BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK - LE RUBAN BLANC
oct. 29e, 2009
07:10 pm - LE RUBAN BLANC

1913, quelque part en Prusse orientale, d’étranges évènements viennent bouleverser la vie tranquille d’une communauté villageoise. Un médecin à cheval est fauché par une corde malignement tendue entre deux arbres. Peu de temps après le jeune fils du baron est retrouvé ligoté et roué de coups. Malgré l’enquête nul coupable n’est trouvé. D’autres méfaits dont les conséquences auraient pu se révéler dramatiques viendront émailler l’existence au calme trompeur de cette bourgade.

Dans ce village aux traditions rurales bien ancrées la vie se déroule en silence sous les auspices autoritaires des adultes males et de leurs représentants. Le baron, scorie d’une noblesse en voie d’extinction, exploite sans vergogne la paysannerie, le pasteur veille au respect rigoureux d’une morale religieuse inflexible, le médecin et même l’instituteur participent au maintien de la cohésion sociale. Ceux d’en bas, les paysans, semblent accepter leur servitude en la reproduisant. De même que les femmes plutôt soumises et les enfants corsetés dans les affres d’une éducation qui ne tolère aucun laxisme. Qu’arrive-t-il dans ce décor champêtre où tout paraît idyllique à l’image de la bucolique campagne où jaillissent les blés mûrs. Ce n’est qu’apparence et à la veille de la première boucherie du vingtième siècle se cachent les germes des horreurs à venir.
Le scénario suit un déroulement narratif chronologique accompagné d’une réalisation très classique : images en noir et blanc qui accentuent les contrastes, peu de musique, absence d’effets cinématographiques afin d’épurer le propos.
L’histoire est racontée en voix off par l’instituteur une bonne quarantaine d’années après les faits. À la manière d’un analysant allongé sur un divan, il revient sur cette période en nous livrant ses souvenirs et il nous met en garde car il n’est plus très sûr de leur exactitude. Toutefois cette distance qu’il introduit va au contraire, par ses associations successives révéler une interprétation à défaut d’une vérité. On comprend qu’il tente de chercher, de dégager les causes, les racines d’un mal qui va emporter le siècle dans une folie meurtrière et dévastatrice.
Très vite nous somme pris par cette description des étranges accidents qui vont traverser cette communauté durant une année. Nous pénétrons dans les maisons et découvrons l’envers du décor. Le régisseur du baron frappe avec violence son fils coupable d’un modeste larcin. Le pasteur sermonne sa progéniture et il n’hésite pas à leur asséner des coups de verge pour tout écart de conduite. Et pour mieux les contraindre à suivre les préceptes de la religion il oblige ses deux aînés à arborer un ruban blanc accroché à leur bras. Symbole de pureté exhibée pour mieux les soumettre au renoncement de toute tentation malsaine. Il a en horreur le désir, l’appel des sens, de la chair à tel point qu’il fustige sans raisons véritables son fils Martin, de pensée et pratique masturbatoire. Le jeune ado soumis aux projections paternelles imbéciles ne peut répondre qu’en pleurant silencieusement. Puis joignant le geste au discours il le fait ficeler sur son lit la nuit.
Tout débordement pulsionnel doit demeurer interdit, à commencer par lui.

Et pourtant le désir ne demande qu’à s’exprimer. Mais les rigueurs d’une éducation alliée à une morale rétrograde qui cadenasse tout plaisir oblige les jeunes hommes et jeunes femmes à différer leur désir. Les plus jeunes faute de paroles audibles n’auront comme recours que des actes violents à l’allure terroriste. Ils deviennent les porte paroles , voire des justiciers. Ainsi le médecin qui s’autorise des libertés avec la morale en batifolant avec la sage femme sera la première victime d’un quasi attentat. La rumeur laissait entendre qu’il entretenait un libertinage inacceptable aux yeux des braves gens.
Le Ruban blanc pointe les pères et les porteurs de l’autorité comme responsables des petits maux à l’œuvre ici et qui s’amplifieront dans les années à venir. On pourra objecter que c’est un peu court… mais la force du film est de permettre au spectateur d’élaborer sa propre réflexion.
Lire ici une interview du réalisateur.
Le Ruban blanc, film allemand réalisé par Michael Haneke (2009).

Voilà qui me donne encore davantage envie d'aller le voir. Sauf que je vais de moins en moins au ciné.
Olivier Autissier