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BLOG - ALBUM DE PSYKOKWAK

jan. 5e, 2011

02:32 pm - MON ANNÉE CINÉMA

À défaut d'avoir régulièrement blogué cette année voici dix films que j'ai apprécié.  





Poetry du coréen Lee Chang-Dong, Des dieux et des hommes de Xavier Beauvois, Des filles en noir de Jean-Paul Civeyrac, Nuits d'ivresse printanière du chinois Lou Ye, Shutter Island de Martin Scorcesse, L'été dernier de la Boyita de l'argentine Julia Somonoff, Kaboom de Gregg Araki, Inception de Christopher Nolan, Simon Werner a disparu de Fabrice Gobert, Les amours imaginaires du québecquois Xavier Dolan, Sound of noise des suédois Ola Simonsson et Johannes Stjarne Nilsson.

Auxquels je rajoute trois autres films aux thématiques altersexuelles.


L'arbre et la forêt d' Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Le premier qui l'a dit du turc Ferzan Ozpetek, et Tout va bien, Kids are all right de l'américaine Lisa Cholodenko.

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nov. 29e, 2010

08:56 pm - LE SECRET D ' ANTONIO

Dans une ville des Philippines,  Antonio (Kenji Garcia) un adolescent d'une quinzaine d'année  s'interroge sur son identité. D'abord patronymique, pourquoi un tel prénom, pourquoi ne lui a-t-on pas demandé son avis, mais aussi sur son sexe et qui renvoie en filigrane son appartenance à un genre. Cet adolescent pose d'emblée une question essentielle à cet âge et peut être plus singulièrement pour les jeunes altersexuels. Au cybercafé qu'il fréquente il recourt à différents pseudos selon son utilisation et se met en rogne lorsqu'il découvre qu'un autre lui a piraté son site en usurpant son code. Derrière cet usage d'avatar, de pseudo et on pourrait rajouter masque, personnage, se dessine la question de l'identité de l'individu, de chacun. Tong, plutôt qu'Antonio, puisque c'est ainsi qu'il est prénommé, sent, reconnait en lui des interrogations qu'il pressent en décalage avec son environnement. Alors que ses copains lorgnent sur les filles, il ne manifeste pas les mêmes accointances  tout en ressentant le même affolement pulsionnel. Il vit avec sa mère (Shamaine Buencamino) qui travaille en tant qu'infirmière dans un dispensaire de la  Croix Rouge.  Elle parvient difficilement à boucler les fins de mois grâce à l'argent que son mari travailleur immigré à Dubaï expédie à l'occasion. Noël approche et cette année Tong se contentera d'une paire de basket alors qu'il espérait l'ordinateur promis par son géniteur... qu'il n'a plus vu depuis belle lurette. Sa mère, une femme dynamique et chaleureuse tente de satisfaire ses besoins  d'autant qu'il se montre bon fils, sérieux et excellent collégien. Ils forment un couple depuis le départ du père. La mère feint de croire à la fidélité de son mari.
Shamaine Buencamino

Lors d'une soirée Tong reste dormir chez son copain Nathan (Nino Fernandez) avec lequel il chante dans une chorale. Allongé à ses côtés il observe son corps dénudé. Submergé par son désir il hésite à le toucher, ses doigts effleurent la peau du choupinou endormi. Il s'enhardit et commence à le caresser. Les deux garçons s'enlacent et le lendemain Nathan lui tourne le dos. Les deux amants d'une nuit n'auront pas la même acceptation. Tong en parle avec un autre copain qui l'encourage à révéler sa préférence sexuelle.

Dans la famille débarque Jonbert (Josh Ivan Morales), le frère du père, un jeune adulte un peu à la dérive, sans boulot qui vient squatter chez eux. La plastique avenante de l'oncle ne laisse pas indifférent Tong qui partage le lit. Tong réitère ses caresses que l'oncle avec un plaisir certain. Puis  Jonbert va vouloir dépasser le stade des attouchements incestueux pour une pratique plus profonde et cette fois non partagée.
Keni Garcia & Josh Ivan Morales

Le réalisateur Joselito Altarejos présente une œuvre forte. Le film peine un peu au départ à la manière dont Tong se dévoile, lentement, puis prend son envol jusqu'au drame final. C'est aussi l'occasion de dépeindre cet âge sensible où les adolescents se questionnent  sur leurs désirs. Le sexuel se mélange au social et au religieux, puisque l'époque de noël sert de cadre temporel à cette histoire. La vie dans cet archipel des Philippines est difficile, les jeunes sont amenés à s'expatrier vers les états du golfe pour trouver du travail et subvenir aux besoins de leur famille.

La sexualité parait plutôt libérée à peine marquée par le carcan de la religion. Toutefois se découvrir gay demeure un cheminement délicat avec la peur d'être rejeté. La mère de Tong, accueillerait avec bienveillance  l'éventuelle pédésexualité de son fils déclare t elle à une amie. Les jeunes garçons en discutent librement  sans les quolibets ni rejets habituels. On peut s'étonner dans un tel climat de l'explosion dramatique finale. Le secret d'Antonio reste une bonne surprise venue des Philippines. Les acteurs sont formidables et notamment la mère.

J'ai vu ce film au festival Chéries, chéri de Paris, dans une salle moyennent remplie. Ce film devrait sortir en DVD en janvier 2011.

Le secret d'Antonio/Ang Lihim Ni Antonio, film philippin réalisé par Joselito Altarejos (2008).

nov. 28e, 2010

03:18 pm - DES FILLES EN NOIR

Noémie (Élise Lhomeau) et Priscilla (Léa Tissier), deux adolescentes de  terminale au style pseudo gothique, rêvent tout haut à un suicide commun à deux. L’année précédente, Noémie avait déjà fait une tentative de suicide, et elle songe à recommencer, dégoûtée de la vie, du monde qui s’ouvre à elle, à elles. Priscilla adhère aux thématiques mortifères de son amie. La vie, l’environnement, les autres, tout leur semble faux. Elles vivent d'absolu, rien ne trouve grâce  à leurs yeux. Leurs pairs, les petits copains leur apparaissent stupides, volages, quant aux adultes, tous se retrouvent  dans le même sac bon à être jeté. Elles glissent vers l'abîme dans une infernale spirale qu'elles mâtinent de vagues colorations romantiques pour justifier leur geste.
Nous les suivons dans leur inébranlable conviction d’en finir. La vague mortifère submerge tout désir de vie.  Leur révolte se heurte à l’impossibilité de se dégager de l’immédiat perceptif. Tout est définitivement assombri, rien ne pourrait éclairer leur vie présente et à venir. Le feu pulsionnel ne fonctionne qu’entre elles pour mieux alimenter leur indéfectible volonté de disparaître.

Jean-Paul Civeyrac, le réalisateur, avec une remarquable sensibilité rend bien compte de ce gouffre qui singulièrement l’adolescence, peut engloutir des individus en perdition, ayant perdu toute appétence à la vie. Il se garde de toute explication nosographique, tout au plus pouvons nous subodorer des  histoires familiales chaotiques. La mère de Noémie vit seule. Priscilla a rejeté la sienne pour vivre avec sa sœur. Mais cela semble un peu court d’autant que la famille maternelle de Noémie parait chaleureuse, même avec un oncle libidineux trop entreprenant aux yeux de Priscilla. Par petite touche le réalisateur dépeint la sécheresse de la vie sentimentale de Noèmie, incapable d’exprimer des affects. Elle n’arrive pas à pleurer comme si la vie n’avait aucune saveur, car si elle ne pleure pas, ce n’est pas pour autant qu’elle rit. Comme si l’extérieur rebondissait sur elle sans la pénétrer, caparaçonnée dans une insensibilité. Elle découvre en Kleist une justification à son dégoût de vivre. On remarquera avec quelle facilité les adolescents peuvent adhérer « naïvement » à une ambiance, à une vision et sans mise à distance vouloir aveuglément la suivre. Ici Kleist et le romantisme allemand leur servent de guide qu'elles suivent au pied de la lettre. En fait, brûlées par un feu intérieur trop intense et incapables de l’extérioriser elles se laissent consumer par lui. Leurs rares cris aux autres se résument dans le signifiant feu graffiti qu'elles taguent sur la voiture du proviseur qui réprimandera fort justement leur conduite, tout comme un médecin qui refusera fort  justement de leur prescrire des somnifères.  Quelques adultes demeurent un peu plus audibles mais ils sont aussitôt rejetés. Le professeur de musique pourvoyeur du livre de Kleist ! et une aïeule subclaquante qui dans un râle d’outre tombe conjure l’une des filles à vivre. Mais rien ne semble arrêter leur conviction. Même séparées physiquement elles gardent un lien par le téléphone et chacune se persuade de se jeter dans la vide. Au petit matin le drame s’actualise … une nouvelle journée débute.

Des filles en noir interroge chacun et ouvre des perspectives. La remontée à la vie va lentement s’effectuer, au bord du précipice. Une parole, un accompagnement, un désir qui se rallume, un fil qui tient malgré tout.

Ce n’est pas le suicide de personnes désespérées. Elles brûlent de vie mais celle-ci leur paraît si éloignée de leurs rêves romantiques d'absolu. 

Beau film habité par deux formidables jeunes actrices.

Des filles en noir, film français réalisé par Jean-Paul Civeyrac (2010).

oct. 21e, 2010

08:39 pm - LES AMOURS IMAGINAIRES

 

Deux amis, Francis (Xavier Dolan), un jeune homme sensible et Marie (Monia Chokri) une  jeune femme passent le plus clair de leur temps ensemble sauf  pour baiser. Lors d'une fête ils font la connaissance de Nicolas (Niels Schneider), un charmant garçon blond à l’allure séraphique. Ils sont subjugués par son charme tout en feignant de ne pas l'être. Les fantasmes, l'imaginaire  des deux s'enflamment au contact de l'ange blond, un David Michelangelien pour l'une, une figure à la Cocteau pour l'autre.   Quant à Nicolas, il se laisse porter par les désirs des deux tourtereaux en jouant de son charme, de sa beauté pour tisser et découdre la toile d'araignée qu'il laisse se former. Pourquoi s'en priver puisque  par sa seule présence il attire sans effort  filles et garçons.  Le trio se laisse bercer par les illusions d'autant plus actives que chacun s’y complait.

 Inévitablement la jalousie s'empare du couple et lorsque  les désirs s'exacerbent en mode majeur, le  bellâtre prend la poudre d'escampette laissant les deux éconduits Gros- jean comme devant.

Les amours imaginaires  c'est une variation québécoise et jeune du classique trio amoureux. Le réalisateur, scénariste, costumier et acteur  Xavier Dolan  poursuit l'exploration  des sentiments amoureux. Après son décoiffant J'ai tué ma mère ,  le voici  pérégrinant urbi  et orbi à la découverte du désir amoureux . Maintenant qu'il a réglé cinématographiquement son compte avec sa mère, il s'aventure dans les arcanes de l'amour adulte. Dépassée la révolte de l'adolescent il entre dans l’âge adulte et explore en tâtonnant les méandres du sentiment amoureux.
L'amour ne serait-il qu'imaginaire?  Il y a de fortes chances qu'effectivement entre deux personnes l'amour demeure  une difficile et déroutante affaire de rencontre entre les désirs.
Francis (Xavier Dolan)
Xavier Dolan a compris que la rencontre amoureuse est avant tout une histoire imaginaire qui ne rate pas une occasion de se casser la gueule au contact de la réalité. Et pour l’illustrer, Xavier Dolan introduit le long de son scénario des interviews d'une demie douzaine de personnes comme autant de fragments d’histoires, d' expériences amoureuses le plus souvent douloureuses. Fragments qui viennent scander le déroulement de l’histoire du trio. Rien de bien nouveau certes mais  la jeunesse du réalisateur confère un éclairage plutôt sympathique à ce désordre altersexuel.



Il me semble que justement sa vivifiante juvénilité s’actualise et bute d’une certaine façon sur cet entre deux du passage de l’adolescence au monde de l' adulte. À l’instar du personnage qu’il incarne il s’aventure accompagné. Sa relation avec Marie s'apparente à un étayage. Les deux ne parviennent pas à trouver l'âme sœur. Francis additionne les rencontres en autant de traits qu'il inscrit sous le miroir de sa salle de bain quant à elle ce n'est guère plus glorieux. Ainsi il n'est pas surprenant qu'ils restent ensemble en s'entichant du même amant.  Et même si Nicolas use de la séduction pour faire tourbillonner les émois des deux, il se tire fissa dès que ça chauffe trop. Il fait mine d’être surpris que Francis ait imaginé qu'il puisse être gay, et il éjecte Marie sans état d'âme... il a quelque chose sur le feu.
En fait Nicolas n'est que le révélateur de désirs non partagés, de l'emballement de la pulsion amoureuse et de son fourvoiement. Les deux protagonistes s'enferrent dans des impasses masochistes. Amours imaginaires,  contrariées qui brouillent les deux amis. Et il n’est pas sûr qu’ils aient retenu la leçon…
Le film est plaisant à regarder, accompagné d’une musique décalée de Bach à Dalida en passant par Wagner. On entend Dalida chantée en italien Bang, bang  ce qui m’évoquait  Une robe d’été  le joli court métrage de François Ozon. D’autres clins d’œil cinématographiques égayent Les amours imaginaires : Truffaut, Almodovar…
Nicolas (Niels Schneider)

Les amours imaginaires , film canadien québécois réalisé par Xavier Dolan (2010).

sep. 28e, 2010

09:12 pm - SIMON WERNER A DISPARU . . . .

 

Simon Werner a disparu... A priori le titre et la bande annonce nous conduisent à penser qu’il s’agit d’un énième teen movie pour un public d’adolescent. Or c’est une bonne surprise de découvrir une première œuvre qui dépasse le formatage habituel de ce type de film.
Donc des lycéens de terminale à la fin du siècle dernier sans portable, ni ordinateur, dans le lycée Léon Blum qui ressemble à celui d'Eléphant de Gus Van Sant. Un lycée moderne, fait de béton et de larges baies vitrées qui s'ouvrent sur de grands  espaces verts. Il est situé dans une banlieue qui n’est pas sans rappeler celle de Columbine et non dans un centre ville avec son recrutement petit bourgeois.

Le film débute par la boum qu'organise Jérémie pour fêter ses 18 ans.  Á coté des jeunes qui dansent on aperçoit une jeune fille qui dégueule dans la chambre des parents, et un garçon qui quémande une capote pour profiter de l'ivresse d'une donzelle. D’autres prennent l’air et s’aventurent dans le bois voisin où ils découvrent un cadavre. Qui est-il?
Le film revient quelques jours en arrière pour tricoter une histoire à travers les récits parallèles de quatre lycéens.
Jérémie (Jules Pélissier)
Le premier, Jérémie (Jules Pélissier) est un sportif un peu caractériel qui se casse le tibia tout seul au foot! Première surprise avec ce portrait bancal de l'athlète handicapé avec des béquilles. D’emblée nous ressentons chez Fabrice Gobert le soucis de casser l’archétype des personnages. D’instiller des fissures, des paradoxes dans la représentation de ces figures. C'est près de chez lui qu'est découvert le cadavre. Au même moment disparait sa nouvelle petite amie Alice.
Alice (Ana Girardot), la bombe sexuelle  et " intello" du lycée qui récolte les bonnes notes en philo. Mignone et sexy, elle focalise les pulsions sexuelles, et affole les hormones des jeunes males.  Bien qu'acoquinée avec Simon, le play boy, elle se fait voler l'étalon par sa copine.
Rabier (Arthur Mazet), lui condense les tares. Il est fils d'un prof antipathique et  ils habitent dans l'enceinte du lycée.  Physiquement quelconque, il s'enlaidit en revêtant des tenues  ringardes. Pas étonnant qu'il soit le plastron de ses camarades. Et il faut reconnaitre qu'il endosse  complaisamment cette fonction. Pour accentuer sa différence avec les autres il est le seul à être appelé par son nom de famille.
Simon (Laurent Delbecque), le beau gosse, celui qui a disparu, entretenait un commerce louche avec l'entraineur de foot. Bien que maqué avec Alice on lui prête des accointances pédésexuelles.
Chacun raconte selon son regard et surtout alimenté par son imagination ces quelques jours d’avant la disparition de Simon. Fugue, meurtre, histoires de drogue, chacun y va de son couplet enflammant l’imaginaire collectif. Ressort classique de ce type de trame narrative à laquelle le spectateur ajoute ses interprétations. Toutefois Fabrice Gobert ne cherche pas d’effet crescendo au suspens. Il procède par petite accélération et ralentissement qui donnent un étirement à la limite quelquefois de l’ennui.  
En fait la force du film réside dans ces touches successives nées des fantasmes individuels et collectifs qui reflètent avec justesse la psychologie des adolescents. On pourrait même voir dans l'addition de ces différents éclairages une seule personnalité composée de ces multiples facettes rassemblées sur le personnage de Simon. Sa disparition (tragique) ne serait que la métaphore de leur devenir. Quitter le monde de l’adolescence pour accéder à l’âge adulte ? 
Arthur Mazet, Laurent Delbecque, Ana Girardot, Audrey Bastien, Esteban Carvajal-Alegria, Jules Pélissier, Yan Tassin et Selma El Mouissi

Côté altersexualité, le film s’y aventure avec deux personnages. Gramont, surpris par Rabier en train d’embrasser un garçon, le même Grammont dont on apprend qu’il se serait rendu chez l’entraîneur… et faute d’avoir pu trouver une oreille bienveillante ira colporter une rumeur sur la pédésexualité d’un autre (Simon) comme pour allumer un contre feu à son trouble.
Et l'entraîneur de foot, un adulte, celui qui devait écouter la plainte de Gramont, qui reçoit une enveloppe avec de l’argent de la part de Simon. Il  reçoit des jeunes chez lui.. en fait pour jouer à des jeux vidéos.. .qui apparait comme un personnage pas très net, voire pervers. Qu'échange t il avec Simon et qu'imagine Alice? De la drogue pouvons nous penser, en fait il ne fait que lui rendre une somme prêtée pour acheter un jeu vidéo. Et pourquoi invite il un garçon qui semble bien jeune? De là à fantasmer une pédérastie il n'y a qu'un pas allègrement  franchi par certains.

Ces visions fragmentaires, parcellaires laissent des béances que les protagonistes se plaisent à combler en puisant dans leurs fantasmes. les plus crus. e, ouvrant la porte aux fantasmes destructeurs. La fin vient nous rappeler au bon sens et faire taire nos constructions les plus dramatiques.
On peut s’interroger est-ce le propre des ados d’inventer des histoires dramatiques, est-ce en rapport avec une vie trop banale, inintéressante ? Si la réalité quelquefois dépasse l’imaginaire ici au contraire la réalité se trouve somme toute bien triviale comparée à l'inflation fantasmatique de chacun.

 Site du film, lire l'avis de Bernar A.

Simon Werner a disparu... Film français réalisé par Fabrice Gobert (2010)

sep. 27e, 2010

06:35 pm - THE HOUSEMAID


 

The housemaid, (la servante), se déroule dans un huis clos qui rappelle le film de Claude Chabrol  La cérémonie dans la lignée des bonnes de Genet. L'histoire débute la nuit dans le cœur palpitant d'une grande ville coréenne. On assiste à l’activité grouillante des petits commerçants, restaurateurs, petits vendeurs de rue. Parallèlement à cette description quasi documentaire, on est témoin du suicide d'une belle jeune femme qui se jette d'un balcon sans que nous en connaissions la raison. Puis on s'attarde sur une jeune femme qui travaille dans un  petit restaurant. Changement de décor, on retrouve cette jeune femme embauchée dans une riche famille bourgeoise. Euny (Jeon Do-youn l’actrice de Secret Sunshine) a troqué les couloirs poisseux de son travail précédant pour le luxe et la tranquillité apparente d'une superbe villa. Un travail facile : s'occuper d'une petite fille et de l'activité domestique.

Le chef de famille (Lee Jung-jae)  un trentenaire à la plastique magnifique règne sur la maisonnée tel un esthète. Il joue, avant de partir à son travail, des sonates de Beethoven. Le soir, il déguste des grands crus bordelais.  Il semble attentionné - juste ce qu’il faut - envers sa jeune épouse enceinte et de leur fillette. Le mobilier luxueux, les  tableaux de maîtres accrochés aux murs, composent un univers pour magazine de décoration de maison de luxe au milieu duquel il jouit d’une vie bien ordonnée par les femmes qui l’entoure. Sa femme est cornaquée par sa mère, une espèce de douairière perverse qui veille au maintien du confort de sa fille et du sien. Elles sont servilement secondées par la vieille  gouvernante (Youn Yuh-jung), une lointaine cousine d’Anthony Hopkins dans Les vestiges du jour de James Ivory. C'est elle qui a recruté Euny après s'être assurée de sa servilité, naïve mais pas  idiote.

Comme on pouvait s’y attendre la jeune Euny ne résiste pas longtemps aux avances à peine déguisées du chef de famille. Il n’a pas vraiment besoin d’user d’un droit de cuissage que sa position lui permettrait d’exercer et dont on imagine qu’il profiterait sans vergogne. Euny accepte (on la comprend) de baiser avec lui. Ingénuité, naïveté ? pas sûr car lorsqu’elle est enceinte, elle décide de garder l’enfant alors qu’on lui intime l’ordre d’avorter.
Le bel ordonnancement vacille face aux amours ancillaires d’autant qu’Euny refuse de respecter les règles implicites.

 

Une histoire classique donc entre maitre et servante qui  est ici filmée avec une obsession du plan juste, propre.  À la vision nocturne, laborieuse de la ville du début du film répond, la clarté, la netteté de l’intérieur d’une maison « close ». The housemaid parait plus un exercice de style plutôt qu’une dénonciation du cynisme des rapports de classe. Du pouvoir masculin sur les femmes. On retrouve la thématique du film de Lee Chang-dong. Mais ici on sent trop la beauté formelle et vaine sous couvert d’une critique sociale (présente chez Chabrol). Le film habilement mené ne dénonce rien que nous ne sachions déjà, et donc on s’intéresse plutôt au savoir faire d’Im Sang-soo qui propose une œuvre bien emballée.  Dans le générique il est d’ailleurs mentionné que ce film est le remake d'un  de 1960 Hanyo  (la servante) de Ki- young  Kim.  

Lire les avis de Cluny et Chori.

The Housemaid, film sud-coréen réalisé par Im Sang-soo (2010).

 

sep. 24e, 2010

07:22 pm - POETRY

 

Poetry  s’ouvre sur une scène pittoresque où des enfants jouent au bord d’un fleuve, puis la caméra se détache de cette vision d' innocence  et remonte en rase motte la rivière pour s’arrêter sur le corps à la dérive d’une jeune fille. Séquence inaugurale et saisissante d'un magnifique film coréen.

Le film s’articule autour de Mija (Yun Jung-hee), âgée de 65 ans, dont la mémoire s’effiloche lentement dans un début d’Alzheimer. Ce petit bout de femme toujours tirée à quatre épingles continue de faire des ménages chez un vieillard grabataire libidineux  pour élever son petit fils Wook (David Lee) que sa mère divorcée lui a confiée. Elle s'est entichée d'écrire un poème afin de réaliser un rêve de jeunesse. Elle s'inscrit à un cours de poésie! dans l'espoir d'accomplir ce désir qui resurgit et aussi pour contrecarrer l'inexorable dégradation psychique qu'elle ressent. Une manière de s’accrocher au monde sensible et d’en capter la beauté.

Elle apprend que  Wook a participé à une tournante dans son collège et que la victime n'est  autre que cette jeune fille dont on a vu le cadavre au début de Poetry. De désespoir, elle s'était  jetée du pont qui enjambe le fleuve Han.   Les pères  des ados coupables se concertent et,  pour éviter tout scandale et poursuite pénale, ils décident d'acheter le silence de la mère agricultrice en lui versant un dédommagement  de 30 millions de wons (soit un peu moins de 20 000€!).  Le ton est donné, l'implacable force des nantis avec la cynique bienveillance des autorités face à la détresse de la pauvre femme.  L'administration du collège tout comme la police cautionnent le deal  afin de d'éviter toute vague!!  Et les pères  soucieux de leur tranquillité marchandent  sans vergogne le crime de leur rejeton. Ils sollicitent Mija, la seule femme du groupe, à persuader la mère de la victime de recevoir  le dédommagement. Elle se rend dans le village. Mija contemple la nature à la découverte d'images qu'elle pourrait mettre en mot et écrire un poème.  La rencontre a bien lieu mais pas celle prévue. Mija incarne une humanité qui résiste à la détérioration des rapports humains. Le film s'appuie singulièrement sur la gente masculine pour illustrer cette vision d'une société obscène, grossière, Du haut de l'échelle avec un vieillard "un président" qui use de son rang et sa fortune pour assouvir ses derniers désirs, au bas avec un adolescent, ectoplasme amorphe, incapable du moindre remord en passant par un quintet de pères méprisables.  Le réalisateur dresse une galerie peu ragoûtante des males qui métaphoriseraient la société coréenne ?

Wook à cet égard représente une figure caricaturale. Goinfré d'images télévisuelles et d' Internet et de nourriture , on le voit uniquement se bâfrer en zappant les programmes de télé. Il ne communique pas ou plus avec sa grand mère. D'ailleurs leur relation se résume à quelques échanges de badminton ou à la contemplation par la grand mère de son petit fils à table. Ce que tu aimes c'est me regarder manger  lui lâche t il.

Mija se raccroche à l'expression poétique dans ce monde de brutes.  Et cette poésie lui sert d’échappatoire à la laideur qui l’environne et aussi de réhabilitation. Triste constat qu’un rested’humanité se situe au niveau de la grand mère et qu’il a déserté les plus jeunes.  Femme  admirable de dignité qui lutte pour garder ce qui nous fait homme. Partager, écouter, donner du sens , compatir malgré l’inexorable dévastation de la maladie, de la mort, du crime.
Le film instaure souvent un décalage entre les images et le son, à l'image du fonctionnement psychique de Mija. Limitée par un vocabulaire qui se restreint , elle s’arque boute  à son exercice : écrire un poème, en suivant les conseils du professeur ; il suffit de regarder autour de soi

On ne  sait jamais ce que pense Mija, elle parle si peu et pas seulement parce qu' elle est victime du manque de mot, non elle semble évoluée dans un autre monde et c'est certainement ce qui la pousse à fréquenter un cours de poésie.  Alors qu'elle peine à écrire un poème, la caméra la suit en nous la montrant à l'écoute de ce qu'elle voit... sans porter de jugement.  Beau film qui avance au rythme lent de Mija. Le réalisateur nous laisse remplir les trous, nous permettant de rêver, et peut être d'écrire notre poème. Il propose une vision pessimiste de la Corée mais aussi de nos sociétés. La poésie, l'art plus généralement parviendra on peut l'espérer  atténuer les effets d'une société où l'avidité matérielle submerge notre quotidien.

Dans son précédent film Secret sunshine, Lee Chang-dong exposait tout savoir faire notamment pour filmer le personnage féminin. Il avait d’ailleurs été récompensé et le jury de Cannes aurait pu lui décerner à nouveau cette distinction.

Poetry, film sud-coréen réalisé par Lee Chang-dong (2009).

déc. 4e, 2009

08:23 pm - BOY ' S CHOIR

Boy’s Choir, les garçons de la chorale se déroule au Japon au début des années soixante dix. Michio (Atsushi Itô), une petite quinzaine d’année, veille à l’hôpital son père en phase terminale. Dans un dernier râle il pose la question qu’est-ce qui se passe, qui c’était ? Le fils semble en apparence peu bouleversé par ce qu’il vit. En fait il se protège, il recopie minutieusement sur une feuille les courbes de température et de rythme cardiaque de son père.
Son oncle le dépose dans un collège secondaire. Il n’est jamais question de sa mère et je suppose qu’il était déjà orphelin avant la disparition de son géniteur.
Dès son arrivé au pensionnat, le jeune Yasuo (Sora Tôma) s’intéresse à lui. Ce garçon sensible rêve de devenir un chanteur à l’instar de son héros Andreï, un des Petits Chanteurs de Vienne, dont la célèbre chorale sillonne les pays du monde entier. Alors que Michio cherche à fuguer, Yasuo le rattrape, l’accompagne et parvient à le dissuader de quitter l’orphelinat. Michio bégaie et doit endurer les quolibets des autres garçons. Yasuo le soprano vedette de la chorale l’emmène rencontrer Seino (Teruyuki Tagawa) le charpentier de l’école et aussi l’animateur de la chorale de l’établissement. Il l’accueille sachant qu’un bègue abandonne son symptôme dès qu’il chante. Sa participation à l’ensemble musical renforce ses liens avec Yasuo et une amitié profonde s’instaure entre les deux adolescents. L’amitié plus forte que les liens de sang. Yasuo sollicite le maître de choeur pour que leur ensemble participe au concours national des chorales du Japon.

Á ce moment surgit Satomi, une amie de Seino poursuivie par la police pour des actes terroristes. En voulant fuir, elle se fait exploser avec le bâton de dynamite qu’elle transportait. Très touché par cet évènement auquel il assiste, Yasuo choisit de mettre son art du chant au service de la cause révolutionnaire. Un autre évènement va précipiter son engagement. Il mue. Cette catastrophe pubertaire le rend mutique et il oblige Michio à devenir sa voix, son porte parole. C’est aussi un moyen de l’agripper, de le retenir. Yasuo avait remarqué quelque temps auparavant le désir naissant chez Michio pour une jeune fille venue répéter avec eux. En entraînant Michio à s’investir plus fortement dans la chorale, il maintient son emprise sur son ami.
Pour Yasuo la transformation de sa voix, est une perte irrémédiable qu’il ne parviendra pas à dépasser.
Ce film à l’élégante photographie est une subtile et belle illustration des liens sensibles qui réunit les deux garçons. Akira Ogata saisit avec tact ce fragile passage, ce cheminement mystérieux vers l’âge adulte. Un franchissement délicat. Il aborde et lie plusieurs thèmes avec une grande finesse. L’adolescence, la musique, les deuils, l’amitié l’engagement politique. Jamais le trait n’est appuyé, et par petites touches le réalisateur nous suggère plus qu’il nous assène des vérités.

La mort réelle et symbolique court en filigrane dans Boy’s choir. Elle inaugure le film par la mort du père du héros, puis avec celles de Satomi et de Yasuo. Ceux qui ne parviennent pas renoncer à certains idéaux seraient voués à une impasse. Accepter des pertes, en les métabolisant pour progresser. L’adolescence mobilise la capacité au changement, à la transformation. L’interrogation du père mourant n’est elle pas en lien avec ces changements qui nous traversent et auxquels nous sommes tous confrontés?
Le personnage du maître de choeur est exemplaire à ce sujet. On le découvre au début charpentier et pendant les quatre saisons qui rythment la durée du film, il construit lentement une bâtisse. C’est un ancien étudiant proche des idéaux révolutionnaires qui a su éviter l’engagement dans la dérive terroriste que sa copine a suivie. Il tente aussi de trouver une voie dans une spiritualité de remplacement. Il tente puis il renonce à devenir prêtre, il préfère bâtir une maison.
Charpentier et chef de chœur il permet aux jeunes choristes de s’épanouir, d’apprendre à respirer, le chant c’est d’abord respirer et donc vivre. Et s’il choisit des chants révolutionnaires russes c’est avant tout pour leur beauté. La musique ne sert que la beauté. Elle n’a pas vocation à véhiculer un quelconque message dit-t-il à Michio et Yasuo mécontents de son renoncement à la cause révolutionnaire. Tel Christophe (ou Hermès) Seino personnifie le passeur. Il aide Michio à recouvrer sa voix et trouver sa voie.

Le film montre l’amitié très forte entre les deux garçons où transparaît une homosensualité (terme utilisé par Ferenczi) finement observée. Yasuo est raillé au début du film pour son côté efféminé et s’il se rapproche de Michio c’est parce qu’il sent qu’il partage des sentiments communs.
Il y a de belles scènes lorsqu’à son tour Yasuo fugue, Michio met une pierre sur la chaise vide, le lit abandonné. Je pensais à la fois au cœur de pierre que lui provoque ce départ, et aussi aux cailloux dans la bouche, métaphore du bégaiement.
Le film déroule son scénario lentement dans une tonalité brumeuse comme cet entre deux qui caractérise l’adolescence. Un deuil à vivre, celui de l’enfance et la naissance à l’âge adulte.
De nombreux détails intéressants parsèment le film. La vie des collégiens japonais dans leurs beaux uniformes ! et leur contribution à une semaine de bonne conduite où ils participent à des actions de solidarité pour les plus faibles.

Par deux fois le cinéaste offre une illustration du fonctionnement mental de l’inconscient, et des effets d’un retour du refoulé. Quand Michio déchiffre une partition celle-ci se confond avec le souvenir des graphiques qu’il dessinait avec obsession pour isoler sa dépression lors de la mort de son père. Il perd connaissance.
De même quand Yasuo retrouve la pochette d’un disque des Petits chanteurs de Vienne, ses rêves infantiles le submergent. Et il se précipite dans une fuite irréfrénable.
Un très joli film où la musique occupe une place importante avec alternance des chants russes révolutionnaires connus et de musique contemporaine moderne qui contrastent harmonieusement.

Lire ici l’avis de Bernard A.

Boy’s choir (Dokuri shonen gasshoudan), film japonais réalisé par Akira Ogata (1999). DVD qui fait partie du coffret n° 5 chez BQHL.

déc. 2e, 2009

04:29 pm - J’AI TUÉ MA MÈRE



J’ai vu ce film il y a quelques temps et je gardais dans un coin de mon disque dur un billet à écrire.
Le titre : J’ai tué ma mère résonne comme un matricide, en fait ici il s’agirait du meurtre inversé du complexe d’Œdipe où le jeune garçon devrait symboliquement tuer le père dans le franchissement de ce complexe.
Le film décrit les rapports tumultueux d’une mère (Anne Dorval) engluée dans un univers rabougris, tristounet et un fils (Xavier Dolan) qui découvre les plaisirs de l’amour, de l’art, la vie. Tout l’horripile chez elle et il ne se prive de le lui signifier sur un mode caractériel. Aussi bien son comportement au quotidien, du plus basique lorsqu’elle mange, qu’à ses réflexions stupides. Il filme en gros plan la mère déglutir de la nourriture ou se vautrer sur un divan à rêvasser devant des feuilletons ridicules. La décoration de l’appartement est à l’unisson de la médiocrité maternelle. D’affreux tableaux en canevas pendent au mur que souligne l’horrible l’abat jour aux couleurs criardes. Pour Hubert tout lui sort par les yeux et il ne se prive pas pour le crier. Cet adolescent de seize ans est tiraillé par des souvenirs heureux de son enfance (certainement idéalisés) et la réalité actuelle faite d’incompréhension. Sa mère ne l’écoute plus, et chacun se réfugie dans l’hystérisation d’incompréhensions réciproques. Hubert préfère extérioriser sa haine, certainement pour la faire réagir pour retrouver une mère attentive à son écoute. Il garde la trace de moments de tendresse partagée qui aujourd’hui se perdent dans d’incessantes engueulades, claquages de porte, vaisselle jetée et même de coups.

Anne Dorval & Xavier Dolan

La mère de son charmant copain Antonin (François Arnaud) présente un tout autre profil. Une femme cool, libérée qui accompagne les désirs de son fils et propose de l’accueillir chez eux. Une mère idéale ? Oui pour Hubert qui ne vit pas avec elle. Tout comme la prof solitaire qui le prend sous son aile, pour le guider littérairement à trouver un certain apaisement, à métaboliser sa haine. Entre l’ouverture sur des possibles en pleine expansion et la morne vie routinière de sa génitrice, tout est sujet à révolte, à explosion pour Hubert. Sa mère comme réponse lui serine une normalité dont il n’a que faire : J’aimerai bien faire un sondage dans ta classe pour savoir si… les autres mères sont différentes de moi. Bref tout l’insupporte chez sa mère. En fait il l’aime et il lui est aussi vital de mettre de la distance avec elle.
La figure paternelle est lacunaire, très peu présente et fragmentée dans divers personnages. Le fils se trouve face à une mère divorcée qui englobe plusieurs fonctions. Maternelles bien sur et aussi des fonctions paternelles. À un moment la mère d’Hubert le convoque pour l’épauler face à la rébellion de leur enfant. Celui-ci ne fait qu’entériner une décision suggérée par son ex femme de l’expédier en pension. Il est incapable d’une moindre parole pour son fils. C’est même un traquenard qui lui tend. Hubert aurait souhaité qu’il essaye de le comprendre, qu’il prenne le temps de discuter avec lui, en fait le père se désintéresse des problèmes de son adolescent. Tout repose sur une mère dépassée qui cristallise et focalise sa haine qui se traduit par des emportements somme tout bien compréhensibles. Un ado (je le répète souvent) est pris dans des contradictions qu’il maîtrise difficilement et qui le met dans une tension que seules les décharges verbales et motrices parviennent à calmer… jusqu’à la prochaine crise. L’ado refuse de se conformer à un cadre adulte qu’il considère figé, voire mortifère, ses réactions n’en sont que plus salutaires et nécessaires. Les parents n’ont comme solution que résister, attendre et tenter souvent en vain de tempérer leur ébullition.
Et Hubert Dolan pimente son récit de son altersexualité. Que du classique : la mère abasourdie, le fils bien dans sa tête mais hésitant quant à lui dire (le climat ne s’y prête pas vraiment), ce sera la mère d’Antonin qui mettra les plats dans le plat ! Dans une scène magnifique les deux copains vont réunir leur fougue pour la peinture et pour le plaisir charnel. La séance de peinture vire au dripping où leurs les corps servent de médiation.

Xavier Dolan & François Arnaud

Autre trouvaille, Hubert utilise un caméscope pour confier, enregistrer ses humeurs. C’est un regardant un de ces enregistrements que sa mère comprendra son fils. Elle en profitera pour asséner une mémorable engueulade téléphonique au directeur du pensionnat suite à une fugue de son fiston.
Je pensais à de nombreux films, le coming out révélé par la mère du copain (Juste une question d’amour) l’auto filmage (Ma vraie vie à Rouen). Et aussi cette urgence à vivre comme chez Sacha.
J’ai tué ma mère est une réussite. Le film est drôle, touchant. Xavier Dolan filme avec énergie et intelligence les turbulences de l’adolescence.
Bien sur le côté narcissique de l’acteur réalisateur frise l’overdose avec de nombreux gros plans de son visage, de son corps de choupinou … exaspérant. De même les scènes de disputes à répétitions qui s’étirent peuvent à la longue ennuyer, mais les trouvailles, la vivacité, l’humour, la jeunesse emportent mon adhésion.
Encore bravo à ce jeune qui a réalisé et produit quasiment seul ce film où il tient le rôle principal.

Lire ici un excellent résumé complet.

Xavier Dolan & Niels Schneider



Lire ici l'avis de Bernard A
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J’ai tué ma mère, film canadien québécois réalisé par Xavier Dolan (2009).

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déc. 1er, 2009

08:09 pm - BURLESK KING


Burlesk King raconte l’histoire d’Harry (Rodel Velayo), un jeune philippin qui s’enfuit de sa ville Olongapo, une ancienne base américaine où travaillait son père G.I. pour se réfugier à Manille. Durant son enfance il fut régulièrement tabassé par son père. Un jour le géniteur frappa si fort sa mère que l’enfant crut qu’elle fût morte. Quelques temps plus tard il réussit à échapper à son père en se promettant un jour de se venger. En attendant il zone avec son craquant copain James (Leonardo Litton) dans les salles de jeux vidéo qui lui sert d’exutoire à sa haine. Ils font partie d’un petit gang de voyous et à l’occasion fréquentent un bar gay où James monnaye ses charmes.

Une rixe tourne mal et les deux garçons doivent fuir Olopango pour la capitale. Ils logent chez la sœur de James, Aileen (Cherry Pie Picache qui joue la mère dans John-John) qui vit avec Mina. Elles élèvent un petit garçon. Les deux femmes ont été rejetées par leur famille. Pour vivre Harry accepte à contre cœur d’être danseur ou plutôt gogo boy dans un cabaret gay d’autant qu’il affiche un physique avenant.

Rapidement il passe aux plaisirs charnels pour arrondir son salaire. Harry s’attache à Brenda une prostituée au grand cœur qui aide les enfants qui mendient. Ils essayent ensemble de construire une vie mais Brenda (Nini Jacinto) rêve d’épouser un millionnaire. Quant à Harry il s’enfonce de plus en plus dans la prostitution puis la drogue, poursuivi par son obsession de vengeance. Après la mort de James assassiné, Harry retrouve d’abord son père, une loque rongée par la SIDA et croupissant dans un taudis puis sa mère toujours vivante… qui tapine. Dans une fin apaisée, Harry accepte de pardonner et d’imaginer une nouvelle naissance.

Une histoire assez glauque qui fleure bon la misère, les trottoirs de Manille, le monde de la prostitution. Mais le réalisateur parvient à rendre touchant ce récit qui s’achève sur une rédemption limite mélodramatique. Cela doit être une constance dans le cinéma philippin, marqué par la religion comme chez Mendoza (John-John, Kinatay) bien qu’ici la religion est absente.

Le film nous transporte dans le monde des bars gays avec leur spectacle de go-go boys. De nombreuses séquences nous montrent les corps bien bâtis des garçons qui s’exhibent nus devant les consommateurs, souvent des touristes en mal d’exotisme. Ces danseurs terminent leur soirée dans les bras des client. Quant le chaland se fait rare on les retrouve tapinant sur les trottoirs.
James accepte sans réticence cette vie. En revanche Harry doit se faire un peu violence pour rejoindre les autres garçons et aussi se prostituer. Même s’il préfère Brenda il condescend à baiser avec des hommes. L’amour tarifé ou non, hétéro ou homo est présenté sur le même plan. Le cinéaste ne porte jamais de jugement de valeur, même s’il nous dit que la vie de ces prostitué(e) n’est pas une partie de plaisir.
On assiste à l’amour entre Aileen et son amie Mina dans une jolie scène d’amour. On voit également un couple ordinaire formé de Mario un jeune écrivain un peu dépressif et de Michael son compagnon médecin.

Les scènes entre garçons sont présentés avec tact. Mel Chionglo porte un regard bienveillant et humain sur ces garçons et filles chahutés par l’existence. Les gigolos, les prostituées ne sont pas ostracisés, le cinéaste laisse entendre qu’ils sont victimes d’une société qui ne laisse pas d’autres alternatives. Film qui montre des personnages altersexuels bien dans leur corps et dans leur tête. L’humour vient de tempsen temps égayer un univers un peu sordide. Betty, la mère de Harry se plaint de ces foutus moustiques qui la sucent sans payer ! Et à la fin lorsque la mère, le fils et Brenda se retrouvent ils plaisantent sur ces trois putes sous le même toit.
De jolis garçons exhibent volontiers leur torses et postérieurs dans de nombreuses scènes dans le cabaret. James et Harry se sont pas en reste, ils se déshabillent régulièrement et s’envoient en l’air ensemble ce qui titille nos sens. Et le titre Burlesk King se réfère au concours du plus beau garçon décerné par une boite gay à la veille du millenium.

Ce film réalisé par Mel Chionglo s’inscrit dans une trilogie dont le premier volet s’intitule Sibak : Midnight Dancers (1994), et le troisième Twilight Dancers sorti en 2006. Je n’ai vu aucun de ces films. Dans la notice de IMDb il est fait mention de sa filiation étroite avec le film Macho Dancer de Lino Brocka dont il fut l’assistant. Plus récemment un autre cinéaste philippin Brillante Mendoza a traité ce thème avec Masahista.
Ce sont les mêmes images de quartiers défavorisés vues dans les films de Mendoza et on entend ce sabir mélange de tagalog et d’anglais.

Burlesk King, film philippin réalisé par Mel Chionglo (1999). DVD disponible chez BQHL dans un coffret comprenant Boy’s Choir et Buenos Aires Zéro.

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