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nov. 1er, 2009
08:51 pm - SIN NOMBRE

Au Honduras, dans une favela de Tegucigalpa, le gang de la Mara Salvatrucha fait régner sa loi basée sur la terreur et les assassinats. Willy / Casper à peine sortie de l’adolescence appartient à cette organisation criminelle. Ses membres Casper ont troqué leur patronyme pour un pseudo. Casper (Edgar Flores) entraîne Benito, un tout jeune ado, dans sa tribu malgré l’interdiction inefficace de la grand mère de l’enfant. En guise d’intégration initiatique, Benito, bientôt Smiley, est violemment tabassé. Pour devenir mareros à part entière il devra abattre un prisonnier suspecté d’appartenir à un clan ennemi. La terreur et la violence constituent l’unique viatique d’une maffia qui défend un territoire laissé en jachère par un état impuissant.
Edgar Flores & Tenoch Mago
Parallèlement un père vient récupérer sa fille Sayra (Paulina Gaitan) pour l’embarquer dans un périple ferroviaire vers l’eldorado américain. Ils attendent avec de nombreux candidats au voyage l’arrivée d’un train de marchandise qui doit les rapprocher de la frontière américaine.
Du coup Casper n’a d’autre d’alternative que fuir. Il sait qu’il ne pourra échapper à la vendetta de la Mara dont les ramifications s’étendent à tout le pays… et au-delà. Les deux jeunes gens rassemblent leur solidarité dans une échappée hasardeuse.
Ce premier film de Cary Joji Fukunaga, un jeune réalisateur américain d’origine suédoise par sa mère et japonaise par son père! résonne d’autant plus fortement que nous avons en tête le meurtre récent du cinéaste photographe Christian Poveda qui achevait le tournage de La Vida loca un documentaire justement sur les gangs qui infestent l’Amérique latine jusque dans les banlieues californiennes.

Sin Nombre dans la première partie nous fait pénétrer ce monde des gangs. On voit des corps tatoués impressionnants, marque de l’appartenance indélébile au clan. Gare si on en sort ou si on s’aventure sur le territoire d’un autre clan. Vu la violence qui y règne rares sont ceux qui atteignent la trentaine. On se trouve en face d’individus qui ont abandonné toute perspective d’humanité. Le chef Lil Mago (Tenoch Huerta) tient dans ses bras son bébé alors qu’il fait trucider un ennemi !
Cette Mara salvatrucha condense les caractéristiques d’un groupe qui tourne le dos à la civilisation et régresse dans la bestialité. Le territoire devient l’obsession à sauvegarder. L’intrus est par essence un ennemi à éliminer. La filiation portée par un patronyme, c’est à dire inscrite dans une histoire collective, est évacuée au profit d’une nouvelle identité auto engendrée sous la forme d’un pseudo. Le langage disparaît pour laisser place au visuel (le tatouage) et au geste. La vie n’a plus de sens.
Dans la seconde partie le scénario s’attache à l’errance de Casper qui rejoint les centaines de migrants en quête d’un ailleurs supposé radieux. Je pensais aux films tels que Welcome, Frozen River avec ses individus en quête d'un pays plus accueillant au péril de leur vie.
Ici les trajectoires zigzaguent et sont incertaines. Elles finissent inévitablement par se heurter à des frontières de plus en plus infranchissables. Le film trouve dans cette partie des accents surprenants où l’humanité resurgit alors qu’elle semblait terrassée au début.
Cary Joji Fukunaga filme avec précision et avec une belle maîtrise photographique. Très belle séquence que l’entrée en gare du train de marchandise. Tel un monstre d’acier, il surgit de la nuit pour devenir le trans porteur des espérances des migrants.

Sin nombre reste un film sombre malgré la couleur et la luminosité des pays traversés (principalement le Mexique).
Sin nombre, film américain réalisé par Cary Joji Fukunaga (2009).
