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mai. 13e, 2009
05:15 pm - LA VAGUE

Les premières images nous montre un type au volant d’une Peugeot 504 roulant à grande vitesse sur une autoroute allemande avec la radio à fond qui diffuse du rock. C’est Rainer Wenger (Jürgen Vogel) un prof de philo ? d’un lycée de Berlin au look un peu marginal arborant des tee-shirt punk et destroy et des idées anarcho tiers mondialistes.
Jürgen Vogel
Wenger utilise les recettes de séduction groupale qui finissent de dissoudre les individualismes. L’adhésion des élèves obtenue, la cohésion des membres se fond dans une illusion groupale. L’indifférenciation devient la norme, chacun abandonne ses particularismes. En contre partie tous les individus de la classe, du groupe se sentent en sécurité sous la férule d’un autocrate charismatique. D’eux mêmes les élèves (mais peut on encore parler d’élèves ?) renforcent la solidité du groupe en se choisissant un nom, un symbole, des gestes d’appartenance au groupe. L’élément réfractaire, hostile se retrouve désigné comme bouc émissaire et il focalise sur sa personne toutes les projections négatives. Ceci renforce et accentue la cohésion du groupe.

Dennis Gansel et son scénariste reprennent le roman de Todd Strasser et une expérience similaire menée à Palo Alto pour la transposer à l’époque actuelle. Avec en toile de fond la question de savoir si les barbaries du 20eme siècle peuvent se reproduire. L’actualité fourmille d’exemples de sa réalité, de la Yougoslavie au Rwanda en passant par le Cambodge. À une échelle moindre il suffit d’observer les sectes, et tous les fanatismes.
Dennis Gansel déclare avoir été hanté d’apprendre que son grand père adoré avait été séduit par le nazisme et soldat dans la Wehrmacht. Il ajoute qu’il a peur que se reproduisent semblables phénomènes : l'individualisme et l'atomisation de nos sociétés ne pourront pas fonctionner éternellement. Un tel contexte créé inévitablement un vide, et le danger est qu'un nouveau "isme" se présente pour le remplir.
Je me suis essentiellement intéressé à la dynamique groupale illustrée dans ce film, et scotomisé la référence historique de la montée du nazisme et autres totalitarismes. Pourtant le réalisateur ne ménage pas les clins d’œil, lorsque l’on voit le prof s’exprimer de plus en plus comme un Hitler, adopter des postures mussoliniennes etc…
Le film ne fait pas dans la dentelle, et s’égare facilement dans la caricature. C’est un professeur avec une ascendance de fait sur ses élèves qui favorise cette évolution théoriquement trop belle pour être vraie. Des esprits jeunes, malléables, peu critiques malgré un passé ressassé au cours de leurs études.
Une fois obtenue leur consentement et leur indéfectible obéissance, il jouit de sa puissance… et renonce à tout esprit critique et se prend pour un gourou. L’interprétation de la perte de contrôle du groupe qui serait liée à son angoisse d’enseignant face à ses élèves paraît d’autant plus faiblarde qu’il est aussi entraîneur sportif.
La vague décrit fort pertinemment la psychologie des foules. Des individus tous différents qui s’abandonnent progressivement dans un même mouvement. Nous avons tous expérimentés ces phénomènes, au théâtre lors des applaudissements en cadence, dans les stades avec les ola etc. …
On peut s’étonner de l’abandon de quasiment toutes formes de raison de la part des participants. Pourtant elle existe mais toujours à la marge et le fait d’individus très marqués. Une adolescente refuse l’endoctrinement et la diminution de sa liberté, un fils à papa, dans un premier temps ne veut pas jouer. Mais la grande masse adhère à cette dynamique groupale jusqu’à attirer d’autres personnes.
Max Riemelt & Jürgen Vogel
Une fois la machine lancée et la servilité obtenue le professeur jouit de sa puissance, du pouvoir qu’il exerce sans la moindre objection des élèves. Le scénario laisse penser que sa fragilité psychologique serait inhérente au dérapage de l’expérience à son impossibilité de la contrôler, grisé par le pouvoir acquis.
Pour le drame on pointe l’élément faible qui trouve dans le groupe un moyen d’exister par une nouvelle identité. En bon petit soldat il est prêt à se sacrifier pour la cause.
Un film un peu trop démonstratif et qui chausse facilement les gros sabots du sensationnalisme. Reste une bonne illustration de la dynamique de groupe et du risque encouru par des utilisations au profit de pouvoirs totalitaires.
Lire ici des avis et la critique de Bernard A. sur Napola du même cinéaste.

