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BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK - Envoyer un commentaire

mar. 11e, 2009

03:31 pm - LA THÉORIE DU PANDA


 

Dans un billet égoïste l’excellent In Cold Blog cite trois fois Pascal Garnier dans son millésime littéraire. Voilà un auteur dont je ne connais rien et derechef je me suis enquis d’un de ses livres. Mon choix s’est porté sur un roman récent et court au titre singulier La Théorie du panda.

 Gabriel, au prénom angélique débarque dans une ville de Bretagne, un peu au sud de St Pol de Léon, un pays qui exhale le lisier et instille la tristesse sous le crachin. Je sens que les bretons ne vont pas apprécier mais on est en octobre, un dimanche soir dans une petite ville tristounette. En très peu de mots Pascal Garnier nous immerge dans une atmosphère d’ennui, tout en nous captivant par un style concis, ramassé et métaphorique. Rarement en aussi peu de mots je voyais se dessiner le paysage, les odeurs, une force évocatrice étonnante. De chaque côté de la route, des champs de boue s’étendent aux confins d’un horizon approximatif. C’est un paysage supposé. On est pas obligé d’y croire. Même la présence d’une poignée de corbeaux n’est pas irréfutable (p63). De brefs chapitres nous racontent les rencontres de Gabriel. José, un bistrotier d’origine lusitanienne, l’accueille dans sa cuisine un dimanche soir pour un bon plat de morue. Gabriel écoute et réconforte son compagnon de fraîche date. Et Madeleine, la réceptionniste esseulée de l’hôtel où il a pris pension pour on ne sait combien de temps. Il achète un saxophone à Rita et Marco, un couple à la dérive qui n’a plus le sous, et le donne aux enfants de José dont leur mère vient de sombrer brutalement dans le coma.  Gabriel l’air de rien offre son oreille et sa gentillesse aux individus qu’il croise. Une trajectoire floue sans but, au hasard des contacts plus ou moins fortuits. Des gens sans vraiment de relief mais si humains et communs dans leur histoire. Il ne se passe pas grand chose en apparence mais l’écriture de Garnier est si saisissante que je reste scotché au livre. On se demande pourquoi. Gabriel tait un passé qu’on subodore douloureux et que le romancier dévoile par petits bouts. Comme autant de fragments de souvenirs, d’associations libres de Gabriel qui exhude une histoire cruelle.  Des remémorations qui résonnent décalées au début du récit pour se rejoindre dans un épilogue d’une éclairante noirceur qui déboule presque sans crier gare.

Et cette Théorie du panda alors ? À l’image des rencontres, d’une certaine absurdité ; une peluche gagnée au stand de tir d’une fête foraine qui considère le monde et la faune qui l’habite d’un même œil écarquillé, affichant le même sourire béat qu’on lui mette ou non la tête en bas.

Belle découverte que ce roman au style surprenant qui m’a entraîné à suivre ce curieux Gabriel dans un cheminement à l’allure introspectif.

Pascal Garnier

Lire ici une interview rare de l'auteur.

La Théorie du panda, roman français de Pascal Garnier édité chez Zuma, 175 pages (2008).

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