Aliéné à sa condition d’enfant, de soumission à la bêtise de ses parents et tenaillé par la peur (fear) d’être rejeté par ses géniteurs, il n’a d’autre choix que d’accepter de revêtir les oripeaux imposés par l’étriqué dessein parental.
Le voici donc sur un bateau à nettoyer les fonds de cales infestés de rats et à racler les parois brûlantes de la chaudière. Et pour faire bonne mesure une dégradante séance de bizutage complète son entrée dans le monde du travail. Toi qui entre ici abandonne tout espoir serait-on amener à penser.
Pour échapper à cet enfermement il s’embarque clandestinement sur un vieux rafiot en partance pour Alexandrie. Découvert à moitié mort dans la soute à charbon il devient moussaillon. De Charybde il navigue vers Scylla. L’équipage le rudoie, le méprise et le considère comme corvéable et baisable à merci. Il focalise sur sa frêle personne toute la haine, et les projections négatives de l’équipage. La traversée vers Alexandrie s’apparente à une douloureuse renonciation de ses dernières illusions romantiques. Le capitaine cyclothymique le considère distraitement, seul l’ingénieur mécanicien lui conseille de fuir la rudesse de la vie maritime. L’escale en Egypte scellera son tragique parcours.
Ce roman aux accents dickensiens, d’un réalisme saisissant, dépeint une société rigide et dure. Le roman n'est qu'un long et formidable rire d'ordure océanique noyée dans une jungle glauque d'icebergs fêlés, de démence, d’hystérie, de vomi, de flammes et d'hallucinations (Henry Miller). C’est la sordide histoire d’un enfant, au prénom quasiment tu tout au long du récit comme pour mieux souligner son absence d’individualité. Arthur pour ses parents représente une force de travail juste bonne à rapporter quelques subsides. Pour certains marins il est un esclave dont on peut même abuser sexuellement. Jamais ou trop rarement son désir n’est entendu. Broyé par une hiérarchie familiale et sociale inflexible Fearon, seul, la nuit en vain criera au secours, maman. Rejeté, nié dans sa personnalité il perd tout espoir.
James Hanley avant d’être journaliste puis écrivain avait connu le monde de la mer comme matelot dès l’âge de 17 ans. La précision du vocabulaire, ses descriptions confèrent une grande force évocatrice au récit. Le langage cru et une scène de bordel qualifiés d’obscène lui valurent les foudres de la censure anglaise. Vraiment étonnant car l’obscénité était ce que subissaient ces enfants maltraités par les adultes, exploités et considérés comme des esclaves.
Ici l’avis de Matoo.
Boy (Another World), roman anglais de James Hanley (1931), traduit par Jean Perier (2003) Èditions Joëlle Losfeld. 267 pages.
Puisque au début j’évoquai le roman Le garçon et la mer de Kirsty Gunn, j’ai pensé également à un court récit de Simon Leys Prosper lorsque jeune homme il s’embarqua sur un des derniers thoniers à voile pour une campagne de pêche à la fin des années cinquante. C’est un témoignage d’une marée, expérience d’un été du futur sinologue qui décrit la vie si particulière des marins.
mai. 29e, 2008
07:23 pm - LE GARCON ET LA MER

Alors que ses copains s’amusent avec des filles, il remarque que la mer se modifie, que les courants froids viennent taquiner les courants chauds et il se souvient des leçons de son père. Les conditions sont réunies pour que l’océan accouche de la Vague, la nordique, celle dont rêve les surfeurs aguerris. Une vague immense, terrible et magnifique. Il attend sur la plage, il hésite d’en parler à Alex qui s’intéresse plutôt à la fête chez Beth, l’occasion de retrouver sa copine Jenny. Toutefois il parvient a extraire Alex pour une sortie en mer, mais la mer reste étale. Ils rentrent et Alex se dépêche de s’habiller pour rejoindre la bande chez Beth. Ward n’est guère enthousiaste à le suivre. Il songe à cette nordique. La chance de montrer ce dont il est capable. Une vague unique qu’il ne faut pas louper. Un défi mortel.
Il repart en mer et surprise il découvre que son père l’a précédé. Il le suit face à cette vague mythique. Son père s’est déjà lancé. Il semble dompté la vague, la maîtriser. Ward ne peut que l’accompagner, une fois de plus. Derrière Ward aimerait que son père l’aperçoive et soit fier de lui. Mais non le voilà qui s’engouffre dans le tube et disparaît. Ward rejoint l’endroit où il a disparu dans la montagne d’eau …
Joli roman qui condense en une journée une étape fondatrice d’un adolescent introverti, en quête de reconnaissance de ses parents et de ses amis. Il se réfugie et se renferme dans bulle. Il est soumis, hanté par son père, sorte d’identification envahissante, au surmoi sévère et tyrannique. Comment parvenir à sa hauteur, voire à le dépasser. Un cap, une vague à surmonter.
La mer offre un décor métaphorique dans lequel évolue l’adolescent. Cette mer qui est comme un rideau de théâtre qui va bientôt s'ouvrir pour tout (lui) révéler, comme si tous ses espoirs, il en était conscient, se trouvaient là-bas derrière ce rideau, qui, en s'ouvrant, allait révéler qu'il n'y avait rien là qui doive susciter sa peur, ou sa honte, ou même ses doutes».
Kirsty Gunn saisit parfaitement ce mouvement psychologique de prise de risques insensés propres aux adolescents qui s’engagent dans des actes au mépris du danger et de leur vie. Elle capte avec finesse les doutes, les angoisses qui tenaillent cet adolescent.
L’auteure sollicite les sensations, des ressentis à peine palpables dans un style qui quelquefois me faisait flotter entre deux eaux. La lecture requiert de l’attention pour suivre ce récit initiatique et poétique. Une belle illustration d’un apprentissage, du franchissement d’une étape structurante d’un garçon avec pour compagnon une mer magnifiquement rendue.
Lire l’avis de Clarabel.
Le garçon et la mer, The Boy and the Sea, roman néo-zélandais de Kirsty Gunn (2005). Traduit par Anouk Neuhoff. Editions Christian Bourgois (2007), 166 pages.
mai. 25e, 2008
06:12 pm - JE PARLERAI DE TOI À MON AMI D' ENFANCE

Sur la couverture on distingue un jeune garçon assis, les bras croisés sur ses jambes repliées. Il se tient au bord de ce qui ressemble à un canal de la lagune vénitienne. Il est pensif. Cette photo attire mon attention ainsi que le titre je parlerai de toi à mon ami d’enfance. Une bonne occasion de découvrir un auteur dont le patronyme ne m'est pas inconnu.
Ce roman autobiographique débute par l’évocation d’un cauchemar. Il se souvient de la figure d’un pirate dessiné par son grand frère qui était accrochée au mur de sa chambre. Faiblement éclairé elle effraye le jeune enfant. Cette angoisse qui ressurgit une bonne quarantaine d’années plus tard se niche au fond de sa mémoire. L’occasion pour Jérôme d’Astier de nous emmener à la découverte de ses souvenirs d’enfance. Une enfance protégée au sein d’une famille bourgeoise. Son père, Emmanuel d’Astier de la Vigerie, grand résistant, député communiste progressiste dans les années cinquante apparait un peu raide et pas très affectif. Les échanges avec son fils sont rares et formelles. Alors que son frère devient un bel adolescent costaud, Jérôme souffre de dysenteries, garde une allure frêle et peu sportive. En revanche ses études se déroulent bien, il enchaîne avec brio les différentes classes.
L’auteur retrace ses années de jeunesse en nous conviant à une promenade poétique dans son univers enfantin. Au grée des chapitres et de la vie familiale nous croisons, au détour d’un escalier à Lausanne Zhou EnLai, sur la plage du Lido Althusser, à table Mitterrand ou encore Jean Paul Sartre. Les noms de ces personnalités apparaissent subrepticement pour s’éclipser tout aussi rapidement. À côté de ces figures facilement reconnaissables, l’auteur dépeint sa famille. La branche maternelle d’origine russe dispersée entre Londres, Barcelone…
Si la stature du père en impose par sa rigidité et une certaine froideur affective, la mère au contraire tend à l’étouffer sous une tendresse excessive, elle pesait cent kilos de duvet.
Longtemps après il se remémore ses moments intimes partagés avec cette mère fantasque, entourée de ses amis. Des personnages hauts en couleur, comme cet anglais qu’il prenait injustement pour l’amant de sa mère alors qu’il préférait les hommes.
Joli récit où Jérôme d’Astier parvient à restituer l’univers de son enfance en préservant la fraîcheur de cet âge. J’ai pris plaisir à lire ce roman au style poétique.
Extrait :
Plus tard, beaucoup plus tard, je rencontrerai un jeune homme. Il m'accueillera dans sa soupente. Nous parlerons. Je verrai sa souffrance et il me semblera la comprendre. La nuit tombera, tandis que nous parlerons, et la soupente se fera obscure. Quand nous nous tairons, je lèverai les yeux et je regarderai la fenêtre oblique, un carré de ciel percé dans la toiture, où bouge un feuillage. Ce sera l'été. Il aura pleuré dans mes bras. Les feuilles me parleront, sur le ciel à peine moins sombre qu'elles. Cette nuit-là sera une nuit d'enfance, mais vécue beaucoup plus tard. Parce qu'on n'a jamais vécu son enfance entièrement. Il en reste toujours quelques heures, quelques matins ou quelques nuits, pour l'avenir.
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