BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK - TORCH SONG TRILOGY
aoû. 29e, 2007
02:12 pm - TORCH SONG TRILOGY


OUPS !
Torch Song Trilogy fait partie de ces films emblématiques ou cultes qui appartiennent à une « culture communautaire » gay en l’occurrence.
Ce film de Paul Bogart - réalisateur prolifique pour la télévision - date de 1988. C’est une adaptation de la pièce éponyme de Harvey Fiersten. Elle fut transposée au cinéma par l’auteur qui tient le rôle principal dans cette comédie en trois temps.
Arnold travaille dans un cabaret où il se travestit chaque soir pour interpréter des chansons queer de sa composition. (Il chante dans une chanson de Hairspray).
Sa vie se déroule dans le milieu du cabaret gay assez fermé du New York d’avant les années noires du Sida. Sa vie sentimentale se résume à une succession de rencontres sans lendemain jusqu’au jour où Ed (Brian Kerwin) vient s’installer dans son petit nid quelques semaines. Arnold, pour souligner l’événement, décide de célébrer l’anniversaire de leur deuxième semaine de vie commune !
Mais Ed partage également sa vie avec une femme et ne pouvant choisir, Arnold préfère reprendre à sa vie de célibataire. Fin du premier acte.
Au second acte débarque le choupinou Alan (Matthew Broderick) qui s’amourache de notre Arnold à la voix grave et éraillée. Pour concrétiser leur amour ils décident -avant l’heure- d’adopter un enfant. Mais leur bonheur sera de courte durée. Alan est assassiné par une bande d’homophobes. Fin de l’acte
Au dernier acte nous retrouvons Arnold devenu père adoptif de David, un adolescent gay de 15 ans. Ed a refait surface et il a décidé, à l’instar d’Arnold, de concilier sa véritable identité à sa vie. Il cohabite désormais chez Arnold et s’occupe aussi du charmant décontracté loustic.
Survient la mère (Anne Bancroft) d’Arnold, une mère juive caricaturale, intrusive, castratrice qui ne parvient toujours pas à supporter le choix de vie de son fils. Arnold la met en demeure de le respecter tel qu’il est. « Je veux de l’amour et du respect, j’ai ton amour, je demande aussi du respect ».
Ce film vaut pour son étonnant condensé de l’évolution de la vie gay de ces trente dernières années. Des années 70 avec une visibilité de la scène homosexuelle réduite au monde artistique (le cabaret, le travestissement, la drague en boite, la vie dans le placard) à la fin des années 80 avec la reconnaissance et la visibilité des gays. Cette plus grande acceptation de la réalité des gays (les lesbiennes sont absentes du film) dans la société reste fragile et l’homophobie continue ses ravages. Enfin la revendication et la tranquille affirmation de sa différence, de son orientation sexuelle, de ses choix de vie, au désir d’être parent et de l’affirmer. On notera au passage la relation amoureuse entre un jeune d’une vingtaine d’année et un quinqua, pour le moins inhabituelle dans cinéma, tout comme dans la réalité.
Torch Song Trilogy parvient à synthétiser et représenter cette récente évolution, tout en proposant un divertissement joyeux et grave. L’humour queer, les clins d’œil malicieux d’Arnold qui recherche la complicité du spectateur font oublier les inévitables clichés, et la platitude de la mise en scène.
On peut regretter l’absence de l’évocation du Sida même si la pièce a été écrite et jouée avant l’épidémie ce qui n’est pas le cas du film. Ce n’est pas le sujet, la perte, le deuil sont présents dans ce film.
Son aspect historique, ses personnages attachants, son humour queer, sa tranquille revendication au respect aux différences assurent à Torch Song Trilogy une bonne place dans ma vidéothèque.

Olivier Autissier