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BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK - Envoyer un commentaire

juin. 7e, 2009

07:53 pm - COURIR

J’aime l’activité sportive  et je garde de bons souvenirs du livre d’Éric Fottorino, et aussi ceux de Nucera qui évoquent le vélo. J’étais impatient de découvrir ce court roman.

Courir débute à la veille de la 2eme guerre mondiale avec le portrait d’Émile, un adolescent tchèque de 17 ans. Il travaille dans l’usine de chaussures Bata de Zlín la ville où il habite. On pourrait y voir là une prédestinée, en fait pas pour le moment, car il se concentre sur ses cours du soir dans l’espoir de gravir les échelons professionnels. Il arbore constamment un beau sourire et il n’aime pas courir, tout comme son père qui considère cette activité comme improductive et onéreuse question ressemelage !

Il est obligé de participer à une petite compétition organisée par son entreprise, et à son grand étonnement il termine second. Puis son pays tombe sous la coupe des nazis et lors d’une nouvelle course, Émile se permet de devancer les soldats de la Wehrmacht. Faute d’autres activités, il prend plaisir à enchaîner les kilomètres de course à pied.

Après la guerre il persiste, et Émile devient champion régional et national. Il intègre l’armée où il continue à remporter de nombreuses victoires. L’auteur en francisant son prénom tente de nous inviter à suivre cette biographie avec une part de fiction. Il faut attendre les deux tiers du récit pour lire le nom de Zátopek. Un patronyme si facile à mémoriser dans toutes les langues.

La lecture du livre qui requiert la durée d’un marathon, se lit d’une traite, très facilement et n’oblige pas à reprendre son souffle.

Emil Zátopek au style si particulier.

Un style impossible. À se demander comment se débrouille Émile. Il y a des coureurs qui ont l’air de voler, d’autres de danser, d’autres paraissent défiler, certains semblent avancer comme assis sur leurs jambes. Il y en a qui ont juste l’air d’aller plus vite possible où on vient de les appeler. Émile, rien de tout ça. Émile, on dirait qu’il creuse ou qu’il se creuse, comme en transe ou comme un terrassier. Loin des canons académiques et de tout souci d’élégance, Émile progresse de façon lourde, heurtée, torturée, tout en à-coups. Il ne cache pas la violence de son effort qui se lit sur son visage crispé, tétanisé en grimaçant, continûment tordu par un rictus pénible à voir.

L’auteur traite également par petites touches l’environnement politique. De l’éphémère république d’après guerre avant que tombée dans le giron soviétique elle ne devienne une république populaire avec le sinistre Gotwald et sa cohorte de procès de Prague et on pense à L’aveu de Arthur London. Puis de ces non moins sinistres successeurs jusqu’à cette lueur, cette éclaircie le temps d’un printemps avant que les pays frères ne viennent brutalement refroidir l’espérance d’un peuple. Émile traverse ses périodes en faisant le gros dos. Lui-même ne pouvant que peu sortir ou s’exprimer. Après avoir enduré les vexations, il se libère  lors du printemps et ses déclarations le condamneront à un purgatoire. Lui le colonel se voit relégué dans une mine puis éboueur et enfin archiviste dans un sous sol…

Echenoz survole ce parcours hors du commun, de cette trajectoire qui le fit le plus grand coureur de fond de l’après guerre et une vie assez modeste et même tragique avant que La révolution de Velours le réhabilite.

Dans les pages où l’auteur évoque son entrainement sa rage de courir, se faire mal, d’aller toujours aux limites de son corps, je pensais à un livre de Marc Batard, un alpiniste qui adolescent partait seul courir pour endurcir son corps et son esprit. Il devint l’un des plus grands alpinistes des années 80 en enchainant d’incroyables exploits sportifs en montagne. Sa rage quasi masochiste cachait une douloureuse histoire qu’il raconte dans La sortie des cimes.

Pour Émile il y a une volonté différente, que l’auteur n’approfondit pas et c’est dommage. Je suis resté un peu sur ma faim, j’espérais que Echenoz nous parle de cette rage, de ce masochisme à courir durant des heures et qui devient une forme de plaisir avec la sécrétion d’endorphines dans le corps.

Du coup on attend les à-côtés, les évènements politiques, on guette avec impatience l’apparition de têtes connues comme les camarades français qui l’accueillaient au cross de l’Humanité.

 Courir, roman de Jean Echenoz édité aux Éditions de Minuit (2008). 142 pages.

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