BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK - Envoyer un commentaire
nov. 12e, 2008
04:44 pm - MILLÉNIUM



L’été dernier j’ai passé quelques après-midi bronzette à lire les tomes 1 et 3 de Millénium. Je viens de lire le tome 2 tout récemment. Trois pavés, en tout 1900 pages de roman policier. Je ne suis pas un amateur de ce type de roman, mais je reconnais avoir avalé chaque tome quasiment sans reprendre ma respiration. L’écriture est d’une simplicité étonnante, le récit se suit sans effort et je me suis retrouvé happé (et je ne suis pas le seul, vu le succès de cette trilogie) par les intrigues que dénoue le journaliste suédois Mikaël Blomkvist. Dans le premier tome il tente de résoudre une curieuse histoire de disparition au sein d’une famille bizarre dans un petit port de la côte orientale de la Suède. Parallèlement il démêle une crapuleuse histoire industrielle et financière. L’auteur dénonce les violences faites aux femmes, qui demeurent le fil rouge des trois tomes. Au cours des épisodes suivants d’autres thèmes surgissent et offrent un foisonnement d’histoires connexes liées à des évènements politiques et sociaux contemporains. On explore les services secrets suédois (Säpo) et ses ramifications avec un passé nauséeux qui flirtait avec le nazisme, les scories de la guerre froide, la lutte contre la pollution, les disfonctionnements des services sociaux et psychiatriques qui deviennent des enjeux dans cette saga journalistique et policière. L’occasion pour l’auteur d’exprimer ses griefs contre une société gangrenée par des collusions entre l’affairisme et la pègre, les trafics etc. . Il exploite les comportements, la probité de certains de ses héros pour affirmer son éthique basée sur le respect de la personne.
Le journaliste est entouré de personnages divers et notamment de Lisbeth Salander, un bout de chou de femme, une sorte de post adolescente gothique, une Fifi Brindacier revisitée. Cette jeune femme, dont l’histoire psychiatrique tient lieu d’axe essentiel dans la trilogie, endosse les traits d’un Asperger bien tempéré. Géniale informaticienne ou plutôt hackeuse, dotée d’une mémoire photographique ahurissante elle souffre d’inaffectivité apparente, de lexithymie d'alexithymie*, et de comportements relationnels caractériels clastiques. En fait l’auteur édulcore les aspects perturbés de la personnalité de son héroïne pour les transformer en avantages lorsqu’elle est confrontée à des situations périlleuses.
Côté sexualité, pas grand chose à redire. Les amours y sont hétérosexuelles et un peu altersexuelles. Lisbeth fricote tantôt avec Mickaël, tantôt avec une fille sans se poser la moindre question métaphysique. On croise un couple de garçons comme étant une chose naturelle. La sexualité est libre dans le respect de chacun. Blomkvist, divorcé, couche de temps à autre avec Erika, une femme mariée qui dirige la revue Millenium. Stieg Larsson ne manque pas une occasion pour dénoncer l’homophobie et la misogynie de certains personnages. Seules les amours tarifées basées sur l’exploitation et la violence faites aux femmes sont vigoureusement vilipendées.
Le livre se compose d’une suite de courts chapitres qui nous mettent successivement dans la peau des protagonistes. Avec eux nous avançons au rythme de leurs interrogations, découvertes, retours en arrière, etc. . Passant d’un personnage à l’autre, les points de vue se multiplient, agrégeant progressivement les pièces du puzzle. L’habileté de l’auteur est de nous placer dans une compréhension à la hauteur de ses acteurs et d’éprouver leurs sentiments. Larsson ne cherche visiblement pas à nous épater par des énigmes tarabiscotées difficilement déchiffrables. Même si l’histoire se complique, se ramifie, nous n’éprouvons pas de sentiment d’éparpillement, d’ennui à attendre une accélération du récit. De manière habile, l’auteur nous fait naviguer d’un personnage à l’autre. L’identification aux personnages fonctionnent bien. Nous sommes tour à tour Mickaël, Lisbeth, Erika, Modig, etc. Pendant la lecture j’étais comme un ado qui s’identifie intensément aux personnages et je m’arrachai difficilement du courant de l’histoire pour regagner les berges de la réalité. D’ailleurs le personnage de Salander, une Fifi Brindacier moderne, concourt à cet abandon dans cette régression adolescente.
La force du roman réside aussi dans un enracinement social proche de notre quotidien. Le Stockholm de Larsson prend forme, se charnellise si je puis dire et devient comme une seconde peau, un décor familier.
On pourra reprocher un certain manichéisme, un style banal avec une écriture parlée pas toujours soucieuse du respect de la langue. Mais ce ne sont pas des raisons suffisantes pour bouder notre plaisir d’être scotché à l’histoire. En lisant le livre et en retrouvant des tics de langage, j’imaginais Stieg Larsson devant son ordinateur, buvant force café tel Mickaël Blomkvist ou de caffè latte comme Lisbeth Salander et souvent se pincer la lèvre inférieure.
* voir le commentaire de Lionel
