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BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK - Envoyer un commentaire

jan. 24e, 2009

09:07 pm - FROZEN RIVER


Mardi 20 janvier après avoir écouté la prestation de serment de Barack Obama, coïncidence heureuse, je voyais au cinéma Frozen River de la réalisatrice Courtney Hunt. Le film a obtenu en 2008 le Grand Prix du film au festival de Sundance.

Á Massena au bord St Laurent, aux confins de l’état de New-York, Ray (Melissa Leo) se débat pour nourrir ses deux fils. Son mari vient de se barrer à Atlantic City et flamber le fric destiné à changer leur mobile home décati. Ça tombe mal, elle espérait enfin remplacer leur horrible mobile home pour un plus grand et plus accueillant avec les maigres économies durement rassemblées.  En plus d’être délaissée elle doit se bagarrer avec Lila Littlewoolf (Misty Upham), une indienne Mohawk, qui essayait de dérober la voiture de son mari. Il se trouve que les péripéties de l’histoire ont légué une réserve Mohawk à cheval sur les deux pays de part et d’autre du St Laurent et qui bénéficie d’avantages de territorialité dont certains Mohawks tirent parti en devenant des passeurs. Lila parvient à entraîner Ray dans son activité de passeuse de clandestins. Le fleuve pris dans les glaces offre la possibilité de franchir la frontière en dehors des barrières douanières. Elles véhiculent des chinois et des pakistanais prêts à tout pour goûter au rêve américain. Au passage elles empochent une commission. Pour Ray cela payerait le home sweet home de ses rêves et pour Lila de récupérer son bébé confié à sa mère par la communauté en raison de ses agissements illicites.

Mysti Upham & Melissa Leo

Les deux femmes aux origines bien différentes s’acoquinent dans cette aventure risquée . Là n’est pas le moindre paradoxe qu’illustre ce film indépendant. Pourquoi des étrangers voudraient risquer leur vie pour une vie bordélique ici s’interroge Ray ? Nous sommes au nord de New York, très loin des contrées désertiques et brulantes de la frontière du Mexique, mais ici aussi des clandestins tentent de franchir la frontière. Á une encablure au sud de Montréal, Ray accepte ces convoyages illicites sur le fleuve gelé pour récupérer de quoi nourrir ses gamins et leur offrir un logement acceptable.

En attendant Ray racle le fond des poches de son jean pour quelques pièces pour la cantine de ses rejetons alors qu’un immense écran plasma trône dans cette leur bicoque. On croise des flics paternalistes et un tantinet compréhensifs. L’un d’eux viendra gentiment sermonner l’ado. T. J. (Charlie McDernott) avait recouru à quelques entourloupes pour épargner les affres d’un noël dégarni à son jeune frère. D’ordinaire les flics américains apparaissent plutôt rigides et brutaux. Dans Frozen River ils contrebalancent la médiocrités des autres mâles. Les femmes subissent plus durement les conditions sociales , elles sont les plus mal loties, bafouées, rejetées, exploitées et violentées comme les deux chinoises clandestines.

Lila et Ray que tout sépare jusque dans leurs préjugés racistes finissent par s’entraider. L’une comme l’autre tendent une main secourable dans une histoire aux accents conte de noël, alors que même les enfants font semblant d’y croire.
Charlie McDermott

En dépit de la tournure happy end, Courtney Hunt décrit avec justesse cette Amérique au bord de la rupture. Un pays où survivent des populations paupérisées par les effets du surendettement. Les deux héroïnes symbolisent les laissés pour compte de cette société.

Frozen River résonne en contre point aux élans messianiques qui agitent les américains et même au delà des millions d’individus qui attendent des miracles de Barack Obama. Ce film, toujours en équilibre sur la frontière, entre chien et loup, capte les décalages de la société nord américaine. Le film emprunte les chemins de traverse et il nous tient en haleine, en évitant les excès mélodramatiques. Film aride à l’image du corps abimé et tatoué de Ray exhibé au début du film qui raconte une sympathique rencontre. Peu de concession, à part une issue trop belle, où deux femmes malmenées s’élèvent au dessus de leur misérable condition pour rester dignes et humaines.  La frontière n’est jamais certaine, elle reste poreuse en dépit des murs et barbelés, et comme dans la mythologie américaine, toujours susceptible d’être repoussée.

Frozen River, film américain, réalisé par Courtney Hunt (2008).

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