BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK - le 25 juin 2007
juin. 25e, 2007
02:20 pm - I DON'T WANT TO SLEEP ALONE

Je fais preuve d’abnégation chaque fois que je décide de voir un film de Tsai Ming Liang.
Encore que… je garde un souvenir fort de « La rivière » où l’on suit un garçon perclus de rituels obsessionnels s’enfoncer dans la pénombre humide de T’ai-Pei, échouer dans un sauna et partager un plaisir avec … son père. Evidemment aucun des deux n’imaginaient s’y rencontrer. Résumé succinct d’un film quasiment sans dialogue d’où je ressortis troublé.
Donc “I don’t want to sleep alone” . L’affiche augure une thématique bien dans la veine de ce réalisateur.
Nous serions à Kuala Lumpur, les personnages quand ils parlent s’expriment en malais et de la ville nous n’en voyons que des bribes semblables à n’importe quelles autres villes d’extrême orient. De lugubres et sordides appartements, des rues vides, et un garage en construction au fond duquel croupi une eau noirâtre. Le style des décors de Tsaï Ming Liang est aisément reconnaissable avec une atmosphère chaude et humide propre au Taiwanais.
Le réalisateur filme de préférence la nuit comme pour signifier l’envers de la réalité. Ici un type se fait rouer de coups faute d'avoir payé un pari, il est recueilli par une espèce de bon samaritain qui le trimbale dans son antre. Il le soigne et partage sa couche. De rares gestes de tendresse témoignent d’un désir sexuel ? On ne sait pas. Ailleurs, un type grabataire reçoit une toilette « pré funéraire » des mains d’une fille dévouée (le SDF et le grabataire sont interprétés par le même acteur, je m’en suis aperçu à la lecture du générique). La fille et le SDF se rencontrent, le deuxième homme les retrouve dans le garage brut de décoffrage où ils ont installé leur matelas et basta ! ou du moins le titre « I don’t want to sleep alone ».
De longs plans fixes, aucun mouvement de caméra, peu de dialogue. Au spectateur d’écrire une histoire. A nous de combler le vide, la solitude des personnages. Le monde que nous montre Tsaï Ming Liang relève d’un « day after » où ne règne que la misère, la mort, la solitude, la pollution. Comme si notre monde courait à sa perte, à sa déshumanisation. En guise de fond sonore, la musique tantôt mozartienne, tantôt à base de variétés locales sirupeuses. Un cinéma qui amène à ressentir et à compléter la vision d’images à la poésie déroutante. Un film inhabituel car hors des normes actuelles d’une narration linéaire et explicative. Reste des scènes fortes comme celle où une vieille femme prend la main de la soignante sa fille pour branler le sexe du corps inerte de l’homme de son fils.

Lire les critiques ici, ici et celle des cahiers du cinéma.
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