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BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK - UNE FAMILLE BRÉSILIENNE

mar. 24e, 2009

08:32 pm - UNE FAMILLE BRÉSILIENNE

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Dans l’immense mégapole de São Paulo, quatre frères tentent de trouver leur voie pour survivre. Nés de pères différents et inconnus, ils entourent leur mère Cleuza (Sandra Corveloni) enceinte d’un cinquième enfant. Le dimanche elle encourage virilement l’équipe locale de football les Corinthians.  Elle clame énergiquement qu’ils n’ont pas besoin de père et qu’elle assume tous les rôles ! Ils vivent entassés dans bicoque minable dans un quartier périphérique à l’abandon.
Pour vivre Cleuza fait des ménages au noir au centre ville chez une bourgeoise qui l’emploie et la traite avec condescendance.
L’aîné Denis (João Baldasserini) slalome dangereusement au milieu de la circulation au guidon de sa moto comme coursier pour un maigre salaire. Juste de quoi payer les frais médicaux de son gamin qui vit avec sa mère dans une autre maison. Il vit d’expédients souvent à la limite de la légalité. Au contraire son cadet, Dinho (José Geraldo Rodrigues), bosse dans une station service et passe tout son temps libre chez les pentecôtistes de l’Assembleia de Deus. Sa foi et son engagement dans la communauté religieuse donnent un sens à son existence en le préservant d’une tentation de la délinquance. Le troisième Dario (Vinicius de Oliveira) rêve de devenir footballeur professionnel. Mais il atteint l’âge fatidique des dix huit ans, couperet pour espérer intégrer une équipe. Quant au benjamin, Reginaldo (Kaïque Jesus Santos) âgé d’une douzaine d’années, il recherche son père de couleur. Ayant appris la profession de son géniteur, conducteur de bus, il squatte les autobus, imite les chauffeurs et espionne le dépôt des bus publics à sa recherche.
Vicinius de Oliveira, José Geraldo Rodrigues, Kaïque Jesus Santos & João Baldasserini.

Quatre frères, quatre trajectoires et autant de manière de survivre dans un environnement hostile sous le regard d’une mère phallique attentive à sa progéniture. En l’absence de repères paternels, ils suivent, de façon excessive, des parcours différents pour aménager ce manque. Denis toujours sur le fil sur sa bécane, flirte avec la mort et la délinquance. Dinho s’investit à outrance dans l’appartenance à sa communauté religieuse. Dario souhaite se fondre dans un groupe sous la férule d’un entraîneur. Reginaldo exprime clairement ce désir d’identification paternelle au cours sa quête effrénée. 
Walter Salles filme ces cinq portraits avec un réalisme cru au plus près de ses personnages. On frôle les voitures et les camions à côté du coursier, on passe le ballon à Dario sur le terrain de foot, on prie dans l’église avec Dinho, et on accompagne Reginaldo dans ses pérégrinations urbaines.
Chacun déroule son récit feuilletonesque qui s’entrecroise, se répond. Dans cette violence urbaine l’avenir est rarement radieux, plutôt bouché comme l’évier de la cuisine de Cleuza.
La narration est tendue, et fluide, on passe de l’un à l’autre toujours dans une tension, une urgence, une fragilité à l’image du pays. Reste la confiance qui habite les protagonistes d’un jour meilleur. Le désir d’échapper à une destiné tragique qui semble inéluctable les conduit à puiser dans leur ressource. Le réalisateur filme un Brésil dur, âpre, sans avenir. Ces personnages tentent d’échapper à cet environnement déprimant. Des échappatoires restent possibles à l’instar des voies suivies par ces acteurs.
Le cinéaste abandonne le mélo sympa de Central do Brasil pour une illustration naturaliste du Brésil actuel.
Une famille brésilienne rejoint la fille du RER dans cette interrogation sur une société aux repères flous, aux absences paternelles et en quête d’identité.

Sandra Corveloni

Une famille brésilienne (Linha de Passe), film brésilien de Walter Salles et Daniela Thomas (2008) Prix d’interprétation féminine à Cannes pour Sandra Corveloni.

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