BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK
mai. 14e, 2008
06:21 pm - THE BRAVE

Ce film réalisé par Johnny Depp et adapté du roman de Gregory McDonald fut projeté à Cannes en 1997. Sa carrière s’arrêta quasiment là. Johnny Depp désabusé par les critiques négatives, notamment américaines, renonça à le diffuser aux Etats Unis. Le film est disponible en cassette vidéo et en DVD.
Le scénario reprend les grandes lignes du livre de McDonald. Même lieu, Morgantown, un bidonville et personnages similaires. Mais Johnny Depp a amorti l’effet saisissant de l’histoire. Dèjà l’orthographe du prénom est modifié. Rafael devient Raphaël. Très vite nous découvrons Raphaël beau gosse (Johnny Depp himself) sortir de son bidonville et se rendre en ville.

Il est plutôt sobre. Il entre dans un bureau installé dans un dépôt lugubre. Puis on l’emmène rencontrer Mc Carthy, un Marlon Brandon assis dans une chaise roulante qui à mots couverts déblatère sur le plus beau cadeau qu’un homme puisse offrir : sa mort. À la différence du roman le dialogue reste soft, rien sur la séance de mise à mort accompagnée de tortures, au point de se demander s’il s’agit bien de la même histoire. Mac Carthy lui propose 50 000$ (on est loin des 30 000 $ arrachés dans le bouquin) et Raphaël repart avec un tiers de la somme ! Dans le manuscrit il n’avait droit qu’à une aumône de 300$ dont on supputait que ce serait son unique rétribution.
Il s’en retourne et avec les dollars il achète de quoi construire un mini Luna park dans le bidonville ! Quand on se souvient que dans le roman il n’avait acquis qu’une grosse dinde surgelée, deux robes pour Rita et des cadeaux dérisoires et décalés pour ses lardons. On aperçoit le prêtre à qui Raphaël demande de veiller à récupérer l’argent, ce sera l’unique fois où Raphaël évoquera sa mise à mort. Et cerise sur le gâteau, Raphaël assassinera son frère qui auparavant avait violenté sa famille. Dans le livre, son frère l’avait dénoncé à tort pour un vol, afin de glaner une misérable récompense. À la limite qu’il y ait des différences avec le texte pourquoi pas, sauf qu’ici tout cela concourre à dénaturer l’ambiance, le climat tendu du livre.
L’idée du snuff movie a disparu et toute l’incroyable intensité du roman semble arasée. On s’ennuie à suivre ses déambulations un peu vaines. La noirceur du livre est gommée par un scénario émoussé.
Johnny Depp a-t-il eu peur de la violence du sujet au point de l’édulcorer à ce point ?
Pourtant il s’était entouré du chef opérateur de Emir Kusturica et d’Iggy Pop à la musique. Tout cela fait flop. Dommage car Johnny Depp en choisissant d’adapter le récit de McDonald connaissait la dramaturgie qui tend cette histoire. Du coup je ne comprends pas pourquoi il s’est écarté de la violence du bouquin. Reste la belle gueule de Johnny Depp et de son jeu d’acteur.


The Brave, film américain réalisé par Johnny Depp, 1997.
mai. 13e, 2008
08:06 pm - VIE ET MORT EN QUATRE RIMES

Je musais à la médiathèque. Je venais de croiser un charmant choupinou et j’espérai le revoir au détour d’un rayon. Mon esprit vagabondait tranquillement et je m’arrêtai devant la table des nouveautés littéraires. Le joli titre d’un livre d’Amos Oz attira mon attention. Vie et mort en quatre rimes. Un roman d’un célèbre auteur dont le pays, Israël, a été l’invité d’honneur au dernier salon du livre. L’occasion de découvrir cet écrivain*.
Le narrateur, un écrivain reconnu doit participer à une conférence débat consacrée à son dernier roman. C’est traînant les pieds qu’il se rend au centre culturel qui l’a invité. Peu pressé, il s’arrête dans un troquet et il réfléchit aux sempiternelles questions que l’assistance ne manquera pas de lui poser ; le rôle de l’écrivain, le sens de la littérature, pour qui, pourquoi écrire ? etc.… Pas vraiment passionné par ce genre de pensum, il dévisage les clients et son esprit s’éloigne des contingences à venir pour baguenauder au grée de son inspiration. Il reluque la serveuse, ravissante au demeurant avec ses belles cuisses. Sa libido s’active, il note l’élastique du slip qui transparaît sous sa petite jupe. Il la prénomme Ricky et il échafaude une histoire. Un amour déçu avec un play-boy sportif qui l’aura quittée pour une miss plage quelconque… Il est maintenant temps de rejoindre le centre culturel où s’impatiente un auditoire nombreux. En attendant de prendre la parole il écoute distraitement un universitaire pérorer sur la littérature. Á nouveau son regard s’égare sur le public. Il repère un jeune homme, un poète tourmenté pense-t-il. Et là certainement un vieux militant politique et culturel. Chaque visage déclenche, compose des histoires à tiroir que déroule notre auteur rêveur. Puis vient le tour de Rochale Reznick de lire quelques pages de son roman.
Á la sortie notre écrivain-auteur rejoint la lectrice et il entreprend de la raccompagner. Plutôt que de rentrer il préfère la dragouiller.
Amos Oz tisse des liens entre ces différents personnages entraperçus. Son imagination leur crée une existence. Mélangeant un brin de réalité à ses fantasmes les voici s’incarner, s’activer, vivre et mourir aussi.
On passe de l’un à l’autre, de petits détails insignifiants à nos yeux révèlent des scénarios à rebondissement. Tout ce petit monde s’anime. Voilà la création littéraire à l’œuvre et l’air de rien notre auteur en quête de réponses suggère une méthode d’écriture.
Je m’ennuyais un peu à cette lecture même si je reconnais la faconde de l’auteur. Et à mon tour mon esprit prenait des libertés avec le texte. Alors que l’auteur évoquait les gâteries qu’il procurait à Rochale, je travestissais quelque peu les protagonistes pour à mon tour broder d’autres aventures. Je pensais au roman de Frédéric Mitterrand, Festival de Cannes, où au milieu d’anecdotes réelles, il nous raconte une nuit fantasmée avec Brad P . Une rencontre imaginaire à faire pâlir d’envie le lecteur. Une nuit d’amour avec l’acteur de Babel, de 7 ans au Tibet !
Un roman simple avec juste des moments de vie. Nous suivons les divagations oniriques de l’auteur. Bel exercice où le travail d’écriture s’effectue devant nos yeux. Simple, comme un jeu d’enfant serais-je tenté de dire. Laisser l’esprit vagabonder et transcrire les pensées. Un joli roman qui se lit d’une traite, même si je m’en suis évadé quelquefois lorsque les galipettes des protagonistes m’indifféraient. Son style vaguement triste se teinte d’humour pour croquer ses pérégrinations fantasmatiques. Au passage il évoque brièvement l’activité intellectuelle d’un pays où le militantisme culturel essaie de maintenir l’esprit des pionniers de l’état hébreu.
* Je regrette le temps où InColdBlog nous alimentait de ses judicieux conseils de lecture.

mai. 5e, 2008
06:35 pm - UNE MÉLANCOLIE ARABE

Une mélancolie arabe faite de chutes et de renaissances. Ce n’est pas la mélancolie médicale, cette terrible et mortelle affection qui dissout tout désir pour conduire inexorablement vers la mort.
Abdellah la frôle plusieurs fois, et chaque fois il trouve la force nécessaire pour repartir.
La première fois, il a une douzaine d’année, à Salé dans le quartier de Hay Salam près de Rabat. Le jeune adolescent est fasciné par Chouaïb, un grand ado avec déjà un peu de barbe sur les joues. Il rêve d’amour mais le mauvais garçon n’en veut qu’à son cul, un cul de zamel, de pédé efféminé. Abdellah s’insurge lorsqu’il le nomme Leïla (une belle figure poétique qu’aima Majnoum, le fou, le poète arabe du 8eme siècle. Abdellah refuse malgré son désir pour le grand adolescent. Il s’oppose, se révolte et Chouaïb rejoint par trois autres compères s’exaspèrent et décident de le violer. Au bord du gouffre il est sauvé par le chant du Muezzin.
Abdellah miraculé, s’appuie contre un poteau électrique. Il est électrocuté. C’est dans les bras de son petit papa qu’il renaît.
Il aime les hommes, d’abord Javier remarqué sur un tournage au Maroc et pour lequel il crève de désir. L’avion du retour décroche brutalement, la chute vertigineuse, la mort imminente. Il rêve de Javier. Second miracle, le pilote récupère l’appareil. À Paris il le retrouve. Javier lui demande d’attendre encore un e-mail à envoyer et après on baise. Abdellah ne peut attendre. J’étais amoureux, c’est à dire en révolte. Il part.
Puis Slimane, l’algérien, qui va partager son existence pendant quatre années. Mais l’emprise devient si violente qu’Abdellah choisit de rompre pour se préserver. Il doit le quitter pour exister tout simplement, écrire retrouver le goût de vivre et d’être lui. Malgré son amour il se résout à la trahison, à la rupture.
Enfin au Caire une ville qu’il affectionne, celle des actrices et acteurs du cinéma de son enfance et qui alimentent son souhait de réaliser des film. À l’hôtel, il croise brièvement un jeune employé darfouri au passé douloureux. Abdellah mortifié et pressé ne peut qu’échanger fugacement un geste tendre, un espoir. L’auteur glisse lentement vers sa destruction. Ce sera Sara, une dame en noir, une juive qui le ranime et le ramène à la vie.
Successions de chapitres courts comme des moments d’écriture. Des instants rapportés d’une vie tendue par l’amour au risque de rompre.
L’auteur s’abandonne dans cet amour désiré, dans le corps d’autre homme jusqu’aux limites du raisonnable. Au bord de la chute, de la folie. Cette mélancolie arabe où le corps s’offre à la sensualité, au désir, où la liberté du corps semble si grande tandis que les mentalités archaïques interdisent et répriment toute affirmation de sa différence.
Du désir de demeurer quoiqu’il en coûte un homme. Il ne veut pas être réduit à une identité qu’on lui imposerait. Sans renier son altersexualité, il aspire à être un homme avec sa dignité et son individualité. Ses trahisons ne sont que des moments fondateurs de sa vie, de sa raison d’être au monde et qu’il s’est construit.
Beau roman sur l’affirmation de soi*, à la croisée des cultures maghrébines, égyptiennes et françaises. J’avais aimé son précédent roman l’Armée du salut.
* Voir l’article de François Reynaert dans le Nouvels Obs du 1er mai.
L’interview d’InColdBlog. Une interview de Fluctuat reproduite sur Les Toiles Roses.
Lire retour à la mélancolie, une semaine (mai 2007) de Abdellah Taïa sur Libé.
Une mélancolie arable, roman français de Abdellah Taïa. Editions du Seuil, 2008. 142 pages.
mai. 4e, 2008
07:15 pm - RAFAEL , DERNIERS JOURS

Terrible roman ! Tout au long de sa lecture j’avais l’estomac noué et j’en ai cauchemardé. Il n’y a pas que le 3eme chapitre qui serre les tripes. L’auteur, dans un avertissement, avertit que ce (3eme) chapitre est particulièrement intense et éprouvant, pour tout ce qu’il exprime de la cruauté humaine, … qu’il est souhaitable, mais pas forcément nécessaire, d’inclure ce 3eme chapitre dans la lecture de cet ouvrage.
Donc les derniers jours de Rafael, de la pauvre vie d’un amérindien illettré, exclu de la société américaine. Agé de moins de trente ans il habite avec sa petite famille dans une caravane déglinguée à Morgantown, contre une décharge. Son existence se résume à une longue et ininterrompue ivrognerie. Son faible pécule provenant de la revente d’objets récupérés sur le dépotoir lui permet de s’enivrer. Il ne connait rien d’autre. Né dans cette décharge, c’est ici comme le reste de sa communauté qu’il y crèvera. Son avenir se circonscrit au tas d’ordures vomit par la société américaine qui les ignore.
Le tenancier qui lui sert sa boisson quotidienne lui refile un tuyau. Un boulot super bien payé. Acteur dans un snuff movie. Le bistrotier rabatteur lui explique le genre de boulot, puis Rafael rencontre le margoulin qui lui propose 25 000 $ pour accepter d’être acteur et mourir en une heure. Une heure de torture. Qu’est-ce une heure pour Rafael qui crève à petit feu, ou pour son père atteint d’un cancer et qui ne peut accéder à des soins faute d’argent. Une heure de souffrance et 30 000 $ qu’il réussit à négocier permettront, imagine-t-il, à sa femme et ses trois jeunes enfants de sortir du tas d’immondices qui leur sert de paysage.
Dans ce fameux 3eme chapitre Gregory McDonald décrit par le menu le scénario abominable de son assassinat. En toute connaissance de cause Rafael accepte et signe un pseudo contrat. Il réclame simplement un délai de trois jours pour s’organiser, dire au revoir aux siens.
La force extraordinaire de ce roman court tient dans cette haletante tension qui agrippe de plus en plus le lecteur. Passée la description effrayante de la mise à mort, la suite du récit moins terrifiant exhale une violence souterraine permanente. Tout ce que Rafael va vivre au cours de ces trois dernières journées sera sous le signe de son effroyable destinée qu’il nomme son premier jour de travail. Cruelle ironie !
Rafael parvient à soutirer une misérable avance de 300 $ avec lesquels il va pouvoir offrir pour la première fois des cadeaux à sa femme et à ses trois enfants et de quoi se régaler. Des présents symboliques et ouverts sur un avenir qu’il leur souhaite meilleur. Le benjamin âgé d’un an recevra un gant de base-ball, la cadette une trousse de docteur et l’aînée un piano électrique. Ces emplettes donnent lieu à de nouvelles vexations. Son avant dernière nuit il la passera au ballon à la suite d’une dénonciation. La police finira par le relâcher sans un mot d’excuse ni un minimum de considération.
La dignité de Rafael, sa qualité humaine, son humanité émerge de cette infâme condition existentielle. L’amour, la tendresse qu’il porte à sa femme, à ses enfants, au-delà du sacrifice à venir lui donne une dimension humaine. Malgré notre réserve au geste extrême qu’il s’apprête à accomplir, notre sympathie -au sens étymologique- va grandissante. On assiste à une rédemption moderne que l’auteur suggère assimilable à celle du Christ.
Site de l’auteur ici.
Les avis de Matoo et InColdBlog.
Rafael, derniers jours (The Brave). Roman américain de Gregory McDonald (1991). Traduit en français par Jean-François Merle, Éditions 10/18 (1996), 191 pages.
mai. 1er, 2008
08:46 am - IN MEMORIAM JEAN - DANIEL CADINOT
En cette journée de la fête du travail une pensée pour Jean-Daniel Cadinot qui est décédé il y a une semaine.
Au début des années 80 ses films pornos ont accompagné une visibilité homosexuelle qui gagnait peu à peu du terrain. Je me souviens de ses premiers films qui alimentaient mes fantasmes…




avr. 29e, 2008
02:43 pm - LES CITRONNIERS

Salma, veuve palestinienne n’a pas de chance. Son mari dont le grotesque portrait patibulaire trône dans le salon est décédé depuis une dizaine d’années. Son fils bosse comme plongeur à New York et sa fille se démène avec ses enfants. Elle survit en exploitant sa petite citronneraie avec un ouvrier fidèle depuis plus d’un demi siècle. Mais voilà sa plantation borde la frontière et juste de l’autre côté du grillage emménage Navon, le ministre israélien de la défense. Quelle curieuse idée ?!
Il débarque avec gardes du corps et miradors et rapidement sa sécurité impose de raser les citronniers qui pourraient masquer des terroristes. Dans sa mansuétude l’état hébreu propose un dédommagement à la propriétaire. Salma Zidane (elle a une poster de notre Zizou national) se rebelle. Elle quémande de l’aide auprès de sa communauté qui l’écoute distraitement tout en lui fourguant un jeune avocat spécialiste des divorces ! Une mère courage palestinienne et un avocatillon face à l’arrogance et la puissance d’Israël. Le décors est planté, les ingrédients rassemblés pour nous refaire de coup d’Erin Brokovich. Sauf qu’ici nous sommes en Palestine et seuls les films américains se terminent bien. Une première plainte est déposée et qui est aussitôt rejetée par la justice israélienne. Le ministre n’a pas tous les droits. Salma insiste et va devant la Cour Suprême de justice.
Hiam Abbass & Ali SulimanSalma se trouve bien esseulée même si Ziad accepte de poursuivre la démarche judiciaire. En revanche ses compatriotes la toisent de haut. Une affaire insignifiante à leurs yeux, menée de surcroît par une femme dont on s’intéresse plutôt à vérifier la droiture morale que de la soutenir. Ne viendrait elle pas perturber un consensus de combats machistes ? Non seule la lutte sanglante mérite leur attention. Ils ne peuvent déroger à leur principe d’affrontements violents.
Du côté israélien cette empêcheuse de surveiller avec sérénité agace plus qu’elle ne trouble réellement les certitudes du pouvoir. La femme du ministre, elle aussi un peu seule, finit par compatir à la souffrance de sa voisine. Mêmes séparées par des grillages elles se rejoignent dans leur souhait de vivre en paix. Le mur de la honte, l’Intifada ne cessent de creuser le fossé entre les deux communautés et il paraît bien dérisoire de s’attarder à quelques arbres menacés de déracinement. Les arbres sont comme des êtres humains clame-t-elle devant le tribunal comme si la métaphore pouvait modifier le cours des évènements.
Tarik Copty, Hiam Abbass & Ali Suliman.
Ce beau film d’un combat féminin pêche par un nappage d’historiettes annexes qui affadit le propos. Dommage que le réalisateur ait rajouté des amourettes qui détournent l’attention et tirent le film vers un sentimentalisme inutile.
Autour de ce thème, je pense au film de Eytan Fox, The Bubble, et aussi au film, vu sur Arte au début du mois, Paradise now de Hany Abu-Assad où l’on suit deux palestiniens désabusés qui acceptent l’endoctrinement de fanatiques pour aller se faire exploser au milieu de civils en Israël.
L’avis de Cluny.
Les citronniers (Lemon tree), film israélien de Eran Riklis, 2008.

avr. 28e, 2008
07:54 pm - VUES D'EN FACE 2008 CLAP DE FIN
Il y a une quinzaine de jours s’achevait le 7eme Festival Vues d’en Face à Grenoble. J’ai chroniqué tous les films que j’ai visionné. Au compteur 20 films sur les 24 proposés, un pensum bien agréable. Deux n’ont pas été relatés car je les avais déjà vus et publiés un article auparavant.


Si j’ai assisté à autant de projections c’est en raison de ma participation au premier jury de spectateurs du festival. En effet j’ai eu la chance d’être retenu comme membre de ce jury. Outre les six films sélectionnés pour concourir à ce premier prix du jury, j’ai assisté sans vergogne à toutes les séances que je souhaitais. Le week-end fut un peu éprouvant. D’ailleurs je me suis octroyé une pause au milieu de l‘après midi du samedi et renoncé aux courts métrages. De même que les séances tardives du mercredi et du jeudi sont passées à la trappe. Je travaillais les lendemains matins et j’avais un peu de route à faire.

Mon regret, ne pas avoir vu No regret un film coréen de Lee Han, pour cause de délibérations du jury.
Le choix des films en compétition, qui à mon avis ne regroupait pas les meilleurs, tenait compte d’un savant dosage et aussi des coups de cœur de l’équipe du festival. Deux films gays, deux films lesbiens, un moyen métrage et un documentaire. Pour une première année, avec raison, le nombre de films en compétition s’est voulu raisonnable et soutenu d’un louable souci d’éclectisme. Il fallait également les projeter à des horaires compatibles au plus grand nombre de spectateurs. Pour la plupart, leur nomination au prix jury leur donne une notoriété et un public qu’ils auraient, sans cela, certainement manqué.
Cela m’a permis de vivre une expérience intéressante et enrichissante. Les discussions entre nous étaient pertinentes et constructives. Notre petit groupe de jurés s’est accordé sur le film de Luciano Melchionna : Gas. Ce n’était pas tout à fait mon film préféré mais il figurait en seconde place.
J’en profite pour remercier toute l’équipe d’organisation. Le travail de l’équipe du festival est tout simplement remarquable. Offrir à Grenoble une programmation aussi diversifiée et de qualité requiert énormément de travail avec des moyens limités. Il leur fallait présenter des films inédits, seulement quatre films avaient bénéficié d’une sortie en salle ou d’une diffusion à la télévision. Une dizaine de films étaient totalement inédits en France. Donc un coup de chapeau à Vues d’en Face.
Pour revenir sur les projections, j’ai été fortement impressionné par le documentaire des de Mélissa et Cynthia Ara : L’ordre des mots, le film israélien de Dan Wolman : Les mains liées, et les films asiatiques : Love my life, Eternal Summer et Bangkok Love Story. Le roi et le clown étant hors concours. Un festival très altersexuel faisant la part belle aux réalisateurs jeunes et peu connus. Des films prometteurs, même si certains empruntent des thèmes rebattus, d'autres s'aventurent sur des chemins novateurs.

avr. 26e, 2008
09:06 am - RIPARO

Anna (Maria de Medeiros) et Mara (Antonia Liskova), deux touristes italiennes achèvent leurs vacances en Tunisie. Sans le savoir elles embarquent, un passager clandestin, tapi dans le coffre de leur voiture. Arrivées en Italie, elles découvrent Anis (Mounir Ouadi) un adolescent déshydraté. Elles se chamaillent un peu quant à la conduite à suivre. Anna la plus âgée propose de l’aider tandis que Anna préférerait qu’il se débrouille tout seul. Elles finissent par le fourguer dans un train pour qu’il rejoigne son oncle à Milan. Las, l’oncle introuvable, Anis rapplique à Udine où habitent les deux femmes. Anna dans sa générosité lui avait laissé son numéro de téléphone. Son arrivée provoque une fêlure dans leur couple. Anna paraît plus posée, calme alors que la violence caractérielle de Mara renvoie certainement à une histoire douloureuse. Anna, femme d’affaire socialement bien installée peut s’autoriser à accueillir le jeune homme. Elle lui dégotte un petit job au noir dans l’entreprise familiale. Mara, ouvrière et d’origine modeste connaît les rigueurs de la vie et elle n’a guère envie de jouer les saint Bernard. Anis s’installe dans leur villa. Il s’étonne qu’elles n’aient pas de mari, ni d’enfant et qu’elles partagent la même chambre. Il est figé dans des représentations culturelles et sociales et pendant tout le film il lui semblera incongru d’imaginer une vie affective entre les deux femmes.
Anna accueille Anis comme un fils de substitution, sa fibre généreuse lui voile la dimension érotique de l’ado. Au contraire, Mara qui a été mariée perçoit le danger d’abriter (riparare) le jeune homme.
La famille d’Anna accepte du bout des lèvres son choix de vie, la mère ne manque pas une occasion de manifester une sourde homophobie, quant au frère qui a embauché Anis, sa bienveillance cache une condescendance bon teint.
Mara accompagne son père en fin de vie qui se révolte face au sentiment d’injustice qu’il ressent. Le décès de son père va curieusement l’amener à répondre favorablement aux avances d’Anis ce qui déclenche la colère de sa compagne. Anna décide de renvoyer le garçon au moment où l’entreprise familiale licencie des salariés.

Anna conserve un ascendant psychologique et social sur Mara. Elle lui dissimule certains évènements. Elle avait aperçu l’ado recroquevillé sous les bagages et elle avait choisi de ne pas le dénoncer aux douaniers, ni d’en parler à sa conjointe. Elle lui avait donné son numéro de téléphone sans prévenir Mara. Si le souci de la protéger de ses emportements caractériels part d’un bon sentiment, il contribue néanmoins à maintenir sur elle une emprise infantilisante. Pouvoir qui se conjugue aussi au niveau financier Mara travaille dans l’entreprise familiale d’Anna et elle échappera à la charrette des licenciements économiques.
On observe l’équivalent avec la situation d’Anis, fragilité due à son statut de clandestin, d’isolement affectif, il se dit orphelin. Pour lui sa seule raison d’être en Italie est de gagner de l’argent. Mais il demeure en partie assujetti au bon vouloir des deux femmes.

Anis tra di noi évoque Fassbinder (Le droit du plus fort) par cette lecture qui mêle les sentiments et réalité sociale. L’asservissement des individus par le pouvoir de l’argent. Chaque protagoniste cherche sa voie et son identité. Trouver un refuge peut amener à un asservissement et il est alors nécessaire de sortir de son abri.
Riparo s’ancre dans l’actualité avec les thèmes de l’émigration et de l’homophobie. On notera que la biographie des acteurs rejoigne celle de leur personnage. Maria de Medeiros, portugaise, a la nationalité française et elle a épousé un catalan. Antonia Liskova née en Slovaquie (à l’époque Tchécoslovaquie) vit en Italie. Mounir Ouadi, né au Maroc, connaît les vicissitudes du parcours de l’émigration pour l’avoir effectué à l’âge de 14 ans, habite en France.
Riparo (Anis tra di noi), film italien de Marco Simon Puccioni, 2007. Présenté en clôture au festival Vues d’en Face de Grenoble.
avr. 25e, 2008
08:30 am - LA POLITIQUE DU CŒUR

La politique du cœur, ce documentaire reprend la lutte victorieuse d’altersexuels québécois pour la reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe et la plénitude des droits pour les enfants de familles homoparentales.
Après un historique qui démarre au début des années 90 en rappelant les violences policières (répression de manifestations d’altersexuels), l’épidémie du SIDA et des crimes homophobes, le film se focalise sur le parcours du premier couple d’homme à réclamer le droit au mariage. Michaël et René, deux militants d’Act-Up ont mené avec constance un combat pour que leur union soit validée légalement. Suite à un premier échec, leur mariage fut enfin légalisé en 2004.
Parallèlement nous suivons l’exemplaire épopée de l’Association des mères lesbiennes pour que leur progéniture obtienne les mêmes droits que les autres enfants.
Des interviews de mères, de sociologues, de militants illustrent ce remarquable cheminement jusqu’à la réussite finale.
Le ministre de la justice du Québec, Mr Bégin, présenta un projet de loi qui à l’époque rencontrait une forte hostilité des parlementaires. Pour arrondir les angles il mit en place une commission parlementaire pour écouter les avis des différents intervenants et préparer un nouveau projet de loi. Très astucieusement des mères proposèrent à leurs enfants de venir parler devant cette commission. Les témoignages de trois grands adolescents, tout en finesse et en sincérité firent basculer l’ensemble des députés qui accordèrent les mêmes droits aux enfants issus de couples homoparentaux.
Paul Bégin raconte avec émotion : Et quand ils ont fini (leurs témoignages), et je savais qu’ils le terminaient, la première chose qui arrive c’est que le Président dit, “Monsieur le Ministre, avez-vous des questions?” Et là, (pendant) les trente dernières secondes, […] je me dis ‘‘Mais, qu’est-ce que je vais dire?”. Est-ce que je vais être capable de parler? Tout simplement, physiquement. Et là, je regarde autour…des larmes dans les yeux des députés. Tout le monde a de la misère. Et je me rends compte que tout le monde est complètement renversé. Moment inoubliable, d’une beauté inqualifiable. Trois jeunes – beaux, intelligents – qui sont venus nous dire ça. Même les plus durs ont été marqués. Même ceux qui étaient contres.

Cette ode à un combat juste et victorieux nous réconforte. Même si la décision fut arrachée dans un mouvement émotionnel, on ne peut que se réjouir d’un tel aboutissement. Le titre de ce documentaire porte bien son titre et l’accent mis sur le cœur plus que sur la raison en fin de compte importe peu.
Avec raison Irène Demczuk note que dans une grande majorité de sociétés reconnaître une filiation à un couple, c’est (donner) la possibilité que ce couple se perpétue et fasse partie de l’histoire humaine. Quand on refuse (la filiation), on refuse aux homosexuels de faire partie de l’histoire humaine. Ce qui est particulier, c’est qu’au Québec, on a obtenu (ce droit) avant le mariage.

La politique du cœur (Politics of the Heart), documentaire canadien de Nancy Nicol, 2005. Présenté au 7eme festival Vues d’en Face à Grenoble.
avr. 24e, 2008
08:17 am - TICK TOCK LULLABY

Sasha (Lisa Gornick), dessinatrice et sa compagne Maya (Raquel Cassidy) désirent un enfant. Désirent, ce n’est pas sûr mais en tout cas il est temps d’y réfléchir avant qu’il ne soit trop tard. Elles discutent de leur souhait de parentalité et de maternité. C’est tellement agréable de câliner un bambin, de jouer avec lui comme avec la nièce qu’elles gardent de temps en temps. Avoir un bébé déclare Sasha c’est une consolation d’être devenu un adulte.

Elles écartent le recours à l’insémination artificielle et elles partent en quête d’un réel pourvoyeur de sperme. Un gay, un hétéro, un jeunot, un intellectuel, un cycliste ? bref, elles choisissent de jeter leur dévolu sur un bel étalon (choix pertinent !), acteur de son état et un peu macho sur les bords. Emoustillé d’être convoité par des gouines et quelques verres d’alcool plus tard le voilà prêt à remplir sa fonction procréatrice.
Parallèlement un couple hétéro s’ingénie à réaliser leur rêve de parentalité, malgré des difficultés de procréation. L’épouse ne parvient pas à retenir la semence de son mari ! Enfin Gilliam, une célibataire, photographe, testent différents garçons pour choisir lequel pourrait devenir le père de son enfant. Elle leur propose des séances de pose au cours desquelles elle leur demande de prendre des positions à la Bacon ou à la Munch. Attitudes sensées les préparer à la séance de baise et aussi tester leurs connaissances culturelles afin de mieux sélectionner le géniteur.
Trois parcours et beaucoup plus d’interrogations quant au désir d’enfanter.
L’humour agrémente ce film qui interroge tranquillement quelques questions actuelles sur la parentalité. Le film sautille entre la comédie et la réflexion, éludant le sujet de la paternité par exemple.

Sasha croque en direct ses atermoiements par de petits dessins qui viennent illustrer son cheminement ainsi que celui du couple et de Gillian. Jolis petits dessins un peu trop présents comme si faire un bébé équivalait à produire une création artistique.
Le générique, succession de ces petits dessins qui se griffonnent devant nous est une belle trouvaille.
Cette berceuse tic toc donne un film sympathique mais un peu ennuyeux.
Tick Tock Lullaby, film anglais de Lisa Gornick, 2007. Présenté au 7eme festival Vues d’en Face de Grenoble.
avr. 23e, 2008
08:48 am - BUTCH JAMIE

Jamie (Michelle Ehlen) se désespère de ne pas décrocher de rôle d’actrice. Il lui est reproché de ne pas être assez femme. Normal, le physique de Jamie rappelle furieusement celui de Marijo (Josiane Balasko) dans Gazon maudit.
Jamie partage un appartement avec Lola (Olivia Nix) dont le chat Howard collectionne les rôles dans des films ! Un jour Lola la sollicite pour emmener Howard à un casting. Las le matou n’en fait qu’à sa tête obligeant Jamie à des singeries pour tenter de le convaincre de s’approcher d’une gamelle remplie de croquettes. Son numéro n’est pas passé inaperçu car un réalisateur lui propose un rôle… d’homme dans son prochain film. Malgré ses convictions et un projet foireux Jamie accepte. Sur le tournage elle se fait draguer par Jim (Tiffany Anne Carrin), l’accessoiriste, persuadée d’être face à un homme !


Voilà le quiproquo lancé… qui rebondit lorsque l’on apprend que Jim, une ex lesbienne suit une thérapie de déconditionnement pour devenir hétérosexuelle !
Ayant décidé de chroniquer tous les films que j’ai vu au festival je reconnais n’avoir pas rit à cette comédie. Les scènes avec le chat au début du film ont eu le don de m’exaspérer, eh oui les pitreries animalières et les singeries humaines me laissent froid. Par la suite j’ai pensé que nous allions assister à une parodie de Toostie mais rapidement tout sonne faux. Á tel point que c’est incompréhensible que Jim puisse se tromper sur Jamie. Les gros plans sur son visage ne laissent aucun doute sur la postiche de barbe qu’elle arbore. Á moins d’imaginer que la volonté de se convertir à l’hétérosexualité la rende aveugle. Quant à changer de choix d’objet sexuel, il est peut être plus facile pour Jim d’opter pour une butch travestie en homme. La tromperie devient révélatrice de l’impossible changement d’orientation sexuelle.
N’ayant à aucun moment accroché, le film me paraissait ennuyeux et mal ficelé. Je pense à une phrase de F. Mitterrand « j’aime bien les films où l’on s’ennuie, j’ai le temps de mieux observer la mise en scène »*. Eh bien malheureusement ce n’est pas à l’avantage de ce film, car la mise en scène demeure statique et peu imaginative.
*Frédéric Mitterrand, Le Festival de Cannes p 66, Robert Laffont (2007).
Le blog du film ici.
Butch Jamie, film américain de Michelle Ehlen, 2007. Présenté au 7eme festival Vues d'en Face à Grenoble.
avr. 22e, 2008
08:14 am - LONELY CHILD

Lonely Child, un moyen métrage estampillé Dogma # 41, s’intéresse à Médéric, un jeune choupinou québécois qui profite de son 17eme anniversaire pour présenter son chum à sa famille. Seule sa mère s’est déplacée chez la frangine. Bien qu’elle soit au courant de la pédésexualité de son rejeton, elle s’emporte violemment lorsque Médéric embrasse son copain. Toute la haine et l’homophobie maternelle éclate en un psychodrame bien musclé. Voici la scène, la meilleure du film.
Puis Méderic et William (Emmanuel Schwartz) se rendent en voiture chez un couple de copains dans une maison au bord d’une rivière. On écoute Médéric et un des garçons discuter de leurs premiers émois, du vécu de leur sexualité et on a droit à une petite séance de strip-tease entre Médéric et Maxime tout en retenu et très pudique. En fait l’image est surexposée et franchement mal cadrée d’où notre déception à ce qui aurait pu être une friandise. D’autres bavardages s’éternisent devant une rivière, un feu de camp… sur fond de grattouillage de guitare.
Rien de franchement excitant si ce n’est la charmante frimousse de Médéric (Dhanaé Audet-Beaulieu). Nous avons bien du mal à nous passionner à ce Lonely Child. Les images floues, flottantes et mal cadrées accompagnent des dialogues insipides. La caméra passe de mains en mains, pour s’immobiliser sur un rétroviseur, ou sur le feu de camp. Le principe dogme est ici poussé à ses limites, caméra tenue à la main, lumière exclusivement naturelle, son en direct et sans préparation ou répétition des scènes. Heureusement l’accent québécois nous tire quelques sourires, même si on peine de temps en temps à tout saisir, mais vu la profondeur des échanges ce n’est pas gênant. Et si on a vu C.R.A.Z.Y. on reconnaît certaines expressions.
Bref un film sans grand intérêt et je me sens d’autant plus perplexe que ce film amateur est interprété par des acteurs. Pourquoi ne pas avoir travaillé un peu les prises de vue, tout en respectant le code Dogme ? Un petit compliment pour le rendu d’une fraîcheur dans le jeu des acteurs. Á vouloir filmer comme des amateurs, il n’a rien coûté, on produit un film décevant et ennuyeux.
Je pense à Ma vraie vie à Rouen, où le jeune Etienne (Jimmy Tavares) filme sa vie d’ado à partir d’un caméscope qu’on lui a offert. Il y avait là une idée originale, que les réalisateurs Olivier Ducastel et Jacques Martineau avaient scénarisé et donné un film sympathique.
Rien de cela ici si ce n’est le sentiment de visualiser un brouillon. Dommage car l’idée de ce coming out très nature pouvait donner lieu à un film amusant et plaisant à regarder.

avr. 21e, 2008
12:00 am - BANGKOK LOVE STORY

Mehk (Nuage), tueur à gage enchaîne les contrats sans état d’âme. Solitaire, ce travail n’est qu’un pis aller dans sa morne existence, juste utile à financer les soins nécessaires pour sa mère et Mhok (Brouillard), son frère, qui crèvent à petit feu du SIDA. Mhok a été violé par son beau père qui les a contaminé. Il est régulièrement brutalisé et dépouillé de ses médicaments par des jeunes du quartier effrayés par sa maladie. Mehk (Rattanaballang Tohssawat) doit kidnapper Itt (Pierre) et le ramener à son patron. On imagine que le jeune homme d’affaire informait la police sur les activités illicites de son patron. Mission risquée dont s’acquitte Mehk. Mais lorsqu’on lui demande de descendre Itt (Chaiwat Tongseang), il refuse prétextant que c’est un bon gars, pas comme les salauds qu’il dessoude d’habitude. Une fusillade éclate qui se poursuit dans une fabrique de statues de Bouddha dont les têtes explosent sous l’impact des balles. Mehk blessé est alors secouru par Itt qui le trimballe jusqu’à la planque glauque de Mehk. Puis il le soigne. Ils logent dans un taudis niché sur la terrasse d’un immeuble de Bangkok. Une cohabitation étrange s’installe qui débouche sur une relation amoureuse difficile à accepter pour Mehk qui prend du champs. Itt dépité n’a de cesse de l’exhorter à revenir. Mehk tergiverse entre sa petite famille à l’agonie et sa passion amoureuse pour Itt. Sa mère se suicide après avoir découvert que Mhok se prostituait pour payer leurs traitements médicamenteux. Mehk finit par être coffré par la police… alors que Itt perd la vue lors d’un ultime règlement de compte.
Mehk Rattanaballang Tohssawat
Itt Chaiwat Tongseang
Sacré cinéma thaï ! Après les kitschissimes larmes du tigre noir, le queer Satreelex Iron ladies, l’envoûtant et fantasmagorique Tropical Malady, le touchant Beautiful boxer, et ce Bangok Love Story, le cinéma altersexuel thaï me réjouit. Intriquer une histoire de truands avec une histoire d’amour entre deux mecs ce n’est pas courant. Les quelques scènes d’action viennent rythmer les longs et beaux échanges entre les deux hommes. J’ai pensé à l’ami américain de Wenders. Et aussi à Brokebak Mountain, même si le réalisateur Poj Arnon déclare avoir eu l’idée de son scénario avant la sortie du film de Ang Lee. La photographie est léchée dans des teintes saturées de jaune orangé, ou plus sombre, de nombreuses séquences se déroulent la nuit et sous la pluie. Les deux héros ayant une furieuse propension à baiser à même le sol détrempé quand ce n’est carrément pas dans des flaques d’eau. Il fait chaud et humide à Bangkok et nos deux protagonistes se baladent souvent en caleçon ce qui permet d’admirer la magnifique plastique de l’acteur qui interprète Itt. Toutefois un regret que le scénario ne soit pas à la hauteur de la qualité cinématographique et que le style penche vers la forme mélodramatique.

Et pour le plaisir des yeux un extrait.
avr. 20e, 2008
12:07 am - MEN IN THE NUDE - FÉRFIAKT

Tibor (László Gálffi) aborde la cinquantaine. Écrivain reconnu, ses livres actellement peinent à trouver des lecteurs. Un soir dans une grande librairie de Budapest il est accosté par un beau jeune homme de 19 ans qu’il ramène chez lui. À peine arrivé Zsolt (Dávid Szabó) se désape et s’offre à son micheton. Tibor, quelque peu surpris n’ose pas profiter du joli corps exhibé par l’ange blond. Par bribes Zsolt se dévoile en racontant qu’il est ukrainien, que ses parents sont morts à Tchernobyl. Tibor avale plus ou moins le baratin du gigolo. Mais il ne résiste pas à la séduction de cette apparition qui lui évoque si fortement Der Tod in Venedig de son auteur préféré. Il se laisse glisser dans la peau d’Aschenbach et s’amourache du jeune homme d’autant que sa femme (Éva Kerekes), une actrice vieillissante, obligée de se produire dans des spectacles en province, trimbale une morosité déprimante. Il choisit de s’engouffrer dans une aventure risquée pour pimenter une existence devenue assez terne. Embarqué dans cette tocade il frôle les emmerdes, se fait manipuler par le gigolo jusqu’à ce qu’il comprenne les impasses de la vanité de sa soudaine passion.
Dávid Szabó & László Gálffi.Un film magyar altersexuel voilà une curiosité. Le cinéma gay hongrois est connu pour s’activer dans le porno avec, reconnaissons le, un certain talent. J’ai feuilleté le passionnant et documenté ouvrage de référence de Didier Roth-Bettoni l’homosexualité au cinéma et je n’ai trouvé nulle mention de film gay (excepté bien sur la production porno Bel ami…). Ici, le scénario choisit d’emprunter la voie littéraire avec la référence prononcée à Thomas Mann et rapidement ça dérape. L’écrivain lit un passage de son auteur fétiche pour souligner la beauté du style pendant qu’il reçoit une gâterie buccale. On a vu plus subtil d’autant que la réalisation se veut sérieuse et ne recherche pas la parodie ou le pastiche. C’eut été pour le coup marrant. Non au contraire le flm va enchaîner les clichés et les lourdeurs. Le prostitué se drogue et Tibor l’accompagne dans ses expériences hallucinogènes. Zsolt saute tout ce qui bouge, la jeunette, le micheton et même la femme de l’écrivain, qui le temps d’une étreinte imagine rajeunir. Bref ce n’est ni Théorème et encore moins Morte a Venezia, ni même le beau Sunday Bloody Sunday de John Schlesinger. Férfiakt s’égare faute de suivre un scénario cohérent. À trop vouloir montrer on ne voit plus rien, et le titre anglais racoleur ne sauve pas le film. La nudité se résume à quelques torses dénudés et paires de fesse. Zsolt est plutôt choupinou mais cela ne suffit pas à faire un bon film.

Pour souligner le caractère « intellectuel » du propos, la bande son nous gratifie d’une musique classique (Schubert, Malher bien sur, Verdi…) agrémentée de rock. En fin de compte j’aurai préféré un vrai porno à la mode magyare !
Dávid Szabó
Men in the Nude (Férfiakt) film hongrois de Károly Esztergályos, 2006. Présenté au 7eme festival Vues d’en Face à Grenoble.

avr. 19e, 2008
12:03 am - ETERNAL SUMMER

À l’école primaire Shane subit l’ostracisme de ses camarades. Peu enclin à la discipline et au travail scolaire, il perturbe la classe. Ses facéties l’isolent et déclenchent un cortège de punitions humiliantes. Un professeur suggère à Jonathan, un écolier travailleur et sage, de s’asseoir à côté de Shane pour l’aider dans son travail scolaire et pense-t-il atténuer son comportement indiscipliné. Jonathan obtempère sans rechigner à ce rôle de tuteur. De cet appariement forcé naît une amitié qui va perdurer tout au long de leur adolescence. Shane progresse cahin-caha en dépit d’un intérêt limité pour les études dans les mêmes établissements scolaires que son ami. Le bon élève Jonathan parvient à canaliser et à stimuler le peu d’entrain de Shane à prolonger sa scolarité. Au collège Jonathan rencontre Carrie (Kate Yeung), une ado émigrée de Hong-Kong. Plus délurée, elle insiste pour l’entraîner dans une relation plus intime. Devant les hésitations de Jonathan, elle perçoit finement la nature des sentiments refoulés de son ami pour Shane. Ses paroles révélatrices permettent à Jonathan (Bryant Chang)de reconnaître son désir pour les garçons. Toutefois il lui est impossible d’en parler à Shane (Hsiao-chuan Chang) qui s’évertue à multiplier les provocations en se baladant dénudé devant lui. À défaut de briller intellectuellement Shane s’est façonné une sympathique et séduisante musculature. À son tour il s’amourache de Carrie qui le repousse tant qu’il n’aura pas été admis à l’université. Elle imagine ainsi préserver son amour secret avec Jonathan, persuadée que Shane sera incapable d’intégrer la fac. Ironie du sort Shane réussit là où le studieux Jonathan échoue. Un soir Shane un peu ivre s’abandonne dans les bras de Jonathan …
Hsiao-chuan Chang, Kate Yeung & Bryant Chang.
Scénario assez classique d’un ménage à trois, où chaque protagoniste aime un autre sans réciprocité. Cette configuration*, deux garçons et une fille est courante, et souvent la fille joue le rôle de révélateur. Ce film taiwanais ressemble au magnifique Grains de sable où s’agence le même schéma : un ado en aime un autre qui en pince pour la fille énamourée du premier.
On rencontre aussi l’autre possibilité comme dans le film taiwanais Blue Gate Crossing de Chich-yen Yee. Là le garçon s’entiche d’une fille qui aime sa copine. L’ado transi ne parvient pas à se détacher de cet amour impossible.
Eternal Summer décrit avec subtilité et tact l’évolution des sentiments de Jonathan, de son trouble pour reconnaître son inclination sexuelle pour les garçons. Son désir sexuel pour Shane est barré par leur forte amitié quasi fraternelle et lorsque Shane se jette sur lui, il ne peut que ressentir un profond malaise. Il sait que cette étreinte restera sans lendemain. Le titre du film renvoie à cette période charnière du basculement dans l’âge adulte, de la perte d’une innocence factice que l’on aimerait conserver. Leste Chen, le réalisateur, saisit la solitude des personnages, leur crainte de perdre une amitié bousculée par les bouleversements qu’ils traversent. Les parents restent en retrait, le scénario se focalise sur les émois des adolescents.
L’atmosphère d’une petite ville provinciale de Taiwan imprègne les images, avec les rizières, le climat humide, et le charme désuet de ces collèges où l’on porte un uniforme. Les acteurs choupinous agrémentent le plaisir de regarder Eternal Summer, un film à aux adolescents.
*Je pense aux Roseaux sauvages, Grains de sable etc. … souvent les filles ont l’intuition de l’orientation sexuelle du garçon, alors qu’ils ont tendance à la refouler.
Jonathan, Carrie & Shane.
Eternal Summer (Sheng xia guang nian) film taiwanais de Leste Chen, 2006. L’un des meilleurs films projetés au 7eme festival Vues d’en Face de Grenoble.
avr. 18e, 2008
12:11 am - VIVERE

À Cologne, lors de la nuit du réveillon, Antonietta (Kim Schnitzer), une adolescente s’enfuit de la maison avec son copain musicien. Francesca (Esther Zimmering) sa sœur aînée, sur injonction paternelle, part la chercher à Rotterdam où doit se produire en concert le petit ami de sa frangine. La camionnette dans laquelle se trouve Francesca évite de justesse une voiture de Gerlinde (Hannelore Elsner) qui s’encastre contre un mur. Les passagers de la camionnette courageusement prennent la fuite en laissant inconsciente la conductrice. L’angoisse envahit Antonietta culpabilisée par la lâcheté du groupe. Francesca arrive sur les lieux de l’accident et elle transporte Gerlinde à l’hôpital, qui ayant entre temps repris ses esprits revient s’installer dans la voiture de Francesca. Sans un mot elles roulent jusqu’à Rotterdam. Par des chemins différents, les trois femmes finissent par se retrouver et ensemble elles s’interrogent sur le sens de la vie. Chacune porte un vécu douloureux. Gerlinde, alcoolique et lesbienne vient d’être larguée par son amante mariée au moment où elle prend sa retraite. Antonietta enceinte doit affronter seule sa grossesse. Son petit copain refuse la paternité en décidant à sa place un avortement. Enfin la sœur aînée a mis entre parenthèse sa vie affective. Elle travaille pour nourrir la famille et elle subit sans broncher la loi du pater familias malade et impotent.
Des liens se tissent et s’entrecroisent entre chacune d’elles. Un amour entre Francesca et Gerlinde, un soulagement et une réconciliation entre Antonietta et Gerlinde, et une plus grande compréhension sororale entre Antonietta et Francesca. Trois femmes, trois générations, trois trajectoires qui se rejoignent et s’épaulent mutuellement.

Assez astucieusement la réalisatrice dévoile la trame de l’histoire par l’entremêlement des trois scénarios de chacune des trois femmes. Trois points de vue comme autant de perceptions qui s’imbriquent au final pour offrir un récit cohérent et bien ficelé. Vivere s’apparente à Elephant, à Collision et Amours chiennes, par sa construction. Mais où ces films réussissaient à multiplier les angles de vue, Vivere patine dans une description plate et trop descriptive. De fait il y a peu d’écart entre les discours des protagonistes ce qui distille un certain ennui aux (re)lectures successives de cette histoire. De plus il n’y a rien de vraiment excitant dans leurs biographies, un tantinet cliché. Dommage car Angelina Maccarone filme avec sensibilité. Le montage pile poil, la poésie de plusieurs dénotent d’indéniables qualités cinématographiques.
Mais au-delà du savoir faire on reste sur notre faim et ce d’autant plus que les trois raisons d’espérer en la vie sont confondantes de banalité.
Vivere, film allemand de Angelina Maccarone, 2007. Présenté au 7eme festival Vues d’en Face de Grenoble.
avr. 17e, 2008
12:15 am - LES DÉLICES DE NINA

Nina revient à Glasgow après trois années d’absence pour les obsèques de son père restaurateur décédé accidentellement. Elle avait subitement largué sa famille le jour de ses noces sans explication. Elle ne se sentait pas prête pour une aventure maritale arrangée par sa famille. On pense au film Fish & Chips qui se déroulait dans la communauté pakistanaise alors qu’ici nous plongeons dans une famille indienne. Le restaurant bat de l’aile d’autant que le père lègue une ardoise en raison de dettes de jeu. On peut imaginer que la fuite de sa fille en qui il fondait ses espoirs de succession ait pu le conduire à ses imprudents paris.
Nina découvre la situation et elle s’oppose à la vente du restaurant. L’annonce d’un prochain concours gastronomique lui offre la possibilité de relancer l’affaire familiale. Elle s’associe avec Lisa, sa future belle sœur, qui a racheté une partie du restaurant et de conserve elles décident de relever le défi. Pour Nina, cela lui permettrait d’une certaine façon de payer une dette de loyauté vis-à-vis de sa famille et pour la mémoire de son père.
La famille dubitative la regarde s’activer. Elle peut compter sur le soutien de Bobbi, un ami d’enfance qui affiche ostensiblement son goût pour le travestissement. Il rêve de réaliser un film à la mode Bollywood ici en Ecosse. Cela nous vaut quelques séquences gratinées.
Progressivement un amour s’installe entre Lisa et Nina et nous découvrons qu’en fait les fiançailles de Lisa ne sont qu’un paravent pour masquer le mariage du frère de Nina avec une anglaise. Voilà, les ingrédients sont en place pour un film qui mêle les senteurs de la cuisine indienne aux amours lesbiennes de l’héroïne. Le scénario navigue paresseusement sur le thème des différences culturelles pimentée par d’une once d’altersexualité avec une pointe d’épice Bollywoodienne.
Shelley Conn & Laura FraserUne comédie un peu fourre tout où l’on apprend la recette du poulet shakuti. En dépit du ton léger, les bons sentiments généreusement saupoudrés procurent à ces délices de Nina une saveur assez fade.

Les délices de Nina (Nina’s Heavenly Delights) film anglais de Pratibha Parmar, 2006. Présenté au 7eme festival de Vues d’en Face de Grenoble.
avr. 16e, 2008
04:11 pm - SONJA

Sonja (Sabrina Kruschwitz) s’ennuie dans sa cité à Berlin. C’est l’été et elle préfère les balades avec sa meilleure amie Julia (Julia Kaufmann), plutôt que les sorties avec son petit ami Anton. Pourtant il ne ménage pas sa peine pour attirer son attention. Mais voilà elle ne semble guère pressée de répondre à ses sollicitations. Sa mère divorcée voit d’un mauvais œil cette trop grande complicité entre les deux adolescentes et elle pousse sa fille à rejoindre Anton. Pourquoi sa fille demeure-telle insensible aux invitations d’Anton, un jeune homme si gentil et qui parait bien sous tous rapports ? Lui-même ne comprend pas le dédain de Sonja. En fait elle n’est heureuse qu’en compagnie de Julia d’autant plus que celle-ci lui témoigne beaucoup de tendresse. Ensemble elles draguouillent des garçons pour ensuite se retrouver l’une contre l’autre, dans une belle intimité. Sonja hésite entre son attirance pour Julia et les avances d’Anton. Moments de flottement que la réalisatrice Kirsi Liimatainen saisit avec tact. Les deux adolescentes vivent les derniers feux des amours adolescentes où le cœur vagabonde au grée des émotions. Si Julia paraît plus décidée à perdre sa virginité avec un garçon, elle retarde ce passage et profite de la sérénité de sa relation avec Sonja. Confusément Sonja réalise que ses désirs penchent vers son amie.

La mère de Sonja inquiète de cette trop forte amitié se permet de lire son journal intime. Un peu furieuse, elle décide de l’expédier quelques jours chez son père en villégiature au bord de la Baltique. L’occasion pour Sonja de reconnaître son désir profond.
Kirsi Liimatainen, la réalisatrice finlandaise dépeint cette fluctuation des sentiments amoureux. Rien ne semble fixé. Sonja sent son attirance se porter vers les filles mais ne le réalise pas tout à fait et elle apprécie la proximité chaleureuse de son amie. Quant à Julia, elle s’appuie sur la présence fusionnelle et réconfortante, tranquillisante de son amie pour franchir le pas.
Dans cette catégorie des teen movie au féminin assez rare, Sonja est un joli petit film sensible qui respecte les évolutions des deux jeunes protagonistes. Je regrette les aspects monolithiques et caricaturaux des parents, alors que les deux adolescentes bénéficient d’un traitement plus complexe. Sonja n’évite pas les longueurs et langueurs, et on peut lui préférer Fucking Åmal de Lukas Moodysson.
Julia Kauffmann & Sabrina Kruschwitz. Sonja, film allemand de Kirsi Liimatainen, 2006. Présenté au 7eme festival Vues d’en Face de Grenoble.
avr. 15e, 2008
12:46 am - EAST SIDE STORY

Diego un charmant mariconcito habite à East Side le quartier hispanique de Los Angeles. Quartier qui se vide de sa population d’origine mexicaine chassée par la hausse du prix de l’immobilier et remplacée par des bobos gais friqués. L’arrivée de la communauté gaie modifie la vie du quartier et suscite des réactions homophobes. Diego, in the closet, travaille dans le restaurant familial régenté par sa grand mère depuis le décès accidentel de ses parents. Il aspire à une vie professionnelle plus gratifiante, il n’est pas diplômé d’une académie culinaire pour continuer à cuisiner et servir toute sa vie des empanadillas et autres tortillas. Il imagine ouvrir son propre restaurant gastronomique. Il s’échappe de temps en temps de sa gargote pour s’envoyer en l’air avec Pablo, un agent immobilier, qu’il émoustille à l’aide de croustillants scénarios fantasmatiques. Mais bientôt trentenaire Diego en a assez de ces frustrantes amours clandestines et il souhaiterait vivre pleinement sa gaytitude. Mais voilà, Pablo se complait dans des sauteries furtives et il refuse de suivre Diego et sortir du placard. Au fond Pablo, en bon latino macho rêve à une vie familiale avec une femme et des lardons
David Berón, René Alvarado & Steve Callahan.
Dans la maison en face du restaurant, Wesley et Jonathan, un couple gay, emménagent et en guise de bienvenue Diego leur apporte un plat cuisin. Rapidement Diego tombe sous le charme de Wesley au grand dam de Jonathan. Les ingrédients d’un scénario assez paresseux se trouvent rassemblés pour une comédie à peine relevée d’un zeste de cohabitation ethnique conflictuelle.
Le réalisateur Carlos Portugal ajoute quelques personnages susceptibles de pimenter l’histoire. On a droit à une Bimbo déjantée qui drague Pablo avec les quiproquo inévitables. On peut reconnaître aux personnages des particularités qui dépassent les clichés. Wesley s’intéresse à la culture chicano, il hésite avant d’accepter les élans amoureux du beau Diego. L’homophobie et le racisme traversent la rue dans les deux sens. Toutefois cela reste bien gentillet et sans surprise.
Bien que l’action se situe dans le même quartier, nous sommes loin du Quinceañera réalisé par Richard Glatzer et Wash Westmoreland. East Side Story qui n’a rien à voir avec West Side Story, ne décolle pas vraiment. Comme si le réalisateur avait concocté un film ficelé pour un public gay conquis d’avance et ne pas effaroucher le spectateur lambda. Une petite comédie et que l’on regarde pour les deux beaux acteurs René Alvarado et David Berón.

East Side Story, film américain de Carlos Portugal, (2006). Film projeté au 7eme festival Vues d’en Face à Grenoble.
avr. 14e, 2008
08:48 am - LOVE MY LIFE

Ichiko (Rei Yoshii) et Eri (Asami Imajuku) deux jeunes étudiantes nippones forment un couple, s’aiment et tout semble se dérouler tranquillement. Pas de soucis pécuniaires, leurs parents subviennent à leurs besoins même si Ichiko travaille à temps partiel dans un magasin de CD. Côté famille, elles sont toutes les deux orphelines de leur mère. Le père d’Ichiko est un écrivain traducteur réputé. C’est un homme ouvert, compréhensif à qui on peut révéler sans trop d’appréhension sa sexualité. Il tique à peine lorsqu’elle lui présente sa chérie. Et pour cause, il lui balance aussi sec qu’il est gay, que sa mère, décédée il y a huit ans, préférait les femmes et qu’ils se sont mariés plus par raison que par amour. Toutefois ils désiraient avoir un enfant et qu’il aime sa fille ouf !
Pour Eri changement de décor, les mâles de la famille la méprise du seul fait de son sexe. Une femme n’a pas besoin de suivre des études, un homme pourvoira bien aux dépenses du ménage lui balance sans sourciller son père avocat qui finance ses études de droit à la condition expresse qu’elle les réussisse. Difficile dans ce contexte d’affirmer son orientation sexuelle.
Du coup Eri s’enferre dans une attitude de revendication phallique en voulant à tout prix devenir avocat pour être juste comme eux. Besoin de reconnaissance ? on peut le subodorer même s’il est illusoire et vain.
Eri demande à Ichiko de ne plus la voir durant sa préparation aux concours. Ichiko déboussolée vit difficilement l’éloignement de sa copine, heureusement l’attentionné Take, étudiant gay esseulé en quête d’un premier amant va l’aider à accepter et à comprendre cette parenthèse dans leur vie commune. Le scénario ne casse pas trois pattes à un canard, on imagine aisément que cette histoire se conclura par un happy end.
Ichiko (Rei Yoshii) & Eri (Asami Imajuku).
Love my Life de Kôji Kawano est une adaptation du manga de Yamaii Ebine*. Cette bluette sympathique et rafraîchissante pourrait faire office d’un bon petit guide filmé de l’altersexualité pour ado. Les jeunes actrices sont mignonnes et charmantes, les quelques scènes érotiques convenables. Le film est parsemé des différents questionnements habituels : le coming out, la recherche du premier partenaire (pour Take), la fidélité et l’homoparentalité, ici vécue du côté de l’enfant. Le tout dans un Japon moderne et jeune. Que des bons sentiments et somme tout tant mieux !
L’originalité du film eh oui ! réside dans l’annonce par le père de son homosexualité ainsi que de celle sa mère. C’est la première fois que je vois ce thème abordé au cinéma et qui mérite d’être souligné. Le scénario ne s’attarde pas longtemps sur le ressenti d’Ichiko à cette annonce. Suffisamment cependant pour que l’on s’aperçoive que pour un enfant une telle révélation demeure autrement plus délicate que la découverte de l’altersexualité de l’enfant par les parents. Curieusement on ferait comme si les enfants devaient plus facilement comprendre et dépasser cette configuration. Love my life effleure cette question tout en indiquant le trouble d’Ichiko. Ne serait-ce que pour cette thématique Love my Life marque un étape dans la présentation de l’altersexualité au cinéma.
Le cinéma japonais nous a donné un très beau film sur ce thème de l’altersexualité à l’adolescence : Grains de sable de Ryosuke Hashiguchi, le pendant nippon du magnifique Roseaux sauvages de André Téchiné. On peut aussi citer Hush du même Hashiguchi sur le thème de l’homoparentalité.
* Lire ici le résumé et l’avis Lionel Labosse de ce manga yuri, ouvrage qui traite de l’homosexualité féminine.
Love my Life, film japonnais de Kôji Kawano (2006). Présenté au 7eme festival Vues d’en face à Grenoble.

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