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BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK - le 16 janvier 2008

jan. 16e, 2008

05:00 pm - VERT PARADIS


Nous avons eu la chance de visiter l’exposition Vert Paradis dans des conditions idéales. C’était l’an dernier le 30 décembre à l’Hôtel de Retz à Paris et nous étions les seuls visiteurs présents. Vert paradis qui se déclinait en quatre projets (Suspectes, Last Riot, Action Half Life, Le roi des Aulnes) présentés par le groupe russe AES+F (Tatiana Arzamasova, Lev Evzovitch, Evgeny Svyatsky et Vladimir Frickes). Tous approchant la cinquantaine. Les trois premiers sont peintres et Frickes est photographe. Il a rejoint le trio plus tardivement.

L’expo est maintenant terminée et même si l’entrée coûtait 8 €, je ne regrette pas cette dépense. C’est une photo posée chez Thomas qui m’avait donné l’envie d’en savoir un peu plus sur ces artistes.

L’expo débutait par la série « Suspectes » composée de quatorze portraits de jeunes filles. Toutes sont de face et se ressemblent. Mêmes présentations, pas de différenciations vestimentaires ostentatoires. On apprend que la moitié d’entre elles sont des criminelles. Elles sont emprisonnées pour des meurtres, parricides, bref que du lourd. Les autres demoiselles proviennent de bonnes familles et elles suivent des études dans des établissements bien comme il faut. Donc le visiteur se demande comment différencier les délinquantes des lycéennes. Cela fait belle lurette que nous connaissons les impasses de la morphopsychologie, et en voilà un exemple. Alors comment distinguer le bon grain de l’ivraie ?, avec l’ADN, mais c’est plus compliqué et invisible. Méfions nous car certains voudraient dépister dès le plus jeune âge de potentiels sauvageons. Revenons à l’expo, évidemment nous sommes piégés par ces visages que rien ne distingue ni ne renseigne sur leur passé, les yeux ne seraient pas le miroir de l’âme.

On poursuivait par une salle où était projeté sur trois écrans un film d’une vingtaine de minutes : La dernière révolte/Last Riot. Des images de synthèse servent de décors fond devant lequel des enfants, et des ados enchaînent de courtes saynètes de combat. Ces personnages aux allures androgynes, et angéliques revisitent aussi des légendes, mythes (Narcisse, Salomé…).


Ces jeunes garçons et filles, sans distinction, se battent, s’étripent ou plutôt miment le geste de tuer, le retenant juste avant le coup fatal. Ils imitent des exécutions, tueries, sacrifices sans exprimer le moindre affect, ni d’intention. Télescopage d’un monde virtuel fait d’images de synthèse, de simulation et du placage de ces êtres juvéniles qui paraissent si innocents. Une musique wagnérienne tient lieu d’enveloppe sonore. Nous suivons une trame à peine esquissée, avec une absence de scénario. Le temps est figé, passé, futur et présent se confondent tout comme les bourreaux et leurs victimes, les filles et les garçons, les ados et pré-pubères. Un monde cybernétique clos, répétitif, froid et sec comme l’esthétisme du graphisme. Apocalypse où seule la figure narcissique demeure. Un univers régit par la violence froide et inaffective, où l’altérité n’existe plus, et qui se suicide.

Une vision virtuelle, sans goutte de sang, sans vie donc comme dans les jeux vidéos dont raffole la jeunesse. Plus de différenciation entre les ages, les sexes, les races, la réalité, et les fantasmes, le bien et le mal. Est-ce ce qui nous attend ?
Etrange sensation à regarder ces beaux jeunes gens (de vrais choupinous, choupinettes) interpréter des chorégraphies meurtrières à l’homoérotisme distant. Ils rappellent un peu les personnages de Bernard Faucon. Fascination et inquiétante étrangeté se mêlent devant cette vision futuriste pas si impensable que cela.

Autre projet exposé : Action Half Life en lien avec le jeu vidéo éponyme. Des tableaux où des enfants tiennent des armes de destruction massive ou non, dans des décors lunaires, désertiques qui rappellent la guerre des étoiles. On se trouve avant Last Riot, tout semble probable mais non encore advenu. La soi-disant innocence des enfants nous est ainsi projetée, renvoyée en pleine face.

Nous somme loin des paysages de la Guerre des boutons et de Lord of Flies, mais la thématique demeure sauf qu’ici l’adulte a totalement disparu. Retour à la réalité dans la première salle où rien ne différencie les jeunes meurtrières des vierges. Notre monde court il à sa perte ? La jeunesse nourrit de jeux vidéos violents et destructeurs, où se mélangent réalité et virtualité, où les frontières entre générations, entre sexes disparaissent, pourrait glisser dans un univers indifférencié propice aux dérives les plus extrêmes.
Lire l'avis de Bernar A.

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