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BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK - Envoyer un commentaire

déc. 17e, 2008

06:06 pm - LA MEILLEURE PART DES HOMMES


 

La meilleure part des hommes,  le roman de Tristan Garcia esquisse le portrait d’une génération en suivant la trajectoire de quatre personnages comme autant de figures emblématiques des vingt dernières années du siècle passé. Ils ont une vingtaine d’année au début des années 80 et ils traversent de concert la période noire du Sida. Dominique Rossi, fils d’un médecin corse à ses heures militant du FLNC, termine ses études à Normale sup. Il se lie d’amitié avec Jean-Michel Leibowitz futur professeur de philosophie, un de ces intellectuels estampillés nouveaux philosophes. Une de ses étudiantes, Elizabeth Levallois,  succombe à ses charmes et devient sa maîtresse. Elle entre à Libé à la suite de son ami William Miller, un jeune paumé arrivé de fraîche date de sa Picardie natale. Elle favorise la rencontre entre William et Dominique. S’ensuit une histoire d’amour entre les deux garçons peu de temps avant l’irruption de l’épidémie. William se pique d’être un écrivain alors que Dominique s’engage dans la lutte contre le Sida en créant Stand Up ! La description et le comportement des personnages évoquent des acteurs de cette époque. Sous les traits de Dominique on reconnaît aisément Didier Lestrade, et Guillaume Dustan sous ceux de William. Quant à Leibo il condense Finkielkraut, voire Luc Ferry. Seule Liz, la narratrice, paraît moins identifiable (Hélène Hazera, Elizabeth Lebovici?). L’auteur ne cherche pas vraiment à flouter ses personnages. Toutefois on a du mal à imaginer l’engouement de certains pour les écrits de William à la lecture de ses péroraisons.
Ces quatre-là vont s’entremêler, s’aimer, se déchirer et dessiner une toile de fond parisienne de cette période.
Dominique, l’activiste, se bat corps et âme pour obliger les pouvoirs publics à réagir et à mettre des moyens pour arrêter l’hécatombe des malades du Sida. Son amant William après avoir commis des romans, se lance dans une attaque en règle contre les mesures de prophylaxie et prône le barebacking. William, tout entier, ne peut concevoir la moindre compromission non seulement avec le pouvoir en place mais aussi avec toute organisation qui tente de contrer la maladie. Habité par une pseudo vision libertaire, il voit au contraire dans cette maladie une sorte de libération quasi messianique. Leib se démarque progressivement de ses références socialistes pour infléchir sa pensée vers un libéralisme à la mode chiraco sarkozienne. Il se verra récompenser d’un maroquin ministériel. En revanche il se dépatouille assez mal dans ses affaires sentimentales entre sa femme et son amante Liz. Celle ci demeure indéfectible à son amitié avec William qui n’aura eu de cesse d’agresser violemment les personnes de son entourage.  Seule, elle accompagnera et veillera William jusqu’au fond de sa déchéance.

Chaque protagoniste propose une vision de ces années où une génération découvrit le télescopage entre jouissance sexuelle et mort. Faisant intervenir tour à tour les protagonistes, Tristan Garcia tentent de retranscrire les combats, les luttes, les mouvements qui ont dynamisé les scène altersexuelles et intellectuelles à la veille du second millénaire. Cette auto fiction surprend et interroge. Pourquoi  l’auteur a-t-il choisit Elizabeth comme narrateur du roman ?  Tour à tour l’auteur donne la parole à ses personnages, ce qui se traduit par un patchwork de styles pas toujours heureux et même insupportable lorsque s’exprime William.Les faits réels disparaissent et laissent la place à l’intimité des protagonistes bien qu’il soit surtout question de William. Et il est difficile d’éprouver la moindre once de sympathie pour lui. Sa constance, sa hargne à détruire son entourage, sa paranoïa le conduit dans une spirale masochiste teintée de perversité où il veut entraîner les autres.
De plus en avançant par à-coup dans le livre, je me remémorais les formidables romans autobiographiques de Didier Lestrade (Kinsey6 et Act Up, une histoire) qui décrivent son engagement militant pour les gays et contre la lutte contre le Sida.
Appartenant à cette génération, j’ai côtoyé cette effervescence, même si j’habitais en province. Mon éloignement de Paris et une vie sentimentale stable m’ont à coup sûr protégé d’une contamination à l’époque assurée. J’ai encore en mémoire le souvenir des questionnements quant aux premiers sarcomes de Kaposi, et ce qu’à l’époque certains nommaient le cancer gay ! venu des USA.

Pour revenir au roman, même si je reconnais le travail réalisé par l’auteur, né en 80, je suis demeuré extérieur à cette histoire, certainement énervé du fait de l’importance donné à William, et aussi par l’aspect caricatural de celui de Leibowitz.

 Lire ici l’avis de Bernard A.

Tristan Garcia

 
La meilleure part des hommes, roman français de Tristan Garcia. Edité chez Gallimard (2008) 305 pages.

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