BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK
déc. 2e, 2009
04:29 pm - J’AI TUÉ MA MÈRE

J’ai vu ce film il y a quelques temps et je gardais dans un coin de mon disque dur un billet à écrire.
Le titre : J’ai tué ma mère résonne comme un matricide, en fait ici il s’agirait du meurtre inversé du complexe d’Œdipe où le jeune garçon devrait symboliquement tuer le père dans le franchissement de ce complexe.
Le film décrit les rapports tumultueux d’une mère (Anne Dorval) engluée dans un univers rabougris, tristounet et un fils (Xavier Dolan) qui découvre les plaisirs de l’amour, de l’art, la vie. Tout l’horripile chez elle et il ne se prive de le lui signifier sur un mode caractériel. Aussi bien son comportement au quotidien, du plus basique lorsqu’elle mange, qu’à ses réflexions stupides. Il filme en gros plan la mère déglutir de la nourriture ou se vautrer sur un divan à rêvasser devant des feuilletons ridicules. La décoration de l’appartement est à l’unisson de la médiocrité maternelle. D’affreux tableaux en canevas pendent au mur que souligne l’horrible l’abat jour aux couleurs criardes. Pour Hubert tout lui sort par les yeux et il ne se prive pas pour le crier. Cet adolescent de seize ans est tiraillé par des souvenirs heureux de son enfance (certainement idéalisés) et la réalité actuelle faite d’incompréhension. Sa mère ne l’écoute plus, et chacun se réfugie dans l’hystérisation d’incompréhensions réciproques. Hubert préfère extérioriser sa haine, certainement pour la faire réagir pour retrouver une mère attentive à son écoute. Il garde la trace de moments de tendresse partagée qui aujourd’hui se perdent dans d’incessantes engueulades, claquages de porte, vaisselle jetée et même de coups.
Anne Dorval & Xavier Dolan
La mère de son charmant copain Antonin (François Arnaud) présente un tout autre profil. Une femme cool, libérée qui accompagne les désirs de son fils et propose de l’accueillir chez eux. Une mère idéale ? Oui pour Hubert qui ne vit pas avec elle. Tout comme la prof solitaire qui le prend sous son aile, pour le guider littérairement à trouver un certain apaisement, à métaboliser sa haine. Entre l’ouverture sur des possibles en pleine expansion et la morne vie routinière de sa génitrice, tout est sujet à révolte, à explosion pour Hubert. Sa mère comme réponse lui serine une normalité dont il n’a que faire : J’aimerai bien faire un sondage dans ta classe pour savoir si… les autres mères sont différentes de moi. Bref tout l’insupporte chez sa mère. En fait il l’aime et il lui est aussi vital de mettre de la distance avec elle.
La figure paternelle est lacunaire, très peu présente et fragmentée dans divers personnages. Le fils se trouve face à une mère divorcée qui englobe plusieurs fonctions. Maternelles bien sur et aussi des fonctions paternelles. À un moment la mère d’Hubert le convoque pour l’épauler face à la rébellion de leur enfant. Celui-ci ne fait qu’entériner une décision suggérée par son ex femme de l’expédier en pension. Il est incapable d’une moindre parole pour son fils. C’est même un traquenard qui lui tend. Hubert aurait souhaité qu’il essaye de le comprendre, qu’il prenne le temps de discuter avec lui, en fait le père se désintéresse des problèmes de son adolescent. Tout repose sur une mère dépassée qui cristallise et focalise sa haine qui se traduit par des emportements somme tout bien compréhensibles. Un ado (je le répète souvent) est pris dans des contradictions qu’il maîtrise difficilement et qui le met dans une tension que seules les décharges verbales et motrices parviennent à calmer… jusqu’à la prochaine crise. L’ado refuse de se conformer à un cadre adulte qu’il considère figé, voire mortifère, ses réactions n’en sont que plus salutaires et nécessaires. Les parents n’ont comme solution que résister, attendre et tenter souvent en vain de tempérer leur ébullition.
Et Hubert Dolan pimente son récit de son altersexualité. Que du classique : la mère abasourdie, le fils bien dans sa tête mais hésitant quant à lui dire (le climat ne s’y prête pas vraiment), ce sera la mère d’Antonin qui mettra les plats dans le plat ! Dans une scène magnifique les deux copains vont réunir leur fougue pour la peinture et pour le plaisir charnel. La séance de peinture vire au dripping où leurs les corps servent de médiation.
Xavier Dolan & François Arnaud
Autre trouvaille, Hubert utilise un caméscope pour confier, enregistrer ses humeurs. C’est un regardant un de ces enregistrements que sa mère comprendra son fils. Elle en profitera pour asséner une mémorable engueulade téléphonique au directeur du pensionnat suite à une fugue de son fiston.
Je pensais à de nombreux films, le coming out révélé par la mère du copain (Juste une question d’amour) l’auto filmage (Ma vraie vie à Rouen). Et aussi cette urgence à vivre comme chez Sacha.
J’ai tué ma mère est une réussite. Le film est drôle, touchant. Xavier Dolan filme avec énergie et intelligence les turbulences de l’adolescence.
Bien sur le côté narcissique de l’acteur réalisateur frise l’overdose avec de nombreux gros plans de son visage, de son corps de choupinou … exaspérant. De même les scènes de disputes à répétitions qui s’étirent peuvent à la longue ennuyer, mais les trouvailles, la vivacité, l’humour, la jeunesse emportent mon adhésion.
Encore bravo à ce jeune qui a réalisé et produit quasiment seul ce film où il tient le rôle principal.
Lire ici un excellent résumé complet.
Xavier Dolan & Niels Schneider
Lire ici l'avis de Bernard A.
J’ai tué ma mère, film canadien québécois réalisé par Xavier Dolan (2009).
déc. 23e, 2008
03:02 pm - PLUS TARD OU JAMAIS

Comme chaque été, les parents d’Elio accueille en résidence un jeune professeur d’université américain dans leur villa au bord de la Méditerranée. Oliver, l’hôte estival achève un livre sur le philosophe Héraclite et il peaufine au bord de la piscine sa traduction en italien. Le narrateur, Elio, bientôt 18 ans, passe ses journées à transcrire au piano des partitions de Haydn. Elevé par un père un universitaire l’adolescent un peu réservé possède une remarquable culture générale pour son age. C’est un garçon sensible en devenir, il est attiré par ce charmant professeur de sept années son aîné dont il recherche les ressemblances, comme leur commune judaïté. Ce qui me déconcertait, c’était qu’il ne semblait pas prêter attention au fait que j’en portais une aussi (étoile de David). Comme il ne prêtait sans doute aucune attention aux regards que je laissais errer du côté de son maillot de bain pour essayer de distinguer les contour de ce qui faisait de nous des frères dans le désert.
Oliver maintient une certaine distance, il a certainement aperçu l’émoi turgescent d’Elio un après midi lors d’une rencontre inopinée pendant une sieste. Les deux garçons feignent d’éviter un trop grande proximité entre eux. Un peu plus tard Elio récupère le slip de bain d’Oliver. Je le portai à mon visage, puis m’enfouis mon visage dedans, comme si j’essayais de m’y blottir tout entier et de me perdre dans ses plis. Cette scène de fétichisme assez récurrente dans ce genre d’histoire se poursuit. Elio enivré par l’excitation pulsionnelle s’enhardit, va se coucher dans son lit en espérant être découvert par son adoré. L’acte venant court-circuiter une parole impossible à prononcer. Faute de parvenir à lui exprimer ce qu’il ressent, il rêve, tente de se persuader de cet impossible amour, un honteux désir. Lui prêtant de nombreuses conquêtes féminines, Elio s’amourache de Marzia, une voisine qu’il flirte et baise avec plaisir. Mais il ne peut lui taire plus longtemps son attirance. Il profite d’une balade pour le lui dire à mots couverts.
Plus tard ou jamais revient sur l’incandescence de ce premier amour. De sa lente maturation, difficile acceptation et reconnaissance. Elio comme Oliver éprouvent des sentiments semblables mais ils n’osent les exprimer. Chacun se garde de se dévoiler trop clairement. La crainte, mêlée d’un peu de culpabilité les retient de ce honteux désir à vivre.
Ce beau roman quitte heureusement les berges sages de l’amour qui n’ose reconnaître sa réalité pour des accélérations fortes et réjouissantes. Elio au lendemain de leur première baise ressent une certaine gueule de bois. Je me demandais quand la nausée passerait. De temps en temps, une sensation douloureuse déclenchait un regain de gêne et de honte. Quiconque a prétendu que l’âme et le corps se rencontrent dans la glande pinéale était un âne. C’est dans le trou du cul, idiot.
Ces quelques respirations où les désirs échappent à une intellectualisation trop présente dans le roman illuminent le récit. On retiendra également à la fin du roman, lorsque Elio revient chez lui après avoir passé trois jours à Rome avec Oliver avant qu’il ne reparte pour les Etats Unis, le bel échange entre Elio et son père qui a deviné leur secrète accointance. Dans une magnifique formule il invite son fils, le lecteur au carpe diem. La façon dont tu vis ta vie est ton affaire. Mais souviens toi notre cœur et notre corps nous sont donnés qu’une fois. Maintenant il y a le chagrin. Je ne t’envie pas la souffrance. Mais je t’envie le chagrin.
Lire ici l’avis de Jean-Yves.
André Aciman
nov. 5e, 2008
10:28 pm - OBAMA

Je me suis réveillé un peu avant 5 heures. J’allume la radio et j’apprends la victoire de Barack Obama. Quelques minutes plus tard j’écoute son beau discours dans lequel il appelle à l’union de tous les américains quelque soit leur origine, leur appartenance politique et leur orientation sexuelle.
Hello, Chicago.
S'il y a quelque part quelqu'un qui doute encore qu'en Amérique tout est possible, qui se demande encore si le rêve de nos Pères fondateurs vit encore à notre époque, qui s'interroge encore sur la force de notre démocratie, ce soir, voici votre réponse.
C'est la réponse donnée par les files d'attentes qui se sont allongées devant les écoles et les églises dans des proportions que ce pays n'avait jamais vues, par des gens qui ont attendu trois ou quatre heures, souvent pour la première fois de leur vie, parce qu'ils pensaient que cette fois devait être différente, et que leur voix pouvait faire cette différence.
C'est la réponse donnée par les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres, les démocrates et les républicains, les Noirs, les Blancs, les Hispaniques, les Asiatiques, les Indiens (natifs), les homosexuels, les hétérosexuels, les handicapés et les valides. Des Américains qui ont envoyé au monde un message: nous n'avons jamais été une simple juxtaposition d'individus ou une juxtaposition d'Etats rouges et d'Etats bleus Nous sommes, et nous serons toujours, les Etats-Unis d'Amérique.
Derrière ce bel espoir d’une Amérique généreuse se terrent toujours des conservatismes que j’aurai aimé voir balayer. Dans trois états : Californie, Floride, et Arizona les électeurs ont rejeté le mariage entre personnes de même sexe. En Arkansas près de 57% des votants refusent l’idée de l’adoption pour les gays et lesbiennes. Il reste encore du chemin à parcourir ….

