BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK - RAFAEL , DERNIERS JOURS
mai. 4e, 2008
07:15 pm - RAFAEL , DERNIERS JOURS

Terrible roman ! Tout au long de sa lecture j’avais l’estomac noué et j’en ai cauchemardé. Il n’y a pas que le 3eme chapitre qui serre les tripes. L’auteur, dans un avertissement, avertit que ce (3eme) chapitre est particulièrement intense et éprouvant, pour tout ce qu’il exprime de la cruauté humaine, … qu’il est souhaitable, mais pas forcément nécessaire, d’inclure ce 3eme chapitre dans la lecture de cet ouvrage.
Donc les derniers jours de Rafael, de la pauvre vie d’un amérindien illettré, exclu de la société américaine. Agé de moins de trente ans il habite avec sa petite famille dans une caravane déglinguée à Morgantown, contre une décharge. Son existence se résume à une longue et ininterrompue ivrognerie. Son faible pécule provenant de la revente d’objets récupérés sur le dépotoir lui permet de s’enivrer. Il ne connait rien d’autre. Né dans cette décharge, c’est ici comme le reste de sa communauté qu’il y crèvera. Son avenir se circonscrit au tas d’ordures vomit par la société américaine qui les ignore.
Le tenancier qui lui sert sa boisson quotidienne lui refile un tuyau. Un boulot super bien payé. Acteur dans un snuff movie. Le bistrotier rabatteur lui explique le genre de boulot, puis Rafael rencontre le margoulin qui lui propose 25 000 $ pour accepter d’être acteur et mourir en une heure. Une heure de torture. Qu’est-ce une heure pour Rafael qui crève à petit feu, ou pour son père atteint d’un cancer et qui ne peut accéder à des soins faute d’argent. Une heure de souffrance et 30 000 $ qu’il réussit à négocier permettront, imagine-t-il, à sa femme et ses trois jeunes enfants de sortir du tas d’immondices qui leur sert de paysage.
Dans ce fameux 3eme chapitre Gregory McDonald décrit par le menu le scénario abominable de son assassinat. En toute connaissance de cause Rafael accepte et signe un pseudo contrat. Il réclame simplement un délai de trois jours pour s’organiser, dire au revoir aux siens.
La force extraordinaire de ce roman court tient dans cette haletante tension qui agrippe de plus en plus le lecteur. Passée la description effrayante de la mise à mort, la suite du récit moins terrifiant exhale une violence souterraine permanente. Tout ce que Rafael va vivre au cours de ces trois dernières journées sera sous le signe de son effroyable destinée qu’il nomme son premier jour de travail. Cruelle ironie !
Rafael parvient à soutirer une misérable avance de 300 $ avec lesquels il va pouvoir offrir pour la première fois des cadeaux à sa femme et à ses trois enfants et de quoi se régaler. Des présents symboliques et ouverts sur un avenir qu’il leur souhaite meilleur. Le benjamin âgé d’un an recevra un gant de base-ball, la cadette une trousse de docteur et l’aînée un piano électrique. Ces emplettes donnent lieu à de nouvelles vexations. Son avant dernière nuit il la passera au ballon à la suite d’une dénonciation. La police finira par le relâcher sans un mot d’excuse ni un minimum de considération.
La dignité de Rafael, sa qualité humaine, son humanité émerge de cette infâme condition existentielle. L’amour, la tendresse qu’il porte à sa femme, à ses enfants, au-delà du sacrifice à venir lui donne une dimension humaine. Malgré notre réserve au geste extrême qu’il s’apprête à accomplir, notre sympathie -au sens étymologique- va grandissante. On assiste à une rédemption moderne que l’auteur suggère assimilable à celle du Christ.
Site de l’auteur ici.
Les avis de Matoo et InColdBlog.
Rafael, derniers jours (The Brave). Roman américain de Gregory McDonald (1991). Traduit en français par Jean-François Merle, Éditions 10/18 (1996), 191 pages.

ICB
ICB
C'est en lisant chez Matoo dans son "panthéon livresque" que j'avais repéré ce titre et ensuite lu "très rapidement" ton avis. Je l'ai relu plus attentivement cette fois-ci.
(C'est Matoo, mais je ne vois pas comment m'identifier autrement ici ! Huhuhu.)
J'ai vu "The brave" et franchement bien déçu. Johnny Depp qui incarne Raphael (sic) et qui a réalisé le film prend quelques libertés avec le scénario. En fait tout ce qui fait la puissance du livre, à savoir la connaissance de la fin atroce de Rafael est dans le film très escamotée. Si bien que toute l'extraordinaire tension qui parcourt le roman disparait dans le film.