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BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK

fév. 8e, 2008

07:26 pm - JUNO



Juno, 16 ans tombe enceinte presque par hasard. Plutôt que de s’ennuyer à regarder The Blair Witch Project à la télé, elle a déniaisé Paulie son petit copain. Et maintenant que faire du bébé ? Un petit tour au centre d’orthogénie la dissuade de recourir à l’avortement ! L’accueil, les clients, tout cela lui paraît bien glauque, bref sur un coup de tête elle renonce. Les parents bienveillants acceptent quasiment sans moufeter sa décision de mener à terme sa grossesse. Mais comme elle se considère trop jeune pour l’élever, elle consulte les petites annonces pour dénicher des parents adoptifs. Elle repère un couple idéal à ses yeux, ils sont riches, beaux, jeunes ils feront l’affaire. Il ne reste plus qu’à la suivre durant sa gravidité.

Jennifer Garner, Jason Bateman et Ellen Page.

Tout tourne autour de Juno. Elle a du bagout, ce qui laisse peu de place à la parole des autres et comme son langage est rythmé par des réparties souvent drôles, on se trouve emporté.

Tout cela semble bien gentillet, d’ailleurs dans cette histoire tout aspect anxiogène est scotomisé. Point de réflexion autour du désir de maternité, du devenir de l’enfant. Elle exhibe la métamorphose de son ventre de plus en plus proéminent sans état d’âme. On voit que l’environnement quelquefois s’étonne mais sans plus. Ses parents bonne pâte l’accompagne à distance sans se formaliser. Et puis la gestation s’égrène le long de saisons qui défilent et de lycéens joggers qui s’entraînent devant sa maison.

Ellen Page et Michael Cera.

Pas de questionnement éthique sur le portage d’un enfant et de son abandon, « comme Moïse » lâche-t-elle en guise d’explication pour le justifier. C’est un peu court. Et je crois que c’est ce qui m’a déplu dans ce film. Sous une logorrhée bien troussée et souvent drôle le spectateur assiste navré à cette quasi absence de regard critique. Il y a bien quelques esquisses, mais c’est souvent éludé.

Pourquoi un tel enthousiasme critique ? Je reconnais que l’actrice porte le film et qu’on admire son abattage. Quelques répliques savoureuses, des séquence marrantes comme ces jeune joggers dans leurs flottants de satin jaune qui tel un leitmotiv passent régulièrement devant la caméra. Reste un film de divertissement. Dans Juno tout est propret, mièvre et formaté pour plaire à un large public consensuel.
On est loin de Little Miss Sunshine et sa vision iconoclaste de l’école des fans. Pendant le film je repensais au sympathique Echo Park L.A. des compères Richard Glatzer et Wash Westmoreland. Cette histoire de Quinceañera où la jeune Magdalena se retrouve enceinte et doit se dépatouiller avec une famille hostile et la débandade du garçon.

Des avis ici.

Juno réalisé par Jason Reitman film américain (2007)

fév. 5e, 2008

11:20 pm - LIVE



Jusqu’où peut aller une chaîne de télévision pour doper l’audience et engranger le fric de la pub ? Une directrice des programmes entourée de son équipe se creuse les méninges, les idées fusent et la plus insensées est retenue. Et si on transformait Qui veut gagner des millions ?  par la roulette russe ? Donnons un Magnum  à six candidats,  les cinq rescapés palperont chacun cinq millions de dollar et nada au perdant. Bien sur sous la forme du direct, en LIVE !

A part quelques réactions morales de principe, l’idée franchit les filtres juridiques, directionnels et même du CSA étatsunien. Le peu de réticence éthique (oh quel vilain mot) envolé, il ne reste plus qu’à mettre en place le jeu. Facile de trouver six quidams prêts à se faire sauter la cervelle pour une hypothétique galette. Façon Loft Story on sélectionne six individus représentatifs d’un panel sociologique. Une pédé latinos, un fermier endetté suite à une opération onéreuse pour sauver son chérubin, une bimbo qui rêve d’Hollywood, une artiste déjantée, un étudiant insouciant, et un jeune noir en mal d’écriture. Un bel échantillon de l’Amérique. Devinez qui va mourir ? Comme il faut rester politiquement correct ce ne peut être que le plus américain des américains.

Le choupinou Jay Hernandez (le 2eme en partant de la gauche)

Bill Guttentag, le réalisateur, jusque là habitué des documentaires, reprend le principe du film documentaire. Il suit la préparation de ce projet de jeu en filmant les protagonistes. Cela lui permet de jouer à la caméra cachée pour mieux relever les bassesses et compromissions de Katy la productrice pour faire aboutir son programme. Il se focalise sur Katy (Eva Mendes), genre pin up arriviste sans scrupule qui mène tambour battant son idée. Ensuite nous devenons des spectateurs devant leur télé, voyeurs haletants entre deux coupures de pub à attendre anxieux et étrangement fascinés le dénouement forcément tragique.

Déjà en 1983 avec Le prix du danger de Yves Boisset traitait ce thème. Dans une société futuriste, le prix du danger est le nouveau jeu d'une chaîne de télévision. Un homme doit rejoindre un endroit secret en évitant cinq hommes venus pour le tuer. S'il réussit, il empoche beaucoup d'argent … .

C’est donc une violente critique des méthodes télévisuelles. Bill Guttentag en profite pour dénoncer l’hypocrisie de cette Amérique qui glorifie les armes à feu, la violence et qui s’offusque du moindre bout de téton filmé on est pas en France s’exclame un réalisateur.

La charge frise la caricature si bien que l’on reste extérieurs à cette histoire. Néanmoins je me suis surpris d’être emporté par un voyeurisme qui nous conduit quelquefois à rester scotchés devant l’écran.
On retiendra la performance d’Eva Mendes aussi la productrice de LIVE qui monopolise un peu trop la caméra.

 D’autres avis ici.

jan. 18e, 2008

07:23 pm - INTO THE WILD


Avec réticence je me suis résolu à voir Into the wild au complexe multi salles car il est projeté en version française.  En revanche, je l’ai vu sur grand écran et bien confortablement assis, ce qui est préférable vu sa durée.
Chris, puis Alexander Supertramp (Emile Hirsh), largue sa famille alors qu’il vient juste de terminer brillamment ses études à l’Université de Géorgie et que ses parents lui offrent une voiture toute neuve. Ils en ont marre de le voir se trimballer dans sa vieille guimbarde japonaise. Las, Chris désire autre chose que des objets comme témoignage de leur amour. Depuis quelques années il ne supporte plus leur fausse entente conjugale, leurs méprisables secrets familiaux, il aspire à la Vérité, dans ce pays où le parjure est élevé au rang de crime. Il décide de se tirer, de masquer son identité, et il refile ses économies à un organisme de charité. C’est un cuir par la force des choses, sa vieille Datsun n’a pas résisté à l’impétuosité d’une rivière en crue à côté de laquelle il s’était imprudemment installé. Donc chaussé de ses godasses en cuir il s’engage dans une aventure solitaire. Il arpente les vastes territoires sauvages du Colorado, de l’Arizona… Son credo retrouver une vérité, le sens de la vie, la recherche du bonheur. Chemin faisant il croise un couple de hippies qui n’a pas su garder leur fils parti sans rien dire, de jeunes danois un peu déjantés. Il séjourne quelques temps chez des cow-boys d’aujourd’hui : des moissonneurs de champs de blé, dont Wayne trafiquant de décodeur, le temps de glaner quelques dollars pour financer son projet, son obsession : aller toujours plus loin dans sa quête de vérité qui ne pourrait se découvrir que loin de toute civilisation. Ce sera l’Alaska.

 

Avant d’y parvenir il traversera la Californie, se fera violemment éjecter d’un train, puis il croisera Ron, un retraité militaire reconverti dans l’artisanat sur cuir. Le vieux, attendri par la jeunesse et la fougue d’Alexander, lui propose même de l’adopter. Non, Chris poursuit sa route et finit par se rendre au bout du monde, en pleine nature sauvage au cœur du Yukon avec de magnifiques et grandioses paysage montagneux enneigés. Un magic bus abandonné lui sert alors d’abri de fortune.

Alexander Supertramp  Emile Hirsh.

Le récit se découpe en plusieurs épisodes comme autant d’étapes de sa nouvelle existence. La re naissance, l’adolescence, l’age adulte, la famille et la sagesse. Deux années vont s’écouler avant que le rêve vire au cauchemar et qu’il meurt de malnutrition et d’empoisonnement.

Scénario adapté d’un livre de Krakauer basé à partir d’une histoire vraie.
Ce road-movie est traversé de références littéraires que Chris distille tout au long de son parcours initiatique, existentiel. Tolstoï, Byron, Thoreau  alimentent la pensée du jeune vagabond qui nous gratifient d’aphorismes symplistes, sympas/ simplistes. Du style : le bonheur n’a de sens que partagé… .
Sean Penn accumule les oppositions, nature et civilisation, solitude et socialisation, la terre et le ciel, …  Chris abandonne la civilisation et une carrière toute tracée pour glisser progressivement into the wild. Mais la civilisation n’est jamais loin avec ses jets qui zèbrent le ciel, et qui le rattachent à son père, ingénieur à la Nasa.  Alexander le vagabond arrachent ses oripeaux familiaux avec obstination alors que ses amis de rencontre l’enjoignent de les maintenir un minimum. Alexander s’accroche à la terre et à ses productions naturelles, en rejetant les produits manufacturés, l’argent, les symboles de l’Amérique conquérante.

Omniprésence de la nature avec ses immensités désertiques, dépeuplées, ses rythmes saisonniers, ses règles intangibles, une erreur peut se révéler fatale.
De splendides images illustrent cette errance, descente tourbillonnante du fleuve Colorado dans le Grand Canyon, le Lake Mead, le désert de Mojave et bien sur l’Alaska. Quelques belles trouvailles de scènes, de travellings, notamment la dernière séquence où la caméra quitte le visage du protagoniste pour s’envoler très haut dans un fondu remarquable.
On frôle de petites et grandes bestioles plus ou moins sympathiques, ours, serpents, araignées, élans, loups, … Mais le décor n’est jamais envahissant au point d’édulcorer le récit.
Et on suit sans lassitude Chris/Alexander, choupinou et trappeur barbu jusque dans sa déchéance finale.

Ron Hal Holbrook, Emile Hirsh (Choupinesque)

Avant de voir le film je pensais à Jeremiah Johnson, le western culte de mon adolescence. Effectivement on retrouve la force de la nature, il y a aussi un côté Gerry dans cette marche un peu vaine. 
Un vrai film américain avec ses grands espaces, les frontières à rechercher, à dépasser, et une morale finale malheureusement teintée d’une bondieuserie navrante inutile.

Lire des avis ici, celui de Chori et une interview du chef op’. 

déc. 27e, 2007

10:52 am - PRENDS - MOI PAR LA MAIN


Le roman de Sheri Joseph s’enracine dans le Southern étasunien conservateur. Plus précisément près d’Athens à l’est d’Atlanta. Muriel et sa fille Sidra élèvent des chevaux. Sidra, une jeune femme assez libre sort avec Curtis un voisin, qui traîne sa nonchalance et joue avec des copains dans un groupe de rock. Son demi frère Paul , 17 ans en admiration devant son grand frère utilise ses vacances à lire et à flâner le long de la route nationale en attendant qu’une voiture s’arrête et qu’un type lui propose de baiser. Les deux frères sont dissemblables. L’aîné un peu rustaud amateur de bières et de retransmissions de matchs de base-ball s’offusque de croiser son cadet à l’allure si différente.
« Jusque-là le fils de Dan, Paul, s’était montré calme et bon élève, mais c‘était comme s’il était trop sage – ils ne pouvaient mettre le doigt dessus mais ce n’était pas naturel. Bien des choses le distinguaient : il était plus petit que les autres garçons, avec un air fragile ; et au lycée son regard inquisiteur , loin de mourir avec celui des autres adolescents, s‘était au contraire aiguisé d’une ruse oblique chargée de desseins secrets qui donnait envie aux autres garçons de le jeter conter les casiers pour le punir de passer par là».
Curtis rejette et insulte violemment son frangin qui aimerait pouvoir discuter et partager des moments avec lui. L’homophobie sourde dans le comportement et les paroles du grand frère alors que le père garde une attitude respectueuse et tendre pour son plus jeune fils.
Paul se fait alpaguer par un flic sur un parking pour racolage puis sermonner par un juge - ça ne rigole dans cet état-  et Dan en bute aux commérages injurieux demande à Muriel de l’accueillir. Sidra prend d’affection Paul qu’avec bienveillance elle surveille du coin de l’œil. Sidra louvoie entre Paul et son petit ami Curtis, elle arrondit les angles, d’autant que Paul séduit et s’amourache de Kent, le chanteur du groupe de rock de Curtis.   

Rien de follement palpitant dans ce bouquin, si ce n’est le regard chaleureux que leur porte l’auteure américaine. On pourra regretter le personnage un peu trop sensible de Paul, mais derrière l’apparence physique se cache une forte personnalité. En dépit des mentalités conservatrices, l’adolescent témoigne d’une franche volonté à vivre selon ses désirs.
Prends-moi par la main décrit des personnages en quête d'amour et de considération. Chacun tente de trouver sa voie et un sens à son existence.

Lire l’avis de Jean-Yves. Le site de l’auteure.

Prends-moi par la main (Bear Me Safely Over) 2002, de Sheri  Joseph, traduit par Maryse Leynaud, 256 pages chez Rivages.

déc. 19e, 2007

05:53 pm - I' M NOT THERE



Je ne suis pas là, titre d’une de ses chansons, suggère la question : mais où est Bob Dylan et surtout qui est-il ?
Dans ce film où son nom n’est jamais prononcé, Todd Haynes répond en confectionnant un patchwork composé d’assemblages d’épisodes de la vie, des visages et des compositions musicales du chanteur. Déclinaison en sept portraits portés par six acteurs. À la fois chronologique et thématique chaque représentation dévoile une facette fantasmée de sa personnalité. L’artiste est insaisissable, ayant lui-même pris soin de travestir son existence à commencer par son patronyme (Robert Zimmermam).
Nous savons que la vérité se dérobe à notre connaissance, aussi l’option choisie par le réalisateur s’avère astucieuse : évoquer Dylan sous la forme d’un puzzle que chacun pourra assembler à sa guise tout en sachant qu’il demeurera parcellaire et incomplet.

Todd Haynes nous balade à travers l’Amérique et son histoire récente. Tels des hoboes nous arpentons les territoire imaginaires du chanteur. Prenant souvent le train nous regardons défiler le paysage par bribes, et nous accrochons les wagons de cette mosaïque de vie. Alors suivons Todd Haynes avec ses sept visions de Bob Dylan pour saisir un peu ce personnage si emblématique du dernier tiers du siècle passé.

Le premier convoqué est la figure d’un jeune adolescent noir en rupture sociale, échappé d’un centre de rééducation. Il s’alimente de vagabondages sur les traces de Woody Guthrie. Un très jeune poète qui puise dans ses racines terriennes (la country et le blues) et étrangères tout comme notre troubadour, lui d’origine européenne.
Quelques années plus tard le voici devant une sorte de tribunal sous les traits d’Arthur, le grand adolescent rebelle aux semelles de vent qui écrivit Je est un autre.
Il réapparaît sous les traits de Robbie, l’acteur, qui rencontre Claire (Charlotte Gainsbourg), à la french touch. Elle essaye de le retenir alors qu’il joue à l’élastique. Dans cette séquence plus intime il se montre tendre, et il se comporte aussi comme un odieux macho.

Charlotte Gainsbourg & Heath Ledger.
Ensuite il est Jack, chanteur contestataire que toutes les causes révolutionnaires s’arrachent et veulent récupérer.  Comme à son habitude il se dérobe, refusant d’endosser des habits trop étriqués jusqu’à ce qu’il devienne John, un prédicateur qui entraîne ses ouailles dans un époustouflant Gospel revisité.


Puis il se métamorphose en Jude l’androgyne incroyablement interprétée par Cate Blanchett*. Frêle silhouette à l’opposée du viril Robbie, en pleine époque machiste américaine empêtrée dans la guerre du Vietnam.
Et pour clore, il est Billy the Kid (Richard Gere), un vieux cow-boy solitaire, qui aurait survécu à Pat Garett. Au bord de la  frontière, comme dans les westerns, il chevauche les immenses plaines et forêts où sourdent les bruits d’un monde en fureur.

Richard Gere.

Entre Judas et le Christ, d’Allen Ginsberg à Joan Baez en passant par James Baldwin que l’on aperçoit lors d’une remise de prix, on suit ce portrait chinois au rythme de ses magnifiques chansons, de ses évolutions musicales.

Le film est dense, complexe, pas toujours simple à suivre, avec des moments intenses et déroutants. Une belle réalisation.
Lorsque je repense au film, deux personnages surgissent à l’esprit : Woody et Billy. Le premier et le dernier. Hors la loi, ils le restent ; vagabonds, ils continuent leur chemin. Quelle trajectoire à laquelle nous sommes conviés !
Mais comment oublier les autres, l’excellente composition de Cate Blanchett, la souffrance poétique de Whishaw, l’acteur amoureux d’Heath Ledger, le contestataire devenu prêtre de Christian Bale.
Et la musique ! astucieusement Todd Haynes alterne les tubes et des textes peu connus chantés par Bob Dylan et d’autres.
Todd Haynes n’assène pas de vérité, il suggère et donne à réfléchir sur cette période récente. Les vérités se nichent dans des recoins cachés. Ainsi la scène où Billy à la poursuite de son chien enfui, s’arrête devant un immense paysage vallonné et boisé. Il contemple la vue et on entend en sourdine le tumulte d’une guerre invisible dans cet environnement sauvage, il reprend sa chevauchée jusqu’à croiser un train dans lequel il se jette avec sa guitare.

De Todd Haynes j’avais beaucoup aimé Far from Heaven ce film à la manière des années 50 (Douglas Sirk)  une histoire d'amour avec un mari aux prises avec son homosexualité et dont l’épouse éconduite s’amourache de son jardinier noir dans une Amérique puritaine et gangrenée par le racisme. Egalement Velvet Goldmine un autre film musical avec un mixage condensé de chanteurs rocks (Bowie et Reed).

*  Todd Haynes évoque très clairement l'altersexualité dans ses films, que ce soit dans Far from Heaven et dans Velvet Goldmine. Ici Jude incarne une interprétation altersexuelle.

Lire des avis ici.

déc. 11e, 2007

10:13 pm - LARRY CLARK PHOTOGRAPHIES TULSA


Après trois tentatives, nous avons enfin pu visiter ce week end l’expo consacrée à Larry Clark à la Maison européenne de la photographie à Paris. Je connais ses films, de Kids à Wassup rockers en passant par Bully et Ken Park. Je n’ai pas vu Destricted, série de courts métrages dans lequel il a participé.
Donc ici nous suivons son travail à Tulsa entre les années 1963 et 1971.

Jeune photographe de vingt ans il fréquente des adolescents et jeunes adultes à la dérive qui lui fournissent ses modèles. Des toxicos, des individus mal dans leur peau vivant à la marge de la société américaine. Une autre way of life différente de celle vantée par les aficionados d’une Amérique, prospère et triomphante.


Des camés, des jeunes qui trouvent un exutoire dans les armes, dans leur exhibition. Larry Clark photographie au plus près ses compagnons, partageant leurs galères, leur addiction aux amphés, à l’héroïne. Son regard est direct sans jugement, presque brut de décoffrage. Souvent avec une certaine tendresse et un brin d’humour. Ainsi se présente cette jeunesse laissée pour compte. Le livre dont sont extraites les photos ici présentées n’est plus disponible. C’est l’occasion de parcourir son travail de jeune artiste. Nous trouvons déjà son intérêt pour les jeunes adultes, des adolescents dévêtus qui peuplent ses films. Les thèmes de la bande, de la violence, d’une sexualité diverse et visible sont déjà présentes dans ce premier travail. Nul désir d’enjoliver la réalité, l’utilisation du noir et blanc accentue la crudité des scènes dans leur simplicité. De nombreux jeunes se shootent devant nous, la seringue plantée dans leur avant bras. D’autres exhibent des flingues en toute innocence, comme si leur vie pouvait se résumer au choix entre la violence armée ou la recherche de paradis artificiels. Larry Clark en proposant ses clichés nous amène à regarder cette réalité que l’on préfèrerait certainement occulter. C’est en quelque sorte leur revanche.



A Paris jusqu’au 6 janvier 2008.
D’autres photos ici. Son site.

nov. 2e, 2007

05:10 pm - PARANOID PARK


Alex, 16 ans,  se rend dans le bureau du proviseur de son collège. Un inspecteur de police l’attend pour l’interroger à propos d’un meurtre survenu près d’un parc où se réunissent des skateurs.
Alex ressemble à un ado banal, avec un visage de poupin et des cheveux longs cachés par une casquette portée à l’envers. Il traîne sa nonchalance dans les couloirs de son collège. Il répond laconiquement aux questions du détective. Puis nous le retrouvons au skate park, glissant sur les rampes de béton, devant d’autres jeunes plus ou moins marginaux. « Paranoid park » ainsi est dénommé ce lieu fréquenté par les skateurs de Portland.
Plus tard il est assis sur un banc isolé face à l’océan gris et vide et il griffonne des mots sur son carnet.

Comme dans Elephant les séquences se répètent. La seconde vision enrichit la précédente en apportant des éléments nouveaux à la manière d’un puzzle. Ainsi nous découvrons le meurtre accidentel d’un vigile happé par un train alors qu’il tentait d’intercepter Alex et un acolyte agrippés à un convoi de marchandises.

Gabe Nevins

Alex assiste stupéfait au tragique accident, puis il part se changer, et détruire ses vêtements tachés de sang. C’est à peine s’il esquisse l’intention d’en parler à quelqu’un, la police, son père ? Sa culpabilité semble absente.

Il éprouve bien quelques inquiétudes, mais il reste insensible. C’est une constante de son fonctionnement mental: Alex manifeste peu d’affects. Il demeure dans son monde, en dehors de la réalité des adultes. Il est comme frappé d’alexithymie*. Il évolue dans un tel état de vacuité que « naturellement » il n’exprime aucune émotion. Son apathie émotionnelle apparaît aussi dans une relation sexuelle avec une ado-Barbie. Son regard reste vague, comme absent.
Il assiste plus qu’il n’agit. Sauf quand il surfe sur le bitume du skate park. Et gare à la chute, mais elle l’épargne.

Gabe Nevins et Jake Miller.

Du côté des adultes c’est la portion congrue. Un père aux bras tatoués se tire de la maison avec des explications alambiquées et c’est à peine si sa mère remarque son trouble, bref des parents lointains et négligeant. Seul le détective maintien un semblant d’autorité, de référence symbolique. C’est lui qui menace le plus Alex en lui rappelant son crime.

J’éprouvais un léger ennui à suivre cette histoire. Le style de Gus Van Sant m’exaspère, même si je lui reconnais de belles trouvailles, comme le dialogue entre Alex et sa copine où elle est inaudible, la baise vue à travers la chevelure de la fille. On peut rajouter les séquences où la caméra accrochée au skateboard flotte au ras du béton. En revanche, les ralentis, les flous sont trop répétitifs et ils finissent par lasser.
Pourtant c’est une œuvre intéressante du point de vue de la psychologie de l’adolescence.
Elle figure l’ado à la recherche d’un style qui donnerait un sens à son existence. Pour l’instant Alex flotte entre deux eaux. Comme dans la scène de la douche ; l’eau dégouline sur sa tête et son corps s’avachit lentement sur le carrelage. Sorte de remake de Psycho, accompagné d’une musique digne d’Hitchcock, le meurtre en moins ?. Alex perd pied, il a vécu l’événement tragique de façon quasi virtuelle, comme dans un jeu vidéo ou un film dont il ne serait que spectateur. Non pas une dissociation psychotique, mais un clivage entre sa bulle et le monde environnant. Il n’est pas fou puisqu’il ressent le besoin d’en parler, afin que cela prenne sens. C’est sa copine qui lui soufflera la solution : écrire !

Gus Van Sant filme par petites touches, tantôt nettes, tantôt floues à l’image du monde vu par Alex.  Un monde éclaté, diffracté bien inquiétant pour ces ados perdus, en quête de repères. De même la musique, étonnant patchwork  où se côtoient Nino Rota, un chanteur français, de la musique pop.
Assurément un grand réalisateur que je retrouve avec plaisir après l’ennuyeux Gerry et pénible Last Days. Il y a peu j’avais vu Mala Noche, son premier film auquel Paranoïd Park s’apparente (Portland, des ados paumés).

Des avis ici (Cluny, Dc Orlof etc. ...) et celui de B.A .

* Pour le jeu de mot plus que par réalisme nosographique.

sep. 21e, 2007

01:28 pm - WAITRESS


Quand la reine du bal n’épouse pas le quaterback.

Pour une fois, la jolie jeune fille, bonne employée, amie sincère, etc. … , est aussi une femme en proie à ses doutes. Tout commençait pourtant comme une mièvrerie de plus, un film de cookies supplémentaire. Jenna (Keri Russell), belle comme un cœur travaille dans une tarterie où elle enchante tout le monde avec ses créations. Le générique est un morceau d’anthologie, et à vous dégoutter à tout jamais de la pâtisserie. Mais dans sa petite ville, et dans sa petite vie, tout n’est pas rose. Et cerise sur la crème, elle découvre qu’elle est enceinte. Alors qu’elle cherche à quitter son copain, ce n’est pas l’idéal.

C’est là que le film, réalisé par Adrienne Chelly, prend toute sa dimension, entre le politiquement correct (mariage, fidélité, épanouissement dans le mariage et la maternité) et la réalité, il y a la vie. Oui, c’est dur de s’affranchir d’une vie partagée avec un con. Oui, on peut avoir des désirs et les assouvir. Oui, il ne suffit pas d’être doué, d’avoir un rêve, si on n’a pas le courage qu’il faut pour les réaliser.

Certes, la fin est conventionnelle, mais cela fait du bien pour une fois de voir une femme peu enchantée par une maternité qu’elle n’a pas voulu, dépassée par des désirs qu’elle a voulu refouler, et faible devant les choix qu’elle doit faire, sans pour autant être une victime ou une nunuche.

Adrienne Shelly, Cheryl Hines & Keri Russell.

Critique d'Olivier.

sep. 19e, 2007

04:17 pm - LA VENGEANCE DANS LA PEAU


The Bourne Ultimatum (2007)

INSUPPORTABLE !!!!!

Sans grand enthousiasme, je suis allé voir ce qui est annoncé comme le dernier opus des Jason Bourne. J’y allais surtout pour voir si Matt Damon avait enrichi son jeu d’une (ce serait déjà beaucoup en %) expression supplémentaire. Sur ce point, rien de nouveau, ou alors son jeu est tellement fin qu’il en devient imperceptible.

Malgré Matt Damon, l’histoire pourrait présenter un vague intérêt, et le film constituer un spectacle, si la réalisation et la mise en scène s’apparentaient à du cinéma et non à du jeu vidéo. Au moins dans le jeu vidéo, on peut faire une pause ! Filmer caméra à l’épaule pour coller au rythme de son personnage, c’est un choix qui peut présenter de l’intérêt. Lorsque que le personnage passe son temps à courir, c’est la nausée assurée, d’autant plus que les plans dépassent rarement les 5 secondes, et que le réalisateur fait un usage immodéré des vues d’hélicoptère. 

Bref, je suis sorti avec quasi le mal de mer, écœuré par la réalisation, le montage, la musique et l’absence de jeu des acteurs. Je ne vois vraiment pas quoi sauver dans ce film.

Matt Damon  et Joan Allen

Le réalisateur Paul Greengrass et Matt Damon.

La  critique vengeresse d'Olivier.

aoû. 29e, 2007

02:12 pm - TORCH SONG TRILOGY


OUPS !

Torch Song Trilogy fait partie de ces films emblématiques ou cultes qui appartiennent à une « culture communautaire » gay en l’occurrence.
Ce film de Paul Bogart - réalisateur prolifique pour la télévision - date de 1988. C’est une adaptation de la pièce éponyme de Harvey Fiersten. Elle fut transposée au cinéma par l’auteur qui tient le rôle principal dans cette comédie en trois temps.
Arnold travaille dans un cabaret où il se travestit chaque soir pour interpréter des chansons queer de sa composition. (Il chante dans une chanson de Hairspray).
Sa vie se déroule dans le milieu du cabaret gay assez fermé du New York d’avant les années noires du Sida. Sa vie sentimentale se résume à une succession de rencontres sans lendemain jusqu’au jour où Ed (Brian Kerwin) vient s’installer dans son petit nid quelques semaines. Arnold, pour souligner l’événement, décide de célébrer l’anniversaire de leur deuxième semaine de vie commune !

Mais Ed partage également sa vie avec une femme et ne pouvant choisir, Arnold préfère reprendre à sa vie de célibataire. Fin du premier acte.

Au second acte débarque le choupinou Alan (Matthew Broderick) qui s’amourache de notre Arnold à la voix grave et éraillée. Pour concrétiser leur amour ils décident -avant l’heure- d’adopter un enfant. Mais leur bonheur sera de courte durée. Alan est assassiné par une bande d’homophobes. Fin de l’acte
Au dernier acte nous retrouvons Arnold devenu père adoptif de David, un adolescent gay de 15 ans. Ed a refait surface et il a décidé, à l’instar d’Arnold, de concilier sa véritable identité à sa vie. Il cohabite désormais chez Arnold et s’occupe aussi du charmant décontracté loustic.
Survient la mère (Anne Bancroft) d’Arnold, une mère juive caricaturale, intrusive, castratrice qui ne parvient toujours pas à supporter le choix de vie de son fils. Arnold la met en demeure de le respecter tel qu’il est. « Je veux de l’amour et du respect, j’ai ton amour, je demande aussi du respect ».

Ce film vaut pour son étonnant condensé de l’évolution de la vie gay de ces trente dernières années. Des années 70 avec une visibilité de la scène homosexuelle réduite au monde artistique (le cabaret, le travestissement, la drague en boite, la vie dans le placard) à la fin des années 80 avec la reconnaissance et la visibilité des gays. Cette plus grande acceptation de la réalité des gays (les lesbiennes sont absentes du film) dans la société reste fragile et l’homophobie continue ses ravages. Enfin la revendication et la tranquille affirmation de sa différence, de son orientation sexuelle, de ses choix de vie, au désir d’être parent et de l’affirmer. On notera au passage la relation amoureuse entre un jeune d’une vingtaine d’année et un quinqua, pour le moins inhabituelle dans cinéma, tout comme dans la réalité.

Torch Song Trilogy parvient à synthétiser et représenter cette récente évolution, tout en proposant un divertissement joyeux et grave. L’humour queer, les clins d’œil malicieux d’Arnold  qui recherche la complicité du spectateur font oublier les inévitables clichés, et la platitude de la mise en scène.

On peut regretter l’absence de l’évocation du Sida même si la pièce a été écrite et jouée avant l’épidémie ce qui n’est pas le cas du film. Ce n’est pas le sujet, la perte, le deuil sont présents dans ce film. 
Son aspect historique, ses personnages attachants, son humour queer, sa tranquille revendication au respect aux différences assurent à Torch Song Trilogy une bonne place dans ma vidéothèque.

aoû. 28e, 2007

05:57 pm - PARANOIAK


Fenêtre sur cour, version serial killer.

Kale, qui a perdu son père dans un tragique accident, ce qui explique qu’il ait frappé son prof d’espagnol, … Vous ne voyez pas le rapport. Mais il faut bien, qu’il soit malgré tout le gentil ! Bref, Kale est, muni de son bracelet électronique (12$ par jour de location), obligé de passer trois mois chez lui, et qui plus est privé de Xbox et autres loisirs. Alors il s’ennuie, et parce qu’une charmante voisine emménage en face, il commence à espionner ses voisins. Comme dans fenêtre sur cour, enfin presque !, notre Kale surprend les agissements troubles de son voisin le ténébreux M Turner, qui pourrait être ce meurtrier que l’on recherche. Alors avec son ami Ronnie, la belle Ashley, qui enfin répond à ses avances, ils décident de recueillir des preuves contre ce terrifiant personnage. Et finalement, ils l’auront démasqué, auront failli mourir, mais tout le monde sera sauf, et notre héros récompensé pour sa bravoure, mais pas au point de ne pas devoir acquitter les 12$ de location du bracelet.

Ce qu’il y a de fascinant dans ces films, purement américains, c’est leur morale à 2 cacahuètes, leur capacité à mettre en scène des justiciers incorruptibles et un étalage d’un mode de vie complètement factice.
Dans cette banlieue plutôt chic, très Visteria Lane, ce n’est pas choquant d’espionner ses voisins ni même de les mater, pas plus que de voir la police débarquer style raid du GIGN pour rappeler à la raison notre Kale qui est sorti 3 minutes de sa zone de confinement.
Dans ce pays, sans doute par respect de l’autre, on préfère espionner, plutôt que de se confier à une police qui pourtant est diablement efficace.

Bref un thriller comme tant d’autres, plutôt bien fait, mais qui représente toujours la même Amérique, manichéenne, aisée, bien pensante et où le bien triomphe toujours.

Shia LaBoeuf

Des avis ici. Film américain de D. J. Caruso.

Critique d'Olivier.

aoû. 26e, 2007

07:46 pm - HAIRSPRAY


L’excès de laque peut nuire gravement à ….

Dans la version de John Waters la phrase pouvait se terminer par … la pudibonderie WASP. Dans cette version ce serait … à la capacité du spectateur à accepter n’importe quoi, sous prétexte de tolérance. Car si ce film se veut un hymne à la tolérance, c’est bien gentillet. Ce n’est pas avec un John Travolta que le personnage d’Edna (la mère obèse) est trop sulfureux. 

Bref, au delà de réelles performances d’acteur, et pas celle de John Travolta, mais celle de Michèle Pfeiffer, Queen Latiffa et de Christopher Walken, une comédie musicale bien fade qui hésite justement entre la comédie musicale, par définition excessive, et un film de patronage pour banlieues chics des côtes des Etats Unis. Il en reste heureusement un souffle frais des sixties avec ses couleurs acidulées et douces, son élégance toute en complets et robes à jupons et sa musique.

Dans cette série de film sur les années soixante et la musique ( de Cours après moi que je t’attrape à Dream girls ), la reprise de Hairspray,  réalisé par Adam Shankmann, aurait pu être une peu plus subversive et plus underground que ce chamallow agréable certes, mais vite indigeste du fait de l’excès d’arômes artificiels.

John Travolta & Queen Latifah - Christopher Walken - Michelle Pfeiffer

Critique d’Olivier

juil. 30e, 2007

09:53 am - OLD JOY


Mark, la trentaine, bientôt père reçoit un appel de Kurt, un copain d’adolescence qui lui propose d’aller camper une nuit dans la montagne vers des sources chaudes. Mark (Daniel London) accepte et on le suit dans sa voiture où une radio diffuse une émission genre « là bas si j’y suis ». Il retrouve Kurt (Will Oldham), sorte de baba cool hirsute un peu homeless. Ensemble ils roulent vers la forêt. Ils se perdent, Kurt peine à (re)trouver le chemin qui doit les conduire vers ces sources. A la nuit tombée, ils finissent par planter la tente dans une sorte de dépotoir en plein milieu d’une nature plutôt sauvage !  Le lendemain, ils parviennent à dénicher l’itinéraire jusqu’à cette résurgence et ils se baignent.

Puis c’est le retour à Portland, et Mark re dépose Kurt qui s’en retourne à sa vie de marginal.

  Daniel LondonWill Oldham & Daniel London

Ce serait une histoire simple de deux anciens copains dont on devine que l’un a grandi et l’autre serait demeuré un adolescent avec ses rêves, ses chimères. Kurt parvient à entraîner Mark le temps d’un week-end dans sa « régression adolescente » dans un retour vers une époque où leur amitié n’avait que faire des contingences sociales.

Il ne se passe pas grand chose. Juste une balade où ces deux amis renouent avec un passé que visiblement Kurt a figé.

Kelly Reichardt filme avec nostalgie ces brèves retrouvailles. Un temps suspendu, une parenthèse pour Mark qui reprendra sa vie avec sa femme et son travail.

C’est un film assez court et on se laisse mener par le rythme lent, la beauté de la nature de l’Oregon, la relation simple des deux hommes. Quelque chose s’est certainement passé autrefois, il ne reste qu’un souvenir auquel ils feignent de se raccrocher.

La caméra de Kelly Reichardt capte avec poésie les moments à peine palpables, peu dicibles d’une relation entre deux êtres.

Ce film rappelle "Gerry" de Gus Van Sant. (J'avais écrit Kurt Van Sant !)

juil. 28e, 2007

09:46 pm - SEXY


Voici un livre court et percutant qui dénonce l’engrenage hystérique autour de la pédophilie dans un collège aux Etats-Unis.

Dans une petite ville du New Hampshire, un collégien de 16 ans, Darren, éprouve une certaine difficulté à vivre son évolution sexuelle. Les filles lui courent après, il se sent un peu oppressé par sa sexualité qui le submerge. Bref les tourments habituels des ados pris dans les conflits psychologiques inhérents à leur âge. Pourtant il a « tout  pour lui », c’est un beau garçon, au physique certainement choupinesque, sportif (bon nageur) et un élève studieux. Son professeur d’anglais, M Tracy est exigeant avec ses élèves tout en étant apprécié pour la qualité de ses cours. Un soir d’hiver il propose de raccompagner Darren chez lui. Il neige, le collégien accepte un peu à contre cœur. Il court des rumeurs sur la vie privée de cet enseignant un peu maniéré. M Tracy drague mollement Darren qui se sent bizarrement agressé bien que le professeur reste très distant.

Peu de temps après il sanctionne sévèrement un élève pour avoir triché dans un devoir. Des élèves mécontents décident de se venger en le calomniant de pédophilie. La mauvaise blague de potaches trouve un écho démesuré. La police et la population très réactives en cette période d’hystérie liée à la pédophile s’acharne sur le professeur. La machine emballée va le broyer implacablement. Darren angoissé à l’idée d’être mêlé à cette histoire  préfère se taire et laisse l’institution policière et sociale stigmatiser implacablement le professeur.

L’auteur décrit avec pertinence  les affres de l’adolescent. Il doit répondre aux critères de bon mâle américain, surtout ne pas prêter le flanc à une suspicion d’homosexualité. En fait Darren ne semble pas attiré par les garçons, tout juste est-il très mal à l’aise lorsqu’on le regarde ou qu’on lui dise qu’il est mignon. Se sentir l’objet d’une attirance, d’être réduit de façon fantasmatique à un objet de désir l’affole.  Culpabilisé ou plutôt honteux il ne peux pas aider le professeur vilipendé.  Joyce Carol Oates parvient à décrire le conflit interne de l’adolescent pris entre ses craintes et le regard familial, social auquel il devrait se conformer.

Avec brio elle dénonce la fureur d’une société obsédée par ses vielles angoisses, ici une pédophilie amalgamée à l’homosexualité, à présent tolérée mais au fond toujours aussi haïe.

Sexy, écrit par Joyce Carol Oates est publié chez Gallimard dans la collection Scripto, destiné aux adolescents. Un excellent roman à conseiller sans retenue.

Lire l'avis de Jean-Yves et celui de Lionel Labosse dont je viens de lire son dernier roman Karim et Julien.

juin. 27e, 2007

06:56 pm - LA - BAS


Incolblog , dans un récent billet a fort bien résumé le thème du roman de Peter Cameron :
« Il est trop content, Omar. L’université du Kansas vient de lui verser une bourse pour qu’il écrive la biographie de l’écrivain Jules Gund. Omar est certain d’avoir gagné le jack pot, jusqu’à ce qu’arrive la lettre de refus des ayants droit de l’écrivain. Or, sans accord, pas de biographie… et la bourse a déjà été encaissée. Poussé par sa petite amie Deirdre, Omar l’indécis se retrouve dans un avion pour l’Uruguay, sans autre alternative que de convaincre les héritiers de Gund.
Il débarque donc "là-bas", à Ochos Rios, un manoir en déliquescence, perdu au cœur d’une nature luxuriante, comme figé dans le temps, où vivent les proches de Jules Gund : Caroline, sa veuve ; Arden, sa maîtresse, mère de leur petite Portia ; Adam, son frère aîné, et Pete, le jeune amant thaïlandais de celui-ci. Si les deux femmes sont bien décidées à ne rien divulguer de la vie de Gund, Omar, en revanche, a trouvé un allié en Adam. Chacun d’entre eux a ses raisons propres d’autoriser ou non la biographie de l’écrivain. Non-dits et secrets vont resurgir et menacer le frêle équilibre de cette famille "décomposée". Bien malgré lui, Omar va jouer les perturbateurs et permettre aux habitants d’Ochos Rios de se révéler et de sortir de la léthargie dans laquelle tous étaient plongés. Pour lui aussi, l’éternel hésitant, il sera temps de prendre de vraies décisions »
.

Un roman léger qui se lit aisément. Il nous transporte « Là-bas », dans un monde un peu ailleurs avec peu de personnages qui vont doucettement bouger.
Une piqûre d’abeille va modifier le cours de l’histoire et d’une certaine façon rompre le charme de la narration. J’ai eu le sentiment de voir disparaître une certaine innocence, comme si Peter Cameron avait souhaité accélérer le déroulement de l’action. Or justement la temporalité semblait  ralentie et brusquement elle s’emballe. Le personnage d’Adam avec son côté un peu atrabilaire et légèrement cynique apporte une touche qui pimente le roman. 

En parcourant ce livre, j'imaginais un film tiré d'un tel scénario. Du coup je fus guère surpris d'apprendre qu'une adaptation cinématographique est en cours avec James Ivory à la réalisation. Effectivement la lecture évoque l'atmosphère habituelle des oeuvres de Ivory.

Anthony Hopkins (Adam) & Omar Metwally (Omar), acteurs du film de James Ivory.

juin. 26e, 2007

01:50 pm - ANOTHER GAY MOVIE


A quelques jours de la nécessaire Marche des fiertés, le cinéma propose une parodie des films pour ados version gay. "Another gay movie" , du scénariste de "Edge of seventeen" , met en scène quatre potaches -plus queer tu meurs- désireux de perdre leur virginité avant d'entrer à l'université. Cette unique obsession tient lieu de scénario! Tout est bon pour qu'ils réalisent leur souhait. Todd Stephens prend le parti du burlesque le plus grotesque pour mieux dézinguer ce genre de film pour ados. Il suffit pour le réalisateur de convertir la drague hétéro en baizouillage gay pour donner une caricature. Donc quatre "choupinous " (pour au moins deux d'entre eux)  s'escriment à essayer des stratégies pour réussir leur défi. L'occasion est trop belle pour déballer des exemples d'approche propre au monde gay et tenter de nous faire rire. On aura compris que que la finesse du propos se situe au niveau rectal.
A ne consommer qu'avec des copines pour rigoler gayement.


Jonah Blechman, Jonathan Chase, Michael Carbonaro et Mitch Morris
Vidéos visibles ici.

juin. 21e, 2007

07:04 pm - OCEAN'S 13


Le numéro de trop ?

Avec Ocean’s 11, Steven Soderbergh créait la surprise. Une intrigue prenante, une pléiade d’acteurs qui visiblement prenaient plaisir à jouer et à jouer ensemble, bref du grand spectacle hollywoodien. L’opus suivant montait en intensité  et conservait ce plaisir évident sans lutte entre monstres sacrés, il introduisait en plus un Vincent Cassel au mieux de son charme. Pour cette édition, c’est plus poussif. Le scénario est le plus souvent inutilement alambiqué, avec des rebondissements superflus. Bref on sent qu’ il faut innover à tout prix et ne pas laisser au spectateur le temps de réfléchir. Alors tout se complique, cela permet certes de laisser une part plus belle à d’autres parmi les 13, mais George Clooney, Brad Pitt et dans une moindre mesure Matt Damon donnent un peu l’impression de venir pointer.

Cela reste du beau spectacle, bien construit avec tout ce qu'il faut, mais on sent que la magie n'est plus là de la  même manière. Chacun joue son rôle, avec des personnages prévisibles, l'intrigue est pleine de rebondissements, mais même la meilleure des blagues trop répétée ne fait plus rire.


Bernie Mac & George Clooney

Critique d'Olivier

juin. 6e, 2007

01:31 pm - BLACK SNAKE MOAN


"Black snake moan" ( la complainte du serpent noir ) de Craig Brewer avec Samuel L. Jackson, Christina Ricci et Justin Timberlake.


Sauvés par la foi et le blues !

  Samuel L. Jackson

Rae ( Christina Ricci ) est une fille paumée qui ne trouve un peu de réconfort que dans une sexualité compulsive quand Ronnie ( un Justin Timberlake pas mauvais du tout), aussi paumé qu'elle n'est pas là. Un matin, elle est retrouvée à demi inconsciente par Lazarus ( Samuel L. Jackson ) vieux bluesman déprimé depuis que sa femme l'a quitté pour un autre homme. Lazarus en prenant soin de Rae, même contre son gré en l'enchaînant au radiateur, va se sauver autant qu'il l'aidera. Le blues et la foi (seul creuset où puiser semble-t-il bonté et générosité ) seront les fils conducteurs de cette relation. Rae y retrouvera des repères nécessaires pour vivre avec son  histoire et aider Ronnie à surmonter ses angoisses, et Lazarus la force de tourner la page. C'est beau comme un miracle accompli en direct sur une chaîne de prêche. Dommage que la manque de finesse vienne affadir un superbe jeu d'acteur.

Justin Timberlake et Christina Ricci.
Critique d'Olivier.

juin. 2e, 2007

12:07 pm - LA FAILLE


Le crime parfait ne résiste jamais, mais la lutte peut être belle.

L’histoire est une énième version du combat entre un meurtrier superbement manipulateur  (Anthony Hopkins, excellent comme toujours) et un jeune adjoint d’un procureur ambitieux mais intègre (Ryan Gosling). C’est pour cet argument, maintes fois rebattu que j’ai hésité à voir ce film, j’ai eu tord car j’ai été séduit pour une fois par la richesse de la psychologie des personnages.

Il faut reconnaître que les Américains sont de loin les maîtres de ce genre, et leur fascination pour la lutte du bien contre le mal et pour le show de la justice les conduit à quelques belles réalisations.

Ici le principal ressort vient de l’utilisation maximale par Ted Crawford (le coupable joué par Anthony Hopkins) de l’ambition de Willy Beachum (Ryan Gosling avocat public habitué aux succès le mettant en scène). Et la joute entre ces deux personnages donne au film toute sa force. Ted Crawford est fort de sa puissance, il a tout programmé avant de tuer froidement sa femme qui le trompe, mais ce qui devait être un meurtre parfait va devenir une occasion idéale d’affirmer sa domination indéniable. Et tout semble lui réussir, y compris le représentant du procureur qui lui est opposé et qui va donner encore plus de saveur à sa victoire annoncée et lui donner du plaisir à triompher. Ce jeune homme, arrogant et sur de lui ne résiste pas au plaisir de gagner une nouvelle affaire, gagnée d’avance, avant de rejoindre un prestigieux cabinet d’avocat où il est attendu. Mais contre toute attente, et au prix de sa carrière, il ne lâche rien et découvre, sans doute pour la première fois, toute la noblesse de son métier.


La fin est connue et peu originale, mais on assiste à un beau combat.

Critique d’Olivier.

mai. 15e, 2007

07:53 pm - LOIN D' ELLE


Quelle superbe histoire d'amour !  Très sobrement, avec beaucoup de finesse et de tendresse, Sarah Polley, nous décrit la lente évolution d'un couple confronté à la maladie d'Alzheimer. Fiona, une Julie Christie extraordinaire, prend conscience de sa maladie et rejoint volontairement un centre spécialisé pour éviter à son mari, Grant, l'horreur d'une évolution inéluctable. En quelques phrases, quelques gestes au moment où elle va rejoindre ce centre, c'est tout l'amour d'un couple resté uni, qui nous apparaît, même s'il a été ballotté par le charme ravageur de jeunes étudiantes de Grant plus d'une fois.

La vie est cruelle et offre son pire, l'oubli sélectif. Pas un oubli total, dur à vivre et qui permet de s'accrocher aux moments heureux, mais une indifférence et la construction d'un rituel, d'une vie ?,  sans l'autre ou pire, à coté de lui. Cet "oubli", qui est de loin le plus blessant permettra à Grant d'aller au bout de son amour, mais n'évitera pas à Fiona une déchéance rendue encore plus injuste par son intelligence et son élégance d'âme et de corps. Porté par des acteurs formidables ce film, malgré un ou deux effets superflus et une vison très idyllique, est une superbe histoire qui prend toute sa place dans un Canada de larges plaines enneigées.
Julie Christie et Gordon Pinsent
L’avis de Matoo et d’autres.

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