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BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK - le 29 janvier 2008

jan. 29e, 2008

07:36 pm - CEINTURE JAUNE


C’est la jolie chronique d’une année d’un garçon au moment de son entrée dans l’adolescence. Le protagoniste dont on ignore le prénom se rend deux soirs par semaine au dojo où il retrouve son partenaire de tatami. C’est la naissance d’une amitié, de celle que l’on choisit. Une amitié qui s’origine d’abord par le contact des corps à corps au judo, et qui se poursuit par les échanges de pensées sur le chemin du retour. Lui et moi on échange nos pensées. Parfois, on a les mêmes, parfois, c’est tout le contraire. Nos pensées, quand on se parle, se renforcent, changent, se mélangent. Mes pensées ensemble. En se parlant comme ça, lui et moi, on n’est plus chacun seul avec ses pensées qui tournent dans sa tête. On est tous les deux en train de penser ensemble. J’aime ça.

Pourtant leur amitié reste fragile et essentiellement dans la tête de notre narrateur. Il rêve et fantasme sur la vie de son double : « Lui » . Cela lui permet de s’évader de supporter la grisaille quotidienne, d’une mère passablement dépressive, peu aimante voire maltraitante. D'une Zup quelque part en Alsace, des vacances dans le Berry maternel ou au bord de la Méditerranée dans un camping réservé aux familles de militaire.
Un jour elle l’emmène à son cours de couture pour lui confectionner une veste et un pantalon. Ma mère a parlé de moi, en disant que j’étais son deuxième, que je lui en faisais voir mais que travaillais très bien, à l’école, d’ailleurs j’ai reçu un prix…Ma mère parlait comme ça en prenant mes mesures et en ajustant sur moi un patron. Ses épingles me rentraient dans la peau.

Il aspire à une autre vie, avec Lui, une vie d'après. Difficile d’accorder le rêve et la réalité lorsque l’on est un enfant dépendant de ses parents. Lui demeure éloigné sauf dans ses rêveries.
Elève brillant il intègre pour sa 6eme le collège réputé du centre ville. Il rencontre Lionel Bréjean, un garçon un peu maniéré, une fille, quasi orphelin, ses parents l’abandonnent à un majordome trop pris par leurs activités professionnels. Il figure l’autre ami celui du quotidien, du collège. Toutefois il est trop dissemblable par ses origine sociales, son indépendance.

Il y a aussi Me Schimmel, la documentaliste bibliothécaire du collège, rescapée des camps de la mort, qui le remarque et lui confie des responsabilités. Les livres sont doux, ils sentent bon. Avant je l’ignorais. Je ne m’intéressais qu’à ce qu’il y avait à y lire. Je ne savais  pas qu’on pouvait aussi les toucher, les sentir…. mais ce que je fais, surtout, c’est que je les caresse et les sens. On croit que je travaille mais en fait, je prends du bon temps, du plaisir. Un plaisir secret. Mais peut être, je me dis, Madame Schimmel,  avec son sourire en coin lorsqu’elle me regarde faire, peut être elle, elle le sait.

Bref un beau roman initiatique, découpé en de courts paragraphes comme des impressions griffonnés sur un journal intime. On prend plaisir à suivre les instantanées du garçon, ses rêves, ses attentes. Par de subtiles touches Philippe Fréling nous fait ressentir l’intimité, les émois du jeune adolescent. De ses regards vers le sexe des grands, de ses peurs, de sa guerre.
Devenir un adolescent, se confronter aux autres, grandir ressemble à un combat qu’il mène avec philosophie comme au judo. Heureusement car ce passage comporte des dangers avec des blessures. Philippe Fréling avec son premier roman nous montre la force de la pensée, du rêve et du don.
Le titre et certains aspects du récit peuvent évoquer le film de Antony Cordier « Douches froides ». A ceci près qu’ici nous sommes à l’orée de l’adolescence, à un moment où les sentiments se cherchent, sont encore suspendus dans l’indicible.

Lire l’avis enthousiaste de Clarabel.

Les premières pages ici.

Ceinture jaune de Philippe Fréling (2007) Éditions Arléa, collection « 1er Mille ». 230 pages.

 

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